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B.O. de “Marty Supreme” : pourquoi Alphaville et Tears For Fears cartonnent à nouveau

Réalisé par Josh Safdie, Marty Supreme s’impose comme l’un des grands événements cinéma de ce début d’année 2026. En salles depuis le 18 février, le long-métrage retrace l’ascension de Marty Mauser, campé par Timothée Chalamet, jeune prodige du ping-pong à l’ambition démesurée, prêt à tout pour devenir numéro un mondial.

Si la campagne ultra-marketing autour du film, – entre vidéos virales, happenings extravagants et célèbre veste vintage hors de prix – a d’abord été l’objet de toutes les attentions, c’est bien sa bande-originale qui fait désormais parler.

Au cœur de l’Amérique des fifties, un univers sonore : celui des années 80. Alphaville, Tears for Fears, New Order… Ici, l’anachronisme est pleinement assumé – et totalement maîtrisé. Vintage pour la Gen Z, futuriste pour les personnages du récit : le choix est audacieux, presque évident. Et le revival, lui, quasi inévitable.

Une B.O. 80’s taillée sur mesure

Dans Marty Supreme, les chansons ne sont pas seulement choisies pour accompagner telle ou telle scène : elles sont pensées pour coller, trait pour trait, au personnage complexe et avant-gardiste du pongiste.

Résultat ? Un savant mélange entre esthétique rétro des années 50 et ambiance synth-pop/new wave tout droit sortie des eighties. Un contraste millimétré, pleinement adapté à la modernité du héros.

  • Alphaville – Forever Young (1984)

Dès l’ouverture du film, Forever Young enveloppe le spectateur d’une profonde nostalgie. « Je ne l’entendrai plus jamais de la même manière. Cette séquence d’ouverture est gravée dans mon cerveau », peut-on lire sur les réseaux sociaux. Un classique new wave qui esquisse avec justesse l’univers de Marty, entre jeunesse éternelle, rêve absolu et refus des limites.

  • Tears for Fears – Everybody Wants To Rule The World (1985)

Difficile de trouver un titre plus adapté au champion de ping-pong. Extrait de Songs From The Big Chair, Everybody Wants To Rule The World incarne parfaitement la quête de gloire du jeune joueur – entre compétitions redoutables et exigence accrue –, notamment lors du générique de fin. « Rêver en grand » n’a jamais sonné aussi juste.

  • Peter Gabriel – I Have The Touch (1982)

Moins connu du grand public, ce morceau de Peter Gabriel trouve ici une nouvelle résonance. Pour l’anecdote, Josh Safdie l’aurait écouté plus de 1000 fois afin de synchroniser image et musique. Résultat ? Une séquence puissante, presque mythique, qui sublime la précision du jeu de Marty.

  • New Order – The Perfect Kiss (1985)

Hymne synth-pop par excellence, The Perfect Kiss (Low-Life) insuffle une énergie moderne à des scènes pourtant situées dans les années 50 – renforçant le caractère jeune et avant-gardiste du héros. Un titre qui reflète totalement le tempérament nerveux et arrogant du pongiste, tout en dynamisant la BO.

  • The Korgis – Everybody’s Got To Learn Sometime (1980)

Cette ballade mélodique aux notes profondément nostalgiques conclut élégamment le film sur une note douce-amère. Déjà célèbre pour son utilisation dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, cette chanson des Korgis prend ici une autre dimension – rappelant que derrière l’ambition et la gloire se cachent aussi la chute, l’apprentissage et la maturité.

Des classiques musicaux remis au goût du jour

Avec l’avènement du digital, le phénomène est devenu monnaie courante : dès qu’un film ou une série met en avant un titre des générations précédentes, les internautes s’en emparent et le propulsent dans le présent. Recherches Shazam en flèche, explosion des écoutes sur les plateformes de streaming, trends virales sur TikTok… La machine s’emballe à vitesse folle.

L’exemple idéal ? Strangers Things. Grâce à la série Netflix, le titre Running Up That Hill de Kate Bush, sorti en 1985, s’est vu propulsé en tête des classements mondiaux, près de 40 ans après sa sortie. Même dynamique pour Prince : la réutilisation de Purple Rain (1984) lors de la saison finale a entraîné un envol spectaculaire des écoutes de la BO culte (+577% chez la Gen Z début janvier).

@mizz_aep Kate Bush singing ‘Running Up That Hill’ Live in 1985. Kate Bush is a British singer songwriter and producer who became famous for doing things her own way. She broke through in 1978 with Wuthering Heights, a song she wrote at 18 that reached number 1 in the UK and made her the first woman to top the charts with a self written song. From the start, she stood out for her unusual voice, literary lyrics, and theatrical performances that drew from dance, film, and classical music. Rather than following pop trends, Kate Bush built a career around experimentation and control. She was one of the first major artists to use the Fairlight synthesizer extensively, shaping a sound that felt cinematic and ahead of its time. Albums like The Dreaming and Hounds of Love pushed boundaries in structure, storytelling, and production. She also took charge in the studio, becoming known as a meticulous producer at a time when that role was rarely held by women. Her influence runs deep across generations. Artists from art pop, indie, and electronic music often cite her as a reference point for creative freedom. Decades after stepping away from constant public life, her music continues to resurface, proving its lasting emotional and artistic impact. #katebush #song #trend #fyp #xyzbca ♬ original sound – AB Editz

Plus récemment, All The Things She Said du duo t.A.T.u. a connu un nouvel élan viral sur TikTok, après sa mise en avant dans une scène marquante de la série phénomène Heated Rivalry.

Ainsi, Marty Supreme s’inscrit pleinement dans ce contexte. Avec ses classiques des années 80, le long-métrage participe à la redécouverte de morceaux emblématiques d’une époque – désormais magnifiés, à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, en véritables tubes intergénérationnels.

@divasdoitbetterr forever younggg #relatablevideos #repost #relatablequote #pinkfont #fyp @Rachel barbarosh ♬ Forever Young (2019 Remaster) – Alphaville

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Palmarès César 2026 : qui sont les vainqueurs de la 51e cérémonie ?

Ce jeudi 26 février avait lieu, au cœur de l’Olympia, la 51e cérémonie des César. Présentée par Benjamin Lavernhe – impeccable maître de cérémonie aussi touchant que drôle – cette nouvelle édition a notamment sacré L’attachement de Carine Tardieu en tant que meilleur film. Avant cela, sa réalisatrice avait également reçu le César de la meilleure adaptation aux côtés de ses co-scénaristes Raphaële Moussafir et Agnès Feuvre pour leur travail sur le roman d’Alice Ferney, L’intimité (2020).

Le long-métrage, véritable plongée dans le deuil, a également permis à Vimala Pons de recevoir son tout premier César en tant que meilleure actrice dans un second rôle. En face, Pierre Lottin a créé la surprise en remportant la statuette du meilleur acteur dans un second rôle pour L’étranger de François Ozon. Dans un discours laconique mais fidèle à sa fantaisie, l’acteur révélé par la saga Les Tuche a salué sa famille, regrettant toutefois que Jim Carrey ne soit plus assis au premier rang au moment de son sacre.

Jim Carrey reçoit un César d’honneur

Il faut dire que le comédien canadien était en coulisses et se préparait à recevoir son César d’honneur des mains de la Présidente des César, Camille Cottin et de Michel Gondry avec qui il a travaillé sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004). Moment fort de la cérémonie – également marquée par l’émotion de Benjamin Lavernhe – Jim Carrey est monté sur scène, après une longue standing-ovation. Dans son discours, délivré en français, le géant du cinéma a rendu hommage à ses racines françaises, à sa famille, mais surtout à son père « l’homme le plus drôle du monde ».

Laurent Lafitte, Léa Drucker, Nadia Melliti…

Le film La femme la plus riche du monde, quant à lui, a permis à Laurent Lafitte de décrocher le César du meilleur acteur tandis que Léa Drucker après avoir obtenu le prix pour Jusqu’à la garde (2017), a une nouvelle fois été sacrée, en tant que meilleure actrice pour sa prestation dans Dossier 137 de Dominik Moll.

Côté espoir, Nadia Melliti, brillante interprète de La petite dernière continue son ascension. Après son prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2025, la jeune femme a remporté le César du meilleur espoir féminin. Théodore Pellerin est reparti avec le meilleur espoir masculin pour Nino de Pauline Loquès, quant à elle récompensée dans la catégorie meilleur premier film.

