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Reçu aujourd’hui — 11 février 2026

« Hurlevent » : que vaut la nouvelle adaptation avec Margot Robbie et Jacob Elordi ?

Par :import
11 février 2026 à 13:55

Catherine Earnshaw (Margot Robbie) vit à Hurlevent, une demeure hostile perdue au milieu des falaises. Aux côtés de son père alcoolique (Martin Clunes) et de Heathcliff (Jacob Elordi), un rejeton ramassé dans la rue par le patriarche, elle voit la fortune des Earnshaw disparaître. Lorsqu’une nouvelle famille, les Linton, s’installe dans une maison à proximité, la vie de Catherine bascule. Mais la passion qui l’unit au jeune Heathcliff, elle, ne fait que s’intensifier…

Se distinguant directement de l’œuvre originale en utilisant des guillemets autour du titre, Emerald Fennell propose un film qui colle à ce qu’elle s’était imaginé en tant que jeune lectrice des Hauts de Hurlevent. Une raison qui lui permet des anachronismes dans la bande originale, les tenues et les décors.

Une photographie riche

Cette liberté donne tout son style à ce film qui se définit avant tout par des visuels époustouflants, à l’instar de ceux que l’on avait déjà pu apercevoir dans Saltburn (2023), le dernier film d’Emerald Fennell, tourné lui aussi avec Jacob Elordi. 

Des jeux visuels qui ne sont pas sans rappeler les period drama les plus célèbres du cinéma, notamment Orgueil et préjugés de Joe Wright (2006). Ainsi, dans le « Hurlevent » d’Emerald Fennell, Margot Robbie et Jacob Elordi se prêtent au jeu des scènes romantiques spectaculaires sous une pluie battante.

Dans cette nouvelle adaptation, la cinéaste se démarque par une photographie finement réfléchie et visuellement impressionnante. Les ciels violet, rouge et orange donnent une tonalité presque fantastique au récit, faisant de l’histoire de Cathy et Heathcliff un conte s’inscrivant en dehors de la réalité. 

Le rouge est omniprésent, notamment dans les tenues de Margot Robbie, et annonce déjà l’aspect tragique de l’histoire entre les deux protagonistes. Des rubans qu’elle porte dans les cheveux aux jupons de ses robes, toutes les nuances de rouge sont représentées et contrastent avec le regard bleu perçant de l’actrice. 

La cheffe costumière, Jacqueline Durran (qui avait déjà travaillé aux côtés de Margot Robbie sur le tournage de Barbie), a soigneusement réfléchi aux 38 costumes sur-mesure portés par le personnage de Cathy. « Hurlevent » se présente comme un film d’époque, mais une époque floue, unique, imaginée par la réalisatrice.

Tragédie romantique

Tout au long de cette adaptation, l’opposition entre les deux personnages est flagrante, tant dans leur caractère que dans leur représentation. Si le roman de Brontë n’est, au départ, pas une romance, mais bien une histoire sombre de revanche sociale et d’obsession, le film s’écarte des thèmes originaux pour se concentrer sur une histoire d’amour tragique bien plus explicite que dans le texte. 

Elordi incarne un Heathcliff plongé dans une noirceur gothique, aux regards et tenues sombres. Son association à Hurlevent est évidente : cette demeure, au cœur d’un environnement hostile, est toujours filmée sans lumière ou presque. C’est le cas dès la première partie, lorsque les deux personnages enfants, joués par Charlotte Mellington et Owen Cooper (révélé dans Adolescence), semblent déjà séparés par une force invisible. 

Catherine seule apporte sa lumière au film. Par ses yeux clairs et sa chevelure blonde, elle est la seule source d’espoir dans la vie de Heathcliff. Leur différence de classe, qui se confirme lorsque Catherine épouse le riche Edgar Linton, renforce cette séparation. 

Le personnage de Catherine est très nuancé. Margot Robbie interprète la pluralité de cette femme tour à tour cruelle, naïve et perfide. L’actrice australienne campe une Cathy habitée par le désir et l’effervescence d’un premier amour qui la hantera toute sa vie. Tout au long du film, elle est observée par sa femme de chambre, Nelly (Hong Chau), juge et témoin secret de cette relation interdite.

La bande originale, signée Anthony Willis et ponctuée de titres conçus par la chanteuse pop britannique Charli XCX, ajoute au tragique de l’histoire. Elle inscrit le mythe dans une époque plus moderne et redonne de l’énergie à des scènes qui manquent parfois de dynamisme. 

Un film haut en symboles

Emerald Fennell se réfugie dans une quantité presque excessive de symboles érotiques à l’écran, les privilégiant à des scènes explicites entre les deux personnages (qui parsèment tout de même le film, raisonnablement). Du jaune d’œuf dégoulinant du doigt à la bouche d’un poisson, les gros plans s’enchaînent et expriment le désir réprimé de Catherine et Heathcliff.

