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Phoenix, ou ce que la fiction dit de la radicalité écologique

S’il fallait dégager une clé de lecture pour Phoenix, elle pourrait tenir dans l’apocryphe attribué à Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde. » Ajoutée le 12 février sur la plateforme, la nouvelle minisérie de France Télévisions livre un écothriller porté par Natacha Lindinger et François Berléand. Le récit s’articule autour d’un kidnapping d’enfants de dirigeants de multinationales orchestré par de jeunes activistes décidés à forcer une prise de responsabilité face à la crise climatique. Une œuvre radicale, rare, puissante, qui s’attaque frontalement au greenwashing et à l’inaction des élites.

Quelle est l’intrigue de Phoenix ?

Face à l’impasse des mobilisations écologistes pacifiques, le groupe Phoenix choisit la clandestinité. Dans les Alpes, quatre multinationales – chimie, fast-fashion, banque et pétrole – annoncent un projet de « sauvetage » d’un glacier, présenté comme un investissement majeur pour la planète, financé à hauteur de 12 milliards d’euros. C’est ce dispositif que les militants prennent pour cible, en enlevant les enfants de leurs dirigeants afin de contraindre ces PDG à reverser cette même somme à une association environnementale.

Phoenix.

Dès l’ouverture, la série pose son regard là où il dérange. Le monologue de Mathias, major d’une école d’ingénieurs parisienne, ouvre une charge contre un modèle économique persistant, fondé sur la croissance et l’extraction. Et annonce une fiction qui dénonce l’impunité des puissants et l’incapacité de ce système à se transformer autrement qu’à la marge.

La série s’inspire-t-elle d’une histoire vraie ?

Si les entreprises et leurs dirigeants sont fictifs, Phoenix laisse planer peu de doute. Entreprises à l’empreinte carbone colossale, fausses promesses, mécanismes de compensation, foi dans la géo-ingénierie… La série s’appuie sur des réalités observables par chacun et autrement documentées. En bref, l’imaginaire convoqué correspond point par point aux termes actuels du débat climatique.

François Berléand dans Phoenix.

Ce refus de la fable lui donne une densité politique remarquable. Le show ne cherche pas l’allégorie, mais la friction, en installant une tension crédible. La confrontation entre technosolutionnisme et sobriété n’est pas un simple arrière-plan idéologique : elle structure l’ensemble du récit.

Radicalité, engagement et lignes de fracture

Le terrain moral exploré gagne en profondeur au fil des épisodes. Phoenix ne se contente pas d’évoquer la radicalité : elle en fait un point de tension central. Le recours à la violence peut-il, à un moment donné, devenir un moyen légitime de se faire entendre ? Cette interrogation fait écho à l’excellent roman de science-fiction de Kim Stanley Robinson, Le ministère du Futur, qui explore, lui aussi, la tentation d’une radicalité, y compris politique, face à l’inaction.

Marie Colomb dans Phoenix.

Ce dilemme irrigue l’ensemble du récit et entre en résonance avec une crise climatique qui cristallise aujourd’hui des tensions à l’échelle du globe, jusqu’à voir émerger – souvent à des fins disqualifiantes – la notion d' »écoterrorisme ». Phoenix se garde bien d’imposer une réponse univoque, laisse coexister les positions et renvoie le téléspectateur à son propre jugement.

Une mise en scène tenue

Sur le plan narratif, la série adopte un rythme maîtrisé, progressif, qui installe un suspense suffisant pour maintenir l’attention jusqu’au bout. Elle s’offre en outre un cadre exceptionnel – les paysages alpins et le lac d’Annecy – filmé comme des espaces directement concernés par ce qui se joue. Côté interprétations, Léo Legrand incarne un Mathias habité, dont les excès se dessinent petit à petit.

François Berléand et Léo Legrand dans Phoenix.

Marie Colomb apporte une nuance, plus fragile, mais tout aussi déterminée. François Berléand, enfin, compose avec justesse la figure du scientifique lucide et inquiet, coincé entre rigueur, compromis et pressions politiques.

Fondamentalement, Phoenix n’est pas un polar pensé pour la résolution de son intrigue. Sa force tient plutôt à la cohérence entre propos et mise en scène, et à son refus des réponses simples. En traitant la crise climatique comme un enjeu éminemment politique, conflictuel et inconfortable, la série dépasse le simple thriller pour interroger, sans détour, les rapports de pouvoir qui la traversent. Éclairant.

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FIJ 2026 : toutes les infos sur le rendez-vous des fans de jeux de société

Qui dit Cannes, dit cinéma, glamour et paillettes. Cependant, la ville azuréenne est aussi le théâtre du Festival international des jeux (FIJ) depuis 40 ans. En février 2026, la manifestation fêtera sa 39ᵉ édition, confirmant son statut de plus grande rencontre ludique du monde francophone. Sur cinq jours réservés aux professionnels (25 février au 1er mars) et trois jours ouverts au public (27 février au 1er mars), le FIJ attire chaque année des visiteurs venus pour découvrir, tester et s’immerger dans l’univers des jeux de société.

“Une expérience unique”

Cette année encore, le festival se tient au Palais des Festivals et se deploie sur trois halls intérieurs (avec 300 stands) et sur son village extérieur (avec 50 stands). Au total, 60 000 m² – l’équivalent d’un Stade de France – sont dédiés aux jeux, aux animations et aux démonstrations. En 2025, 110 000 visiteurs s’étaient pressés sur les allées du festival, et les organisateurs attendent un afflux similaire cette année.

Un intérêt ludique qui se confirme au quotidien, auprès de toutes les générations. Une étude menée en 2023 par l’Union des éditeurs de jeux a révélé que 91 % des Français aiment jouer. Le marché français confirme sa vitalité avec un chiffre d’affaires record de 624 millions d’euros en 2025, en croissance de 3,9 % par rapport à l’année précédente. Au total, 37 millions de boîtes ont été vendues sur l’année, soit 70 jeux écoulés chaque minute. Et – surprise : la France est le deuxième marché européen derrière l’Allemagne.

« Tout le monde aime jouer, nous confie Cynthia Reberac, commissaire générale du FIJ. Certains ne se l’avouent peut-être pas, mais en venant au FIJ, ils pourront (re)trouver ce plaisir du jeu. Le festival est facile d’accès, plein de personnes sont disponibles pour expliquer les œuvres… En famille, en couple ou en solo, chacun va trouver son jeu et passer un super moment. C’est une expérience unique, qui procure des émotions uniques. »

Qui sera le jeu de l’année ?

Jeux de plateau, figurines, cartes à collectionner, loisirs créatifs… Les 350 stands mettent en avant tous les univers du jeu. Des tables de démonstration et de tournois proposent de tester les best-sellers et les nouveautés et, parmi les temps forts, l’As d’Or, label de référence, récompensera les meilleurs jeux édités en France sur l’année écoulée. La cérémonie de remise des prix se tiendra le jeudi 26 février à 20 heures dans le Grand Auditorium du Palais des Festivals, avec Vincent Dedienne comme maître de cérémonie. Cette année, trois jeux sont nommés : Flip 7, Rebirth et Toy Battle.

Le FIJ offre aussi aux visiteurs un accès privilégié aux créateurs avec les nuits du off. Chaque soir, entre 200 et 300 auteurs proposent des prototypes à tester jusqu’à 4 heures du matin. Certains de ces jeux, comme Fiesta de los Muertos, ont ainsi été découverts lors de ces événements, avant d’être édités, plusieurs années plus tard.

Quels sont les temps forts du FIJ ?

Autre événement particulièrement attendu cette année : le Magic Mirrors. Installée sur la terrasse du Palais des Festivals, cette expérience sensorielle propose une « aventure onirique autour du temps, de l’imaginaire et du jeu », détaille le communiqué de presse. Pensée pour tous les âges, elle invite à coopérer, raisonner et s’émerveiller dans un univers poétique inédit.

Le Village festival rassemble quant à lui les passionnés de jeux de cartes à collectionner avec le Village TCG Asmodee, où sont proposés tournois et initiations pour Magic, Pokémon, Flesh & Blood, One Piece, Riftbound ou Star Wars: Unlimited. Un espace Safe Zone, en partenariat avec l’association Safe in Game, sensibilise et accompagne les participants pour garantir un cadre sûr et inclusif. Enfin, la Bours’O Jeux permet de donner une seconde vie aux jeux, acheter d’occasion ou dénicher des pépites à prix réduit.

Les célébrations incluent également le 25ᵉ anniversaire des Loups-Garous de Thiercelieux, avec animations et surprises dans le Village et le Wagon SNCF, ainsi que des expositions retraçant le patrimoine ludique, de l’As d’Or à l’histoire des jeux de guerre, en passant par les 20 ans de carrière de l’illustrateur Pierô.

Le FIJ ne se limite pas au divertissement. Douze conférences et débats sont proposés autour des coulisses de la fabrication des jeux, de la place de l’Asie dans l’industrie mondiale ou encore de thématiques sociétales : femmes et jeux, régulation émotionnelle, « Donjons et Dragons Therapy », empathie ou encore développement durable.

Avec 1 200 nouveautés annuelles dans le monde et plus de 700 jeux qui sortent chaque année en France, le FIJ s’inscrit dans un marché en pleine effervescence. Entre découvertes, échanges et célébrations, la 39ᵉ édition promet de faire vivre à tous une expérience ludique complète et immersive, transformant Cannes en véritable capitale européenne du jeu.

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WWE 2K26 : date de sortie, précommandes, toutes les infos sur le nouvel opus

Comme les précédents jeux de la série, WWE 2K26 est développé par le studio Visual Concepts, et édité par 2K. Après Cody Rhodes et Roman Reigns sur les deux derniers opus, c’est au tour du mythique CM Punk d’incarner ce nouvel opus, en étant notamment la tête d’affiche du mode Showcase. WWE 2K26 sortira le 13 mars 2026 sur PC, PS5, Xbox Series et Nintendo Switch 2. Le jeu sera disponible dès le 6 mars pour les précommandes des éditions King of Kings, Attitude Era et Monday Night War.

