Vue normale

Reçu aujourd’hui — 11 février 2026

Batman : 40 ans après, pourquoi The Dark Knight Returns reste indétrônable ?

11 février 2026 à 11:00

1986, année faste pour la bande dessinée américaine. Art Spiegelman raconte comment ses parents ont survécu aux camps de concentration dans le premier tome de Maus. Un libraire de l’Oregon, Mike Richardson, lance une maison d’édition appelée à devenir l’un des acteurs majeurs de l’industrie du comics, Dark Horse, d’où sortiront Hellboy, The Mask et Sin City. DC entame la publication de Watchmen, magnus opum d’Alan Moore et Dave Gibbons. Et donne un coup de pied dans la fourmilière.

The Dark Knight Returns.

En février 1986, des millions de bédévores découvrent, ébahis, les premières pages de The Dark Knight Returns, polar hard-boiled dans les tréfonds méphitiques de Gotham City où un Batman fourbu joue au vigilante façon Clint Eastwood. À l’origine de ce coup d’éclat, un jeune prodige, iconoclaste en diable : Frank Miller.

L’homme qui a sorti Marvel du marasme en débarrassant Daredevil de ses collants ringards et de son décorum cosmique. Sous sa plume, la réalité d’une noirceur abyssale frappe les super-héros de plein fouet. Le ton de l’âge moderne du comics est donné. N’eût-il sorti le Chevalier noir de sa Batcave, la pop culture n’aurait pas le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.

Le retour du héros

« Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi. » La sentence qui clôture Film socialisme de Jean-Luc Godard résume le dilemme moral larvé dans les planches de The Dark Knight. C’est que la question travaille au corps Frank Miller depuis la plus tendre enfance. À l’âge de 5 ans, sa famille l’emmène voir au cinéma La bataille des Thermopyles, dans lequel le réalisateur Rudolph Maté exalte le courage des Spartiates mené par Léonidas face à l’invasion des guerriers perses.

The Dark Knight Returns.

« À la fin, mon grand frère et moi, nous nous sommes regardés, nous n’étions pas sûrs de ce qui s’était passé, se souvient Miller dans une interview accordée aux Inrocks en 2018. Mon frère s’est tourné vers mon père, assis derrière nous. “Papa… Les bons sont morts ?” Il a répondu : “Oui, mon fils, j’ai peur que ça soit le cas.” L’idée que je me faisais des héros avait changé à jamais. Avant, je pensais qu’ils gagnaient, récoltaient à chaque fois la gloire. J’ai alors compris qu’être un héros ne signifiait pas forcément triompher, mais, avant tout, essayer d’accomplir ce qui semble juste. » À l’instar de Batman sorti de sa retraite pour expurger le mal qui ronge (encore) Gotham City dans The Dark Knight Returns.

À 55 ans sonnés, Bruce Wayne n’a plus la superbe d’autrefois. La mort de Jason Todd/Robin a exacerbé sa misanthropie. Ses pulsions de violence explosent les potards. Épaulé par un nouveau Robin, une adolescente du nom de Carrie Kelley (une première dans l’histoire de Batman), le Chevalier noir reprend du service, cette fois contre le gang des Mutants, une clique de pillards et de meurtriers. La croisade vengeresse prend des accents de règlement de comptes lorsque ressurgissent deux visages du passé.

The Dark Knight Returns.

La bouille rafistolée, Harvey Dent, alias Double-Face, menace de prendre Gotham en otage peu avant que le Joker ne fasse des siennes à nouveau. Batman doit aussi composer avec Superman qui tente de le neutraliser sur ordre du Président des États-Unis, Ronald Reagan. Un programme chargé (178 pages), truffé de références à l’univers DC et de commentaires sociopolitiques trempés dans une encre noire comme jamais.

Un comics d’un genre nouveau

Franc-tireur, Frank Miller dynamite les codes établis du comics dans The Dark Knight Returns. Entre autres audaces formelles, la démultiplication des cases sur une même planche, allant parfois jusqu’à en incruster 16 par page. La noirceur de son univers bénéficie du crayonné inégalable de Lynn Varley (déjà à l’œuvre sur une précédente minisérie de Miller, l’excellent Ronin), mais aussi aux talents de son fidèle encreur, Klaus Janson, dont le travail a d’ailleurs été distingué par trois prix Jack-Kirby.

