Un énorme chantier, dont l’objet est de « réduire la dépendance numérique extra-européenne », explique la DINUM, et qui concernera d’ici la fin d’année l’ensemble des ministères. Dans un contexte géopolitique tendu, et après un sursaut de lucidité sur l’énorme retard accumulé par l’Europe dans le développement de ses propres outils numériques, cette annonce est aussi prometteuse que tardive.
Linux a le vent en poupe
Concrètement, la Direction interministérielle du numérique annonce ni plus ni moins que « sa sortie de Windows au profit de postes sous système d’exploitation Linux ». En clair, les ordinateurs de la DINUM n’utiliseront plus le système d’exploitation phare de Microsoft, mais une distribution Linux non précisée. Une bascule qui a pour but de réduire la dépendance du ministère aux outils américains, mais qui devrait également renforcer la sécurité des infrastructures – Linux ayant meilleure réputation sur ce point.
Si l’annonce est inédite pour un ministère, elle ne l’est pas réellement à l’échelle française. La gendarmerie nationale utilise en effet Linux depuis 2008 et, à l’échelle locale, plusieurs municipalités (notamment lyonnaises) ont annoncé l’an dernier tourner le dos à Windows au profit du système représenté par un manchot.
Si le système d’exploitation est l’arbre qui cache la forêt, c’est en réalité l’ensemble des outils numériques utilisés par les ministères qui vont évoluer. Pour l’instant non contraignantes, les recommandations de la DINUM encouragent notamment les administrations à utiliser les outils de la Suite numérique, comprenant notamment des alternatives à Google Meet (Visio) et d’autres plateformes américaines.
Un gros chantier
D’ici l’automne prochain, indique la DINUM, « chaque ministère (opérateurs inclus) sera tenu de formaliser son propre plan […], portant sur les axes suivants : poste de travail, outils collaboratifs, anti-virus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation, équipements réseau ». Autant dire que les responsables de parcs informatiques ne vont pas chômer, et que les agents vont devoir passer par la case formation à plus d’une reprise. Linux a beau être un système ouvert, son fonctionnement est très différent de celui de Windows et nécessite une adaptation.
« Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique. Nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques », a réagi le ministre David Amiel.
On peut espérer que, dans le sillage de ces changements majeurs, la cybersécurité des administrations sera renforcée comme il se doit. Inutile de le rappeler : ces derniers mois ont été marqués par d’innombrables piratages et fuites de données. Au point que la France se trouve aujourd’hui en deuxième position des pays les plus sensibles aux cyberattaques à l’échelle mondiale.