Vue normale

Reçu avant avant-hier

Sexualité, jeunesse dorée et parentalité  : « LOL » est-il toujours aussi culte 17 ans après ?

Par :import
7 février 2026 à 07:00

De la jeunesse des années 2000 que j’ai vécue émerge une constellation de marqueurs : les Converse en lambeaux, les agressions auditives des wizz de MSN, l’iPod nano tant convoité (sur lequel Linkin Park aurait rimé avec replay), ce sentiment si adolescent d’être incompris… Et le souvenir un peu flou d’un film de 2009 qui agrégeait tout ça : LOL (Laughing Out Loud). Alors, quand, 17 ans plus tard, la réalisatrice Lisa Azuelos a annoncé lui donner une suite (LOL 2.0), un pic de nostalgie a été détecté chez un pan de la génération Y, ainsi qu’une crise de doutes : c’était vraiment bien, LOL ?

« Une parfaite comédie romantique subtilement superficielle », selon Télérama. « Une comédie bourge à haute teneur sarkozyste », selon Libération. Dans les critiques à sa sortie, la chronique de l’adolescence divise. Dans la cour du collège, ses punchlines et le miroir qu’il nous offre fédèrent une partie de mes camarades, notamment les filles.

Quelques 3 600 000 spectateurs le découvrent au cinéma, et nombre d’autres, moi compris, le rattraperont sur la télévision ou le PC parental. Mais, excepté quelques bribes musicales, Little Sister en tête, et la trace d’un bon moment, peu de souvenirs de mon côté. Et surtout une peur en le revoyant une fois adulte : que le film « culte » pour toute une génération ait vieilli comme les Skyblogs de l’époque. 

lol1-film

Le teen movie à la française des années 2010

Trigger warning aux esthètes et puristes du 7e art : si vous n’avez pas d’adolescent à la maison, et que vous n’avez pas disséqué un cœur de porc en SVT dans les derniers mois (ce qui est mon cas), LOL n’a peut-être pas sa place dans votre watchlist Letterboxd. Le jeu d’acteur peut paraître maladroit, les dialogues clichés, la playlist Rolling Stones-Marie Laforêt un poil anachronique pour des millenials… Mais sont-ce vraiment là les critères de jugement d’un jeune spectateur quand il lance un teen movie ?

Si les amourettes de Lola (incarné par Christa Théret) et ses amies du lycée ont constitué un « choc culturel » pour Lena Haque, en classe de 4e à la sortie du film, c’est parce que c’était la première fois que la jeune fille se reconnaissait autant à l’écran dans une production française. « J’ai revu le film adulte et il n’est pas très bon, avoue celle devenue journaliste cinéma depuis. Mais quand tu le regardais jeune, il y avait un truc de miroir très fort. Dans la façon de parler, dans les vêtements, dans le rapport aux parents… Et émotionnellement, c’était une représentation très fidèle des ados de l’époque ».

Il faut avouer qu’entre les salles de classe décrépies, le voyage scolaire en Angleterre, les messages MSN pour ne rien dire et les coiffures défiant les lois de la gravité, l’attachement générationnel reste fort pour un certain nombre de lycéens des années 2000. Et puis, pourquoi revoir un film d’ado une fois adulte, si ce n’est pour la nostalgie ? Malgré quelques dérapages à la American Pie (droguer sa grand-mère pour que la soirée puisse battre son plein), la capsule temporelle de toute une jeunesse demeure assez juste. Mais pas n’importe quelle jeunesse. 

La liberté « sexe, drogue et rock and roll » d’une jeunesse dorée

Quand Lola peut organiser une beuverie sans parents pour son anniversaire, je comprends que j’aie pu l’envier. Même chose pour Maël (joué par le stylé Jérémy Kapone), qui remplit des salles avec son groupe de rock. Jusqu’à leur style vestimentaire (lunettes wayfarer vissées au nez), ils avaient l’air de cool kids. Et surtout d’ados si libres dans un Paris si attrayant pour le petit jeune du Grand Est que j’étais. « Ça correspondait exactement à la vie que j’aurais voulu avoir ado, se rappelle Kenza, qui avait regardé le DVD à ses 12 ans jusqu’à le rayer. Ils font un peu ce qu’ils veulent, moi j’avais des parents beaucoup plus stricts. Ils ont quand même une vie “sexe, drogue et rock and roll”. »

Mais maintenant que la Bretonne devenue Parisienne en a 29, le revisionnage a été assez « cringe ». Cette liberté tant enviée semble surtout l’apanage de la jeunesse dorée du XVIe arrondissement représentée dans le film… Sans être vraiment explicitée. « On ne te fait pas comprendre dans le film qu’ils sont super riches, alors que c’est une classe sociale qui n’est pas du tout la nôtre », ajoute Kenza. Car quel lycéen lambda peut s’acheter une guitare en voyage scolaire, jouer au poker jusqu’à 5 heures du matin en semaine et porter autant de fringues de marque ?