The Dark Knight Returns.

Miller taille à la serpe les visages des personnages masculins, quitte à parfois grossir le trait. Bruce Wayne hérite ainsi d’une musculature hypertrophiée et d’une mâchoire anguleuse à l’excès. Une esthétique nietzschéenne à l’image des héros bodybuildés (Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone…) qui ont le vent en poupe dans l’Amérique de Ronald Reagan.

Avec The Dark Knight Returns, Frank Miller livre surtout une charge furieuse contre la culture des écrans, alors en plein boom aux États-Unis. « Aussi, je voulais utiliser les écrans de télévision pour montrer à quel point nous sommes ridicules dans notre manière de rapporter les informations. Nous nous emparons d’événements importants et terrifiants, et les faisons apparaître banals, presque amusants. À l’inverse, nous prenons des faits anodins et les rendons importants », explique-t-il dans une interview publiée par Le Monde en 2015.

The Dark Knight Returns.

Un commentaire d’un pessimisme toujours aussi corrosif 40 ans plus tard. Si Christopher Nolan (derrière la trilogie The Dark Knight) et Zack Snyder (Batman v Superman) lui sont redevables, Miller compte aussi bon nombre de détracteurs sur le registre politique.

En cause, des opinions ultraconservatrices dans ses prises de parole, les années passant. Une lecture attentive permet d’en déceler les prémisses dans le scénario The Dark Knight Returns, qui voit Batman prendre la tête d’une milice chargée de faire régner la loi à Gotham City, symptôme d’une idéologie sécuritaire à la racine du fascisme.

Reçu avant avant-hier

La série Marvel Wonder Man arrive sur Disney+ : toutes les infos

27 janvier 2026 à 09:55

Un mix de Superman et de Wonder Woman ? Sur le papier, le nom peut prêter à confusion. Wonder Man semble pourtant s’éloigner du modèle classique du super-héros tout-puissant et du justicier en cape omniprésent.

Nouvelle production de Marvel Studios, la série sera diffusée exclusivement sur Disney+ à partir de la nuit du 27 au 28 janvier, avec une mise en ligne prévue aux alentours de 3 heures du matin en France. Les huit épisodes de la première saison seront disponibles simultanément dès le lancement.

Qui est Wonder Man dans cette adaptation ?

Inspirée des comics créés par Stan Lee – dans lesquels Simon Williams fait son apparition dès les années 1960 –, la nouvelle œuvre Marvel ne cherche pas la fidélité au matériau original. Elle transpose le personnage dans un cadre contemporain, celui de l’industrie du cinéma.

Yahya Abdul-Mateen II dans Wonder Man.

Simon Williams y est dépeint comme un acteur hollywoodien en perte de vitesse, obsédé par l’idée de décrocher enfin le rôle qui relancera sa carrière. Une trajectoire perturbée par une singularité : il possède de véritables pouvoirs, écho direct au Wonder Man des comics.

Plutôt que de s’appuyer sur des menaces cosmiques ou des affrontements spectaculaires, la série privilégie une satire du milieu hollywoodien, auscultant castings, ego et désillusions. La découverte progressive des pouvoirs de Williams agit comme un révélateur, interrogeant l’identité, la célébrité et la frontière entre rôle et réalité. Car Simon Williams fait tout pour pouvoir incarner… le super-héros Wonder Man dans un film produit à Hollywood.

Quel casting et quelle place dans le MCU ?

Le rôle principal est confié à Yahya Abdul-Mateen II, déjà remarqué dans Watchmen, Candyman ou Matrix Resurrections. À ses côtés, Ben Kingsley reprend son rôle de Trevor Slattery, personnage connu des fans du MCU depuis Iron Man 3 et Shang-Chi.

Ben Kingsley dans Wonder Man.