Dans les dialogues, les références aux amants maudits sont nombreuses. Isabella Linton (Alison Oliver) raconte à son frère le synopsis de Roméo et Juliette de William Shakespeare juste avant de rencontrer Catherine. Un présage (poussif) qui ne tardera pas à se confirmer, sans toutefois égaler le tragique de la pièce de Shakespeare. 

Les personnages sont eux aussi (un peu plus habilement) truffés de symboles. Isabella est réduite à une enfant par son frère. Elle fabrique des poupées, porte des rubans à outrance et semble figée dans une candeur superficielle. Mais ce n’est que pour cacher l’émoi de la jeune femme, qui devient rapidement obsédée par Heathcliff.  

La bande-annonce de « Hurlevent »

La réalisatrice fait d’ailleurs de ce personnage iconique de la littérature un objet de désir et de mystère, au centre de son récit. Tout converge vers Heathcliff, du début jusqu’à la fin du film. Cette version du personnage est cependant bien moins sombre que celui du roman, ce qui adoucit considérablement le récit.

Avec « Hurlevent », Emerald Fennell signe une adaptation qui se détache volontairement de l’œuvre initiale, en créant une vision fantasmée de la relation entre Catherine et Heathcliff. Un parti pris de mise en scène convaincant, à l’instar du casting cinq étoiles. Car, sans lui et la claque visuelle pop et gothique assenée par Emerald Fennell, difficile de dire ce que l’on aurait réellement retenu de cette nouvelle réinterprétation d’un classique de la littérature, si ce n’est un fantasme d’adolescent…

Reçu hier — 10 février 2026

Amadeus : la pièce de théâtre événement a-t-elle convaincu ?

10 février 2026 à 15:00

Depuis le 22 janvier 2026, la vie et l’œuvre de Wolfgang Amadeus Mozart sont à découvrir au Théâtre Marigny dans la nouvelle adaptation de la pièce Amadeus de Peter Shaffer. Mis en scène par Olivier Solivérès (lauréat du Molière 2024 de la mise en scène pour Le cercle des poètes disparus), Amadeus aborde le talent du jeune compositeur face à son rival jaloux et admiratif Salieri, à la fin du XVIIIe siècle.

L’œuvre, emblématique, a reçu le Tony Award de la meilleure pièce en 1981 et a connu une large popularité grâce à l’adaptation cinématographique signée Miloš Forman en 1984, qui devrait d’ailleurs prochainement connaître un remake en série.

La présentation d’Amadeus au Théâtre Marigny.

L’histoire commence à Vienne le 2 novembre 1823, alors qu’un vieil homme, le compositeur officiel de l’Empereur, affirme avoir « tué Mozart » 32 ans auparavant.

Antonio Salieri raconte alors sa vie dans la musique et sa rencontre avec le génie insolent et incomparable, Wolfgang Amadeus Mozart. Jérôme Kircher incarne Salieri et Thomas Solivérès se glisse dans la peau de ce jeune Mozart incontrôlable et fougueux. Amadeus est à découvrir au Théâtre Marigny jusqu’au 5 avril 2026. La billetterie est accessible ici.

Que pense la presse d’Amadeus ?

La qualité de la pièce Amadeus n’est plus à prouver. Pendant près de 40 ans, l’œuvre de Peter Shaffer a conquis le public grâce à sa représentation du génie absolu de Mozart, tout en évoquant les thèmes de la jalousie et de la fascination.

Le personnage de Salieri est particulièrement complexe et ambigu, entre son envie de détruire Mozart pour avoir une chance de briller et sa certitude que le jeune compositeur de musique est le plus grand de son époque. L’enjeu de cette nouvelle adaptation réside donc dans les choix de mise en scène d’Olivier Solivérès et dans l’interprétation des comédiens.

Pour France Info, Amadeus version 2026 est « un spectacle enchanté » qui « brille par sa flamboyance […] porté par deux comédiens inspirés ». Le Parisien est tout aussi admiratif et évoque un spectacle « intense, bouleversant ». Le quotidien vante la mise en scène d’Olivier Solivérès, notamment lors de la scène mythique de la composition par Mozart de son Requiem ; une séquence réussie, « entre écriture théorique et illustration symphonique ».

Pour Le Figaro, « on sort avec le désir d’écouter ou de réécouter et Mozart », et Le Point parle d’une « réussite » tout en soulignant quelques « maladresses », dont « des éléments de décor trop clinquants », avant de conclure que « ces réserves étant faites, le reste du spectacle rachète ces petits faux pas. Le miracle tient ici à l’excellence de la distribution ». Amadeus a tout de la pièce de théâtre incontournable de ce début d’année 2026. À voir au Théâtre Marigny, à Paris.

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