 Lol-film-bande

« Le film ne passerait pas le test de la diversité, affirme Célia Sauvage, coautrice pour Les teen movies (Virin, 2011). Au sein de cet univers très blanc, bourgeois, hétéronormé, il faudrait repenser toute la représentation du couple gay, de l’unique personnage racisé (Mehdi) et de l’unique personnage handi totalement infantilisé et cliché lors du voyage en Angleterre. » Malgré la nuée de stéréotypes et la réalité socio-économique très marquée du film, la docteure en études audiovisuelles tient à en souligner un élément novateur : « La centralité de l’expérience féminine ». 

Enfin une héroïne féminine… mais dans un monde sexiste

Quand j’ai lancé un appel à témoignages pour cet article, un motif récurrent s’est dégagé de la vague de réponse : 90 % d’entre elles venaient de femmes. Ou plutôt d’anciennes adolescentes nées dans les années 1990. À la sortie de LOL, nombre d’entre elles s’étaient réjouies de pouvoir enfin s’identifier aux relations familiales, amicales, amoureuses… mais aussi sexuelles du personnage principal d’une comédie française. Avec, par exemple, une libido digne de Sex Education chez Charlotte, une amie de Lola : « Le film rend visible la sexualité et le désir féminin au point de s’attacher lourdement à démontrer qu’il ne s’agit pas d’une obsession masculine, contrairement aux clichés du genre », analyse Célia Sauvage. 

 LOL-laughing-out-loud-Sophie-Marceau

Ce cocktail sentimental a abreuvé l’éducation affective de toute une génération de jeunes filles. Comme Mara, 26 ans, qui fait un « transfert total » sur Lola. « Je me suis forgé mon idée de l’adolescence, de l’entrée dans la sexualité, de la relation mère-fille avec Twillight, Le Dico des filles, et ce film-là », se remémore-t-elle. Mais, quand elle le revoit une dizaine d’années plus tard, c’est une « petite trahison ». Au-delà de sa qualité cinématographique inégale, le fond lui paraît « catastrophique : il n’y a pas un dialogue qui ne parle pas de mec ou de sexualité entre les copines, même avec sa mère, se désole-t-elle. Tout passe par le regard masculin. Et les garçons insultent les filles tout le temps. »

Il est vrai que je ne m’étais pas préparé à ce que le compteur du mot « pute » – ou sa variante « pouffe » pour les adultes – s’emballe autant (première occurrence dès 1:31). Un trope toxique parmi tant d’autres, comme le discours anti-sexe de la maman, le slutshaming de la camarade De Peyrefitte (qui n’a même pas de prénom), le harcèlement de l’ex de Lola… Mais malheureusement assez justes sur l’époque. « Ça montre la violence de l’adolescence des années 2010, avant que des sujets comme le consentement ou le harcèlement se démocratisent plus chez les jeunes, avance Lena Haque. Et le film n’a pas essayé d’édulcorer ça. » Même si certains passages, tel le fantasme élève-prof, peinent à passer le filtre post-#MeToo.

“C’était un peu la première fois qu’on se voyait dans un film avec ma mère”

Dernière surprise, et non des moindres, lors de ma projection de 2026 : une bonne moitié des personnages s’étaient évaporée de ma mémoire – les parents. Pourtant, parmi les scènes qui restent parfois justes, parfois touchantes, celles réunissant adultes et ados s’en tirent étonnamment bien. La périlleuse ouverture des bulletins, les déchirantes punitions de sortie… Et une mention spéciale au père de Maël, dont la violence s’apaise enfin lorsqu’il voit son fils sur scène. « Le film est bien plus axé sur le lien intergénérationnel, presque invisible dans les teen movies américains », confirme Célia Sauvage en rappelant le casting judicieux de l’ex-jeune première de La Boum (1980), Sophie Marceau, pour devenir la mère de Lola.

