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Reçu aujourd’hui — 11 février 2026

« Hurlevent » : que vaut la nouvelle adaptation avec Margot Robbie et Jacob Elordi ?

Par :import
11 février 2026 à 13:55

Catherine Earnshaw (Margot Robbie) vit à Hurlevent, une demeure hostile perdue au milieu des falaises. Aux côtés de son père alcoolique (Martin Clunes) et de Heathcliff (Jacob Elordi), un rejeton ramassé dans la rue par le patriarche, elle voit la fortune des Earnshaw disparaître. Lorsqu’une nouvelle famille, les Linton, s’installe dans une maison à proximité, la vie de Catherine bascule. Mais la passion qui l’unit au jeune Heathcliff, elle, ne fait que s’intensifier…

Se distinguant directement de l’œuvre originale en utilisant des guillemets autour du titre, Emerald Fennell propose un film qui colle à ce qu’elle s’était imaginé en tant que jeune lectrice des Hauts de Hurlevent. Une raison qui lui permet des anachronismes dans la bande originale, les tenues et les décors.

Une photographie riche

Cette liberté donne tout son style à ce film qui se définit avant tout par des visuels époustouflants, à l’instar de ceux que l’on avait déjà pu apercevoir dans Saltburn (2023), le dernier film d’Emerald Fennell, tourné lui aussi avec Jacob Elordi. 

Des jeux visuels qui ne sont pas sans rappeler les period drama les plus célèbres du cinéma, notamment Orgueil et préjugés de Joe Wright (2006). Ainsi, dans le « Hurlevent » d’Emerald Fennell, Margot Robbie et Jacob Elordi se prêtent au jeu des scènes romantiques spectaculaires sous une pluie battante.

Dans cette nouvelle adaptation, la cinéaste se démarque par une photographie finement réfléchie et visuellement impressionnante. Les ciels violet, rouge et orange donnent une tonalité presque fantastique au récit, faisant de l’histoire de Cathy et Heathcliff un conte s’inscrivant en dehors de la réalité. 

Le rouge est omniprésent, notamment dans les tenues de Margot Robbie, et annonce déjà l’aspect tragique de l’histoire entre les deux protagonistes. Des rubans qu’elle porte dans les cheveux aux jupons de ses robes, toutes les nuances de rouge sont représentées et contrastent avec le regard bleu perçant de l’actrice. 

La cheffe costumière, Jacqueline Durran (qui avait déjà travaillé aux côtés de Margot Robbie sur le tournage de Barbie), a soigneusement réfléchi aux 38 costumes sur-mesure portés par le personnage de Cathy. « Hurlevent » se présente comme un film d’époque, mais une époque floue, unique, imaginée par la réalisatrice.

Tragédie romantique

Tout au long de cette adaptation, l’opposition entre les deux personnages est flagrante, tant dans leur caractère que dans leur représentation. Si le roman de Brontë n’est, au départ, pas une romance, mais bien une histoire sombre de revanche sociale et d’obsession, le film s’écarte des thèmes originaux pour se concentrer sur une histoire d’amour tragique bien plus explicite que dans le texte. 

Elordi incarne un Heathcliff plongé dans une noirceur gothique, aux regards et tenues sombres. Son association à Hurlevent est évidente : cette demeure, au cœur d’un environnement hostile, est toujours filmée sans lumière ou presque. C’est le cas dès la première partie, lorsque les deux personnages enfants, joués par Charlotte Mellington et Owen Cooper (révélé dans Adolescence), semblent déjà séparés par une force invisible. 

Catherine seule apporte sa lumière au film. Par ses yeux clairs et sa chevelure blonde, elle est la seule source d’espoir dans la vie de Heathcliff. Leur différence de classe, qui se confirme lorsque Catherine épouse le riche Edgar Linton, renforce cette séparation. 

Le personnage de Catherine est très nuancé. Margot Robbie interprète la pluralité de cette femme tour à tour cruelle, naïve et perfide. L’actrice australienne campe une Cathy habitée par le désir et l’effervescence d’un premier amour qui la hantera toute sa vie. Tout au long du film, elle est observée par sa femme de chambre, Nelly (Hong Chau), juge et témoin secret de cette relation interdite.

La bande originale, signée Anthony Willis et ponctuée de titres conçus par la chanteuse pop britannique Charli XCX, ajoute au tragique de l’histoire. Elle inscrit le mythe dans une époque plus moderne et redonne de l’énergie à des scènes qui manquent parfois de dynamisme. 

Un film haut en symboles

Emerald Fennell se réfugie dans une quantité presque excessive de symboles érotiques à l’écran, les privilégiant à des scènes explicites entre les deux personnages (qui parsèment tout de même le film, raisonnablement). Du jaune d’œuf dégoulinant du doigt à la bouche d’un poisson, les gros plans s’enchaînent et expriment le désir réprimé de Catherine et Heathcliff.

Dans les dialogues, les références aux amants maudits sont nombreuses. Isabella Linton (Alison Oliver) raconte à son frère le synopsis de Roméo et Juliette de William Shakespeare juste avant de rencontrer Catherine. Un présage (poussif) qui ne tardera pas à se confirmer, sans toutefois égaler le tragique de la pièce de Shakespeare. 

Les personnages sont eux aussi (un peu plus habilement) truffés de symboles. Isabella est réduite à une enfant par son frère. Elle fabrique des poupées, porte des rubans à outrance et semble figée dans une candeur superficielle. Mais ce n’est que pour cacher l’émoi de la jeune femme, qui devient rapidement obsédée par Heathcliff.  

La bande-annonce de « Hurlevent »

La réalisatrice fait d’ailleurs de ce personnage iconique de la littérature un objet de désir et de mystère, au centre de son récit. Tout converge vers Heathcliff, du début jusqu’à la fin du film. Cette version du personnage est cependant bien moins sombre que celui du roman, ce qui adoucit considérablement le récit.