Côté animation, Arco d’Ugo Bienvenu a remporté le César du meilleur long-métrage d’animation. Un sacre qui arrive un peu moins d’un an après celui au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, et à quelques jours d’une potentielle récompense aux Oscars. Le long-métrage a également remporté le César de la meilleure musique originale, tandis que le César du meilleur son a été remis au documentaire Le chant des forêts de Vincent Munier, également sacré, dans la soirée, en tant que meilleur film documentaire.

Les César « plus techniques » sont allés, respectivement à L’inconnu de la grande arche – meilleurs décors, meilleurs effets visuels – et à Nouvelle vague – meilleur montage, meilleure photographie, meilleurs costumes. Recordman des nominations, le long-métrage de Richard Linklater a toutefois permis à son réalisateur de repartir avec le prix du meilleur réalisateur pour son film sur À bout de souffle de Jean-Luc Godard.

Enfin, parmi le reste des lauréats, il faut citer le sacre du court-métrage documentaire, Au bain des dames sur une bande d’octogénaires sur les plages marseillaises, celui d’Une bataille après l’autre pour le César du meilleur film étranger, mais aussi l’exploit de Franck Dubosc, qui a reçu le premier César (meilleur scénario original) de sa carrière pour Un ours dans le Jura, un an après son irrésistible sketch sur les « Césarito ».

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Albums de Légende : la Fnac célèbre les vinyles mythiques

A la Fnac, le vinyle est sacré. Et plus que jamais, l’enseigne culturelle tient à célébrer le patrimoine pop-rock. L’idée de l’opération « Albums de Légende » ? Sortir du flux incessant des nouveautés pour rendre aux classiques la place qu’ils méritent. Chaque mois, la Fnac s’associe à des noms à Marshall et au magazine Rolling Stone pour célébrer un disque culte soufflant ses bougies (10, 20, 30, 40 ou même 50 ans).

Après un lancement magistral en janvier dédié à David Bowie, le mois de février monte le volume et bascule du côté du heavy metal avec le parrain du genre : Ozzy Osbourne.

Les 40 ans de The Ultimate Sin d’Ozzy Osbourne

Sorti en février 1986, l’album The Ultimate Sin souffle ses 40 bougies. C’est l’occasion idéale de se replonger dans la discographie culte d’Ozzy et de Black Sabbath. Cet album est bien plus qu’un simple succès commercial ; c’est le disque qui a scellé la domination d’Ozzy sur les années 80. Après des années de turbulences, le « Madman » prouvait au monde qu’il restait le patron incontesté du genre.

Sous l’influence du guitariste prodige Jake E. Lee, l’album délaisse les atmosphères occultes des débuts pour un son plus tranchant et moderne. Le tube planétaire Shot in the Dark en est le parfait exemple : un refrain imparable qui n’a rien perdu de sa superbe. 

Si la pochette culte – représentant Ozzy en créature ailée – joue sur l’imagerie provocante du « Prince des Ténèbres », les textes de l’album surprennent par leur profondeur. Le rockeur y aborde les angoisses de son époque, notamment la menace nucléaire sur le morceau-titre ou la manipulation des masses. Un mélange de puissance et d’intelligence qui explique pourquoi cet album reste une référence absolue pour tout amateur de hard rock et de metal.

L’événement rock à la Fnac Bercy ce 26 mars

Pour fêter les 40 ans de cet album de légende et célébrer l’influence d’Ozzy et de Black Sabbath, voici le programme des festivités de ce 26 mars 2026 à la Fnac Bercy. 

  • Masterclass : le journaliste rock Philippe Manœuvre viendra décortiquer l’histoire d’Ozzy, entre excès et génie musical.
  • Showcase live : préparez-vous pour le concert de Jay Buchanan à la Fnac Bercy. Si Ozzy est le patriarche, Jay Buchanan est l’un de ses plus brillants fils spirituels. Avec son groupe Rival Sons, il incarne ce renouveau du rock pur jus, organique et puissant, qui puise ses racines dans les années 70 et 80. 

    Rival Sons a eu le privilège immense d’assurer la première partie de la tournée d’adieu de Black Sabbath (The End Tour). Jay Buchanan a donc partagé la scène avec Ozzy Osbourne soir après soir pendant près d’un an. Qui de mieux que lui pour témoigner de l’aura du Madman et interpréter cet héritage avec une authenticité que peu d’artistes possèdent aujourd’hui ?

  • Expérience sonoreDans le cadre de l’opération, les albums d’Ozzy seront mis en avant via une borne d’écoute Marshall exclusive en magasin, vous permettant d’apprécier la richesse de sa production avec un son haute fidélité. C’est aussi l’occasion de découvrir des morceaux moins connus mais tout aussi puissants comme Killer of Giants, une ballade épique qui montre toute la tessiture vocale d’Ozzy.

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« Scream » : pourquoi c’est culte ?

Vous êtes seul·e chez vous, enfoncé·e dans votre canapé, la main dans le seau de pop-corn. Et soudain, le téléphone sonne. À l’autre bout du fil, une voix narquoise vous pose la question fatidique : « Quel est ton film d’horreur préféré ? »

Trente ans après le premier opus, Scream n’a rien perdu de son tranchant. À l’occasion de la sortie en salles, le 25 février 2026, du septième volet de la saga – réalisé par Kevin Williamson, son scénariste historique –, zoom sur cette franchise qui a su se réinventer sans jamais trahir ses origines.

Quand l’horreur brise les règles du jeu

1996. Les lumières s’éteignent dans les salles obscures, et le très attendu Scream se lance. Après dix minutes d’un effroyable harcèlement téléphonique devenu légendaire, la tête d’affiche Drew Barrymore s’effondre sur la pelouse, vidée de son sang. Dans la salle, les spectateurs sont sidérés : en une séquence d’anthologie, Wes Craven a pulvérisé toutes les attentes.

Le coup de maître est là. Loin de n’être qu’un simple effet de style, cette mort à la fois inattendue et brutale sert de manifeste à une toute nouvelle forme de terreur. Avec ce sacrifice inaugural, Scream remet au goût du jour le slasher tout en le régénérant. Et pour réussir ce tour de force, le réalisateur insuffle au genre une idée nouvelle : sa conscience de lui-même.

Ici, les victimes ne sont pas de simples cibles passives. Ce sont des cinéphiles, des spectateurs aguerris, qui sont au fait des techniques de meurtres des tueurs de films d’horreur. À l’instar de l’inoubliable Randy Meeks (Jamie Kennedy), les protagonistes citent Halloween ou encore Vendredi 13 comme manuel de survie face au serial-killer.

« Ne jamais demander « Qui est là ? », ça porte malheur. » « Ne jamais dire en sortant d’une pièce « Je reviens tout de suite », parce qu’on n’en revient jamais. » « Attention, c’est toujours à ce moment-là que le méchant qu’on croyait mort revient à la vie pour un dernier frisson. »

En brisant le quatrième mur avec ironie, Scream ne se contente pas de nous faire sursauter, mais dissèque, sous nos yeux, les mécanismes de notre peur.

Et l’intelligence de la saga ne s’arrête pas au premier épisode. Chaque volet se mue en un terrain de jeu dans lequel la franchise ne cesse de se challenger, mettant à mal les règles et tropes associés aux suites, prequels et autres remakes. Un équilibre qui entremêle effroi et méta, bâtissant la légende du tueur masqué.

Un méchant terriblement humain et des héroïnes badass

Si l’intelligence du scénario a posé les bases de ce succès, c’est l’attachement à ses protagonistes qui a rendu Scream immortel. Contrairement aux tueurs silencieux et invincibles comme Michael Myers (Halloween) ou encore Jason (Vendredi 13), Ghostface, lui, est terriblement humain. Son masque, inspiré par Le Cri d’Edvard Munch, reste simple, presque artisanal. Il n’est qu’un costume que n’importe qui peut endosser.

Scream : Photo Wes CravenScream, Wes Craven © Woods Entertainment Dimension Films.

Et c’est précisément cette vulnérabilité qui le rend aussi fascinant. Il trébuche, se prend des coups, s’essouffle… En bref, il se cache en tout un chacun, devenant presque attachant dans sa maladresse et transformant chaque spectateur en un détective déterminé à trouver qui se cache derrière le masque. Un whodunnit permanent, qui, couplé à la fragilité physique du tueur, crée un sentiment de proximité, faisant de Ghostface une icône aussi redoutable que familière.