A chaque nouvelle édition, Visual Concepts pousse les curseurs toujours un peu plus loin. Cette année encore, on aura l’occasion de découvrir un immense roster de 400 combattantes et combattants jouables, soit le plus grand de l’histoire de la franchise. On y retrouvera bien sûr les stars actuelles de la WWE, comme Cody Rhodes, Roman Reigns, Rhea Ripley, Seth Rollins ou encore Bianca Belair, mais aussi des légendes, de The Rock à Triple H en passant par Andre The Giant.

WWE2K26-roster

Certains éléments fondamentaux du gameplay profitent aussi de nombreuses améliorations pour cet opus. Les environnements seront toujours plus vastes et de nouvelles interactions inédites avec le décor et de nouveaux objets sont attendues. Il sera par exemple possible d’empiler plusieurs tables pour s’en servir en combat, ou encore d’utiliser un sac de punaises pour infliger des blessures à vos adversaires. Dans les matchs de championnat, les ceintures seront disposées sur un piédestal au bord du ring et pourront être saisies pour infliger une souffrance supplémentaire.

Avant même que la cloche d’un match ne retentisse, de nouvelles actions de début de match seront disponibles. Il sera possible de serrer poliment la main de son adversaire, mais aussi de lui porter un coup bas, ou encore de puiser de l’énergie auprès du public en haranguant les foules.

Quatre nouveaux types de match à découvrir

L’une des principales forces des jeux WWE 2K, c’est la générosité du contenu et la variété dans les approches de matchs. Dans WWE 2K26, quatre nouveaux types de matchs viennent s’ajouter à ceux déjà disponibles dans les opus précédents :

  • Le Dumpster Match : Comme son doux nom l’indique, le dumpster match est un combat sans règle dans lequel votre objectif sera d’envoyer votre adversaire dans une benne à ordure et d’en refermer le couvercle avant qu’il ne s’en échappe.

  • L’ « I Quit » Match : Dans cet affrontement brutal, la victoire revient au premier combattant qui parvient à faire abandonner son adversaire verbalement. En utilisant des objets comme des chaises, des tables ou encore des punaises, il faudra pousser votre adversaire à bout de ses souffrances pour qu’il soit forcé de prononcer « I quit » dans le micro tendu par l’arbitre.

  • Three Stages of Hell : Dans cette série de trois matchs consécutifs, vous devrez en remporter au moins deux pour vous assurer la victoire. Dans ce type de match, toutes les règles sont disponibles, y compris les nouvelles comme le Dumpster Match ou l’ « I Quit » Match.

  • L’Inferno Match : Dans ce type de match unique, le ring est entouré d’un mur de flammes qui brûlent de plus en plus fort à mesure que les adversaires sont envoyés au sol. De quoi faire monter la tension du combat jusqu’au coup de grâce, avec l’arbitre obligé d’intervenir pour s’occuper du perdant en l’aspergeant avec un extincteur.

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Revivez le passé et réécrivez l’histoire de CM Punk dans le mode 2K Showcase

Comme chaque année, le mode 2K Showcase sera l’occasion de réécrire l’histoire de la WWE, au travers du parcours d’une de ses légendes. CM Punk sera la star de ce nouvel opus, et sera aussi le narrateur de ce mode historique.

L’histoire débutera sur le Triple Threat Match de WrestleMania 41 opposant CM Punk, Seth Rollins et Roman Reigns, avec Paul Heyman dans le coin de Punk. Vous aurez aussi l’occasion de revivre l’intégralité de sa carrière au sein de la WWE : de Randy Orton à The Undertaker en passant par Drew McIntyre. Mais surtout, ce mode de jeu est l’occasion de savoir ce qu’il se serait passé si CM Punk n’avait pas quitté la WWE en 2014, et ce que ses éternelles rivalités seraient devenues.

WWE2K26-combat

Dans ce même mode de jeu, la Fantasy Warfare vous permettra aussi d’affronter les superstars que CM Punk n’a jamais croisées sur le ring de la WWE, comme Steve Austin ou Eddie Guerrero. Ces affrontements hors du temps se dérouleront dans une arène spéciale, la CM Punkvillion.

WWE 2K26 sortira le 13 mars 2026 sur PC, PS5, Xbox Series et Nintendo Switch 2.

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Avec ​​Les enfants de plomb, Netflix mise sur un drame captivant et bien réel

Après Détective Forst, Relève-toi ! et Heweliusz, ​​Les enfants de plomb (Ołowiane dzieci en version originale) pourrait bien devenir le nouveau phénomène polonais de Netflix. Diffusée depuis le 11 février sur la plateforme, cette série dramatique en six épisodes est réalisée par Maciej Pieprzyca (La vie est belle), imaginée par Jakub Korolczuk (Raven) et portée par Joanna Kulig (Cold War), Kinga Preis (The Lure), Agata Kulesza (Breslau), Sebastian Pawlak (Varsovie 83, une affaire d’État) ou encore Michał Żurawski (Raven). La production s’appuie sur la vie de la médecin Jolanta Wadowska-Król et sur l’ouvrage éponyme de Michał Jędryka.

Quelle est l’intrigue des Enfants de plomb ?

Dans le quartier ouvrier de Szopienice, Jolanta Wadowska-Król commence à observer chez plusieurs enfants des symptômes alarmants. Les examens médicaux révèlent un phénomène massif de saturnisme (une intoxication par le plomb ou par les sels de plomb), conséquence directe d’une exposition prolongée aux métaux lourds. La proximité de la fonderie apparaît rapidement comme l’origine de cette contamination qui menace toute une génération.

Les enfants de plomb

« Après sa découverte, la protagoniste tente de sauver les petits malades tout en affrontant un appareil étatique communiste oppressif, détaille le synopsis. Cette production plongera le public dans l’atmosphère industrielle de la Haute-Silésie des années 1970. C’est ici, dans la réalité de cette région ouvrière, que vont s’entremêler de dangereuses intrigues politiques et la mission sociale de la Dre Wadowska-Król. »

Les enfants de plomb

À mesure que son enquête progresse, les pressions se multiplient. Menaces, surveillance, isolement professionnel : tout concourt à la faire taire. Sa carrière est en jeu, tout comme la sécurité de son mari et de ses enfants. Le combat médical devient alors rapidement un affrontement politique.

Une ode à la résistance

Au-delà de la reconstitution historique, la série dresse le portrait d’une femme confrontée à un dilemme moral : se taire pour se protéger, ou parler au risque de tout perdre. Netflix présente cette œuvre comme « une histoire de courage, de détermination et d’espoir, prouvant qu’il suffit d’une seule personne courageuse pour déclencher un changement ».

Les enfants de plomb

Interrogée par Tudum (le média de Netflix), l’actrice Joanna Kulig abonde dans se sens. « Les enfants de plomb illustre la résistance au changement et la force intérieure nécessaire pour s’y opposer, confie-t-elle. En Jolanta Wadowska-Król, j’ai perçu avant tout une honnêteté, un courage extraordinaire, une obstination et une intransigeance sans faille. Son histoire nous amène à nous interroger : aurions-nous, à sa place, trouvé la force de tenir tête au système ? »

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Rupture amoureuse et reconstruction : cinq livres pour penser l’après

(1) Après l’amour, de Line Papin

La fin d’une relation ne produit pas un récit continu mais des morceaux éclatés : souvenirs disjoints, phrases interrompues, sensations de nostalgie ou de regret… C’est à partir de cette matière instable que se construit Après l’amour, le texte hybride signé Line Papin. Paru en avril 2023 aux éditions Stock, l’ouvrage tient autant du récit autobiographique que de la méditation.

La fragmentation épouse l’état intérieur de la narratrice, confrontée au manque. Loin d’être un simple témoignage, elle avance et analyse, tentant de saisir ce qui se défait quand le lien amoureux disparaît. L’écriture agit ici comme un outil de clarification : elle ne répare pas mais rend l’épreuve intelligible.

(2) Tressaillir, de Maria Pourchet

Quitter, tenter de s’émanciper, puis vaciller. Dans Tressaillir, publié le 20 août dernier chez Stock, Maria Pourchet met en scène une femme qui choisit la séparation, persuadée d’y trouver un espace de liberté. Le roman suit la trajectoire de cette décision et les conséquences imprévues.

Ce qui devait ouvrir un champ nouveau devient le révélateur d’une fragilité plus profonde. L’autrice interroge les discours sur la libération individuelle et montre combien la rupture ne se laisse pas réduire à un acte de volonté.

(3) Comment guérir du mal d’amour, de Patricia Delahaie

Face à la désorientation qui suit une rupture, certains lecteurs recherchent moins une représentation littéraire qu’un cadre méthodique. C’est la voie choisie par Patricia Delahaie dans Comment guérir du mal d’amour, publié en août 2023. Spécialiste des relations de couple, l’autrice adopte une perspective issue de la psychologie appliquée.

L’ouvrage revient sur les étapes post-séparation : reconnaître la douleur, comprendre les mécanismes à l’œuvre, restaurer l’estime de soi… Témoignages et conseils soutiennent cette progression et proposent un accompagnement pour placer l’événement dans une dynamique de reconstruction.

(4) Celle qui fugue, de Cécile Tlili

Une séparation peut être un choc, mais aussi un moment de réajustement. Dans Celle qui fugue, publié en 2023 aux éditions Calmann-Lévy, Cécile Tlili raconte ce temps où tout vacille. Alice, quittée par son mari, traverse la confusion et la perte de repères qui suivent la rupture.

La rencontre avec une adolescente en fuite ouvre une nouvelle perspective. Peu à peu, la rupture n’apparaît plus seulement comme une fin mais comme le début d’un déplacement intérieur. Dans une langue simple et précise, Tlili décrit la manière dont l’absence oblige à se redéfinir et à envisager autrement la suite.