Avec « Hurlevent », Emerald Fennell signe une adaptation qui se détache volontairement de l’œuvre initiale, en créant une vision fantasmée de la relation entre Catherine et Heathcliff. Un parti pris de mise en scène convaincant, à l’instar du casting cinq étoiles. Car, sans lui et la claque visuelle pop et gothique assenée par Emerald Fennell, difficile de dire ce que l’on aurait réellement retenu de cette nouvelle réinterprétation d’un classique de la littérature, si ce n’est un fantasme d’adolescent…

Reçu hier — 10 février 2026

« Send Help » : Sam Raimi transforme le survival en comédie tordue et jubilatoire

Par :import
10 février 2026 à 16:55

Linda Liddle (Rachel McAdams) est responsable stratégie et projets assidue et douée dans une grosse entreprise de la tech. Elle a des souliers fétiches pour se donner du courage les jours où elle a le trac, et le soir, elle potasse des techniques de survie dans l’espoir, un jour peut-être, de participer à son émission d’aventure préférée tout en papotant avec sa perruche. Avancer dans la boîte ? Le PDG le lui avait promis. Sauf que rien n’a été marqué noir sur blanc. Et que c’est le fils du big boss, Bradley Preston (Dylan O’Brien, découvert dans la série Teen Wolf), qui va prend la relève à la mort de son père. Un garçon arrogant, sexiste et vicieux, pour qui l’esprit de boys club prime sur la loyauté et la méritocratie. 

Linda ? Elle le « dégoûte », tout simplement. Mais il a besoin de ses talents encore quelque temps avant de préparer son éviction. L’irritant golden boy va donc l’embarquer dans un voyage d’affaires sans se douter que le crash de leur jet va brutalement rebattre les cartes. Les voilà désormais naufragés sur une île déserte. Les deux collègues vont-ils réussir à cohabiter ? Parviendront-ils à survivre dans cet environnement aussi paradisiaque qu’hostile ?

 Send Help de Sam Rami

Rachel McAdams et Dylan O’Brien dans Send Help

Si la trame de Send Help peut paraître classique – deux personnes que tout oppose contraintes de s’apprivoiser – elle va rapidement prendre des chemins de traverse. Car le réalisateur Sam Raimi (Spider-Man, The Grudge) va s’amuser à multiplier les chausse-trappes et entremêler joyeusement les genres. On débute ainsi sur un arc qui ressemblerait presque à une rom-com un peu nunuche avant de s’aventurer vers des territoires beaucoup plus surprenants. 

Un réjouissant jeu de massacre

Renouant avec l’humour noir décalé et l’horreur cartoonesque de ses débuts (Evil Dead), Raimi parvient à créer un malaise comique particulièrement jubilatoire, triturant nos nerfs et flirtant avec les limites. Dans ce huis clos à ciel ouvert, le binôme McAdams et O’Brien fonctionne à plein régime, jouant la carte du Kho-Lanta burlesque avec délectation. C’est too much, absurde et irrésistible pour qui aime le sens du tempo, les twists et le goût de l’outrance du réalisateur. 

Derrière ce (classique) dispositif d’inversion des rôles, le film ausculte également les rapports de pouvoir, les dynamiques toxiques du monde professionnel et le sexisme systémique. Raimi pousse les curseurs à fond, mais la toile de fond, elle, renvoie à un cauchemar encore bien trop réel.

Send Help n’est pas un simple film de survie, ni une comédie conventionnelle. C’est une satire sociale grinçante, navigant entre Misery et Seul au monde, où Raimi transforme le survival en laboratoire cruel, révélant des monstres d’une banalité glaçante. 

Send Help, un film de Sam Raimi avec Rachel McAdams, Dylan O’Brien…

Sortie en salle le 11 février 2026. 

Reçu avant avant-hier

Harris Dickinson : l’anti-golden boy britannique à la conquête d’Hollywood

Par :import
9 février 2026 à 13:55

Mannequin désabusé ou encore prince de conte de fées, Harris Dickinson aurait pu rester captif de sa propre image. Pourtant, son premier long-métrage Urchin – présenté au Festival de Cannes 2025 dans la catégorie Un Certain regard – révèle une autre facette : celui d’un acteur au physique de premier de la classe devenu cinéaste, porteur d’un engagement social assumé. En quoi ce jeune natif de Londres se distingue-t-il réellement ? Zoom sur une trajectoire singulière, où l’exigence artistique l’emporte résolument sur le confort des blockbusters trop lisses.

De l’ombre des Beach Rats à la lumière de la Palme d’Or

Beach Rats, 2017. Le premier grand frisson d’Harris Dickinson. L’acteur, alors tout jeune, crève l’écran en incarnant Frankie, un ado de Brooklyn en pleine quête identitaire. Pris dans une tourmente familiale, entre une mère aimante et un père mourant, le jeune homme noie son mal-être dans la drogue et les rencontres clandestines.

Dans ce film, réalisé par Eliza Hittman, l’intensité silencieuse de Harris Dickinson frappe déjà et ce rôle, viscéral, marque les prémices de son obsession pour les marginaux.

Avec son allure de golden boy britannique – qu’il met à profit en incarnant le Prince Philippe dans Maléfique : Le Pouvoir du mal en 2019 –, il ne se contente pas de jouer les beautés figées, mais préfère malmener son image en privilégiant des partitions sombres et fragiles. 

Et la véritable bascule s’opère sous la direction de Ruben Östlund. Le cinéaste suédois, passé maître dans l’art de la provocation, lui offre l’un des rôles principaux dans le grinçant Sans Filtre. Il y campe Carl, un mannequin niais, compagnon de l’influenceuse Yaya (la regrettée Charlbi Dean Kriek), propulsé malgré lui dans un luxe qu’il ne fait qu’entrevoir, devenant le miroir d’une époque obsédée par l’apparence et le statut.

Une satire sociale folle – prouvant chez l’acteur un sens de l’autodérision rare – qui se verra récompensée par la Palme d’Or lors du Festival de Cannes en 2022. Une consécration qui propulse Dickinson, l’installant définitivement comme l’un des nouveaux visages audacieux du septième art.

L’acteur devient cinéaste

Car il y a une forme de dualité fascinante chez Dickinson. Alors qu’il aurait pu se contenter d’enchaîner les rôles de jeunes premiers, on le retrouve derrière la caméra à seulement 29 ans avec Urchin, son premier film qui suit Mike (Frank Dillane), un jeune sans-abri luttant pour sa survie dans la capitale anglaise.