Face à ce masque, entré au Panthéon de la pop culture, il fallait des adversaires à la hauteur. Sidney Prescott (Neve Campbell), l’anti-victime par excellence, est devenue au fil des ans l’ultime survivante de la franchise. Accompagnée par Gale Weathers (Courteney Cox), la journaliste prête à tout pour un scoop, et Dewey Riley (David Arquette), le policier au grand cœur, elle est capable de déjouer le script du tueur encapuché. Ensemble, ils forment d’ailleurs les piliers émotionnels de la saga. Demeurant le véritable ciment de Scream, tant on aime les voir évoluer, vieillir et survivre depuis trois décennies.

Un héritage tranchant : l’immortel Ghostface

Trente ans après le premier film, l’héritage de Scream reste colossal. Si la saga a engendré une vague de slashers adolescents (entre autres Souviens-toi l’été dernier, Urban Legend), aucun n’a pu l’égaler.

Entre satire et critique sociétale, la franchise a su habilement transformer les dérives de notre époque en moteur de terreur. Une agilité thématique qui lui permet de rester parmi les meilleures sagas du genre, sans jamais paraître datée. Preuve de son immense impact culturel, Scream aura d’ailleurs engendré une franchise parodique, Scary Movie. 

Encore aujourd’hui, alors qu’une nouvelle jeune génération porte la noirceur avec style, à l’instar de l’égérie Jenna Ortega (Mercredi), Scream continue à ausculter sa propre longévité, se moquant même de cette nostalgie qui nous pousse continuellement à retourner en salles pour un énième chapitre.

Plus qu’une simple franchise, Scream est une leçon de cinéma qui continue de s’écrire sous nos yeux, prouvant ainsi qu’après trois décennies, les mécanismes du frisson – et du rire – restent universels et qu’ils n’ont pas pris une ride.

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Écrire le fait divers : les écrivains sont dans de sales draps

Le fondateur du genre

Les faits : En 1959, à Holcomb, Kansas, un riche fermier et trois membres de sa famille sont assassinés par deux jeunes truands, sans mobile apparent. Ils ont été abattus chez eux, en pleine nuit, à coups de fusil.

L’Américain Truman Capote est le créateur autoproclamé du « non fiction novel » (« roman non fictionnel »), un genre qui consiste, en utilisant les procédés narratifs de la fiction, à relater des faits réels. Plus précisément, De Sang Froid est considéré comme le chef-d’œuvre du « true crime » une littérature qui s’applique à décrire la réalité des crimes et des criminels. C’est sous ce double patronage que se placent tous les livres de notre sélection ; ils doivent donc tous quelque chose à De Sang Froid, bien que certains d’entre eux adoptent une approche radicalement différente dans leur traitement du fait divers.

La volonté de Truman Capote, en écrivant De Sang Froid, était de rendre compte des faits avec une impersonnalité absolue, par le moyen d’une écriture minimaliste. Volontairement, il a choisi un fait divers assez banal, qu’il avait repéré dans un entrefilet du New York Times. Il espérait ainsi pouvoir explorer toutes les facettes de son sujet (qui nécessita tout de même six ans d’enquête) et réaliser une œuvre totale qui dirait quelque chose tant de la nature humaine que de la société américaine. Il y a cependant une supercherie derrière cette histoire : en réalité, Capote a si bien enquêté sur son sujet qu’il a développé une vraie relation d’amitié avec les deux assassins… Mais cela, dans son livre, l’écrivain ne le dit pas. Pendant leur séjour en prison avant leur condamnation, il continuait de rendre visite aux deux meurtriers, mais gardait tout de même en tête l’idée que leur pendaison serait la meilleure fin à son roman. De Sang Froid, ou comment écrire sur un fait divers peut vous plonger dans l’inconfort moral le plus total…

Éprouver sa conception du bien et du mal

Les faits : En 1993, Jean-Claude Romand tue sa femme, ses enfants et ses parents, avant de tenter de se suicider. Cet acte désespéré met fin à vingt années de mensonge : Jean-Claude Romand se faisait passer auprès de ses proches pour un médecin chercheur à l’OMS (Organisation mondiale de la santé). En réalité, il passe ses journées dans sa voiture, sur des aires d’autoroute.

L’Adversaire a marqué un nouveau départ dans la carrière d’Emmanuel Carrère. Alors qu’il avait auparavant écrit essentiellement des romans de fiction, l’histoire de Jean-Claude Romand est la première d’une suite de récits non-fictionnels tournés vers la vie des autres, « d’autres vies que la [s]ienne » dont l’écriture sera désormais la signature de Carrère. S’il a une parenté obligatoire avec De Sang Froid dans le choix de son sujet, on pourrait presque cependant lire L’Adversaire comme le livre que Truman Capote a refusé d’écrire. Carrère a en effet fait le choix d’un récit à la première personne, qui raconte, entre autres, la relation qu’il a entretenue avec Jean-Claude Romand dans le cadre de son investigation. Il joue cartes sur table en avouant se reconnaître partiellement dans l’assassin dont il sonde la psychologie. Il raconte que tout l’enjeu du livre fut de trouver sa juste place par rapport à cette histoire qui ne lui appartient pas et qui pourtant le fascine. Et comme pour Capote, l’expérience semble avoir été éprouvante. Sauf que l’écrivain, cette fois, se consume entièrement dans son sujet et se prend comme objet d’écriture.

Rendre sa dignité à la victime

Les faits : En janvier 2011, à Pornic, Laëtitia Perrais, une jeune serveuse de dix-huit ans, est enlevée près de la maison de sa famille d’accueil. Son meurtrier est rapidement arrêté, mais c’est seulement trois mois plus tard que l’on retrouve le corps de Laetitia, démembré. L’affaire prend une ampleur médiatique importante lorsque le président Nicolas Sarkozy pointe du doigt le manquement des juges dans cette affaire.

Ici encore, il est question d’un fait divers, très médiatique comme le fut le cas Jean-Claude Romand, d’autant qu’il déclencha une grève inédite des magistrats en réaction aux propos du Chef de l’État. Cependant, le parti pris de Laëtitia ou la fin des hommes s’oppose assez nettement à celui de L’Adversaire. Le livre d’Ivan Jablonka refuse en effet la fascination morbide pour les assassins ; il s’intéresse à la victime du meurtre, Laëtitia Perrais, et, surtout, choisit de raconter sa vie plutôt que le drame. Il a donc rencontré tous ceux de l’entourage de Laëtitia qui ont accepté de le recevoir, et a essayé de comprendre qui était la jeune fille à travers les messages qu’elle a laissés sur son compte Facebook ou les textos qu’elle a échangés avec ses amis. Il prête attention aux détails les plus anodins comme aux plus graves de sa jeune existence : une façon de « libérer la victime de sa mort, pour la restituer à elle-même ».

Le récit suit également une autre voie, probablement ouverte par la formation d’historien de l’auteur : il cherche à comprendre ce que la trajectoire de Laëtitia reflète d’un pan de la société française dont la misère est le lot, et en quoi elle annonçait un destin tragique. Si l’histoire de Laëtitia lui est propre, elle touche à l’universel lorsqu’elle croise des questions d’inégalités, la violence des hommes, ou les dysfonctionnements de la justice. Avec Jablonka, l’écriture du fait divers apparaît tout à la fois empathique, éthique et historique.

Renoncer aux belles histoires 

Les faits : En 1969, Jane Mixer, étudiante de vingt-trois ans à l’université du Michigan, est retrouvée morte dans un cimetière, avec deux balles dans la tête. Un meurtre classé sans suite. Trente-cinq ans après, l’enquête est rouverte autour d’un nouveau suspect, infirmier à la retraite.

Attention, œuvre inclassable. Alors oui, on se retrouve ici encore avec un vrai meurtre sur les bras, et on suit même une enquête aux allures de « cold case », trente-cinq ans après les faits. Sauf que la position de l’écrivain par rapport à son récit est (encore !)  bien singulière : Maggie Nelson est la nièce de la jeune femme assassinée, cette « Jane » qu’elle n’a pas connue. De fait, difficile de comparer Une Partie rouge aux autres livres de notre sélection. Forcément, la réouverture de l’enquête affecte profondément la famille de l’auteure, et c’est avant tout ce trouble familial que Maggie Nelson s’efforce de cartographier. Comment la famille comble-t-elle ses failles lorsque les histoires qu’elle se racontait jusque-là autour de l’événement tragique sont mises à mal par l’apparition d’un nouveau suspect ? Cet exercice d’observation s’assortit d’une profonde introspection de Maggie Nelson : ses relations amoureuses, la mort prématurée de son père… tout passe au tamis de l’écriture. À cette enquête intime s’ajoute aussi un certain nombre de références littéraires (James Ellroy, Sylvia Plath, Virginia Woolf) et de réflexions théoriques sur les violences envers les femmes. Le livre de Maggie Nelson forme ainsi une sorte « d’auto-analyse » amplifiée par la situation de crise qu’elle vit en même temps qu’elle l’écrit, avec ce qu’il faut de détachement pour pouvoir la saisir. Si vous cherchez des réponses apaisantes sur la problématique de la banalité du crime, ne vous ruez pas sur ce livre : celui-ci n’est justement pas fait pour « vous raconter des histoires ». Mais il nous prouve que le genre du « True Crime » est loin d’avoir épuisé ses formes. 