(5) Roman de plages, de Arnaud Cathrine

Ici, l’auteur aborde la rupture par un autre biais : celui du retrait. Le narrateur, quitté brutalement, se réfugie sur une île de l’Atlantique pour traverser le choc. Là, face à la mer et à l’immobilité du paysage, il entreprend de mettre en récit ce qui lui arrive.

D’un côté, le roman observe l’état de sidération, la répétition des pensées, la tentation de se raconter autrement pour rendre l’événement supportable. De l’autre, il introduit une dimension quasi métafictionnelle : écrire sur la rupture devient une manière de reprendre la main sur le réel. La séparation n’est ni héroïsée ni « psychologisée » : elle est envisagée comme un temps suspendu, où l’identité vacille puis se recompose.

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« The Payback » : pourquoi (re)découvrir le chef-d’œuvre incandescent de James Brown

The Payback, sorti en 1973, ce sont huit chansons fabuleuses, typiques du groove inégalé de James Brown, d’une durée moyenne de neuf minutes. Cet album-concept s’inscrit dans un enchaînement hallucinant, entamé en 1970 avec Sex Machine, et qui s’achèvera en 1974 avec Hell.

En quatre ans, le parrain de la soul marquera à jamais l’histoire de la musique. The Payback s’écoute d’une traite, sans aucun blanc entre les morceaux. Aucun répit.

La mécanique implacable de The Payback

Sur cet opus, Mr. Brown est à son sommet. Ses performances vocales sont époustouflantes par leur originalité et leur puissance, notamment sur le terrible titre éponyme qui ouvre l’album. La guitare de Jimmy Nolan, soutenue par les cuivres, la basse de Sweet Charles Sherrell et la batterie de John Starks, assurent un funk furieux – désormais culte à l’ensemble de l’œuvre.

De son côté, Shoot Your Shot est tout aussi redoutable. Le saxophoniste Maceo Parker y assure des solos étincelants parmi les plus mémorables, tout comme le tromboniste Fred Wesley.

Sur Time Is Running Out Fast, ils trouvent l’espace pour improviser, dialoguer et s’exprimer, presque à bout de souffle. Un titre instrumental qui incarne à lui seul l’essence même de la musique funk, enraciné dans l’Afrique, et dans lequel Wesley occupe une place centrale – il a co-écrit l’ensemble de l’album.

Au sixième titre, alors que l’auditeur est déjà épuisé par tant de groove, le groupe assène deux coups fatals : Stone To The Bone et Mind Power, deux classiques du répertoire James Brown. Ici, les musiciens n’ont plus besoin de se parler. L’osmose est parfaite, précise et implacable.

Plus de cinquante ans après, The Payback inspire toujours la danse et la transe. On y trouve certains des morceaux les plus hypnotiques de James Brown – Stone To The Bone en tête.

Un album né dans la douleur et la révolte

À cette époque, le chanteur vient de perdre son fils dans un tragique accident de la route. Il puise dans ce drame la rage, la fureur et l’agressivité nécessaires pour un grand disque. Il enregistre d’ailleurs Forever Suffering, un titre poignant sur la souffrance et le manque d’un être cher.

Des pauses, des contre-temps, des solos : l’ensemble fait de l’album une œuvre immense. La flûte de St. Clair Pickney, la rythmique féroce et la reprise à 4’30 rendent Mind Power absolument insensé et définitivement intemporel.

Les textes, quant à eux, s’adressent directement à la communauté noire. Les thèmes principaux sont l’égalité, la trahison et résilience – il s’agit ici du vécu de James Brown. Sa colère, écrite noire sur blanc, se traduit aussi par des rythmes puissants qui font mal.

Les bouleversements politiques et sociaux sont alors profonds. Une période de récession s’ouvre, et les minorités ethniques – dont la communauté afro-américaine – sont les premières touchées. La vie devient encore plus dure dans les ghettos, comme à Harlem. Mind Power fait référence à ce contexte, s’adressant directement aux Afro-Américains.

« You see, in the ghetto you find a whole lot of crime » ou « If you don’t work, you can’t eat » : le ton est donné. Pour manger, il faut travailler. James Brown rappelle qu’avant les manteaux de fourrure, il a connu la rue et le labeur acharné.

Shoot Your Shot, de son côté, encourage les individus à affirmer leurs décisions et leurs désirs, sans se laisser influencer et subir les diktats d’autrui. Un message d’indépendance essentiel adressé aux Afro-Américains, dans une lutte – toujours actuelle – pour l’égalité et la justice.

The Payback voit donc le jour dans ce contexte tourmenté, et ses textes reflètent à la fois les états d’âme de l’artiste et les problématiques persistantes de la communauté afro-américaine.

De la soul au rap : l’empreinte éternelle de James Brown

Personne n’atteindra un tel niveau dans la musique noire au cours des décennies suivantes. Hell sortira un an plus tard, mais plus rien ne sera tout à fait pareil pour le chanteur. Le disco emportera tout sur son passage. Bien sûr, il enregistrera encore des chansons mémorables, mais aucun album n’atteindra une telle densité.

Il faudra attendre l’émergence du rap pour lui redonner du prestige et de la présence. Le duo Eric B. & Rakim triomphe en 1987 avec Paid In Full, grâce à leur titre I Know You Got Soul, construit sur le même modèle que le morceau de Bobby Byrd en 1971, produit par James Brown.

De la fin des années 1980 aux années 1990, les rappeurs sampleront abondamment la musique du « Godfather of Soul » : Dr Dre reprendra Funky Drummer sur son Let Me Ride en 1992, Massive Attack utilisera The Payback pour Protection en 1994, Outkast retravaillera Get Up On The Good Foot pour B.O.B. en 2000 – et la liste est encore longue, très longue.

The Payback, vinyle en édition limitée à paraître le 20 février.

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La passe-miroir : la bande dessinée événement est-elle fidèle au roman ? Vanyda répond

En quelques jours seulement, la bande dessinée La passe-miroir : les fiancés de l’hiver (Gallimard) s’est hissée dans le Top des BD les plus vendues de ces dernières semaines. Véritable sortie événementielle de ce début d’année, La passe-miroir offre un nouveau regard sur une saga à succès publiée entre 2013 et 2019, écrite par la romancière française Christelle Dabos.

L’artiste Vanyda s’attaque au difficile travail d’adaptation et parvient à rester fidèle à l’essence de l’œuvre originale, tout en apportant sa propre touche à l’histoire.

La passe-miroir : une adaptation fidèle ?

Comme dans le roman La passe-miroir, l’adaptation de Vanyda suit le destin d’Ophélie dans un monde fantastique. Fiancée par sa famille à Thorn, membre du puissant clan des Dragons, la jeune fille dotée de certaines capacités magiques découvre le monde de la Citacielle et s’initie aux jeux de pouvoirs et aux nombreuses conspirations.

Les fiancés de l’hiver transpose le premier roman de la saga (qui en compte quatre) et constitue une adaptation particulièrement fidèle des écrits de Christelle Dabos. La BD parvient à recréer la sensation de découverte d’un autre monde, tout en posant les bases de l’une des relations les plus fascinantes de la fantaisie contemporaine, entre Ophélie et Thorn.

Vanyda évoque son travail

Lors d’un long échange avec L’Éclaireur, Vanyda est revenue sur ces questions de fidélité vis-à-vis de l’œuvre originale et sur sa façon de travailler pour arriver à la création d’un album de bande dessinée de moins de 300 pages, malgré la longueur du roman et les nombreux événements qui s’y passent.

Outre le travail de conception des personnages et des décors, il a fallu découper le livre pour avoir une structure propre à la BD. « J’ai commencé par prendre tous les chapitres du roman et par noter tout ce qu’on apprenait d’important dans chacun d’eux. J’espérais tomber sur des chapitres inutiles que je pourrais sauter, mais il n’y en avait aucun ! J’ai donc condensé certaines scènes. Par exemple au tout début, Thorn annonce qu’il repart au Pôle le lendemain matin au petit-déjeuner, j’ai enlevé la scène, et il le dit simplement la veille ».

Se livrant à un véritable travail d’adaptation — avec la liberté et les contraintes offertes par le média de la bande dessinée — Vanyda a apporté sa propre version à l’histoire. « Je me suis permise, à certains moments de changer de point de vue, en suivant d’autres personnages par rapport aux romans » explique-t-elle. « Je considère l’œuvre comme une sorte de pâte à modeler, qu’il faut malaxer pour que ça corresponde au format BD. C’est l’une des parties les plus intéressantes à faire ».

Elle mentionne aussi l’importance d’avoir en tête l’intégralité des quatre tomes lors de l’adaptation du premier. Vanyda pose ainsi des indices et des pistes pour la suite, que les lecteurs les plus fidèles remarqueront sans mal. « Cela avait une grande importance pour moi, et pour Christelle aussi, d’ailleurs. Elle ne voulait pas que son œuvre soit adaptée en BD avant la sortie du quatrième tome. J’ai mis des choses dans ce premier album qui me resserviront plus tard… ».

L’autrice a également évoqué la suite, car les trois prochains tomes seront aussi adaptés en BD. Elle partage notamment son amour du deuxième livre : « Sur le premier roman, je trouvais qu’il y avait quelques longueurs que je pouvais raccourcir. Sur le deuxième tome, j’ai beaucoup plus de mal, je le trouve parfait ! C’est bien plus compliqué de couper. Je n’ai pas encore terminé le storyboard, je ne sais pas si cela va entrer dans le nombre de pages, les scènes y seront quasiment toutes. »

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« Hurlevent » : que vaut la nouvelle adaptation avec Margot Robbie et Jacob Elordi ?