Formé à la RAW Academy de Londres, l’acteur a toujours baigné dans une culture de création. Comme il le confiait à Numéro en mai 2025 « Je ne dirais pas qu’être acteur n’était plus assez pour moi, mais l’envie de réaliser est présente depuis ma jeunesse. Si je suis honnête, c’était mon premier amour. Réaliser des courts-métrages, des vidéos de skate à l’âge de dix ans, j’adorais cela.« 

La genèse d’Urchin est alors irriguée par une quête de vérité prenant source dans des maraudes menées régulièrement par l’acteur, accompagné d’Under One Sky, une association londonienne. « Je suis toujours engagé. Quand je suis chez moi et que j’ai le temps, j’essaie toujours de donner un coup de main », confiait-il à Vanity Fair. Et c’est précisément ce regard authentique qui fait de son long-métrage un fascinant et puissant coup d’essai.

En choisissant la précarité urbaine comme sujet de son premier film, Dickinson s’inscrit dans la lignée du réalisme social britannique, héritage brut de Ken Loach. Sa caméra devient alors un outil d’engagement total, mue par la nécessité de raconter ceux que la société ne regarde plus. Plus qu’un exercice de style, Urchin est une leçon d’humanité, une preuve d’empathie qui ne s’apprend sur aucun banc d’école de théâtre.

Le nouveau « working class hero » d’Hollywood ?

Impossible de ne pas tracer un parallèle avec l’Irlandais Paul Mescal. Les deux jeunes acteurs, nous venant tout droit du Royaume-Uni, incarnent cette nouvelle génération qui refuse la facilité des franchises de super-héros pour privilégier des projets plus indépendants.

Une trajectoire exigeante qui porte ses fruits puisqu’on l’a vu franchir un nouveau cap majeur en 2025 avec Babygirl. Long-métrage dans lequel il joue le jeune amant de la légendaire Nicole Kidman. Une prestation aussi toxique qu’électrique qui l’aura définitivement installé dans la cour des grands, prouvant qu’il possède le charisme nécessaire pour conquérir l’impitoyable Hollywood.

Et la suite s’annonce historique. L’acteur britannique a été choisi par Sam Mendes pour incarner John Lennon dans le projet pharaonique des quatre films sur les Beatles prévu pour 2027. Un choix qui sonne comme une évidence tant il possède cette fibre Working Class Hero – titre du morceau culte de Lennon (1970) dénonçant les structures sociales et la déshumanisation des classes populaires.

Untitled Beatles Movie: John Lennon : Photo Harris Dickinson

Harris Dickinson en John Lennon © Sony Pictures

En digne héritier de la tradition britannique, Harris Dickinson ne se contente pas d’être l’acteur du moment : il façonne une carrière cohérente et engagée. Entre le bitume londonien et les projecteurs hollywoodiens, il sera indiscutablement l’un des artistes les plus passionnants à suivre ces prochaines années.

Sexualité, jeunesse dorée et parentalité  : « LOL » est-il toujours aussi culte 17 ans après ?

Par :import
7 février 2026 à 07:00

De la jeunesse des années 2000 que j’ai vécue émerge une constellation de marqueurs : les Converse en lambeaux, les agressions auditives des wizz de MSN, l’iPod nano tant convoité (sur lequel Linkin Park aurait rimé avec replay), ce sentiment si adolescent d’être incompris… Et le souvenir un peu flou d’un film de 2009 qui agrégeait tout ça : LOL (Laughing Out Loud). Alors, quand, 17 ans plus tard, la réalisatrice Lisa Azuelos a annoncé lui donner une suite (LOL 2.0), un pic de nostalgie a été détecté chez un pan de la génération Y, ainsi qu’une crise de doutes : c’était vraiment bien, LOL ?

« Une parfaite comédie romantique subtilement superficielle », selon Télérama. « Une comédie bourge à haute teneur sarkozyste », selon Libération. Dans les critiques à sa sortie, la chronique de l’adolescence divise. Dans la cour du collège, ses punchlines et le miroir qu’il nous offre fédèrent une partie de mes camarades, notamment les filles.

Quelques 3 600 000 spectateurs le découvrent au cinéma, et nombre d’autres, moi compris, le rattraperont sur la télévision ou le PC parental. Mais, excepté quelques bribes musicales, Little Sister en tête, et la trace d’un bon moment, peu de souvenirs de mon côté. Et surtout une peur en le revoyant une fois adulte : que le film « culte » pour toute une génération ait vieilli comme les Skyblogs de l’époque. 

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Le teen movie à la française des années 2010

Trigger warning aux esthètes et puristes du 7e art : si vous n’avez pas d’adolescent à la maison, et que vous n’avez pas disséqué un cœur de porc en SVT dans les derniers mois (ce qui est mon cas), LOL n’a peut-être pas sa place dans votre watchlist Letterboxd. Le jeu d’acteur peut paraître maladroit, les dialogues clichés, la playlist Rolling Stones-Marie Laforêt un poil anachronique pour des millenials… Mais sont-ce vraiment là les critères de jugement d’un jeune spectateur quand il lance un teen movie ?

Si les amourettes de Lola (incarné par Christa Théret) et ses amies du lycée ont constitué un « choc culturel » pour Lena Haque, en classe de 4e à la sortie du film, c’est parce que c’était la première fois que la jeune fille se reconnaissait autant à l’écran dans une production française. « J’ai revu le film adulte et il n’est pas très bon, avoue celle devenue journaliste cinéma depuis. Mais quand tu le regardais jeune, il y avait un truc de miroir très fort. Dans la façon de parler, dans les vêtements, dans le rapport aux parents… Et émotionnellement, c’était une représentation très fidèle des ados de l’époque ».

Il faut avouer qu’entre les salles de classe décrépies, le voyage scolaire en Angleterre, les messages MSN pour ne rien dire et les coiffures défiant les lois de la gravité, l’attachement générationnel reste fort pour un certain nombre de lycéens des années 2000. Et puis, pourquoi revoir un film d’ado une fois adulte, si ce n’est pour la nostalgie ? Malgré quelques dérapages à la American Pie (droguer sa grand-mère pour que la soirée puisse battre son plein), la capsule temporelle de toute une jeunesse demeure assez juste. Mais pas n’importe quelle jeunesse. 