Et vous, quelle approche du fait divers trouvez-vous la plus convaincante ou… la moins gênante ?

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Hercule Poirot : portrait d’un personnage marquant

Hercule Poirot : Qui est-il ?

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Nom : Poirot

Prénom : Hercule

Pays d’origine : Belgique

Demeure : Londres

Famille : un frère jumeau, Achille, qui apparaît dans Les Quatre

Entourage : Capitaine Hastings, Ariadne Oliver, Inspecteur Japp, Miss Lemon (sa secrétaire), George (son valet)

Créateur : Agatha Christie, en 1920

Particularité : parle avec un accent français très prononcé ; fortes capacités intellectuelles

Caractère : fier de sa personne ; soucieux de ne jamais trahir sa morale ; très courtois ; obsédé par l’ordre

Activité : détective privé (retraité de la police belge). Il dédaigne les méthodes traditionnelles d’enquêtes et préfère une approche psychologique. Lors des révélations finales, il aime faire une mise en scène en rassemblant tous les protagonistes de l’histoire, leur détaillant toutes les étapes de son enquête… jusqu’à la seule solution envisageable.

Nombre d’apparition : il apparaît dans 38 romans, 2 pièces de théâtre et 51 nouvelles d’Agatha Christie

*Copyright image : TF1 (série)

Hercule Poirot : la première rencontre

En Belgique, lors de la Première Guerre mondiale, Hercule Poirot est blessé à la jambe. Il se retrouve alors évacué dans la petite ville anglaise du nom de Styles St Mary. Ainsi s’explique sa première apparition dans La Mystérieuse affaire de Styles, où il résout la première énigme d’une longue série… Première énigme connue du grand public, vous l’aurez compris car, bien avant, Hercule Poirot avait occupé les fonctions de chef de Sûreté à Bruxelles ! Suite à cette affaire, il emménage à Londres et devient détective privé.

Petit homme orgueilleux, rondouillard et à la tête en forme d’œuf, il garde néanmoins une apparence de dandy, toujours impeccablement vêtu, les moustaches soigneusement cirées et ses yeux verts « de chat » toujours dotés d’une fidèle perspicacité.

Son incroyable confiance en lui sera son moteur, nécessaire pour défier de grands adversaires… Ceux-ci le sous-estimant souvent par son apparence quelque peu ridicule. Ce sont tous ces éléments (et bien plus) qui rendent le personnage d’Hercule Poirot très attachant. Son sale caractère, son ton obséquieux, sa fidélité à sa morale, son amour du beau et ses compétences infaillibles fond de lui un être aussi ambivalent que captivant.

Avec Hercule Poirot, Agatha Christie utilise un dispositif bien particulier pour les enquêtes : tout centraliser sur la psychologie des personnages. Ainsi, par le biais du narrateur à la fois confident du détective mais aussi son second, nous plongeons progressivement dans les méandres de l’âme humaine…

Hercule Poirot : ses relations

On sait finalement peu de choses d’Hercule Poirot en ce qui concerne sa famille, si ce n’est qu’il a un frère jumeau, Achille Poirot, que l’on découvre dans le livre Les Quatre. Ce dernier vivrait près de Spa, en Belgique… Enquête à suivre ! 

Côté amour, le seul auquel nous pouvons faire référence est celui (aussi secret qu’impossible) pour la comtesse russe Vera Rossakoff. Nous la rencontrons en même temps que lui dans la nouvelle Un indice de trop, où il révèle son rôle de voleuse de diamants. Elle apparaît une seconde fois dans le roman Les Quatre puis une troisième (et dernière) fois dans Les Travaux d’Hercule, vingt ans plus tard. Et de ce que nous pouvons vous dire, avec Vera, il aurait même songé à se marier…

Enfin, on peut citer le capitaine Arthur Hastings, ce dernier apparaissant dans de nombreux romans et nouvelles de l’auteure. Cette relation qu’ils entretiennent tous les deux est touchante et particulière. Si Poirot s’amuse souvent à titiller Hastings sur son talent inégalable, dans les enquêtes, à trébucher sur la vérité sans le savoir, de son côté, le Capitaine fait preuve d’une très belle loyauté envers Poirot.

Une relation parfois chient-chat qui donne aux personnages ce côté terriblement humain.

Hercule Poirot : une fin marquante

Nous aimerions ne pas avoir à discuter des choses qui fâchent, et notamment de la mort d’Hercule Poirot dans Hercule Poirot quitte la scène. Dans ce livre très émouvant où notre héros apparaît pour la dernière fois, impossible de ne pas verser sa larme. Les scènes sont belles et se bouclent sur la merveilleuse amitié qu’entretenait Poirot et Hastings.

Icône marquante de la littérature, ce sera la première fois qu’un personnage de fiction a droit à une nécrologie dans un journal. Ainsi, le 6 août 1975, Thomas Lask y écrit la nécrologie dans le New York Times. C’est dire à quel point Hercule Poirot avait réussi à s’insérer dans le réel de ses lecteurs !

Hercule Poirot Obit, New York Times, August 6, 1975

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Mort d’Eric Dane : de « Grey’s Anatomy » à « Euphoria », la disparition tragique d’une icône pop

Quelques jours après la tragique disparition de James Van Der Beek, héros magnifique de Dawson, c’est une autre figure du monde sériel qui disparaît précocément. L’acteur Eric Dane, connu du grand public pour son rôle du Dr Mark Sloan alias Dr Glamour (ou « McSteamy » en VO) dans Grey’s Anatomy, est décédé ce 19 février 2026 à l’âge de 53 ans, après avoir mené un combat contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi appelée maladie de Charcot ou maladie de Lou Gehrig.

Cette maladie neurologique dégénérative, pour laquelle il n’existe aujourd’hui aucun traitement curatif, avait été rendue publique par l’acteur en avril 2025, moins d’un an avant sa disparition. À l’époque, il avait expliqué les premiers signes – une faiblesse progressive de ses membres – avant que la maladie ne s’aggrave rapidement.

Même face à cette réalité implacable, Dane avait voulu rester visible et actif, partageant des messages sur son combat et continuant à travailler – notamment sur la série Euphoria – pour autant que sa santé le lui permettait.

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Ellen Pompeo et Eric Dane dans Grey’s Anatomy

Des blocs opératoires à la noirceur

Né à San Francisco en 1972, Eric Dane avait commencé sa carrière à la télévision dans les années 1990, multipliant les apparitions dans des séries. Avant d’enfiler la blouse de chirurgien, Eric Dane a fait ses armes là où battait le cœur des ados des années 90 et 2000. On l’a aperçu dans Sauvés par le gong ou Mariés, deux enfants, mais c’est son rôle de Jason Dean dans Charmed qui a commencé à faire parler de lui. Il y incarnait le patron (et petit ami) d’Alyssa Milano et y faisait déjà forte impression.

Pour toute une génération, Eric Dane restera à jamais le « Dr Glamour ». Apparu dans la saison 2 de Grey’s Anatomy, il ne devait être qu’un passage éclair. Pourtant, son charisme et son humanité ont transformé ce chirurgien plastique arrogant en l’un des personnages les plus aimés de la série. Et il restera dans la série jusqu’à la saison 9. Son duo avec Jackson Avery (Jesse Williams) et sa romance déchirante avec Lexie Grey (Chyler Leigh) ont fait battre le cœur de millions de fans. 

En 2019, Eric Dane choisissait de briser son image flamboyante. Dans la série choc Euphoria, il incarnait Cal Jacobs (le père de Nate, interprété par Jacob Elordi), un personnage torturé par ses secrets et une masculinité toxique. Loin des blocs opératoires aseptisés, il y livrait une prestation brute, presque brutale, explorant les zones d’ombre de l’âme humaine.