Catherine Earnshaw (Margot Robbie) vit à Hurlevent, une demeure hostile perdue au milieu des falaises. Aux côtés de son père alcoolique (Martin Clunes) et de Heathcliff (Jacob Elordi), un rejeton ramassé dans la rue par le patriarche, elle voit la fortune des Earnshaw disparaître. Lorsqu’une nouvelle famille, les Linton, s’installe dans une maison à proximité, la vie de Catherine bascule. Mais la passion qui l’unit au jeune Heathcliff, elle, ne fait que s’intensifier…

Se distinguant directement de l’œuvre originale en utilisant des guillemets autour du titre, Emerald Fennell propose un film qui colle à ce qu’elle s’était imaginé en tant que jeune lectrice des Hauts de Hurlevent. Une raison qui lui permet des anachronismes dans la bande originale, les tenues et les décors.

Une photographie riche

Cette liberté donne tout son style à ce film qui se définit avant tout par des visuels époustouflants, à l’instar de ceux que l’on avait déjà pu apercevoir dans Saltburn (2023), le dernier film d’Emerald Fennell, tourné lui aussi avec Jacob Elordi. 

Des jeux visuels qui ne sont pas sans rappeler les period drama les plus célèbres du cinéma, notamment Orgueil et préjugés de Joe Wright (2006). Ainsi, dans le « Hurlevent » d’Emerald Fennell, Margot Robbie et Jacob Elordi se prêtent au jeu des scènes romantiques spectaculaires sous une pluie battante.

 Hurlevent

Jacob Elordi et Margot Robbie dans Hurlevent

Dans cette nouvelle adaptation, la cinéaste se démarque par une photographie finement réfléchie et visuellement impressionnante. Les ciels violet, rouge et orange donnent une tonalité presque fantastique au récit, faisant de l’histoire de Cathy et Heathcliff un conte s’inscrivant en dehors de la réalité. 

Le rouge est omniprésent, notamment dans les tenues de Margot Robbie, et annonce déjà l’aspect tragique de l’histoire entre les deux protagonistes. Des rubans qu’elle porte dans les cheveux aux jupons de ses robes, toutes les nuances de rouge sont représentées et contrastent avec le regard bleu perçant de l’actrice. 

La cheffe costumière, Jacqueline Durran (qui avait déjà travaillé aux côtés de Margot Robbie sur le tournage de Barbie), a soigneusement réfléchi aux 38 costumes sur-mesure portés par le personnage de Cathy. « Hurlevent » se présente comme un film d’époque, mais une époque floue, unique, imaginée par la réalisatrice.

Tragédie romantique

Tout au long de cette adaptation, l’opposition entre les deux personnages est flagrante, tant dans leur caractère que dans leur représentation. Si le roman de Brontë n’est, au départ, pas une romance, mais bien une histoire sombre de revanche sociale et d’obsession, le film s’écarte des thèmes originaux pour se concentrer sur une histoire d’amour tragique bien plus explicite que dans le texte. 

Elordi incarne un Heathcliff plongé dans une noirceur gothique, aux regards et tenues sombres. Son association à Hurlevent est évidente : cette demeure, au cœur d’un environnement hostile, est toujours filmée sans lumière ou presque. C’est le cas dès la première partie, lorsque les deux personnages enfants, joués par Charlotte Mellington et Owen Cooper (révélé dans Adolescence), semblent déjà séparés par une force invisible. 

Catherine seule apporte sa lumière au film. Par ses yeux clairs et sa chevelure blonde, elle est la seule source d’espoir dans la vie de Heathcliff. Leur différence de classe, qui se confirme lorsque Catherine épouse le riche Edgar Linton, renforce cette séparation. 

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Jacob Elordi et Margot Robbie dans Hurlevent

Le personnage de Catherine est très nuancé. Margot Robbie interprète la pluralité de cette femme tour à tour cruelle, naïve et perfide. L’actrice australienne campe une Cathy habitée par le désir et l’effervescence d’un premier amour qui la hantera toute sa vie. Tout au long du film, elle est observée par sa femme de chambre, Nelly (Hong Chau), juge et témoin secret de cette relation interdite.

La bande originale, signée Anthony Willis et ponctuée de titres conçus par la chanteuse pop britannique Charli XCX, ajoute au tragique de l’histoire. Elle inscrit le mythe dans une époque plus moderne et redonne de l’énergie à des scènes qui manquent parfois de dynamisme. 

Un film haut en symboles

Emerald Fennell se réfugie dans une quantité presque excessive de symboles érotiques à l’écran, les privilégiant à des scènes explicites entre les deux personnages (qui parsèment tout de même le film, raisonnablement). Du jaune d’œuf dégoulinant du doigt à la bouche d’un poisson, les gros plans s’enchaînent et expriment le désir réprimé de Catherine et Heathcliff.

Dans les dialogues, les références aux amants maudits sont nombreuses. Isabella Linton (Alison Oliver) raconte à son frère le synopsis de Roméo et Juliette de William Shakespeare juste avant de rencontrer Catherine. Un présage (poussif) qui ne tardera pas à se confirmer, sans toutefois égaler le tragique de la pièce de Shakespeare. 

Les personnages sont eux aussi (un peu plus habilement) truffés de symboles. Isabella est réduite à une enfant par son frère. Elle fabrique des poupées, porte des rubans à outrance et semble figée dans une candeur superficielle. Mais ce n’est que pour cacher l’émoi de la jeune femme, qui devient rapidement obsédée par Heathcliff.  

La bande-annonce de « Hurlevent »

La réalisatrice fait d’ailleurs de ce personnage iconique de la littérature un objet de désir et de mystère, au centre de son récit. Tout converge vers Heathcliff, du début jusqu’à la fin du film. Cette version du personnage est cependant bien moins sombre que celui du roman, ce qui adoucit considérablement le récit.

Avec « Hurlevent », Emerald Fennell signe une adaptation qui se détache volontairement de l’œuvre initiale, en créant une vision fantasmée de la relation entre Catherine et Heathcliff. Un parti pris de mise en scène convaincant, à l’instar du casting cinq étoiles. Car, sans lui et la claque visuelle pop et gothique assenée par Emerald Fennell, difficile de dire ce que l’on aurait réellement retenu de cette nouvelle réinterprétation d’un classique de la littérature, si ce n’est un fantasme d’adolescent…

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Romeo Is a Dead Man, le nouveau pari radical de Grasshopper Manufacture

Romeo Is a Dead Man fait son arrivée ce 11 février dans la catégorie des jeux d’action-aventure, orienté hack and slash. Développé et auto-édité par Grasshopper Manufacture, le studio fondé par Goichi Suda, il est disponible sur PlayStation 5, Xbox Series X|S et PC via Steam. Ces dernières années, le studio s’est forgé une réputation avec des titres comme No More Heroes ou Killer7, où la violence graphique côtoie l’absurde et la déconstruction du récit. Suda51 poursuit ici cette logique d’auteur, dans une œuvre marquée par un ton outrancier et une esthétique fragmentée.

De quoi parle le jeu ?

Selon le site officiel, il s’agit d’une « action ultra-sanglante, [aux] rebondissements à couper le souffle et [avec] une bonne dose de gadgets un peu clichés ». Le joueur incarne Romeo Stargazer, « un homme coincé entre la vie et la mort », sauvé in extremis par un paradoxe temporel. Devenu agent spécial spatio-temporel du FBI, il traque des fugitifs à travers de multiples univers, tout en recherchant des indices sur la disparition de sa compagne, Juliet.

Romeo Is a Dead Man

L’expérience est structurée en chapitres, alternant séquences de combat et missions secondaires. Romeo manie épées et pistolets, absorbe le sang de ses ennemis pour déclencher une attaque spéciale et peut améliorer son arsenal au fil de la progression. Côté gameplay, le titre privilégie la vitesse et l’impact. Les affrontements reposent sur des enchaînements rapides, une gestion agressive des ressources et une mise en scène spectaculaire.

Que disent les premiers avis et tests ?

Côté esthétique, la presse insiste sur l’instabilité visuelle revendiquée du jeu. The Guardian observe qu’il propose « plus de styles visuels disparates que le catalogue entier de la plupart des éditeurs », passant d’animations stylisées à des séquences rétro ou à des environnements 3D bruts. Cette hétérogénéité nourrit l’impression d’un monde fragmenté, cohérente avec le récit. Du côté francophone, New Game Plus évoque « un véritable best-of des obsessions du studio », où méchas, culture tokusatsu et cinéma de genre se télescopent.

Romeo Is a Dead Man

De soncôté, The Verge décrit une œuvre « bizarre, sanglante, et exactement ce qui fait la spécificité de Grasshopper », soulignant son goût pour l’excès et la singularité. Cette combinaison produit un univers dense et déroutant, fidèle à la signature de Grasshopper Manufacture.

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Cette alternative privée à Google Photos ou iCloud fait sa révolution

Évidemment, rien ne sera jamais plus protecteur de vos données personnelles que de stocker vos photos sur un disque local. Mais il faut bien avouer qu’on s’est habitués à plus commode, à l’ère des smartphones. Vous l’ignorez peut-être, mais vous n’êtes pas condamnés à utiliser Google Photos ou iCloud pour stocker vos clichés de façon sécurisée en ligne. Depuis quelques années maintenant, Ente Photos est la solution qui monte pour ne sacrifier ni sa vie privée, ni les fonctionnalités les plus avancées.

C’est quoi Ente Photos ?

Ente Photos (prononcer « enne-té ») est une solution de stockage de photos sur le cloud. Open source (et récemment auditée) et disponible sur tous les systèmes d’exploitation mobiles, et pour ordinateur, l’application se distingue de ses plus gros concurrents par une approche centrée sur la confidentialité et la protection de vos données personnelles. En clair : personne d’autre que vous ne peut consulter vos photos, ni même les métadonnées qui y sont associées, grâce au chiffrement de bout en bout.

Pour ce faire, Ente Photos propose plusieurs formules offrant un espace de stockage plus ou moins volumineux, et même une offre d’essai gratuite de 10 Go pour appréhender le service. Vos photos sont synchronisées sur tous vos appareils, et même répliquées sur trois serveurs différents dans le monde afin de s’assurer qu’elles restent toujours disponibles, même en cas de défaillance.