La liberté « sexe, drogue et rock and roll » d’une jeunesse dorée

Quand Lola peut organiser une beuverie sans parents pour son anniversaire, je comprends que j’aie pu l’envier. Même chose pour Maël (joué par le stylé Jérémy Kapone), qui remplit des salles avec son groupe de rock. Jusqu’à leur style vestimentaire (lunettes wayfarer vissées au nez), ils avaient l’air de cool kids. Et surtout d’ados si libres dans un Paris si attrayant pour le petit jeune du Grand Est que j’étais. « Ça correspondait exactement à la vie que j’aurais voulu avoir ado, se rappelle Kenza, qui avait regardé le DVD à ses 12 ans jusqu’à le rayer. Ils font un peu ce qu’ils veulent, moi j’avais des parents beaucoup plus stricts. Ils ont quand même une vie “sexe, drogue et rock and roll”. »

Mais maintenant que la Bretonne devenue Parisienne en a 29, le revisionnage a été assez « cringe ». Cette liberté tant enviée semble surtout l’apanage de la jeunesse dorée du XVIe arrondissement représentée dans le film… Sans être vraiment explicitée. « On ne te fait pas comprendre dans le film qu’ils sont super riches, alors que c’est une classe sociale qui n’est pas du tout la nôtre », ajoute Kenza. Car quel lycéen lambda peut s’acheter une guitare en voyage scolaire, jouer au poker jusqu’à 5 heures du matin en semaine et porter autant de fringues de marque ?

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« Le film ne passerait pas le test de la diversité, affirme Célia Sauvage, coautrice pour Les teen movies (Virin, 2011). Au sein de cet univers très blanc, bourgeois, hétéronormé, il faudrait repenser toute la représentation du couple gay, de l’unique personnage racisé (Mehdi) et de l’unique personnage handi totalement infantilisé et cliché lors du voyage en Angleterre. » Malgré la nuée de stéréotypes et la réalité socio-économique très marquée du film, la docteure en études audiovisuelles tient à en souligner un élément novateur : « La centralité de l’expérience féminine ». 

Enfin une héroïne féminine… mais dans un monde sexiste

Quand j’ai lancé un appel à témoignages pour cet article, un motif récurrent s’est dégagé de la vague de réponse : 90 % d’entre elles venaient de femmes. Ou plutôt d’anciennes adolescentes nées dans les années 1990. À la sortie de LOL, nombre d’entre elles s’étaient réjouies de pouvoir enfin s’identifier aux relations familiales, amicales, amoureuses… mais aussi sexuelles du personnage principal d’une comédie française. Avec, par exemple, une libido digne de Sex Education chez Charlotte, une amie de Lola : « Le film rend visible la sexualité et le désir féminin au point de s’attacher lourdement à démontrer qu’il ne s’agit pas d’une obsession masculine, contrairement aux clichés du genre », analyse Célia Sauvage. 

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Ce cocktail sentimental a abreuvé l’éducation affective de toute une génération de jeunes filles. Comme Mara, 26 ans, qui fait un « transfert total » sur Lola. « Je me suis forgé mon idée de l’adolescence, de l’entrée dans la sexualité, de la relation mère-fille avec Twillight, Le Dico des filles, et ce film-là », se remémore-t-elle. Mais, quand elle le revoit une dizaine d’années plus tard, c’est une « petite trahison ». Au-delà de sa qualité cinématographique inégale, le fond lui paraît « catastrophique : il n’y a pas un dialogue qui ne parle pas de mec ou de sexualité entre les copines, même avec sa mère, se désole-t-elle. Tout passe par le regard masculin. Et les garçons insultent les filles tout le temps. »

Il est vrai que je ne m’étais pas préparé à ce que le compteur du mot « pute » – ou sa variante « pouffe » pour les adultes – s’emballe autant (première occurrence dès 1:31). Un trope toxique parmi tant d’autres, comme le discours anti-sexe de la maman, le slutshaming de la camarade De Peyrefitte (qui n’a même pas de prénom), le harcèlement de l’ex de Lola… Mais malheureusement assez justes sur l’époque. « Ça montre la violence de l’adolescence des années 2010, avant que des sujets comme le consentement ou le harcèlement se démocratisent plus chez les jeunes, avance Lena Haque. Et le film n’a pas essayé d’édulcorer ça. » Même si certains passages, tel le fantasme élève-prof, peinent à passer le filtre post-#MeToo.

“C’était un peu la première fois qu’on se voyait dans un film avec ma mère”

Dernière surprise, et non des moindres, lors de ma projection de 2026 : une bonne moitié des personnages s’étaient évaporée de ma mémoire – les parents. Pourtant, parmi les scènes qui restent parfois justes, parfois touchantes, celles réunissant adultes et ados s’en tirent étonnamment bien. La périlleuse ouverture des bulletins, les déchirantes punitions de sortie… Et une mention spéciale au père de Maël, dont la violence s’apaise enfin lorsqu’il voit son fils sur scène. « Le film est bien plus axé sur le lien intergénérationnel, presque invisible dans les teen movies américains », confirme Célia Sauvage en rappelant le casting judicieux de l’ex-jeune première de La Boum (1980), Sophie Marceau, pour devenir la mère de Lola.

Grâce à ce coup de projecteur sur les relations mère-fille, LOL a pu attirer de nouveaux spectateurs avec le temps. Comme Anouk, 33 ans, qui le redécouvre un vendredi soir des années 2020 en compagnie de sa mère. La Parisienne de naissance avait fait un « rejet » de ce film à sa sortie.

« Tout le monde pensait un peu que c’était ça notre vie à Paris, je devais débunker que non, nous n’avons pas tous des lofts sur deux étages », se souvient-elle. Mais quand elle le revoit avec sa maman, l’émotion les submerge : « C’était un peu la première fois qu’on se voyait dans un film, le fait qu’elles se disputent, qu’elles se réconcilient… On était vraiment complices et ce n’était pas forcément des choses représentées à la télévision. »

La trentenaire prendra-t-elle donc sa place pour la suite de « leur film doudou » ? « Si c’est avec sa mère, c’est sûr », sourit-elle. Du côté des fans de la première heure, la déception du revisionnage les fait encore douter. « Ça m’aurait peut-être intéressée de retrouver Lola dans sa trentaine », reconnaît Lena Haque, mais les ami·es, les amours, les emmerdes de sa petite sœur teasées dans la bande-annonce l’intéressent moins. « Et puis, je ne sais pas si la réalisatrice va réussir à garder ce point de vue de non-jugement qu’elle avait dans le premier, qui était très chouette », ajoute la journaliste. Verdict le 11 février. 