Le combat contre la SLA, une bataille publique

La révélation de sa maladie avait surpris beaucoup de fans : la SLA est une affection rare qui attaque les neurones moteurs, entraînant une paralysie progressive des muscles, jusqu’à affecter la respiration. Les messages d’Eric Dane, souvent poignants, avaient mis en lumière la brutalité de cette maladie – et suscité une vague de soutien à travers le monde.

Même dans ses derniers mois, l’acteur avait participé à des initiatives de sensibilisation à la SLA, appelant à davantage de recherche et à une meilleure prise en charge des malades. Sa famille a annoncé qu’il avait passé ses derniers jours entouré de ses proches, notamment sa femme, l’actrice Rebecca Gayheart, et leurs deux filles, Billie et Georgia.

De Mark Sloan à Cal Jacobs, Eric Dane aura traversé les imaginaires collectifs en incarnant des personnages complexes. Et utilisé sa notoriété pour briser le silence autour de la sclérose latérale amyotrophique, mettant en lumière une maladie encore trop méconnue.

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Miss Marple : héroïne détective de la littérature

Le pari féministe d’Agatha Christie

C’est un fait, les romans policiers offrent rarement le premier rôle aux enquêtrices. Pourtant, il y a près d’un siècle, Agatha Christie osait propulser un limier féminin sur le devant de la scène, créant pour l’occasion une exception dans un univers dominé par les hommes. L’histoire raconte que la reine du roman à énigmes imagina le personnage de Miss Marple en se replongeant dans les pages du Meurtre de Roger Ackroyd, son premier succès de 1926.

La nature humaine…

Vieille fille anglaise de 70 ans dotée d’un esprit aiguisé comme un couteau à roast beef, Jane Marple vit dans le petit village imaginaire de St Mary Mead où elle s’adonne benoîtement au jardinage et à l’observation de ses contemporains. C’est grâce à cette dernière activité couplée à son art de la déduction et à son intuition redoutable qu’elle parvient à résoudre les énigmes criminelles qui passent sous son radar. Fine psychologue un peu commère sur les bords, elle a fait du commun des mortels son terrain de jeu favori, ce qui l’autorise à ponctuer chaque enquête d’un laconique : « La nature humaine est partout la même ! ».

Une détective en fauteuil

Créée pour agiter ses neurones une tisane à la main plutôt que jouer du muscle sur les scènes de crime, Miss Marple fait partie de cette catégorie de personnages qu’on appelle « détectives en fauteuil ». Brillants et sédentaires, privilégiant l’analyse des éléments de l’affaire à l’enquête sur le terrain, ils représentaient un type de héros récurrent fort apprécié par des géants de la littérature policière comme Edgar Poe ou Conan Doyle. Au début du XXe siècle, Agatha Christie devient une véritable spécialiste du genre, faisant preuve d’audace et d’inspiration en déclinant le concept au féminin.

Douze romans et des nouvelles

Après L’affaire Protheroe publié en 1930, Miss Marple sera l’héroïne de onze autres romans et une poignée de nouvelles. Parmi les incontournables de ses enquêtes, on peut citer Un cadavre dans la bibliothèqueLe miroir se brisa ou encore À l’hôtel Bertram où elle use exceptionnellement de ses talents d’enquêtrice hors de son fief de St. Mary Mead. Personnage emblématique et indissociable de l’œuvre d’Agatha Christie, Miss Marple se paiera le luxe de damer le pion à Hercule Poirot en refermant l’imposante bibliographie de son auteure avec un ultime roman, écrit en 1940, publié post-mortem en 1976 sous le titre évocateur de La dernière énigme.

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On a revu « 50 Nuances de Grey » (et on a arrêté de fantasmer)

Adapté du best-seller d’E.L. James, le film Cinquante Nuances de Grey promet une histoire passionnelle et complexe entre Anastasia Steele (Dakota Johnson), timide étudiante en littérature anglaise, et Christian Grey (Jamie Dornan), milliardaire énigmatique aux « goûts très particuliers » – entendez par là sado-masochisme et bondage.

Sur le papier, le scénario intrigue par son vernis provocateur (bien qu’ultra-cliché), porté par une bande-annonce résolument orientée BDSM. Mais voilà : en revisionnant, plus de dix ans après sa sortie, le long-métrage de Sam Taylor-Johnson, ce sont surtout nos nerfs qui ont été torturés. Et on vous explique pourquoi.

Quand le luxe alimente le fantasme

Ah, Christian Grey… Dès les premières secondes du film, les contours de l’homme (trop) parfait se dessinent : footing à l’aube pour entretenir sa musculature de rêve, choix méticuleux de sa tenue de travail – quel modèle de Rolex aujourd’hui ? – puis départ en chauffeur privé. Est-il possible de faire plus cliché ? Spoiler alert : oui.

Face à lui, Anastasia Steele, une étudiante sage et réservée, travaille dans un magasin de bricolage pour arrondir ses fins de mois. Sa modeste Coccinelle des années 70 (charmante, il faut le souligner) fait bien pâle figure face à la collection de voitures de luxe du milliardaire – qu’Ana se rassure : elle se verra bientôt offrir une superbe décapotable… par Christian.

Lorsque sa colocataire malade l’envoie interviewer l’homme d’affaires (sympa, la copine), le schéma est déjà limpide. Dès son arrivée à la « Grey House », la jeune femme est impressionnée par l’immensité du lieu… et de l’homme. Car oui, Christian est sexy (s’il ne l’avait pas été, l’histoire aurait-elle seulement existé ?), riche et puissant. Alors, comment ne pas craquer ? Le coup de foudre semble inévitable, tant leurs deux univers s’opposent.

Pourtant, une question reste en suspens : Ana tombe-t-elle sous le charme de Christian… ou du fantasme qu’il incarne ?

Une romance basée sur le pouvoir (et la toxicité)

Qui dit luxe… dit pouvoir, évidemment. Tout au long du film, des indices sont parsemés ici et là pour rappeler aux spectateur·ices un point essentiel : Christian contrôle la situation – et ce, dans tous les domaines.

Dès leur première rencontre, les dés sont jetés. Anastasia trébuche, se montre intimidée, fuit son regard ; lui se tient droit, déterminé, et la fixe intensément. L’ascendant est déjà là, bien avant le début officiel de leur relation : « J’exerce mon contrôle dans tous les domaines », répond-il à l’étudiante. Ça, on l’avait bien compris.

Christian Grey, Cinquante Nuances de Grey ©Universal International Pictures

Lorsqu’il débarque « par hasard » au magasin de bricolage où travaille Ana pour acheter des liens en plastique, du ruban adhésif et de la corde (on vous laisse deviner à quoi cela va servir), il n’apprécie guère la proximité d’un collègue avec elle. Même chose avec son ami photographe José : « C’est votre petit ami, le photographe ? […] Et l’autre vendeur ? » Un poil intrusif, le Christian.

Justement, parlons-en, de l’ami photographe. Un soir, alors qu’Ana est ivre en boîte de nuit, elle décide d’appeler Christian (grave erreur) pour lui rendre l’ouvrage en édition originale qu’il lui avait offert plus tôt dans la journée – la couvrir de cadeaux hors de prix, bien joué.

Tel un Superman des temps modernes, Christian enfile sa cape pour venir en aide à la jeune femme… qui faisait la fête, tout simplement. Mais une scène va totalement renverser la situation (et glorifier encore un peu plus le milliardaire) : lorsqu’Ana attend Christian sur le trottoir, José tente de l’embrasser. Heureusement, le sauveur arrive à temps.

Christian et Anastasia, Cinquante Nuances de Grey ©Universal International Pictures

Comme dans un conte de fées, elle se réveille dans une chambre luxueuse, soignée par son prince charmant – telle une petite chose fragile. « Vous êtes là parce que je ne suis pas capable de vous laisser toute seule », confie Christian. « Tant mieux », répond alors Ana.

Tant mieux, donc, si elle ne peut plus mener sa vie comme avant, désormais placée sous la surveillance (à peine toxique) d’un homme riche et avide de contrôle.

Vous avez dit « libre arbitre » ?

Entrons dans le cœur du sujet : le penchant assumé de Christian pour le BDSM. Voilà, c’est dit. Après un tour en jet privé au-dessus de Seattle – rien que ça –, la jeune femme découvre sa fameuse Chambre rouge (pas franchement feng shui), ornée de fouets, martinets et autres instruments de torture. Mais qu’elle ne s’inquiète pas : Christian n’en fait usage qu’avec des femmes « consentantes ». Merci pour la précision.