Grâce à ce coup de projecteur sur les relations mère-fille, LOL a pu attirer de nouveaux spectateurs avec le temps. Comme Anouk, 33 ans, qui le redécouvre un vendredi soir des années 2020 en compagnie de sa mère. La Parisienne de naissance avait fait un « rejet » de ce film à sa sortie.

« Tout le monde pensait un peu que c’était ça notre vie à Paris, je devais débunker que non, nous n’avons pas tous des lofts sur deux étages », se souvient-elle. Mais quand elle le revoit avec sa maman, l’émotion les submerge : « C’était un peu la première fois qu’on se voyait dans un film, le fait qu’elles se disputent, qu’elles se réconcilient… On était vraiment complices et ce n’était pas forcément des choses représentées à la télévision. »

La trentenaire prendra-t-elle donc sa place pour la suite de « leur film doudou » ? « Si c’est avec sa mère, c’est sûr », sourit-elle. Du côté des fans de la première heure, la déception du revisionnage les fait encore douter. « Ça m’aurait peut-être intéressée de retrouver Lola dans sa trentaine », reconnaît Lena Haque, mais les ami·es, les amours, les emmerdes de sa petite sœur teasées dans la bande-annonce l’intéressent moins. « Et puis, je ne sais pas si la réalisatrice va réussir à garder ce point de vue de non-jugement qu’elle avait dans le premier, qui était très chouette », ajoute la journaliste. Verdict le 11 février. 

Bande-annonce de LOL 2.0

C’est officiel : les réseaux sociaux seront interdits aux moins de 15 ans dès la rentrée prochaine

Faut-il crier victoire ou au contraire s’inquiéter de la disparition de l’anonymat sur le Web ? Sur le sujet, deux camps s’opposent fermement… sauf à l’Assemblée nationale, qui a adopté ce lundi 26 janvier à 130 voix contre 21 la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, ainsi que l’usage des smartphones dans l’enceinte des lycées. Une adoption éclair, qui fait suite à l’instauration, début décembre 2025, d’une loi similaire en Australie – dont les effets peinent encore à convaincre.

Ce qui va changer le 1er septembre 2026

À moins que le Sénat rejette la proposition de loi en février prochain (ce qui est plus qu’improbable), elle entrera bel et bien en vigueur à compter du 1er septembre 2026. À compter de cette date, « l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne [sera] interdit aux mineurs de 15 ans », stipule le projet de loi porté par la députée Renaissance Laure Miller.

Ce texte, largement soutenu par l’ensemble des formations politiques, à l’exception de La France insoumise, vise à considérer l’impact dangereux que peuvent avoir les réseaux sociaux sur les plus jeunes. Instagram, TikTok, Snapchat et d’autres sont des plateformes désormais omniprésentes dans la vie des adolescents. Elles mobilisent des techniques de rétention de l’attention nuisant gravement à leur concentration, et encouragent des comportements parfois dangereux (notamment en matière d’alimentation).

« Avec cette loi, nous poserons une limite claire dans la société. Nous disons une chose simple : les réseaux sociaux n’ont rien d’anodin, a déclaré, avant le vote, Laure Miller. Ces réseaux sociaux avaient promis de relier, ils ont fragmenté. Ils avaient promis d’informer, ils ont saturé. Ils avaient promis de divertir, ils ont enfermé. »

La mise en place de l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux se fera en deux temps. Au 1er septembre 2026, toute nouvelle inscription sur un réseau social entraînera une vérification de l’âge de l’internaute. Puis, au 1er janvier 2027, il sera exigé de toutes les plateformes en ligne de vérifier l’âge de leurs utilisateurs et utilisatrices, comme cela est notamment le cas au Royaume-Uni depuis l’été dernier.

En sus de l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, le projet de loi prévoit également d’étendre l’interdiction de l’usage des téléphones portables dans les lycées, comme c’est déjà le cas dans les collèges. Plusieurs établissements français testent déjà le dispositif depuis la rentrée dernière.

Une loi critiquée, qui fait craindre un délitement de la neutralité du Web

S’il est indéniable que les réseaux sociaux peuvent être nocifs, par leur nature, pour les plus jeunes, l’interdiction est vivement critiquée par toute une frange d’expert·es. Libération donnait hier la parole à un panel de scientifiques dans un article qui dépeint une communauté divisée sur le sujet.