Bande-annonce de LOL 2.0

Sortie du film F1 sur CANAL+ : immersion totale et simulateurs de haut vol dans vos magasins Fnac

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5 février 2026 à 14:45

Une expérience inédite au cœur de la vitesse

Pour célébrer l’arrivée sur nos écrans du long-métrage tant attendu consacré à la discipline reine du sport automobile, F1 Le Film, le groupe Fnac Darty et CANAL+ ont frappé fort. Durant quatre jours, les magasins de Fnac Carré Sénart, Fnac Ternes, Fnac Lille, Fnac Noisy Le Grand, Darty Saint Malo et Darty La Défense ont accueilli des simulateurs de F1 professionnels aux couleurs de la Scuderia Ferrari et de Mercedes-AMG.

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L’objectif ? Proposer une véritable « événementialisation » de l’offre CANAL+. Bien plus qu’une simple démonstration, ce dispositif permettait aux passionnés comme aux curieux de s’installer dans une véritable monoplace. Accompagnés par des animateurs experts, les pilotes d’un jour ont pu tester leurs réflexes et ressentir l’adrénaline d’un départ de Grand Prix, créant une immersion totale qui préfigure l’intensité du film disponible sur la plateforme.

Le film F1 : le nouveau virage de CANAL+

Ce dispositif en magasin s’inscrit dans un contexte fort : la reprise de la saison des sports mécaniques et le lancement du film F1 sur CANAL+. Porté par une réalisation ultra-réaliste, le film plonge les spectateurs dans les coulisses techniques et humaines des écuries.

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En magasin, cette synergie a permis de transformer le parcours d’achat en un moment de divertissement pur. Le public, venu en nombre, a pu découvrir la richesse des contenus sports de CANAL+ tout en vivant une expérience physique marquante. C’est là toute l’ambition de l’Eclaireur : vous accompagner dans vos choix culturels et technologiques en vous faisant vivre les tendances de l’intérieur. Retrouvez d’ailleurs tous nos événements à venir sur notre Agenda.

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Notre sélection pour piloter comme un pro chez vous

Si vous n’avez pas pu monter dans le baquet d’une Ferrari lors de l’événement, la Fnac vous permet de recréer votre propre paddock à domicile. Voici les meilleurs équipements pour transformer votre salon en circuit de Grand Prix :

Le set ultra-premium pour une immersion totale : Pour les pilotes les plus exigeants, le Pack Moza Racing F1 est le summum de la simulation. Avec sa base Direct Drive R9 V3, son volant FSR2 et son cockpit Playseat F1, vous ressentirez chaque vibration de la piste sur PC.

La référence polyvalente : Incontournable et fiable, le Logitech G29 Driving Force reste le choix idéal pour débuter sérieusement sur PS5, PS4 ou PC. C’est le compagnon parfait pour s’essayer à des titres comme F1 2025.

L’expérience Ferrari officielle : Les fans de la firme au cheval cabré se tourneront vers le Thrustmaster TX Servo Base avec Volant Add-On Ferrari F1 (compatible Xbox/PC) ou le Thrustmaster F1 Racekit, offrant une ergonomie fidèle aux véritables volants de compétition.

Le confort d’un véritable baquet : Pour une stabilité parfaite lors de vos freinages, l’installation d’un châssis dédié est indispensable. Le Cockpit Oplite GTR S8 Infinity offre une assise de course rigide et réglable, compatible avec la plupart des volants du marché.

Prolongez l’expérience F1

Pour accompagner votre nouvelle installation, n’oubliez pas d’optimiser votre installation visuelle et sonore :

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David Lynch : par quels films commencer pour comprendre son cinéma (et ne pas devenir zinzin) ?

Par :import
3 février 2026 à 15:20

Si vous tentez de regarder la filmographie de David Lynch dans l’ordre chronologique, vous commenceriez alors par l’étrange Eraserhead (1977). Mais soyons honnêtes, ce dernier n’est pas facile à apprivoiser. Pour comprendre au mieux le cinéaste culte –disparu le 16 janvier 2025 – , il ne faut donc pas se fier au temps, mais à l’intensité de l’étrangéité. Suivez le guide !

La porte d’entrée en douceur : le Lynch narrateur

Avant d’être sacré roi de l’abstrait, David Lynch, également dessinateur, était un formidable conteur d’histoires. Alors, pour commencer ce marathon en douceur, oubliez les puzzles insolubles et concentrez-vous sur Elephant Man (1980).

Un film revenant sur l’histoire singulière de John Merrick (John Hurt), un homme défiguré, exhibé dans les foires victoriennes et recueilli par le docteur Treves (Anthony Hopkins).

Chef-d’œuvre d’émotion, linéaire et classique dans sa forme, ce long-métrage tout en noir et blanc, est idéal pour comprendre les prémices des obsessions lynchiennes. Une œuvre délicate, capable de toucher au cœur.

Une fois remis de vos émotions, enchaînez avec le film le plus accessible de la carrière du cinéaste américain : Une histoire vraie (1999). Produit par Disney (oui, vraiment), ce road-movie suit Alvin Straight (Richard Farnsworth), un vieil homme traversant l’Amérique sur sa tondeuse à gazon pour se réconcilier avec son frère.

Véritable bouffée d’air frais, ode à la lenteur et à la bienveillance, Une histoire vraie, nous donne à voir un Lynch apaisé filmant les visages et les paysages américains avec une tendresse infinie. Un long-métrage immanquable, tout simplement.

L’étrange s’immisce, le style se forge

Maintenant que vous êtes en confiance et acclimaté aux prémices de l’univers du cinéaste, il est temps de soulever le tapis pour découvrir les premières bribes d’étrangeté.

Place à Blue Velvet (1986) – pierre de Rosette de son cinéma – et à la naissance du style Lynch : banlieue américaine proprette en surface, mais pourrie de l’intérieur. Vous y suivrez Jeffrey (Kyle MacLachlan), un jeune homme qui trouve, dans un champ, une oreille. S’ensuivra alors une enquête qui le mènera vers une chanteuse de cabaret (Isabella Rossellini) et un gangster psychopathe (Dennis Hopper).