Détail important, cependant : ces femmes ne sont pas censées être vierges… contrairement à Ana. Mince, alors. Heureusement, à tout problème sa solution : Christian se charge donc de la dépuceler. Ce qu’elle en pense ? Le film ne s’attarde pas vraiment sur la question.

Après cette partie de jambes en l’air préliminaire, place au contrat – ah, le fameux contrat – censé encadrer leurs futurs ébats sexuels. Et par qui est-il rédigé ? Vous avez trois secondes… Oui, évidemment, par Christian. Les termes sont clairs : soumission, contraception imposée, alimentation contrôlée, interdiction d’alcool, de tabac et d’autres relations sexuelles. Avouez-le, ça fait rêver.

Et, bien qu’Ana ait le droit (enfin !) de négocier, l’homme d’affaires reste fermement campé sur ses positions. Il balaie certaines de ses suggestions, se montre agacé à la moindre hésitation, et va même jusqu’à interrompre un tendre moment après l’amour – Ana n’étant encore pas décidée au sujet du contrat. Peut-être le verdict aurait-il été plus rapide si Christian avait simplement listé tout ce qu’elle était autorisée à faire (c’est-à-dire pas grand chose).

Mais que M. Grey se rassure : la jeune étudiante est loin de maîtriser la situation – quoi qu’elle puisse en croire.

L’amour, toujours l’amour…

Bien sûr, il fallait que ça arrive. À force de regards intenses, de cadeaux hors de prix (un ouvrage collector, une décapotable, un tour en jet privé, un ordinateur portable) et de rapports de force déguisés en relation passionnelle, Anastasia Steele finit par craquer : elle tombe amoureuse. Malheur.

En même temps, comment ne pas céder ? Dès le début, elle est impressionnée par le statut de Christian, qui en profite pour imposer ses règles, auxquelles elle se plie – tout en restant persuadée qu’elle garde le contrôle (alors que pas du tout). Chaque étape de leur relation est marquée par la soumission : Ana accepte sa jalousie, sa frustration et son besoin de tout contrôler, finissant toujours par céder. La raison ? Elle est amoureuse (vraiment ?).

Christian et Anastasia, Cinquante Nuances de Grey ©Universal International Pictures

D’une emprise matérielle et sexuelle, l’histoire bascule peu à peu vers une emprise émotionnelle. « Je ne suis pas l’homme qu’il vous faut », « Vous devriez m’éviter« , puis « Tu m’appartiens, tu es à moi tout entière », « C’est toi qui es en train de me changer » : le stratagème est subtilement orchestré pour qu’Ana tombe dans ses filets. Petit plus qui fonctionne toujours : Christian a eu une enfance difficile : il a été battu, affamé, traumatisé – autant d’éléments qui renforcent l’empathie de la jeune femme (et tente d’excuser l’inexcusable).

Finalement, au lieu de frissonner face à des scènes érotiques qui – il faut bien l’avouer – sont loin du fantasme promis, on se retrouve face à une relation profondément déséquilibrée. Une relation où Anastasia, totalement fascinée par un riche homme d’affaires toxique, tombe amoureuse… et finit malheureuse, prisonnière d’un schéma qui ne lui convient pas – mais qu’elle accepte, par dépit.

Anastasia Steele, Cinquante Nuances de Grey ©Universal International Pictures

Dans le deuxième volet, Cinquante Nuances plus sombres (James Foley, 2017), Ana prendra-t-elle (réellement) le contrôle ? On l’espère pour elle (et pour celleux qui auront le courage de le regarder).

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Mort de Robert Duvall : 5 rôles cultes qui ont façonné la légende

Le cinéma américain vient de perdre l’une de ses « forces tranquilles ». Robert Duvall s’est éteint paisiblement ce 16 février 2026 à l’âge de 95 ans, dans sa propriété de Virginie. Celui qui a traversé sept décennies de l’histoire d’Hollywood laisse derrière lui une trace indélébile, marquée par une économie de mots et une intensité de regard qui n’appartenaient qu’à lui.

Né en 1931, ce fils d’amiral n’était pas du genre à chercher la lumière des projecteurs pour le simple plaisir de briller. Il était un acteur de texture, un artisan capable d’apporter une crédibilité immédiate à n’importe quel récit, qu’il soit niché dans la pègre new-yorkaise ou dans la chaleur moite du Vietnam. Duvall a incarné l’Amérique dans toute sa complexité, du silence le plus profond à l’autorité la plus terrifiante.

Voici les 5 rôles qui ont fait de lui une légende absolue du septième art.

1- Tom Hagen dans Le Parrain I et II (1972-1974)

Parrain-Tom-Hagen

C’est la définition même de la retenue. Au milieu des éclats de voix de James Caan et de l’aura de Marlon Brando, Robert Duvall impose le personnage de Tom Hagen dans la saga magistrale de Francis Ford Coppola. En tant que consigliere (avocat et conseiller) du clan Corleone, il est le cerveau froid, celui qui gère les crises avec une diplomatie glaciale. Duvall a réussi l’exploit de rendre passionnantes des scènes de pure stratégie, faisant de Hagen le pilier indispensable de la famille Corleone.

2. Le Lieutenant-Colonel Kilgore dans Apocalypse Now (1979)

Lieutenant-Colonel Kilgore-duvall

Il suffit parfois de dix minutes pour marquer l’histoire de la pop culture. En incarnant Kilgore dans Apocalypse Now, ce colonel fan de surf qui commande des attaques au napalm avec une décontraction terrifiante, Duvall offre l’une des prestations les plus iconiques du cinéma de guerre. Une performance habitée, presque surréaliste, qui lui a valu une nomination aux Oscars et une réplique entrée au Panthéon : « J’adore l’odeur du napalm au petit matin ».

3- Boo Radley dans Du silence et des ombres (1962)

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Pour son premier film marquant, Du silence et des ombres de Robert Mulligan aux côtés de Gregory Peck, Duvall a fait le choix du silence. Sous les traits de Boo Radley, le voisin reclus qui terrifie les enfants du quartier, il n’apparaît que quelques minutes à la toute fin du film. Mais son visage pâle et son regard inquiet ont suffi à lancer sa carrière. C’est le film idéal pour découvrir la genèse de son jeu d’acteur, tout en nuances.

4. Mac Sledge dans Tendre Bonheur (1983)

Duvall dans Tendre bonheur

C’est le rôle de la consécration ultime, celui qui lui a valu l’Oscar du meilleur acteur. Dans ce film épuré, il campe un ancien chanteur de country alcoolique qui tente de se reconstruire dans une station-service perdue au Texas. Duvall, lui-même passionné de musique, y livre une performance d’une sincérité désarmante, loin des artifices d’Hollywood, prouvant qu’il pouvait porter un film sur ses seules épaules.

5. L’inspecteur Prendergast dans Chute Libre (1993)

Duvall-chute-libre

Dans le thriller urbain Chute libre, alors que Michael Douglas sombre dans une colère destructrice, Robert Duvall incarne la boussole morale. Son rôle de policier à la veille de la retraite, calme mais déterminé à arrêter le chaos, est une masterclass de jeu. Il y joue l’homme ordinaire confronté à l’extraordinaire avec une justesse incroyable. 

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Sexe, ménopause et politique : on a papoté avec l’artiste electro-punk Peaches

Avec son nouvel album No Lube So Rude, l’artiste canadienne Merrill Nisker, alias Peaches, brise une décennie de silence discographique – et de nouveaux tabous. Son retour fracassant tombe à point nommé, dans un contexte politique particulièrement nauséabond. De la défense des droits reproductifs aux tacles contre les technocrates de la Silicon Valley, la musicienne explore l’identité et le désir sur fond de synthés incisifs et d’énergie abrasive. 

À 59 ans, Peaches assume pleinement son statut d’icône queer ménopausée, envoyant valser l’âgisme, les normes de genre et de beauté. Et ça fait un bien fou. 

Alors qu’elle s’apprête à entamer une tournée mondiale (qui passera par un Elysée Montmartre sold out), la chanteuse féministe nous confie sa vision d’une résistance qui passe par le corps, les fluides et bien sûr cette liberté qu’elle brandit comme un étendard.

Comment te définirais-tu pour les personnes qui ne te connaîtraient pas encore ? 

Je suis musicienne, performeuse, créatrice sous toutes ses formes, et je ne fais pas de l’art pour l’art… Je crée parce que j’ai des questions auxquelles je veux répondre. Je m’intéresse aux droits humains, mais aussi aux droits liés au corps de chacun·e.

Le titre de l’album, No Lube So Rude (« Sans lubrifiant, c’est vraiment impoli »), sonne presque comme une déclaration de guerre. 