Wonder Man s’inscrit dans la phase VI du Marvel Cinematic Universe et bénéficie du label Marvel Spotlight, pensé pour des projets plus autonomes et recentrés sur les personnages. La série a été créée par Destin Daniel Cretton et Andrew Guest, deux talents déjà familiers de l’univers. Showrunner et scénariste principal, Guest a notamment travaillé sur Hawkeye, tandis que Daniel Cretton, réalisateur de Shang-Chi et la Légende des dix anneaux, intervient ici comme producteur exécutif et signe également la mise en scène de certains épisodes.

Wonder man : ceci n’est pas une série de super-héros !

27 janvier 2026 à 07:00

Oh non, encore un super-héros qui débarque sur nos écrans ! C’est qui celui-là ? Wonder Man ? Le mari de Wonder Woman ? Jamais entendu parler… Facile d’imaginer les réactions des abonnés Disney+ lors de l’apparition de ce programme, ce 28 janvier. De plus en plus palpable, la lassitude du public envers les contenus super-héroïques laisse planer peu de doutes sur le succès d’un personnage aussi secondaire que Simon Williams, alias Wonder Man. Ce serait pourtant dommage de zapper.

Wonder Man est la réponse pleine d’humour de Marvel à tous ceux qui se sont lassés des super-héros.

Faites entrer les remplaçants !

Que ce soit dans les maisons d’édition ou dans les studios américains, les décideurs laissent toujours plus de libertés aux artistes qui s’occupent des seconds couteaux qu’à ceux responsables des personnages plus populaires – et donc plus « bankables » – de leurs catalogues. Cette habitude dictée par des impératifs économiques a parfois offert des moments d’anthologie à certains super-héros qui ont pu créer la surprise et briller, en faisant preuve d’audace, alors que personne ne misait sur eux.

Même si son nom est partout, le personnage de Wonder Man tel qu’inventé dans les comics est presque absent de la série, si ce n’est dans les clins d’oeil vestimentaires de Simon Williams.

À l’inverse, quand les challengers se contentent d’imiter des célébrités, ils passent pour de simples ersatz et déçoivent franchement. Demandez aux Thunderbolts ou à Sam Wilson ce que ça fait de passer après les Avengers ou Steve Rogers… On a beau leur offrir leurs propres films à grand spectacle, le public n’est pas au rendez-vous. Et en même temps, ce n’est pas parce qu’on passe l’hymne de la Ligue des Champions avant un match de National 3 que le niveau de jeu est meilleur. Ça fait plaisir aux joueurs, mais le public n’est pas dupe.

C’est pareil avec les super-héros. Wonder Man aurait donc pu connaître le même sort, mais la firme dirigée par Kevin Feige a eu la bonne idée de jouer la carte de l’autodérision avec une production « méta », à mi-chemin entre The Studio et Birdman, mâtinée de références plus qu’appuyées à Macadam Cowboy.

Wonder qui ?

Les productions de super-héros qui font un pas de côté pour offrir une réflexion sur le genre, ce n’est pas nouveau. De Watchmen à The Boys, en passant par Powerless, le public en a déjà son content. Et depuis Deadpool, briser le fameux quatrième mur n’a plus rien d’original. Seulement, le personnage de Wonder Man est parfaitement taillé pour l’exercice et il eût été dommage de ne pas l’exploiter ainsi.

Yahya Abdul-Mateen II dans Wonder Man.

Pour la faire courte, Simon Williams, de son vrai nom, a tout pour figurer dans le top 10 des Avengers, sauf le charisme. Avec son physique de Superman et ses pouvoirs à base d’énergie ionique presque aussi impressionnants que ceux du Kryptonien, il aurait pu compter parmi les leaders de l’écurie Marvel, mais il a toujours évolué dans l’ombre d’autres super-héros, cantonné au banc de touche ou alors titulaire dans les équipes de réserve.

En revanche, Simon Williams a un talent que d’autres héros n’ont pas : c’est un acteur et cascadeur, digne des stars des action movies des années 1980. Le background parfait pour un projet comme celui porté par le réalisateur Destin Daniel Cretton (derrière Shang-Shi et le prochain volet de Spider-Man: Brand New Day). Ce super-héros de seconde zone lui a offert l’excuse parfaite pour manier une figure de style qu’il apprécie visiblement beaucoup : la mise en abyme.