Pour certain·es, interdire, c’est mépriser l’intelligence de la population adolescente. D’autres fustigent encore la facilité de la prohibition face à l’accompagnement et l’éducation. « On ne protégera pas les jeunes publics en les éloignant du numérique », regrette Anne Cordier, enseignante-chercheuse et professeure des universités en sciences de l’information et de la communication au Centre de recherche sur les médiations (Crem) à l’Université de Lorraine.

En Australie, où une loi similaire est entrée en vigueur début décembre, on semble redécouvrir que le meilleur moyen d’encourager un enfant à faire quelque chose, c’est de lui interdire. Là-bas, les ados se maquillent pour paraître plus âgés et passer entre les mailles d’un filet de détection d’âge perfectible, ou demandent à des adultes de scanner leur visage à leur place. Pire : des plateformes de messagerie plus obscures émergent, exposant de fait des adolescent·es en mal de lien social aux mêmes menaces que ces lois disent vouloir éradiquer.

Reste enfin le sujet délicat de la vérification d’âge. Cette proposition de loi vise à interdire les réseaux sociaux aux adolescents. Or, pour s’assurer qu’elles ont bien affaire à des adultes, les plateformes vont naturellement devoir mener de vastes campagnes de vérification de l’identité de leurs inscrit·es et, pour ce faire, recourir aux services d’entreprises tierces. Autant de données sensibles, très personnelles, qui échapperont au contrôle des internautes et qui risquent d’être piratées si elles ne sont pas traitées correctement. Et, si l’on se réfère à l’histoire récente, il y a toutes les raisons de craindre que nos données ne seront pas en sécurité.

C’est officiel : les réseaux sociaux seront interdits aux moins de 15 ans dès la rentrée prochaine

27 janvier 2026 à 14:30

Faut-il crier victoire ou au contraire s’inquiéter de la disparition de l’anonymat sur le Web ? Sur le sujet, deux camps s’opposent fermement… sauf à l’Assemblée nationale, qui a adopté ce lundi 26 janvier à 130 voix contre 21 la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, ainsi que l’usage des smartphones dans l’enceinte des lycées. Une adoption éclair, qui fait suite à l’instauration, début décembre 2025, d’une loi similaire en Australie – dont les effets peinent encore à convaincre.

Ce qui va changer le 1er septembre 2026

À moins que le Sénat rejette la proposition de loi en février prochain (ce qui est plus qu’improbable), elle entrera bel et bien en vigueur à compter du 1er septembre 2026. À compter de cette date, « l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne [sera] interdit aux mineurs de 15 ans », stipule le projet de loi porté par la députée Renaissance Laure Miller.

Ce texte, largement soutenu par l’ensemble des formations politiques, à l’exception de La France insoumise, vise à considérer l’impact dangereux que peuvent avoir les réseaux sociaux sur les plus jeunes. Instagram, TikTok, Snapchat et d’autres sont des plateformes désormais omniprésentes dans la vie des adolescents. Elles mobilisent des techniques de rétention de l’attention nuisant gravement à leur concentration, et encouragent des comportements parfois dangereux (notamment en matière d’alimentation).

« Avec cette loi, nous poserons une limite claire dans la société. Nous disons une chose simple : les réseaux sociaux n’ont rien d’anodin, a déclaré, avant le vote, Laure Miller. Ces réseaux sociaux avaient promis de relier, ils ont fragmenté. Ils avaient promis d’informer, ils ont saturé. Ils avaient promis de divertir, ils ont enfermé. »

La mise en place de l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux se fera en deux temps. Au 1er septembre 2026, toute nouvelle inscription sur un réseau social entraînera une vérification de l’âge de l’internaute. Puis, au 1er janvier 2027, il sera exigé de toutes les plateformes en ligne de vérifier l’âge de leurs utilisateurs et utilisatrices, comme cela est notamment le cas au Royaume-Uni depuis l’été dernier.

En sus de l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, le projet de loi prévoit également d’étendre l’interdiction de l’usage des téléphones portables dans les lycées, comme c’est déjà le cas dans les collèges. Plusieurs établissements français testent déjà le dispositif depuis la rentrée dernière.

Une loi critiquée, qui fait craindre un délitement de la neutralité du Web

S’il est indéniable que les réseaux sociaux peuvent être nocifs, par leur nature, pour les plus jeunes, l’interdiction est vivement critiquée par toute une frange d’expert·es. Libération donnait hier la parole à un panel de scientifiques dans un article qui dépeint une communauté divisée sur le sujet.

