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The Cleaning Lady, nouvelle série phénomène de Netflix ?

10 avril 2026 à 13:00

C’est une nouvelle femme de ménage, mais pas celle à laquelle l’on pense immédiatement. Loin du succès littéraire signé Freida McFadden, Netflix a accueilli une œuvre homonyme dans son catalogue. Diffusée à l’origine en 2022 sur Fox, The Cleaning Lady est développée par Miranda Kwok et produite par Warner Bros. Adaptée de la fiction argentine La chica que limpia, elle s’étend sur quatre saisons, diffusées jusqu’en 2025 et toutes disponibles sur la plateforme.

De quoi parle la série ?

L’histoire suit Thony De La Rosa, une médecin venue aux États-Unis pour soigner son fils atteint d’une maladie rare. Sans statut légal et confrontée à un système de santé inaccessible, elle se retrouve contrainte d’accepter des emplois précaires. Jusqu’au jour où elle assiste à un meurtre.

Élodie Yung dans The Cleaning Lady, saison 2.

Repérée par une organisation criminelle, elle devient nettoyeuse de scènes de crime. Cette double vie, mère et collaboratrice de la mafia, structure l’ensemble de la série. Le rôle principal est porté par Élodie Yung (aussi vue dans Daredevil). Autour d’elle, la distribution réunit Martha Millan, Adan Canto, Oliver Hudson et Eva De Dominici.

La série est-elle fidèle à l’œuvre originale ?

L’adaptation américaine reprend le principe de La chica que limpia : une femme ordinaire contrainte de travailler pour des criminels après avoir été témoin d’un meurtre. Le moteur dramatique – protéger un enfant malade – demeure inchangé.

En revanche, le personnage évolue. Elle devient une médecin immigrée, ce qui déplace le récit vers des enjeux plus larges liés à l’immigration et au système de santé américain. Le format lui-même s’élargit : intrigue plus étendue, multiplication des arcs secondaires et ton plus accessible.

Pourquoi ce type de série séduit-il autant ?

La série s’est hissée parmi les programmes les plus regardés de la semaine en France sur Netflix, confirmant l’efficacité d’un modèle narratif bien identifié : celui d’un individu ordinaire précipité dans un univers criminel.

The Cleaning Lady, saison 2.

Ce schéma s’inscrit dans une tendance forte du catalogue de la plateforme. Des séries comme Maid, qui suit une mère contrainte de faire des ménages pour survivre, explorent déjà la précarité à hauteur de femme. Dans un registre plus criminel, Ozark ou Breaking Bad reposent sur une mécanique similaire.

La femme de : Mélanie Thierry en plein dilemme dans ce nouveau drame sensible

8 avril 2026 à 09:30

Neuf ans après L’ordre des médecins (2017), David Roux est de retour au cinéma avec La femme de. Porté par Mélanie Thierry, le film suit l’histoire de Marianne, épouse d’un riche industriel. Mais à presque 40 ans elle est sur le point de tout envoyer valser : elle s’aperçoit, complice de sa propre condition, que le confort de la vaste maison familiale ne lui convient plus. Quand une figure de son passé ressurgit, notre héroïne comprend qu’une autre vie est possible, loin des obligatoires conjugales. Mais à quel prix ?

La bande-annonce de La femme de.

Un histoire de femme

Imaginé comme un récit d’apprentissage, La femme de filme la libération d’une mère et d’une épouse fatiguée de répondre aux exigences de sa belle-famille. Avec ce nouveau long-métrage, David Roux offre ainsi une œuvre féministe tout en soulignant la difficulté morale et parfois même physique de s’extirper de cette condition. Pour cela, le réalisateur a fait appel à la magnétique Mélanie Thierry dont le personnage est contraint d’évoluer dans un monde d’hommes : son mari attend d’elle de l’exemplarité, son beau-père la désigne d’office comme sa nouvelle infirmière tandis que le beau-frère y voit, avant tout, sa maîtresse.

Un brassage patriarcal dont notre héroïne va tenter de se défaire quand revient dans sa vie le personnage de Jérémie Renier. L’acteur qui tenait le rôle principal dans L’ordre des médecins réapparaît ici devant la caméra de David Roux dans un rôle sensible et doux face à une Mélanie Thierry impeccable.

Avec délicatesse, cette dernière porte le film sur ses épaules — à l’image de sa belle famille — et représente la dualité d’un personnage féminin en proie à un questionnement moral. Une interrogation que l’on retrouvait déjà chez l’actrice dans Connemara (2025) aux côtés de Bastien Bouillon.

La femme de.

Fidèle au registre qu’on lui connaît, Mélanie Thierry incarne une nouvelle fois une femme prête à renoncer au confort pour vivre une vie à laquelle elle aspire véritablement. Un symbole féministe et puissant mais qui lasse rapidement par la démonstration formelle du film. En effet, La femme de ne parvient pas à convaincre tant pour son scénario stagnant qu’un rythme beaucoup trop lent.

Le long-métrage semble, par ailleurs, s’enfermer dans une mise en scène rigide et terne. Il en ressort un drame sans réelle incandescence malgré le dilemme qui s’impose à son personnage. En définitif, La femme de manque d’épaisseur pour vraiment nous happer par la force de ses sentiments. Son ADN, emprunté au cinéma d’auteur français, semble nous maintenir toujours à l’écart afin d’être pleinement investis dans la trajectoire de Marianne. Restera au moins l’interprétation de son actrice, Mélanie Thierry.

The Drama avec Zendaya et Robert Pattinson : jusqu’où peut-on aimer quelqu’un ?