Pour moi, le titre est au contraire un peu coquin, une invitation à se rapprocher, à mieux s’écouter et à s’entendre. À un niveau métaphorique, il agit comme un lubrifiant : il facilite les interactions, que ce soit dans le sexe ou dans nos relations humaines. Il rappelle que comprendre l’autre et soi-même demande fluidité, patience et attention.

Cet album est-il un manifeste ?

Oui, dans le sens où ma carrière a toujours posé des questions sur le corps, le désir et la liberté individuelle. Depuis 25 ans, je questionne la sexualité, le genre et la manière dont les femmes peuvent disposer de leur corps. 

Mon premier album, Teaches of Peaches, se distinguait par sa musique brute et par des paroles très directes. À 33 ans, j’avais pris conscience de ma sexualité, et beaucoup de gens se sont reconnus dans cela, surtout des femmes ainsi qu’une grande partie de la communauté queer.

Aujourd’hui, en post-ménopause, je continue ces explorations, en affirmant que le désir et le plaisir n’ont pas d’âge. Je mets en avant ce qui était tabou : montrer que des seins tombants peuvent être sexy, que c’est incroyable d’avoir 60 ans et de rester désirante, et que le corps est toujours vivant et plein de pouvoir.

Justement, pourquoi le corps et le désir sont-ils autant au cœur de ton travail artistique, de tes paroles  ? 

Parce que le corps est tout ce que nous avons. Les systèmes hiérarchiques, religieux ou politiques cherchent constamment à le contrôler et à imposer des normes. Mon rôle est d’encourager les gens à garder le pouvoir sur leur propre corps et sur leurs choix, de revendiquer leur autonomie, et de leur montrer qu’elles et ils n’ont pas à avoir peur d’explorer, de désirer ou de s’affirmer.

Ces combats sont-ils devenus encore plus urgents aujourd’hui ?

Oui. Les droits queer et trans, la liberté corporelle… Ce qui est qualifié de « politique » devrait être essentiel et évident pour tous. Quand l’expression de soi et la défense de son corps sont vues comme politiques, c’est en réalité la société qui impose ses propres règles patriarcales et conservatrices. Être libre dans son corps devrait être naturel et universel.

Le contexte politique actuel te fait-il peur ?

Oui, et avant tout le contexte politique, social et économique actuel, surtout en Amérique du Nord, qui résonne dans le monde entier. Ce que je crée peut sembler absurde à certains, mais il reflète la réalité. Ce qu’il se passe aux États-Unis me terrifie. Le monde est dangereux, mais c’est précisément pour cela qu’il est vital de s’impliquer et de faire entendre sa voix.

Nous avons accès à l’information à tout moment et ne pouvons plus ignorer ce qui se passe autour de nous. J’ai injecté de l’humour et de l’absurdité dans mon album pour rendre cette réalité plus accessible, pour provoquer la réflexion tout en divertissant.
 

Peaches Press Shot- Fuck Your Face (single) - Photo Credit_ The Squirt Deluxe

Tu es devenue une figure de référence féministe et queer. Tu es même étudiée dans certaines universités.

C’est gratifiant d’être comprise et considérée comme pertinente, d’avoir un point de vue assez fort pour susciter le dialogue et les discussions. Cela me rend heureuse de voir que mon travail peut toucher et inspirer les autres.

Si #MeToo a mis en lumière des situations longtemps ignorées, tout n’est pas encore réglé. Beaucoup de gros dossiers restent encore dans l’ombre, comme le montrent les fichiers Epstein. Voir des victoires, comme celle de Gisèle Pélicot en France, est un pas énorme et inspirant.

Tu habites à Berlin. Cette ville influence-t-elle ta musique ?

Je vis un peu en bulle, mais l’électronique est omniprésente ici. Le punk, la performance, l’humour et l’extravagance restent mes moteurs. Je travaille également avec le créateur français Charlie Le Mindu, qui s’occupe de mes costumes et de la direction visuelle de la scène.

Quel·les artistes t’inspirent particulièrement ces temps-ci ?

La chorégraphe Florentina Holzinger pour sa radicalité et ses performances extrêmes avec des artistes féminines. Et la nouvelle génération, que ce soit la rappeuse Doja Cat qui explore la créativité sans limites ou la chanteuse Sofia Isella, dont la voix douce contraste avec son audace face au patriarcat. Je compte découvrir le dernier album de Geese, Getting Killed.

À quoi ressemblera la nouvelle tournée ?

Elle restera provocatrice et surprenante. Le thème est le corps dans toutes ses formes, y compris celles que l’on cache habituellement, comme le prolapsus (descente d’un ou plusieurs organes du pelvis – ndlr). Ce sera une exploration de toutes les couches, des couleurs et des formes du corps, toujours avec humour et poésie.

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Entre les lignes avec Morgane Moncomble

Morgane Moncomble : Bonjour, je suis Morgane Moncomble et aujourd’hui je vous parle de ma méthode d’écriture de la New Romance et je vous donne rendez-vous à la fin de cette vidéo pour vous mettre au défi et vous proposer un concours d’écriture.

Qu’est- ce que ce succès en 2025 provoque en vous ?

C’est assez fou. Pour être honnête, j’ai encore du mal à y croire. J’ai pas du tout réalisé et parfois j’ai encore du mal à réaliser. Donc c’est assez extraordinaire et je pense que à la fois je suis heureuse forcément fière pour la Morgane de 12 ans qui écrivait seule dans sa chambre et qui ne pensait pas du tout pouvoir en faire son métier. Il y a tout ça qui se mélange et en même temps, il y a aussi beaucoup de pression parce que j’essaie de faire en sorte que ça continue comme ça.

Peut-on dire : « Place aux jeunes, place aux femmes » ?

Oui, ça fait plaisir. D’ailleurs, quand j’ai annoncé la nouvelle à ma mère, c’est le premier truc qu’elle m’a dit. Elle m’a dit : »Ah, ça fait du bien quand même de voir des femmes sur le podium. » Donc effectivement, ça fait plaisir. Et en même temps, on voit qu’il y a encore pas mal de chemin à faire.

La new romance est -elle en train de gagner ses lettres de noblesse ?

Je ne dirais pas que j’en souffre parce que nous les autrices de romance, on mène un peu notre barque dans notre coin mais effectivement je trouve ça un petit peu injuste. Il y a vraiment cette pensée des gens qui ne connaissent pas du tout la romance pour le coup, qui est que ce genre littéraire n’est que pour les femmes. Ce n’est pas vrai. Ils pensent c’est une littérature abrutissante, parfois pas du tout réaliste ou parfois au contraire pornographique alors c’est absolument faux. Et donc, il y a cette image qui nous colle à la peau et on essaie petit à petit de se de se différencier de de ça, mais ce n’est pas facile.

Vos romans ont-ils un pouvoir ?

Oui, mais je pense que déjà n’importe quel livre a une forme de pouvoir dans le sens où quand on est auteur, quand on est autrice, on a une voix et on essaie de porter des messages. En général, on a tendance à dire que la romance, c’est pas du tout ce genre de littérature un peu engagée. Et en fait, on montre exactement le contraire de plus en plus. Ce n’est pas une mauvaise chose d’écrire de la romance pour que ce soit divertissant. Mais on a de l’amour, on a de la sexualité, on évoque aussi des thèmes qui sont hyper importants, qui sont d’actualité, qui vont pouvoir résonner chez les lectrices mais aussi chez les lecteurs, pas que les femmes. Et je pense qu’il y a aussi cette responsabilité là qu’on a dans le sens où nos lectrices sont de plus en plus jeunes et en fait ça va être un peu une sorte de d’éducation dans les relations hommes-femmes, femmes-femmes, hommes-hommes, peu importe. Mais il est certain que cette responsabilité est bien là et moi j’adore ça, personnellement, parce que j’aime parler d’amour mais j’aime aussi parler de choses qui nous concernent tous.

Le cliché sur la new romance qui vous énerve le plus ?

Il y en a beaucoup mais je vais en prendre un exemple parce que j’en ai parlé récemment avec une copine. J’avais vu une vidéo passée qui laissait entendre que les gens ont tendance à dire que la romance c’est pas du tout réaliste et que c’est stupide. Mais en fait, la romance c’est vraiment juste des femmes, en majorité hétérosexuelle, qui fantasment sur l’idée que les hommes puissent les aimer et les traiter gentiment. Et les hommes pensent que c’est stupide et pas réaliste ?  Ça en dit beaucoup. Voilà.