Dualité, violence sous-jacente et perte d’innocence, tout y est. Le long métrage – soit dit en passant incontournable – est le parfait mélange entre polar, humour noir et cauchemar éveillé.

Si vous avez survécu à l’ambiance feutrée de Blue Velvet, montez le volume avec Sailor et Lula (1990). Palme d’Or au Festival de Cannes, ce road-movie rock’n’roll et survolté suit la cavale amoureuse de deux jeunes amants (Nicolas Cage et Laura Dern). Un périple agrémenté de terribles tueurs et d’une mère hystérique.

C’est violent, drôle et peuplé de clins d’œil culturels immanquables. Un Lynch pop et flamboyant, parfait pour s’habituer à son style et à ses ruptures de ton.

Le détour spatial ou la commande maudite

Évidemment, il faut aborder le cas de Dune (1984), l’étape particulière de la filmographie de Lynch. Adaptation du roman culte de Frank Herbert, ce blockbuster de science-fiction a échappé au contrôle du cinéaste, qui a d’ailleurs beaucoup souffert de la production.

Si vous êtes un adepte du kitsch des années 80, et que vous êtes enclins à voir un Paul Atréides (Kyle MacLachlan) chevaucher des vers géants, le film saura satisfaire votre curiosité fascinante. Disclaimer, il est tout de même bon de savoir que Lynch considère ce long-métrage comme son seul véritable grand échec. À voir pour la culture.

Le labyrinthe mental

Vous voici arrivés au cœur du réacteur. Vous venez de pénétrer dans les méandres de cette filmographie, là où la logique narrative explose pour laisser place au rêve.

Tout commence avec Lost Highway (1997). Une sonnerie à l’interphone, des cassettes vidéo, un quotidien espionné et un drame. Le saxophoniste Fred Madison (Bill Pullman), accusé du meurtre de sa femme (Patricia Arquette), est conduit dans le couloir de la mort, avant de se muer en un autre homme…

C’est ici que David Lynch abandonne la ligne droite pour la boucle infinie. Véritable thriller paranoïaque et sensuel, porté par une bande-son métal-industrielle (Rammstein, Marilyn Manson), ce long-métrage vous fera douter de votre propre identité.

Si Lost Highway vous a conquis, alors vous êtes prêts pour le chef-d’œuvre absolu : Mulholland Drive (2001). Considéré comme l’un des meilleurs films du 21e siècle, le long-métrage est la synthèse parfaite de tout le cinéma de Lynch.

À Hollywood, une femme amnésique (Laura Harring) et une aspirante actrice (Naomi Watts) tentent de percer un mystère qui les dépasse. C’est beau, effrayant et totalement hypnotique. Ne cherchez pas comprendre rationnellement ce que vous voyez, mais ressentez le long-métrage pour ce qu’il est : une expérience sensorielle plus qu’une enquête.

Le dernier niveau, l’expérience radicale

Si vous êtes arrivés jusque-là, vous êtes un véritable Lynchien. Il ne vous reste plus qu’à affronter ses œuvres les plus radicales, dérangeantes, mais surtout uniques.

Félicitations, vous pouvez désormais remonter à la source avec Eraserhead (1977), son tout premier film. Cauchemar surréaliste en noir et blanc portant sur la paternité, le long-métrage met en scène Henry (Jack Nance), un jeune père devant s’occuper de son bébé mutant

Entre réalité oppressante et univers fantasmatique, cette œuvre d’art brute difficile d’accès demeure visuellement inoubliable.

Si vous êtes un aficionado de la série culte, ou si vous souhaitez simplement continuer votre épopée, jetez-vous sur Twin Peaks: Fire Walk with Me (1992). Un préquel au ton sombre, désespéré et violent, racontant les derniers jours de la défunte Laura Palmer (Sheryl Lee).

Enfin, après avoir gravi le mont Lynchien, il ne vous reste plus qu’une ultime épreuve (et pas des moindres) : Inland Empire (2006). Ovni cinématographique, dédale infini, ce métafilm met en scène Laura Dern incarnant Nikki Grace, actrice principale d’un tournage supposé maudit.

Mise en abyme, exploration profonde de la psyché humaine : c’est l’expérimentation totale, le boss final qui vous retourne le cerveau. Ce long-métrage de trois heures vous demandera un lâcher-prise absolu, marquant ainsi la dernière étape d’une odyssée radicale qui scelle définitivement votre statut d’expert.

De « Stranger Things » à Djo : comment Joe Keery s’est réinventé en rockstar

Par :import
28 janvier 2026 à 14:55

Steve Harrington, c’est le genre de personnage qu’on commence par détester… et qu’on finit par adorer. Lycéen sportif, hautain et quelque peu agaçant, le jeune homme évolue au fil des saisons de Stranger Things pour dévoiler une facette plus sensible et réfléchie, à laquelle il devient difficile de ne pas s’attacher. 

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Steve Harrington (Joe Keery), Stranger Things ©2022 Netflix

Alors, qui d’autre aurait pu mieux camper ce rôle que Joe Keery, l’artiste multifacette par excellence ? Si le public l’a aimé dès ses débuts dans la série Netflix en 2016, il l’adule encore davantage depuis que son titre End Of Beginning, sorti en 2022, a explosé sur TikTok.

Alors, qui se cache donc derrière Djo, le musicien qui peut se vanter d’avoir doublé Taylor Swift (en plus d’avoir relancé la mode de la coupe mulet) ?

End Of Beginning ou la route du succès

La musique est loin de n’être qu’un simple « passe-temps » pour Joe Keery. Car le jeune homme est plutôt du genre control freak créatif, tenant à prouver que son projet musical est solide, indépendamment du succès de Stranger Things. Sur son premier album Twenty Twenty et une bonne partie de son deuxième opus, Decide (2022), il a enregistré seul chez lui, empilant synthés, guitares, voix et batteries programmées.

Djo, c’est donc littéralement une conception DIY… devenue carton mondial. Extrait de Decide, la chanson End Of Beginning a rencontré une notoriété inattendue sur les réseaux sociaux, donnant naissance à une trend virale sur TikTok.