En bref : c’est exactement comme Google Photos ou iCloud, en retirant de l’équation la multinationale à laquelle il faut aveuglément faire confiance pour protéger vos données les plus sensibles. Et Ente Photos vient justement de lancer sa mise à jour la plus colossale, ajoutant quantité de nouvelles fonctionnalités pratiques. Autrement dit, c’est le meilleur moment de s’y mettre !

Ente photos prix
Détail des formules d’abonnement à Ente Photos.

La plus grosse mise à jour de son histoire

Lancée en 2020, Ente Photos a connu des débuts un peu rugueux avant de devenir l’application moderne et franchement comparable aux géants du domaine aujourd’hui. Cette semaine, elle lance d’ailleurs sa plus grosse mise à jour, apportant notamment une toute nouvelle interface sur mobile, des rôles administrateurs partagés et le téléchargement d’albums au format .zip.

Plus moderne, dans l’esprit du look actuel de Google Photos ou Apple Photos, l’application intègre d’ailleurs des fonctionnalités de recherche IA en langage naturel (aucune requête ne quitte votre téléphone) et de trombinoscope afin de pouvoir créer rapidement un album regroupant toutes les photos d’Annie, de Jean, de Sofian… ou de Plumeau, votre gerbille adorée.

Désormais, les propriétaires d’un album peuvent désigner un second administrateur qui sera autorisé à ajouter et supprimer des photos, mais aussi à agir sur les commentaires, likes et autres interactions que l’on peut attribuer à ces collections. Un rôle de modérateur qui peut trouver son intérêt si vous avez l’habitude de partager de gros albums à toute votre famille.

S’ajoute à cela une myriade de petits ajouts de confort, comme la possibilité de modifier les coordonnées GPS d’une photo directement depuis l’interface web. Et si vous donniez sa chance à Ente ?

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Pourquoi Apple et Samsung ne cèdent-ils pas aux nouvelles batteries haute densité pour leurs smartphones ?

Il ne se passe presque pas une semaine sans qu’un fabricant de smartphones chinois dévoile une nouvelle référence embarquant une batterie XXL, repoussant les limites de l’autonomie. Pourtant, Samsung et Apple (les deux plus gros vendeurs de mobiles au monde) font de la résistance. D’après les rumeurs, les futurs Galaxy S26, attendus ce mois-ci, ne devraient encore une fois pas excéder les 5 000 mAh. Pourquoi ça coince ?

Des batteries deux fois plus généreuses en Chine

Le vidéaste tech MKBHD s’est posé la question, et la raison peut être résumée de façon plutôt simple… et rassurante. La réalité est que les batteries en silicium-carbone sont, par nature, instables : il existerait un risque sur 250 000 d’avoir une batterie défaillante.

En effet, contrairement au lithium-ion qu’utilisent encore Apple, Samsung et d’autres, le silicium « peut prendre jusqu’à trois fois son volume d’origine lors de la charge », explique le youtubeur. Il prend l’exemple d’une éponge qui gonfle lorsqu’elle est mouillée (phase de recharge), puis qui retrouve son état normal lorsqu’elle est sèche (phase de décharge).

L’expansion d’un composant aussi crucial (et dangereux) qu’une batterie cause d’énormes nœuds au cerveau des ingénieurs des marques, qui plongent les deux pieds dans cette révolution. Ils doivent ruser pour prévenir les dégâts et surtout pour garantir la sécurité de leurs clients. « On m’a rapporté que certains appareils utilisent une véritable cage en acier autour de la batterie pour empêcher le gonflement », raconte MKBHD. Une solution qui a tout l’air d’un pis aller, d’un bricolage assez peu rassurant.

Pour Apple et Samsung, la prudence est de mise

Vous l’aurez peut-être constaté ces derniers mois : la capacité des batteries des smartphones qui sortent chez nous n’est plus identique à celle des modèles chinois. Le Honor Magic 8 Pro, par exemple, est plafonné à 6 270 mAh, alors qu’il affiche 7 200 mAh en Chine. Pourquoi cet écart ? En raison des normes en vigueur en Europe, qui obligent les fabricants à plus de prudence. Par conséquent, les batteries sont non seulement plus modestes, mais également moins chargées en silicium, réduisant mécaniquement les risques de gonflement et de dysfonctionnement.

On commence à comprendre que le jeu n’en vaut, pour l’instant, pas la chandelle. Samsung a mis des années à regagner la confiance de ses clients après le scandale des batteries de Galaxy Note 7 qui explosaient, et Apple n’est certainement pas du genre à se jeter sur la dernière mode venue. L’impact sur sa réputation pourrait être indélébile.

Samsung et Apple écoulent des centaines de millions de smartphones dans le monde tous les ans. En cas de problème avéré sur les batteries, on ne peut qu’imaginer le coût que représenterait la mise en place d’un plan de retour massif de produits défectueux. Les marques chinoises opérant à une échelle plus réduite ont moins ce souci et peuvent même être tentées de risquer la défaillance pour sortir de la mêlée en affichant la batterie la plus gargantuesque du marché.

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Opalite : avez-vous repéré ces clins d’œil dans le clip de Taylor Swift ?

(1) Anti-Hero, Mad Woman, Elizabeth Taylor

Cela est une tradition : à chaque nouvelle sortie de Taylor Swift (que cela soit une image, un clip ou une chanson), les fans essaient de décrypter avec minutie tous les petits détails, espérant trouver des significations cachées, des indices ou simplement des références au reste de l’œuvre de la chanteuse. Le clip vidéo Opalite, qui fait largement sensation, ne déroge pas à la règle et contient son lot de clins d’œil et d’easter eggs. Parmi les plus remarqués, les nombreuses (très nombreuses) allusions faites par la compositrice-interprète à d’autres chansons.

Que cela soit à travers les paroles, les décors ou les thématiques, le clip Opalite rappelle des chansons entendues dans folklore, Midnights ou le récent The Life of a Showgirl. Le lien principal est thématique. Dans la vidéo, Taylor Swift s’asperge d’un produit censé éliminer les problèmes, faisant une allusion évidente à la phrase « Hey, it’s me, I’m the problem, it’s me » de la chanson Anti-Hero, présent sur l’album Midnights.

Le clip Anti-Hero.

Également à remarquer, un poster de George Michael (une référence à Father Figure), un tableau de Portofino (en lien avec la chanson Elizabeth Taylor), ou l’enseigne Sweeter Than a Peach, évoquant les paroles du morceau The Life of a Showgirl.

Folklore a droit à son rappel avec un friendship bracelet porté par une pierre sur lequel il est possible de lire une phrase de la chanson Mad Woman. Enfin, Taylor Swift évoque aussi Lover et The Tortured Poets Department, le clip Opalite contenant de très nombreuses références à sa musique. Il ne fait aucun doute que d’autres liens seront trouvés dans les prochains jours.

(2) Ross et Monica dans Friends

La référence est évidente : Opalite rend hommage à l’ambiance des années 1990 et à une série emblématique de cette période, Friends. Les fans ne manquent pas de voir un clin d’œil assumé à l’un des moments cultes du show, la célèbre danse de Ross et Monica.

Dans Opalite, Taylor Swift et Domhnall Gleeson se livrent à une chorégraphie kitsch à souhait devant un jury dépité. La séquence fait fortement penser à la célèbre routine du duo dans Friends, lors de l’épisode The One With the Routine.

La danse emblématique de Ross et Monica.

(3) Les danseurs de The Eras Tour

Pendant près de deux ans, Taylor Swift a parcouru le monde avec The Eras Tour, sa tournée ambitieuse ayant battu tous les records. Lors des nombreux concerts donnés, les danseurs entourant la chanteuse ont su faire sensation au point d’être particulièrement appréciés des fans.

Dans le documentaire Taylor Swift: The End of an Era, tous ces artistes (danseurs, chorégraphes, musiciens etc.) n’ont pas manqué de s’exprimer et d’évoquer cette mise en avant suffisamment rare pour être soulignée. Dans Opalite, deux danseurs de Taylor Swift ont un petit rôle, Jan Ravnik (au début, dans la pub Opalite) et Kameron Saunders (lors de la scène de danse, il incarne un membre du jury), alors que Whyley Yoshimura, Raphael Thomas et Sam Mcwilliams font une apparition.

(4) Le Graham Norton Show

C’est l’origine même du clip : Opalite réunit tous les invités présents lors d’un épisode du Graham Norton Show en octobre 2025 lors duquel l’acteur Domhnall Gleeson dit espérer « apparaître un jour dans un clip de Taylor Swift ».

Derrière la blague, la chanteuse a créé spécialement Opalite en lui confiant le rôle principal, tout en invitant les autres artistes présents ce soir-là. Jodie Turner-Smith, Greta Lee, Cillian Murphy, Lewis Capaldi et l’animateur Graham Norton sont donc tous dans le clip vidéo.

Graham Norton dans Opalite.

(5) Son chat et son frère

Dernières apparitions plus personnelles pour Taylor Swift : celles de son chat et de son frère. Taylor Swift met souvent en avant ses animaux de compagnie et son chat Olivia est ainsi représenté sur l’un des sweats qu’elle porte.

Également en arrière-plan d’Opalite, le frère de Taylor Swift, Austin Swift, à voir lors d’une scène où le personnage de Domhnall Gleeson (et son cactus) se rend à une fête de Noël. Austin se trouve parmi les figurants.

Le clip vidéo d’Opalite.
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On n’était pas prêts pour le prix de la souris légendaire de Razer !

Deux mois après l’annonce de la ressortie de sa légendaire Boomslang, Razer annonce la douloureuse. Alors que l’actuelle souris gaming la plus chère du catalogue de l’Américain se négocie autour des 200 €, la Boomslang en édition limitée s’affichera, dès aujourd’hui… à 1 337 €. Vous avez bien lu.