Pour certain·es, interdire, c’est mépriser l’intelligence de la population adolescente. D’autres fustigent encore la facilité de la prohibition face à l’accompagnement et l’éducation. « On ne protégera pas les jeunes publics en les éloignant du numérique », regrette Anne Cordier, enseignante-chercheuse et professeure des universités en sciences de l’information et de la communication au Centre de recherche sur les médiations (Crem) à l’Université de Lorraine.

En Australie, où une loi similaire est entrée en vigueur début décembre, on semble redécouvrir que le meilleur moyen d’encourager un enfant à faire quelque chose, c’est de lui interdire. Là-bas, les ados se maquillent pour paraître plus âgés et passer entre les mailles d’un filet de détection d’âge perfectible, ou demandent à des adultes de scanner leur visage à leur place. Pire : des plateformes de messagerie plus obscures émergent, exposant de fait des adolescent·es en mal de lien social aux mêmes menaces que ces lois disent vouloir éradiquer.

Reste enfin le sujet délicat de la vérification d’âge. Cette proposition de loi vise à interdire les réseaux sociaux aux adolescents. Or, pour s’assurer qu’elles ont bien affaire à des adultes, les plateformes vont naturellement devoir mener de vastes campagnes de vérification de l’identité de leurs inscrit·es et, pour ce faire, recourir aux services d’entreprises tierces. Autant de données sensibles, très personnelles, qui échapperont au contrôle des internautes et qui risquent d’être piratées si elles ne sont pas traitées correctement. Et, si l’on se réfère à l’histoire récente, il y a toutes les raisons de craindre que nos données ne seront pas en sécurité.

« Le Chasseur de baleines », un beau récit initiatique aux confins du monde

Par :import
27 janvier 2026 à 14:00

Le jeune Leshka (Vladimir Onokhov) fixe son écran. Face à lui, une jolie blonde aux grands yeux bleus lui sourit, l’aguiche, sans un mot. Leshka est amoureux. Mais comment déclarer sa flamme à sa promise aussi mutique qu’inaccessible ? Car l’ado de 15 ans se trouve reclus dans un village paumé du côté du détroit de Béring, entre la Russie et l’Amérique.

Sur ce bout de terre aux confins du monde, il vit de la chasse à la baleine, trimballe un petit chariot plein de viande d’une maison à l’autre, fait des escapades sur la vieille moto de son meilleur ami. Une existence simple et âpre que l’arrivée d’internet, la découverte d’un site de camgirls – et le frémissement des hormones – vont venir troubler. Le jeune homme se met soudainement à rêver d’un ailleurs. Et de s’évader vers cette Amérique étrange et désirable.

Il aura fallu pas moins de six ans au premier film du jeune réalisateur russe Philipp Yuryev pour sortir en France. Sans doute la faute – en partie – à la pandémie de 2020 qui aura mis un coup d’arrêt à la mise en lumière de cette petite pépite venue du froid. Présenté (et applaudi) de festival en festival depuis plusieurs années – il a notamment remporté le Grand prix du jury au Festival de cinéma européen des Arcs, Le Chasseur de baleines débarque tardivement sur nos écrans. Un parcours qui n’a rien d’anormal pour un long-métrage aussi singulier, et qui fait finalement écho à son caractère hors du temps.

Une odyssée poétique

Mêlant comédie, road-movie et drame, ce coming-of-age autour d’un jeune héros mutique ne ressemble à rien d’autre. Le titre du film lui-même est trompeur : Le Chasseur de baleines parle moins de chasse que de quête, presque mythologique. Bourré de jolies idées de mise en scène, le film prend des airs d’odyssée aussi onirique qu’inquiétante à mesure que Leshka s’aventure hors de sa zone de confort, aveuglé par le mirage américain.

 Chasseur-de-baleines

Scrutant les visages marqués par la rudesse du climat au plus près, avant de s’ouvrir à l’immensité de la mer et de la toundra, Philipp Yuryev compose une poésie minérale, où la nature et la lenteur deviennent de véritables matières sensibles. 

Mais au-delà de sa maîtrise formelle, Le Chasseur de baleines aborde avec pudeur les questions de la construction de la masculinité et de l’éveil du désir dans un environnement coupé de tout, loin des excès et des vices du monde moderne. Il émane de cette épopée modeste à hauteur d’adolescent une vulnérabilité profondément touchante, une beauté brute et contemplative qui happe et désarme. Une très jolie surprise.

❌