@noousisinamaterialworld

Just trust me, you’ll be fine

♬ original sound – girl failure

Porté par une atmosphère synth-pop mélancolique et des paroles introspectives, il accompagne des transitions nostalgiques d’internautes qui montrent qu’ils vont mieux. Des instants empreints de nostalgie et de positivité, qui ne font qu’accroître sa popularité.

En janvier 2026, nouveau boom. Après la diffusion du tout dernier épisode de Stranger Things, End Of Beginning connaît un second souffle – à l’image de la BO de Purple Rain de Prince, relancée grâce à la scène finale de la série. En deux semaines, Djo parvient à atteindre la sixième place du Billboard Hot 100. Une remontée notable pour le musicien – loin d’être la dernière.

Sur Spotify, l’acteur-chanteur réalise la prouesse de détrôner la reine de la scène pop, Taylor Swift. Cumulant plus de deux milliards d’écoutes sur la plateforme, le morceau est récemment passé devant The Fate Of Ophelia, se hissant à la première place du top 50 mondial. Rien que ça.

Une ascension fulgurante à laquelle l’artiste était loin de s’attendre, comme il le confiait lors d’une entrevue avec Le Parisien :

« C’est fou, oui ! Je suis à la fois excité et confus, choqué. Quand j’ai créé cette petite chanson, il y a quatre ans, elle ne me paraissait pas si spéciale. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle est très honnête. » Djo

New wave, Daft Punk et années 70 : le projet derrière « Djo »

Bien avant d’enfiler le costume du lycéen mi-détestable mi-adorable, Joe Keery arpentait déjà la scène musicale indépendante. En 2014, il rejoint le groupe de rock psychédélique Post Animal en tant que guitariste, participant à la composition ainsi qu’à l’interprétation des titres.

Cependant, ses débuts dans Stranger Things et le succès qui en découle auront raison de sa place au sein de la formation. « J’étais incapable de mener de front les concerts et les tournages. Et puis, [parce qu’]on s’est aperçu que les fans de la série ne venaient nous voir que pour ça et je ne voulais pas devenir un fardeau pour le groupe« , expliquait-il au Parisien.

Ainsi, dès 2019, Joe Keery décide d’écrire un nouveau chapitre de sa carrière musicale sous le pseudonyme de « Djo » – initialement « Leroy Merlin », avant de se rendre compte qu’un… magasin de bricolage français portait déjà ce nom (une anecdote insolite qui a amusé l’enseigne, désormais renommée « Compte fan de Djo » sur Instagram).

Djo, donc, trace sa route en solitaire en sortant quelques chansons qu’il produit et écrit lui-même, avant de dévoiler en septembre 2019 un premier album, Twenty Twenty, rapidement suivi de Decide, paru trois ans plus tard.

Son univers, singulier et éclectique, mêle habilement rock alternatif, new wave et pop electro. Sur le plateau de l’émission Quotidien en ce début 2026, Djo déclarait – entre deux dégustations de fromages – son amour pour la culture (et la gastronomie) française, puisant massivement dans l’electro de Justice, Daft Punk ou Phoenix.

Pour The Crux, son troisième disque publié en avril 2025, le chanteur teinte ses morceaux de sonorités 70’s, qu’il qualifie de « fondations » au micro de RTL2. The Beatles, Supertramp, Electric Light Orchestra : une nouvelle fois, l’artiste s’inspire des plus grands pour un résultat innovant, à l’image de Basic Being Basic.

De retour en France en 2026

Depuis ses débuts chez Post Animal, la carrière artistique de Joe Keery a pris mille et unes trajectoires – toutes assez admirables.

Tantôt adolescent dans une série de science-fiction horrifique à succès, tantôt musicien salué pour ses morceaux créatifs et singuliers, l’Américain de 33 ans jongle entre sa vie d’acteur et de chanteur. « Il y en a un qui a du travail et pas l’autre« , plaisantait-il chez Quotidien, avant de préciser :

« Quand on travaille sur une série, il y a toute l’équipe et pas mal de temps mort. Alors, pendant ce temps-là, je travaille sur la musique. C’est ma grande passion et je suis content du succès. » Djo

Ayant achevé une tournée mondiale marathon en 2025 (70 dates à travers le monde), Djo s’apprête à repartir sur les routes dès mars 2026, avec un passage annoncé en Amérique du Sud et au Mexique.

Et en France ? Après une prestation remarquée à l’Élysée Montmartre de Paris en juin 2025, où il a reçu un accueil des plus chaleureux de la part de ses fans, Djo sera de retour en 2026 lors du festival Rock en Seine le jeudi 27 août – des billets pour cette date seront remis en vente ce 31 janvier.

En attendant, on le retrouvera au cinéma à l’affiche du film de science-fiction Cold Storage aux côtés de Liam Neeson le 18 février prochain. Parce que « Djo » n’a pas l’intention de délaisser la carrière de « Joe ». 

Une chose est sûre : entre performances saluées et records pulvérisés, nul doute que Joe Keery/Djo/Steve Harrington conservera(ont) le statut d’icône de la pop culture encore un bon moment.

César 2026 : la liste complète des nominations

Par :import
28 janvier 2026 à 12:55

C’est le moment où le cinéma français retient son souffle. Après une année 2025 marquée par l’hégémonie de Jacques Audiard, qui pour succéder aux sept statuettes d’Emilia Perez ? L’Académie semble avoir trouvé son nouveau champion en la personne de Richard Linklater. Son film Nouvelle Vague, qui nous plonge dans les coulisses du tournage d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard, n’est pas seulement un biopic : c’est une déclaration d’amour à la liberté créative qui a séduit les votant.e.s au point de rafler dix nominations. 

Mais attention à l’effet de surprise. Carine Tardieu, avec la délicatesse de L’Attachement, et Dominik Moll, le maître du suspense de Dossier 137, talonnent le favori avec huit nominations chacun. A surveiller également : le très réussi La petite dernière de Hafsia Herzi et ses sept nominations. 

Une soirée riche en émotions sous la présidence de Camille Cottin et l’animation de Benjamin Lavernhe, dont on connaît le talent pour passer du rire aux larmes en un claquement de doigts.