Une souris ultralimitée

1 337, tout comme le nombre très réduit de souris que va produire Razer avant de les mettre sur le marché (en précommande) ce 11 février. Remarquez, à ce prix, les stocks pourraient peut-être durer quelques jours de plus que prévu ! La Boomslang, qui, pour rappel, est la première souris iconique vendue par Razer en 1999, sera (logiquement) numérotée et vendue avec un dock de recharge sans fil.

Si elle reprend le design très particulier de son aînée, la Razer Boomslang dernière génération profite bien entendu de tous les atours d’une souris gaming d’aujourd’hui. On y trouvera notamment des switchs optiques, plusieurs boutons programmables, un polling rate de 8 000 Hz et un capteur haute sensibilité de 45 000 dpi.

Bref, une souris dernier cri dans des habits d’antan… mais aussi, de fait, la souris gaming la plus onéreuse jamais commercialisée. Un véritable coup de pub pour Razer, qui flirte avec la mode du rage baiting.

Une annonce reçue… comme vous l’imaginez

Razer s’était bien gardé de dévoiler le prix de sa souris commémorative (dont le tout dernier exemplaire sera signé de la main du PDG de l’entreprise). Et on comprend maintenant pourquoi ! Il n’y a qu’à jeter un œil au subreddit officiel de la marque pour se rendre compte de l’ampleur de l’incendie. Pour certains fans, ça ressemble carrément à un poisson d’avril en avance.

Pour ajouter de l’huile sur le feu, Razer semble tenir à sa petite blague. Pourquoi 1 337 € ? En référence au leet speak, très populaire au début des années 2000, qui consiste à remplacer les lettres par des chiffres (leet = 1337). Cela signifie que le prix est le même en euros, en dollars, mais également en livres, ce qui nous donne plus de 1 530 € au cours actuel de la monnaie britannique.

Bref, si vous souhaitiez offrir la nouvelle Razer Boomslang à l’être aimé pour la Saint-Valentin, peut-être vaut-il mieux vous rediriger vers un autre article ! On vous donne un coup de pouce à cette adresse.

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Batman : 40 ans après, pourquoi The Dark Knight Returns reste indétrônable ?

1986, année faste pour la bande dessinée américaine. Art Spiegelman raconte comment ses parents ont survécu aux camps de concentration dans le premier tome de Maus. Un libraire de l’Oregon, Mike Richardson, lance une maison d’édition appelée à devenir l’un des acteurs majeurs de l’industrie du comics, Dark Horse, d’où sortiront Hellboy, The Mask et Sin City. DC entame la publication de Watchmen, magnus opum d’Alan Moore et Dave Gibbons. Et donne un coup de pied dans la fourmilière.

The Dark Knight Returns.

En février 1986, des millions de bédévores découvrent, ébahis, les premières pages de The Dark Knight Returns, polar hard-boiled dans les tréfonds méphitiques de Gotham City où un Batman fourbu joue au vigilante façon Clint Eastwood. À l’origine de ce coup d’éclat, un jeune prodige, iconoclaste en diable : Frank Miller.

L’homme qui a sorti Marvel du marasme en débarrassant Daredevil de ses collants ringards et de son décorum cosmique. Sous sa plume, la réalité d’une noirceur abyssale frappe les super-héros de plein fouet. Le ton de l’âge moderne du comics est donné. N’eût-il sorti le Chevalier noir de sa Batcave, la pop culture n’aurait pas le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.

Le retour du héros

« Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi. » La sentence qui clôture Film socialisme de Jean-Luc Godard résume le dilemme moral larvé dans les planches de The Dark Knight. C’est que la question travaille au corps Frank Miller depuis la plus tendre enfance. À l’âge de 5 ans, sa famille l’emmène voir au cinéma La bataille des Thermopyles, dans lequel le réalisateur Rudolph Maté exalte le courage des Spartiates mené par Léonidas face à l’invasion des guerriers perses.

The Dark Knight Returns.

« À la fin, mon grand frère et moi, nous nous sommes regardés, nous n’étions pas sûrs de ce qui s’était passé, se souvient Miller dans une interview accordée aux Inrocks en 2018. Mon frère s’est tourné vers mon père, assis derrière nous. “Papa… Les bons sont morts ?” Il a répondu : “Oui, mon fils, j’ai peur que ça soit le cas.” L’idée que je me faisais des héros avait changé à jamais. Avant, je pensais qu’ils gagnaient, récoltaient à chaque fois la gloire. J’ai alors compris qu’être un héros ne signifiait pas forcément triompher, mais, avant tout, essayer d’accomplir ce qui semble juste. » À l’instar de Batman sorti de sa retraite pour expurger le mal qui ronge (encore) Gotham City dans The Dark Knight Returns.

À 55 ans sonnés, Bruce Wayne n’a plus la superbe d’autrefois. La mort de Jason Todd/Robin a exacerbé sa misanthropie. Ses pulsions de violence explosent les potards. Épaulé par un nouveau Robin, une adolescente du nom de Carrie Kelley (une première dans l’histoire de Batman), le Chevalier noir reprend du service, cette fois contre le gang des Mutants, une clique de pillards et de meurtriers. La croisade vengeresse prend des accents de règlement de comptes lorsque ressurgissent deux visages du passé.

The Dark Knight Returns.

La bouille rafistolée, Harvey Dent, alias Double-Face, menace de prendre Gotham en otage peu avant que le Joker ne fasse des siennes à nouveau. Batman doit aussi composer avec Superman qui tente de le neutraliser sur ordre du Président des États-Unis, Ronald Reagan. Un programme chargé (178 pages), truffé de références à l’univers DC et de commentaires sociopolitiques trempés dans une encre noire comme jamais.

Un comics d’un genre nouveau

Franc-tireur, Frank Miller dynamite les codes établis du comics dans The Dark Knight Returns. Entre autres audaces formelles, la démultiplication des cases sur une même planche, allant parfois jusqu’à en incruster 16 par page. La noirceur de son univers bénéficie du crayonné inégalable de Lynn Varley (déjà à l’œuvre sur une précédente minisérie de Miller, l’excellent Ronin), mais aussi aux talents de son fidèle encreur, Klaus Janson, dont le travail a d’ailleurs été distingué par trois prix Jack-Kirby.

The Dark Knight Returns.

Miller taille à la serpe les visages des personnages masculins, quitte à parfois grossir le trait. Bruce Wayne hérite ainsi d’une musculature hypertrophiée et d’une mâchoire anguleuse à l’excès. Une esthétique nietzschéenne à l’image des héros bodybuildés (Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone…) qui ont le vent en poupe dans l’Amérique de Ronald Reagan.

Avec The Dark Knight Returns, Frank Miller livre surtout une charge furieuse contre la culture des écrans, alors en plein boom aux États-Unis. « Aussi, je voulais utiliser les écrans de télévision pour montrer à quel point nous sommes ridicules dans notre manière de rapporter les informations. Nous nous emparons d’événements importants et terrifiants, et les faisons apparaître banals, presque amusants. À l’inverse, nous prenons des faits anodins et les rendons importants », explique-t-il dans une interview publiée par Le Monde en 2015.

The Dark Knight Returns.

Un commentaire d’un pessimisme toujours aussi corrosif 40 ans plus tard. Si Christopher Nolan (derrière la trilogie The Dark Knight) et Zack Snyder (Batman v Superman) lui sont redevables, Miller compte aussi bon nombre de détracteurs sur le registre politique.

En cause, des opinions ultraconservatrices dans ses prises de parole, les années passant. Une lecture attentive permet d’en déceler les prémisses dans le scénario The Dark Knight Returns, qui voit Batman prendre la tête d’une milice chargée de faire régner la loi à Gotham City, symptôme d’une idéologie sécuritaire à la racine du fascisme.

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DuckDuckGo lance son assistant d’IA vocal et privé

Le navigateur web bien connu des personnes qui rejettent l’hégémonie de Google, DuckDuckGo lançait, en mars dernier, Duck.ai : une plateforme regroupant plusieurs modèles de langage (LLM) populaires, tout en ajoutant une bonne couche d’anonymisation des échanges. Aujourd’hui, l’éditeur renforce son offre avec le lancement de la fonction chat vocal, similaire à ChatGPT Voice ou Gemini Live.

Le chat vocal s’invite dans Duck.ai

Duck.ai n’est pas un module qui vient vous déranger pendant votre navigation. Il s’agit d’un site séparé du reste des activités de l’entreprise, qui reprend peu ou prou les codes des autres chatbots d’intelligence artificielle du marché. En ce sens, on pense notamment à Lumo, l’assistant d’intelligence artificielle sécurisé lancé par Proton.

Duck.ai est donc une métaplateforme donnant accès à la fois à des modèles d’OpenAI, Google ou Anthropic (Claude). Jusqu’à présent, on interagissait avec l’outil par écrit, et on peut lui demander de nous générer une image depuis peu. Aujourd’hui, DuckDuckGo franchit une étape majeure en inaugurant les chats vocaux sur sa plateforme.

Pour l’heure, seul le modèle d’OpenAI est proposé, en raison de ses performances et de sa légèreté. D’autres pourront être ajoutés à l’attirail de Duck.ai si l’entreprise parvient à obtenir des résultats satisfaisants, notamment en matière de confidentialité des données. Il ne faudrait pas que DDG se mette à dos ses principaux utilisateurs et utilisatrices par excès de confiance.

Duck.ai chat vocal
De belles promesses de confidentialité.

Comment fonctionne le chat vocal de DuckDuckGo ?

Comme l’indique cette fenêtre qui s’ouvre au premier lancement du chat vocal, la fonctionnalité est « privée par design ». C’est-à-dire qu’à l’instar du chat écrit, rien de ce que vous direz ne saurait être relié à votre identité réelle et vos échanges ne serviront pas à entraîner les modèles d’IA. DDG promet aussi qu’aucun son n’est conservé sur ses serveurs ni sur ceux d’OpenAI. Une fois l’échange terminé, les fichiers sont définitivement supprimés.