31 mars 2026 à 11:00

À l’occasion de la sortie en salle de The Drama, le réalisateur Kristoffer Borgli et ses deux costars, Zendaya et Robert Pattinson, ont répondu à nos questions, ainsi qu’à celles de journalistes du monde entier. Un échange inévitablement traversé par la question centrale du film : jusqu’où peut-on aimer quelqu’un ? Quelques semaines après la sortie de son plus gros succès, Marty Supreme, A24 remet une troisième fois le couvert avec le cinéaste norvégien.

The Drama suit un couple bienheureux, sur le point de se marier. Une idylle de jeunes trentenaires, racontée par fragments au fil d’allers-retours temporels, où tout semble d’abord parfaitement en place. Zendaya, loin de ses débuts sur Disney Channel et après ses rôles dans le Dune de Villeneuve ou la série Euphoria, séduit par son impertinence, sa vivacité camouflant une forme de fragilité. Face à elle, Robert Pattinson déploie une douceur trouble, faite de maladresse et d’introspection, dans la lignée de ses rôles récents dans High Life (2018) ou Mickey 17 (2025). Deux trajectoires, deux énergies s’imbriquant avec une évidence presque suspecte. Car Borgli ne filme cette harmonie que pour mieux la fissurer.

L’amour et la morale

Au cours d’un dîner avec les témoins de leur mariage, Emma, la future épouse, lâche une révélation qui sidère l’assemblée. La bande-annonce l’annonçait sans jamais la dévoiler : qu’est-ce qui se cache derrière ce drame ? Quelle confession peut suffire à faire vaciller un couple en apparence si solide ? Et surtout, cette révélation peut-elle être à la hauteur des attentes qu’elle suscite chez le spectateur, au point de porter tout un film ?

Difficile d’en dire plus sans trahir ce qui constitue le tournant du film. Ce fameux « drama » pourra en laisser certains sur leur faim, mais il agit comme un prétexte, un déclencheur pour le véritable propos du film. « On va évidemment beaucoup s’intéresser à la révélation d’Emma, mais il s’agit de bien plus que ça, explique Zendaya. Ce que traversent Charlie et Emma met à l’épreuve l’amour qu’il y a entre eux, ce que chacun est prêt à accepter chez l’autre, et ce qu’on est prêt à faire au nom de l’amour. »

Zendaya dans The Drama.

« Aimer quelqu’un, c’est le connaître, estime Kristoffer Borgli. Avec les gens dont on est le plus proche, on devrait pouvoir tout partager. Le film parle de la puissance du sentiment amoureux, un état qu’on ne contrôle pas, et qui se complique lorsque les sentiments se heurtent à la raison. » Habitué des comédies sociales acides, à l’image de son homologue scandinave Ruben Östlund, le cinéaste norvégien poursuit ici son observation des comportements humains.

Analyse sociale

Dans Sick of Myself (2022), son premier long-métrage, une jeune femme cherchait l’attention des réseaux sociaux en se défigurant. Dream Scenario (2023) contait, quant à lui, l’histoire d’un père de famille, incarné par Nicolas Cage, qui devenait une obsession collective en infiltrant malgré lui les rêves de millions de personnes. Deux fables sociales grinçantes interrogeant la quête de reconnaissance, la morale et les dérives d’une époque.

Comme dans ses précédents films, Borgli installe une tension à partir de situations banales, fait émerger le malaise, observe plus qu’il ne juge. Fils d’anthropologue, il ne laisse entrevoir ses personnages que par bribes, au travers de leurs réactions plus que par leur passé. Une forme d’extériorité qui pourrait désengager, mais que viennent compenser Zendaya et Pattinson, dont le duo maintient en permanence le spectateur à hauteur d’émotion.

Avec The Drama, Kristoffer Borgli pointe les incohérences de discours et de comportements, les idéaux qui vacillent et la place mouvante de la morale dans une relation. Ses personnages, ancrés dans un cadre petit-bourgeois de Boston, habitués à échanger autour d’un verre de vin ou d’un simili-Starbucks, naviguent entre le besoin de comprendre et le réflexe de juger. La révélation agit comme un révélateur : elle sidère, fracture, oblige chacun à se positionner.

Robert Pattinson et Zendaya dans The Drama.

En filigrane, Borgli épingle ceux qui jouent un rôle, sourire figé pour la photo, ceux persuadés que leurs fautes comptent moins que celles des autres ou que leurs ressentis prévalent. Un nouveau conte social, dans lequel le cinéaste observe, sans malveillance, des individus pris dans leurs contradictions, dépeignant l’humanité dans ce qu’elle a de parfois absurde ou pathétique.

Le film, lui, refuse de trancher. Il distille juste assez d’éléments pour laisser le spectateur combler les vides. « L’histoire est intéressante, car elle montre que la moralité est subjective et dépend du milieu dans lequel on est. Votre morale personnelle dépend aussi de celle et ceux qui vous entourent », souligne Robert Pattinson. Le couple devient alors un prisme : à travers lui se dessinent les obsessions, les incohérences et les angles morts d’une société entière.

La bande-annonce de The Drama avec Zendaya et Robert Pattinson.

En un sens, Borgli y interroge, sans jamais rien asséner, la banalité du mal, la psychose collective, les logiques de groupe comme les dérives individuelles, la façon dont les humains peuvent s’aimer, se faire du mal et évoluer, ainsi que les raisons qui les poussent à agir ainsi. Une comédie romantique déviée vers le drame, traversée d’angoisses et de tensions morales, dont ressort une grande liberté d’interprétation : « Le film incite le spectateur à débattre sur l’opposition entre le cœur et l’esprit, explique le réalisateur. Il n’y a pas de conclusion morale clairement définie. Chaque spectateur peut s’emparer de ces questions et décider par lui-même de sa propre position. »

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