La liste complète des nominations pour les César 2026

Meilleur film

  • L’Attachement de Carine Tardieu

  • Dossier 137 de Dominik Moll

  • Nouvelle Vague de Richard Linklater

  • La Petite Dernière de Hafsia Herzi

  • Un Simple Accident de Jafar Panahi

Meilleure réalisation

  • Carine Tardieu pour L’Attachement

  • Dominik Moll pour Dossier 137

  • Stéphane Demoustier pour L’Inconnu de la Grande Arche

  • Richard Linklater pour Nouvelle Vague

  • Hafsia Herzi pour La Petite Dernière

Meilleur acteur

  • Claes Bang dans L’Inconnu de la Grande Arche

  • Bastien Bouillon dans Partir un jour

  • Laurent Lafitte dans La Femme la plus riche du monde

  • Pio Marmaï dans L’Attachement

  • Benjamin Voisin dans L’Étranger

Meilleure actrice

Meilleur acteur dans un second rôle

  • Swann Arlaud dans L’Inconnu de la Grande Arche

  • Xavier Dolan dans L’Inconnu de la Grande Arche

  • Michel Fau dans L’Inconnu de la Grande Arche

  • Pierre Lottin dans L’Étranger

  • Raphaël Personnaz dans La femme la plus riche du monde

Meilleure actrice dans un second rôle

  • Jeanne Balibar dans Nino

  • Dominique Blanc dans Partir un Jour

  • Marina Foïs dans La femme la plus riche du monde

  • Ji-Min Park dans La Petite Dernière

  • Vimala Pons dans L’Attachement

Meilleure révélation masculine

  • Idir Azougli dans Météors

  • Sayyid El Alami dans La Pampa

  • Félix Lefebvre dans L’Epreuve du Feu

  • Guillaume Marbeck dans Nouvelle Vague

  • Théodore Pellerin dans Nino

Meilleure révélation féminine

  • Manon Clavel dans Kika

  • Suzanne Lindon dans La Venue de l’avenir

  • Nadia Melliti dans La Petite dernière

  • Camille Rutherford dans Jane Austen a gâché ma vie

  • Anja Verderosa dans L’épreuve du feu

Meilleur premier film

  • Arco de Ugo Bienvenu

  • L’Épreuve du feu d’Aurélien Peyre

  • Nino de Pauline Loquès

  • La Pampa d’Antoine Chevrollier

  • Partir un jour d’Amélie Bonnin

Meilleur film d’animation

  • Amélie et la métaphysique des tubes de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han

  • Arco de Ugo Bienvenu

  • La Vie de château, mon enfance à Versailles de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’Limi

Meilleur film étranger

  • L’Agent Secret de Kleber Mendonça Filho

  • Black Dog de Guan Hu

  • Sirāt d’Olivier Laxe

  • Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson

  • Valeur Sentimentale de Joachim Trier

Meilleur scénario original

  • Dominik Moll et Gilles Marchand pour Dossier 137

  • Pauline Loquès pour Nino

  • Holly Gent et Vince Palmo pour Nouvelle Vague

  • Franck Dubosc et Sarah Kaminsky pour Un ours dans le Jura

  • Jafar Panahi pour Un simple accident

Meilleure adaptation

  • Carine Tardieu, Raphaël Moussafir et Agnès Feuvre pour L’Attachement

  • Stéphane Demoustier pour L’Inconnu de la Grande Arche

  • Hafsia Herzi pour La petite dernière

Meilleure musique originale

  • Arnaud Toulon pour Arco

  • Olivier Marguerit pour Dossier 137

  • Fatima Al Qadiri pour L’Étranger

  • Alex Beaupain pour La Femme la plus riche du monde

  • Amine Bouhafa pour La petite dernière

César d’honneur

  • Jim Carrey

« Le Chasseur de baleines », un beau récit initiatique aux confins du monde

Par :import
27 janvier 2026 à 14:00

Le jeune Leshka (Vladimir Onokhov) fixe son écran. Face à lui, une jolie blonde aux grands yeux bleus lui sourit, l’aguiche, sans un mot. Leshka est amoureux. Mais comment déclarer sa flamme à sa promise aussi mutique qu’inaccessible ? Car l’ado de 15 ans se trouve reclus dans un village paumé du côté du détroit de Béring, entre la Russie et l’Amérique.

Sur ce bout de terre aux confins du monde, il vit de la chasse à la baleine, trimballe un petit chariot plein de viande d’une maison à l’autre, fait des escapades sur la vieille moto de son meilleur ami. Une existence simple et âpre que l’arrivée d’internet, la découverte d’un site de camgirls – et le frémissement des hormones – vont venir troubler. Le jeune homme se met soudainement à rêver d’un ailleurs. Et de s’évader vers cette Amérique étrange et désirable.

Il aura fallu pas moins de six ans au premier film du jeune réalisateur russe Philipp Yuryev pour sortir en France. Sans doute la faute – en partie – à la pandémie de 2020 qui aura mis un coup d’arrêt à la mise en lumière de cette petite pépite venue du froid. Présenté (et applaudi) de festival en festival depuis plusieurs années – il a notamment remporté le Grand prix du jury au Festival de cinéma européen des Arcs, Le Chasseur de baleines débarque tardivement sur nos écrans. Un parcours qui n’a rien d’anormal pour un long-métrage aussi singulier, et qui fait finalement écho à son caractère hors du temps.

Une odyssée poétique

Mêlant comédie, road-movie et drame, ce coming-of-age autour d’un jeune héros mutique ne ressemble à rien d’autre. Le titre du film lui-même est trompeur : Le Chasseur de baleines parle moins de chasse que de quête, presque mythologique. Bourré de jolies idées de mise en scène, le film prend des airs d’odyssée aussi onirique qu’inquiétante à mesure que Leshka s’aventure hors de sa zone de confort, aveuglé par le mirage américain.

 Chasseur-de-baleines

Scrutant les visages marqués par la rudesse du climat au plus près, avant de s’ouvrir à l’immensité de la mer et de la toundra, Philipp Yuryev compose une poésie minérale, où la nature et la lenteur deviennent de véritables matières sensibles. 

Mais au-delà de sa maîtrise formelle, Le Chasseur de baleines aborde avec pudeur les questions de la construction de la masculinité et de l’éveil du désir dans un environnement coupé de tout, loin des excès et des vices du monde moderne. Il émane de cette épopée modeste à hauteur d’adolescent une vulnérabilité profondément touchante, une beauté brute et contemplative qui happe et désarme. Une très jolie surprise.

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