The Mandarin… and Simon Williams

Jugez un peu : dans cette série Wonder Man, Simon Williams (Yahya Abdul-Mateen II – déjà vu côté DC dans la série Watchmen et en Black Manta dans Aquaman) est un jeune acteur qui tente de percer à Hollywood, sans trop de succès. Mais une occasion unique s’offre à lui : incarner Wonder Man, un héros de SF façon Buck Rogers, dans un reboot porté par un réalisateur farfelu et multiprimé. Le « destin » – prenant ici la forme d’une agence gouvernementale – va placer sur son chemin Trevor Slattery (Ben Kinglsey), comédien raté, principalement connu pour son rôle malheureux de Mandarin, homme de paille des grands-méchants d’Iron Man 3.

Yahya Abdul-Mateen II dans Wonder Man.

Vous vouliez du méta, des références à tout va et de la mise en abyme ? Vous voilà servis. La modération n’est pas le fort de Destin Daniel Cretton et il aurait très bien pu incarner le « dealer » de bonbons de l’épisode 5, tout excité à l’idée de tourner une pub sur ses bonbons à la mandarine, avec le Mandarin (vous l’avez ?).

Pourtant, malgré toute cette surenchère, la série n’est jamais lourde. Le tandem Simon Williams-Trevor Slattery et leur relation apprenti-mentor fonctionnent à la perfection, en offrant aussi bien des moments humoristiques qu’attendrissants. Le jeu de Sir Ben Kingsley y est pour beaucoup, à tel point qu’on aurait presque préféré une série The Mandarin, mais le duo séduit aussi bien les autres personnages que les spectateurs.

La bromance entre le vieil acteur raté et le jeune talent qui ne demande qu’à faire ses preuves est sans doute la plus grande réussite de la série.

Résultat, on a plutôt l’impression de se retrouver devant une satire d’Hollywood, montrant les petits tracas quotidiens des acteurs de second rang, que devant une énième production super-héroïque avec un encapé que personne ne connaît. L’ironie de la chose étant justement que ces blockbusters ont donné leur chance à bon nombre de jeunes acteurs ou de célébrité à la carrière en berne, comme Robert Downey Jr avant Iron Man.

Sortir des standards du genre

Cette fois, cependant, l’aspect marquant de ces productions, à savoir les super-pouvoirs, n’apparaît que progressivement, presque subtilement, avant de devenir carrément explosif, mais de façon presque secondaire. Très vite, la seule chose qui compte, ce n’est pas l’étendue des pouvoirs de Simon Williams, ni son origin storyexercice lassant auquel on échappe, heureusement –, mais si oui ou non, il va décrocher le rôle !

Ben Kingsley dans Wonder Man.

Et lorsque les tropes du genre pointent le bout de leur nez, Destin Daniel Cretton, qui en fait pourtant des caisses sur l’aspect « méta », parvient à surprendre son audience avec humour. La preuve qu’il n’est pas balourd, mais qu’il maîtrise au contraire parfaitement son œuvre. Il n’a pas fait une série de super-héros, mais une série sur l’industrie du divertissement mainstream, avec un personnage ayant des super-pouvoirs.

Sans crier au chef-d’œuvre, il faut avouer que Wonder Man remplit sa mission : offrir au MCU un titre « méta » et décalé, prouvant que les super-héros ne sont pas là que pour raconter des histoires de super-héros. Ce one-shot en huit épisodes qui se suffisent à eux-mêmes offre une petite bulle d’originalité au sein d’une franchise à laquelle on a pu reprocher une certaine standardisation.

Julieta Ortega et Zlatko Burić dans Wonder Man.

C’était déjà le cas d’une autre production Marvel Spotlight rendant hommage au monde du cinéma de genre (horrifique, celui-là) : Werewolf by Night. Souhaitons à Wonder Man de connaître le même succès d’estime. Ça rabattra le caquet des cinéphiles les plus snobs qui regardent les productions de super-héros de haut et ça prouvera à Kevin Feige que ses studios peuvent encore connaître de beaux succès inattendus, en faisant preuve d’audace.

❌