Néanmoins, le dernier item de cette liste nous demande aussi d’accepter que nos données vocales soient transmises à OpenAI pour l’utilisation de cette fonctionnalité. Même si DDG assure ne pas être intéressé par vos données, ce n’est probablement pas le cas du concepteur de ChatGPT, qui suit une tout autre politique en matière de collecte de données. Sur la page du support de la fonctionnalité, l’éditeur est toutefois plus rassurant : « OpenAI est contractuellement limité dans sa façon d’utiliser vos données vocales pour le fonctionnement de ses services. » Par ailleurs, DuckDuckGo promet que le flux audio est chiffré avant de le transmettre à son partenaire.

Notez que le chat vocal est pour l’heure disponible sur navigateur uniquement, à l’exception de Firefox (ça arrivera plus tard). Une limite d’usage est aussi imposée aux internautes ; le but étant de les encourager à souscrire un abonnement facturé 9,99 € par mois et ouvrant l’accès à davantage de fonctionnalités et des modèles plus récents.

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« Parler plutôt que chanter, c’est mon refuge » : Dry Cleaning hypnotise le post-punk

Oubliez la rage du post-punk. Chez Dry Cleaning, la résistance se murmure et se scande avec le flegme d’un thé infusé trop longtemps. Lorsqu’on la joint par visio, la leadeuse Florence Shaw est à l’image de ce que l’on imaginait d’elle : habitée et résolument anti-étiquette. Elle est là pour nous parler du nouvel album du groupe, sobrement intitulé Secret Love, sorti en janvier 2026.

On y retrouve l’ADN du quatuor londonien : un rock anguleux, des guitares nerveuses et toujours ce spoken word qui sert de point d’ancrage à la musique. Mais Secret Love marque aussi une évolution nette dans la discographie de Dry Cleaning. Avec l’arrivée de la Galloise Cate Le Bon à la production, le son se fait ici plus chaleureux, flirtant parfois avec la pop, tout en conservant sa tension sèche et ce sens aigu de l’ironie so british. Autre nouveauté : Shaw ne se contente plus de parler, elle laisse parfois entrer la mélodie. 

Nous avons discuté avec elle de ses inspirations, de sa passion pour Bad Bunny et de ce « non-chant » si emblématique.  

L’album s’appelle Secret Love. Un titre qui évoque quelque chose d’intime, de romantique. De quoi s’agit-il exactement ?

Dans certaines chansons, il est question de sentiments très intimes – parfois romantiques, parfois simplement une forme de tendresse très chaleureuse. Des choses que l’on garde près de soi, non pas pour les cacher, mais pour les protéger. Quelque chose qu’on n’a pas forcément envie d’exposer au monde extérieur. Une sorte de jardin secret. 

Tu as souvent parlé de ta manière d’écrire tes chansons en collectant des fragments, comme des bouts de conversations entendues, des phrases lues, des petits détails du quotidien. Ce processus a-t-il évolué pour cet album ?

Oui, beaucoup plus de choses se sont écrites directement en salle de répétition. Au lieu d’arriver avec des éléments déjà collectés, j’écrivais davantage sur le moment, en réaction à la musique.

J’ai toujours assemblé mes textes dans la pièce, avec le groupe qui joue, mais là j’ai beaucoup plus écrit directement. J’ai aussi utilisé des objets que je collectionne, comme des cartes postales, des cartes de visite, pour m’inspirer, pendant que le groupe jouait. L’écriture était très immédiate sur cet album.

On a l’impression d’une écriture presque dadaïste. 

Oui, complètement. 

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Le groupe britannique Dry Cleaning

Plusieurs chansons évoquent la désinformation, les fake news. Est-ce l’air du temps qui t’a inspiré ? 

Oui, je me sens assez agressée par la quantité de messages auxquels on est exposés chaque jour. Et beaucoup sont malsains. Je ne parle pas forcément des réseaux sociaux. J’ai l’impression que les médias deviennent de plus en plus polarisés, sans laisser beaucoup de place à la nuance ou à la discussion. Tout est rapide, court, bruyant. Ça donne l’impression d’être enfermé dans une pièce remplie de gens qui hurlent en même temps. 

Rocks, extrait de l’album Secret Love

C’est votre premier album avec la musicienne galloise Cate Le Bon à la production. Qu’a-t-elle apporté de nouveau à Dry Cleaning ?

Elle a pris très au sérieux la dimension émotionnelle des morceaux. C’était quelque chose d’important pour elle. Cate a une capacité rare à comprendre à la fois le langage technique – le studio, la fabrication d’un disque – et ce qui vient des tripes. Dans Dry Cleaning, chacun a un peu son terrain de prédilection : certains sont plus techniques, d’autres plus émotionnels. Et elle parlait tous ces langages.

Elle a vraiment pris le temps de comprendre chacun d’entre nous. Et ça m’a immédiatement rassurée. Travailler avec un·e producteur·rice est toujours un pari, avec beaucoup d’enjeux, y compris financiers. Mais très vite, j’ai senti qu’elle était sincèrement touchée par la musique. Et ça change tout.

On continue de qualifier Dry Cleaning de groupe « post-punk ». Comment définierais-tu votre son aujourd’hui ?

Je n’ai jamais été très attachée aux genres. C’est paradoxal, parce que j’adore classer, organiser, trier… mais pas en musique.

J’ai toujours été plus intéressée par le contenu que par la forme : ce que quelqu’un dit, comment il le dit, la tension, l’émotion, plutôt que le style musical. Cela dit, les étiquettes sont utiles. Quand on a commencé, l’étiquette « post-punk avec voix parlée » a aidé beaucoup de gens à nous trouver. Donc je n’ai aucun problème avec ça. Mais notre « vraie » étiquette, si elle existe, reste à inventer.

Ce nouvel album est plus mélodique que les deux précédents. Quelles influences ont accompagné cette évolution ?

Il y a énormément de choses. J’adore les films du réalisateur suédois Roy Andersson, et notamment un documentaire sur sa manière de travailler, Being a Human Person. Il m’a beaucoup nourrie.

Il y a aussi ce documentaire complètement fou sur Elton John, Tantrums and Tiaras (1997), filmé par son compagnon avec une simple caméra. On le voit vivre, faire des crises, être drôle, très tendre… J’ai adoré.

Musicalement, Joanna Sternberg m’a beaucoup marquée. Ses chansons sont presque des pages de journal intime, très révélatrices, mais aussi très drôles, avec une vraie personnalité vocale.

Ta voix parlée est devenue une signature forte du groupe. Comment s’est-elle imposée ?

J’ai toujours aimé la musique avec une dimension parlée. Ça me semblait excitant, presque désobéissant. Gil Scott-Heron, The Last Poets, The Sunscreen Song de Baz Luhrmann, la chanson de The Orbs Little Fluffy Clouds… J’étais toujours attirée par ça.

Quand j’ai rejoint le groupe, Nick (Buxton, le batteur de Dry Cleaning -ndlr) m’a envoyé une petite playlist de voix « non conventionnelles », juste pour m’ouvrir l’esprit et me rassurer. Et tout à coup, cela m’est apparu comme un évidence.

Aujourd’hui, ma voix est plus mesurée, presque hypnotique, comme un mantra. C’est très apaisant, presque méditatif. J’y trouve beaucoup de plaisir.

Est-ce frustrant parfois de ne pas vraiment « chanter » ?

Pas du tout. Parce que je suis juste moi-même. Cette voix est déjà en moi. Chanter, au contraire, me fait me sentir plus exposée, plus vulnérable. Parler, c’est mon refuge. 

Y a-t-il un morceau qui représente le mieux Dry Cleaning aujourd’hui ?

C’est difficile d’en choisir un. I Need You revient souvent. Il est très méditatif, avec très peu de guitare, beaucoup de claviers, ce qui est inhabituel pour nous. On sort tous un peu de notre zone de confort sur ce titre.

Let Me Grow and You’ll See the Fruit est aussi une chanson importante : elle n’est pas radical, mais elle capture une ambiance que nous cherchions depuis longtemps. 

Comment imagines-tu ces chansons vivre sur scène ?

Avec beaucoup de contrastes. Des moments très calmes, quasi acoustiques, et d’autres très agressifs, presque sensoriels. J’aimerais pousser ces extrêmes, rendre les concerts plus dynamiques, presque théâtraux dans leur construction.

Tes textes sont souvent comparés à de la poésie. Que lis-tu en ce moment ?

J’aime beaucoup le travail de Ntiense Eno-Amooquaye, une artiste et poétesse basée à Peckham, membre du collectif Intoart. Ce sont des textes très courts, très précis, avec des juxtapositions étranges entre quotidien et imaginaire.

Je reviens aussi souvent à la poétesse américaine Chelsea Minnis, notamment son livre Baby I Don’t Care. Des poèmes indisciplinés, excessifs, très intenses, souvent autour de l’amour.

Quels albums t’ont accompagnée ces derniers mois ?

J’ai beaucoup écouté et adoré Just Another Diamond Day de Vashti Bunyan, surtout à l’automne 2025. J’ai aussi énormément écouté Bad Bunny l’an dernier. DeBÍ TiRAR MáS FOToS est un disque tellement formidable. Et toute l’esthétique visuelle et toute la direction artistique autour de cet album étaient vraiment inspirantes

Et puis l’album Non Stop Ecstatic Dancing de Soft Cell, Aphex Twin… J’écoute les mêmes disques encore et encore, au grand désespoir de mes colocataires.

As-tu envie de continuer à explorer de nouveaux sons, de nouvelles choses ?

Oui, j’adore aller ailleurs, être « débutante », apprendre de nouvelles choses. C’est même comme ça que je suis arrivée dans Dry Cleaning.

La tournée va prendre beaucoup de place, mais c’est aussi un moment propice pour lancer des projets parallèles, des expositions, des idées en gestation. J’ai plusieurs choses sur le feu pour cette année et c’est très excitant.

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Cross : que nous réserve la saison 2 ?

La traque reprend pour Alex Cross. Après le succès d’une première saison lancée en 2024, Prime Video dévoile ce 11 février les trois premiers épisodes du deuxième volet de la série. Les cinq suivants seront diffusés à un rythme hebdomadaire jusqu’au 18 mars. Huit chapitres composent au total cette nouvelle salve du thriller adapté de l’univers imaginé par James Patterson.

De quoi parle la série ?

Développée par Ben Watkins et produite par Amazon MGM Studios, Cross met en scène un détective et psychologue judiciaire basé à Washington D.C. Le récit mêle enquête policière, tension et drame familial, avec une narration feuilletonnante qui s’attarde sur les dilemmes du protagoniste.

Saison 1 de Cross.

La première saison a introduit ce personnage incarné par Aldis Hodge, qui traque un tueur en série mettant en scène ses crimes, en référence à des affaires célèbres. Les comédiens Isaiah Mustafa, Alona Tal et Samantha Walkes constituaient l’entourage professionnel et personnel du héros.

Quelle est l’intrigue de la saison 2 ?

La nouvelle saison poursuit les événements du volet précédent. Alex se retrouve confronté à une justicière qui cible des milliardaires soupçonnés de corruption. L’enquête le conduit notamment vers Lance Durand, puissant homme d’affaires interprété par Matthew Lillard. Le personnage de Luz, incarné par Jeanine Mason, interroge cette frontière entre justice et vengeance. Wes Chatham rejoint également la distribution.

Aldis Hodge et Isaiah Mustafa dans la saison 2 de Cross.

Quels liens avec les romans de James Patterson ?

La série puise dans l’œuvre prolifique de Patterson, qui a introduit le personnage d’Alex Cross en 1993 avec Le masque de l’araignée – qui a par ailleurs fait l’objet d’un film de Lee Tamahori en 2001, avec Morgan Freeman. Depuis, plus de 30 thrillers ont décliné les enquêtes de ce détective confronté à des criminels aux profils retors.

Pour la version télévisée, les scénaristes ne transposent pas de livres précis mais s’appuient sur l’univers et les personnages. Les intrigues des saisons 1 et 2 sont nouvelles, mais conservent les particularités des romans. Une manière de prolonger l’héritage littéraire sans s’y enfermer.

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”Hurlevent” : pourquoi le choix de Jacob Elordi fait tant parler ?

À chaque nouvelle adaptation, son lot de polémiques. « Hurlevent », réalisé par Emerald Fennell, ne déroge pas à la règle, d’autant plus que le film avec Margot Robbie et Jacob Elordi s’éloigne volontairement du roman d’Emily Brontë. Nouvelle adaptation modernisée, « Hurlevent » dépeint la relation toxique entre Heathcliff et Catherine dans la région du Yorkshire en Angleterre, entre romance bafouée, thématique sociale et vengeance orchestrée par le protagoniste.

Le personnage de Heathcliff, justement, est au cœur de l’histoire, mais le choix de Jacob Elordi pour l’incarner fait débat. Certains lecteurs et lectrices du classique de la littérature gothique estiment, en effet, que l’acteur ne correspond à la description faite par l’autrice dans son livre.

La bande-annonce de « Hurlevent ».

Quelle est l’origine de Heathcliff ?

Les hauts de Hurlevent indiquent que le jeune garçon aurait le « teint foncé », « aussi sombre presque comme s’il venait du diable ». Si Emily Brontë ne donne pas ses origines exactes, le personnage est dépeint comme un enfant de gitans, qui contraste largement avec les habitants du Yorkshire.

Plus que la couleur de peau, l’élément majeur entourant le personnage de Heathcliff est sa différence de classe. Considéré comme un étranger, il n’appartient pas à la même classe sociale que Catherine, créant un nouveau contraste lorsque le personnage revient dans le Yorkshire après avoir fait fortune. Ainsi, depuis l’annonce de Jacob Elordi dans le rôle de Heathcliff, deux discours s’opposent.

D’un côté, certains estiment que le personnage doit refléter, physiquement, sa différence avec la famille Earnshaw. À l’inverse, dans le cas d’une adaptation volontairement éloignée du roman, l’origine somme toute ambiguë dans le livre de Heathcliff — Emily Brontë ne donne pas de réponse claire et définitive — laisse une marge de manœuvre importante.

La thématique autour du garçon étranger recueilli par une bonne famille peut être explorée autrement que par sa simple apparence, en utilisant son langage, son comportement, ses réactions ou son caractère. Pour Emerald Fennell, Jacob Elordi représente le héros byronien par excellence, à la fois méprisable et attachant, allant avec sa vision très personnelle de cette histoire.

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Les enfants de plomb : l’histoire vraie derrière la série

Région minière et métallurgique au cœur de la Pologne communiste, la Haute-Silésie a longtemps incarné la réussite industrielle d’un régime fondé sur la production et l’acier. C’est dans cet environnement de poussières et de fumées que s’ouvre Les enfants de plomb, mini-série mise en ligne le 11 février sur Netflix. Réalisée par Maciej Pieprzyca, remarqué en 2013 avec La vie est belle, l’œuvre s’appuie sur un scandale sanitaire avéré.

Que raconte la série ?

Dans son cabinet, les consultations de la pédiatre Jolanta Wadowska-Król se succèdent et les symptômes se ressemblent : retards de développement, troubles neurologiques, fatigue persistante… L’enquête médicale révèle des concentrations anormalement élevées de plomb dans le sang des enfants vivant à proximité d’une fonderie. Le diagnostic est sans ambiguïté : l’industrie locale empoisonne lentement une génération.

Les enfants de plomb

La fiction suit la détermination de la médecin à documenter les cas, organiser des dépistages et alerter les autorités. Mais dans une Pologne où l’appareil d’État contrôle l’information et protège son image industrielle, la reconnaissance du problème devient une affaire politique.

Que dit l’histoire ?

Les faits sont établis. Dans la région de Katowice, des milliers d’enfants ont été exposés à des niveaux toxiques de plomb dans les années 1970. La docteure a effectivement joué un rôle central dans la prise en charge des patients et dans la mise en lumière du scandale. La série dramatise certains échanges, condense des figures administratives et resserre la chronologie. Elle demeure toutefois fidèle à la trame principale.

À l’époque, reconnaître l’ampleur de l’intoxication revenait à admettre une faille du modèle, or l’industrie lourde était un symbole national. Cette tension entre vérité scientifique et raison d’État structure le récit. Les enfants de plomb ne se contente pas de reconstituer le drame : elle éclaire aussi des trajectoires individuelles.

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Ô dela : que vaut le nouveau spectacle de Roman Frayssinet ?

Il y a trois ans, Roman Frayssinet présentait le premier chapitre d’un triptyque humoristique. Avec Ô dedans, le stand-uppeur développait ainsi un show malin et profond. Sans tabou, il évoquait son passé, ses anciennes addictions tout en nous embarquant au sommet d’une montagne corse pour un date foireux, dans un hôtel miteux de Bretagne tenu par une personne de petite taille ou encore dans un after en plein appartement abritant un vivarium.

Révélé grâce à l’émission Clique de Mouloud Achour, l’artiste dévoilait ainsi, durant ce premier chapitre, une véritable paix intérieure tout en offrant une réflexion foudroyante sur notre société. Chirurgie esthétique, réseaux sociaux, apparence… Tout y passait, l’humoriste questionnant avec autant de philosophie que d’absurdité les grands maux du XXIe siècle.

Ô dedans, de Roman Frayssinet.

La drôlerie Frayssinet

De retour en 2025 avec Ô dela, deuxième chapitre de la trilogie Frayssinet, ce dernier continue d’interroger notre monde. Sur la scène de l’Olympia, l’humoriste y déploie ainsi entre humour potache et philosophie poussée, un spectacle drôle et réflexif sur notre société de « gogols », ses contradictions — un sketch sur le mot « dyslexie » est des plus délicieux — tout en prônant le vivre ensemble.

Car Roman Frayssinet a décidé d’écarter le négatif et de tout prendre avec bonne humeur. Un changement de cap bienvenu, souligné par la mise en scène du spectacle diffusé dès ce mercredi 11 février sur Canal+. Filmé dans le noir le plus total, l’artiste s’autorise toutefois des jeux de regards avec la caméra pour encore mieux saisir le fil de pensée de l’artiste et offrir un aspect méta à sa prestation.

Ces mimiques quasi-clownesques renforcent la caractère humoristique de son seul-en-scène, à l’instar d’un débit de paroles mélodiques mais ultra efficace ; véritable marque de fabrique de l’artiste depuis ses débuts avec son spectacle Alors (2018).

Un regard toujours honnête

Malgré l’absurdité d’un spectacle lancé à 1000 à l’heure, l’humoriste n’en oublie une autre de ses signatures : partir d’un constat simple pour en déduire une réflexion brillante sur notre monde « dans lequel on a tous notre place ».

En racontant ainsi sa rencontre lunaire avec un homme cagoulé dans la rue, Roman Frayssinet livre sa pensée sur sa notoriété ; en comparant sa fonction d’humoriste « aux mecs qui font des graffitis », il interroge aussi la place du rire aujourd’hui. « Si c’est bien fait, ça met une petite ambiance. Mais y’aura jamais besoin de nous en urgence » reconnaît-il, sans fausse modestie, appuyé sur le pied du micro.

Avec authenticité, l’humoriste pose un regard sincère et objectif sur notre monde… mais aussi sur lui-même. Dans Ô dela, l’artiste se laisser aller, en effet, à certaines confidences. Il fait ici rentrer sa famille dans son univers et nous présente une « mère dotée d’un sixième sens » après nous avoir embarqué dans son enfance, en région parisienne, sur ses trajets en Noctilien qu’il compare « au bus des vampires ». Surtout, il avoue son incapacité à s’engager, et son infidélité.

À travers une auto-analyse franche, Roman Frayssinet déploie un spectacle d’une lucidité déconcertante. Toujours emmené par une verve dynamique, absurde et puissante, l’humoriste le plus singulier du stand-up français offre avec Ô dela un deuxième chapitre réussi, fidèle à son univers.

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