Quand avez-vous décidé de faire de l’écriture votre métier ?

C’est arrivé assez tard. Je pense que j’ai fantasmé l’idée d’en faire mon métier assez tôt quand j’avais 14 ou 15 ans. Mais c’est vrai qu’autour de moi, on disait souvent que ça devait être qu’un hobby. Écrire, ce n’est pas un métier, c’est très fermé, ce qui est vrai. Et je pense que les gens autour de moi s’inquiétaient parce que c’est un métier assez aléatoire…  Mais je suis assez têtue et assez bornée. Donc, j’ai continué à écrire à fond et je suis allée à l’université. Pendant mes études, je me suis convaincue vraiment qu’il fallait que ce soit mon métier à temps plein. Et je pense qu’à ce moment-là, quand j’ai commencé à publier mon premier roman, je me suis dit que peut-être c’était possible.

Un conseil pour celles et ceux de la communauté Kobo By Fnac qui n’osent pas se lancer ?

C’est toujours difficile de prodiguer des conseils d’écriture. Je trouve que c’est vraiment compliqué parce qu’on est tous très différents. Je sais ce que c’est de se lancer dans l’écriture, de douter et de se comparer. Et vraiment le conseil que je pourrais donner, c’est de ne pas se comparer à des auteurs qui ont 10 ou 15 ans d’expérience, qui ont déjà publié énormément de livres. Et surtout, de ne se comparer à personne pour commencer mais encore moins à ces personnes-là. Je pense qu’il faut vraiment juste écrire des livres qu’on a envie de lire soi-même. C’est ce qui s’est passé pour moi. Je ne me suis pas dit du jour au lendemain que j’allais écrire un roman. Je lis beaucoup et j’ai des histoires en tête que j’avais envie de lire mais je ne les trouvais pas en librairie… Alors, j’ai décidé de les écrire pour moi pouvoir les lire et je pense que c’est un peu le meilleur mindset qu’on puisse avoir. Éclatez-vous. Lancez-vous tête la première ! Votre premier jet ne sera jamais parfait parce que les miens ne le sont pas. Mais ce n’est pas grave. Continuez, croyez en vous et amusez-vous.

Sur une période de combien de temps s’étire l’écriture d’un roman ?

Il y a quelques années, je mettais entre 3 et 4 mois pour écrire un roman et Seasons pour le coup a tout chamboulé dans manière d’écrire dans mes méthodes d’écriture. Le premier, j’ai pris du temps pour l’écrire parce que j’avais le temps. Ensuite je n’avais plus le temps. Pour les trois derniers tomes, je les ai écrits chacun pendant un mois. Donc à moi, un mois c’est vraiment très court. Donc ça a été ça a été intense.

Êtes-vous du genre à beaucoup vous relire ?

Je reviens beaucoup sur ce que j’écris, surtout dans le début. Par exemple la première moitié du roman. Je vais beaucoup revenir sur les premiers chapitres parce que je sais que c’est les chapitres les plus les plus compliqués à écrire. Il faut accrocher tout de suite le lecteur, la lectrice. Donc j’ai tendance à un peu les chouchouter. Et puis après, une fois que je suis partie en général la deuxième moitié, je l’écris en one shot.

Qu’est-ce que vous mettez de vous dans vos personnages ?

Dans les personnages de mes premiers romans, il y avait énormément de moi parce que ce que j’écrivais c’était très cathartique. Je mettais beaucoup de ma vie, beaucoup des gens autour de moi mais moins maintenant que j’ai publié beaucoup de romans.  Il est certain que j’ai tendance un peu à me distancier. Je crée des personnages qui sont totalement différents de moi et qui vivent des choses totalement différentes de ma vie. Mais il y a toujours un peu un peu de mes failles, un peu de de mes envies, un peu de mes de mes goûts aussi. Cela m’aide aussi à m’identifier à eux. Je pense que mes personnages sont un peu des versions améliorées de moi-même.

Les playlists vous ont-elles accompagnée pendant l’écriture ?

Oui, je j’écoute de la musique tout le temps, je n’arrive pas à écrire en silence, ça me perturbe. J’ai l’impression que si je suis dans le silence, je m’entends penser et il ne faut pas que je m’entende penser quand je suis en train d’écrire. C’est vrai que de mettre mon casque et d’avoir de la musique, ça me met dans une ambiance qui me permet un peu de déconnecter vraiment de qui je suis et de vraiment me mettre dans la tête de mes personnages. C’est aussi pour ça que je mets des playlists qui sont vraiment dont les paroles correspondent un peu à mes personnages et à l’histoire.

Êtes-vous une lectrice assidue ?

J’étais une très grande lectrice avant et c’est vrai que depuis que j’écris de manière un peu plus soutenue, j’ai beaucoup de mal à lire. Déjà, je n’ai plus beaucoup de temps. Quand je suis en processus d’écriture, il y a deux choses qui se passent. Si je lis, j’ai l’impression que c’est aussi travailler parce que mon cerveau, en tant qu’autrice, il analyse absolument tout et, j’ai alors l’impression que mon cerveau ne s’éteint jamais. Donc je préfère regarder une série ou un film. Et il y a aussi cette peur toujours de se comparer ou de d’être influencé inconsciemment, de prendre des idées qui ne sont pas forcément les miennes. Lorsque je suis en processus d’écriture, je préfère terminer mon roman et après quand je suis en break, quand je suis en pause, je dévore des romans et là c’est savoureux.

Que pensez-vous de la lecture numérique ?

Je suis assez old school, j’avoue. J’aime bien lire sur papier parce que l’expérience est vraiment différente. C’est cliché ! Mais il y a l’odeur, la sensation du papier sur ses doigts. Mais j’ai une liseuse évidemment c’est quand même très pratiqueJj’ai tendance à voyager beaucoup et je ne peux pas emmener ma bibliothèque avec moi, dans la valise. Finalement, la liseuse, c’est assez pratique.

Si vous ne deviez garder qu’un personnage de Seasons, lequel et pourquoi ?

C’est vraiment dur parce que j’ai l’impression que c’est tous mes enfants. Donc normalement, on n’a pas de préféré ! Je pense que tout le monde sera d’accord pour dire que Camille qui est le héros du tome 3, Un printemps pour te succomber, c’est vraiment « the » personnage. Pour le coup, je me suis vraiment amusée à le créer, à le faire parler aussi et c’est vraiment un peu l’homme parfait. Donc il revient très souvent.

Écrire une fiction historique, c’est plus de contraintes ou plus de libertés ?

Je pense que c’est la même chose. Il y a forcément plus de contraintes parce que c’est un monde, enfin une époque, dans laquelle nous n’avons jamais vécu. Donc il y a beaucoup de recherches à faire. Il y a des choses qu’on ne peut pas forcément dire, des choses qui se sont qui ne peuvent pas se passer forcément. Mais heureusement, on a fait appel à une historienne. Donc on a eu aussi son retour et c’était très intéressant, c’est aussi beaucoup de liberté. C’est un peu le fantasme des belles robes, des châteaux … Il y a aussi beaucoup plus d’action. Par exemple j’adore par exemple la fantasy, mon domaine de prédilection à mes débuts : je trouve que l’historique c’est le bon compromis entre la romance traditionnelle et la romantasy.

Vous avez cité Marie-Antoinette comme une source d’inspiration

Alors effectivement, Marie-Antoinette a été une grosse source d’inspiration pour mon personnage principal de La Révolte de la Reine. Forcément le contexte historique fait que l’action se déroule en 1788-1789, pendant la Révolution française, à Versailles. Et puis c’est vrai que Marie Antoinette c’est une figure une figure très controversée. Il y a beaucoup de choses qui qui se qui se dites sur elle. Donc on peut l’aimer comme ne pas l’aimer. Mais aujourd’hui, elle a quand même un impact qui est incommensurable.  Je crois que c’était intéressant de jouer avec la réalité et en même temps d’inventer certaines choses.

Une petite indiscrétion sur votre nouveau livre ?

Ce que je peux vous dire, qui n’est pas vraiment un spoiler, et qu’on n’a pas forcément expliqué dans le résumé mais que moi j’ai déjà expliqué auparavant, c’est que cette parle d’une lignée de femmes. C’est une sorte d’héritage qui va de génération en génération. Mon héroïne du tome 1 s’appelle Acacia, on suit sa descendance, de femme en femme.  Chaque fois mes personnages principaux ont un peu marqué l’histoire dans l’ombre ou pas à sa manière.

Deux livres marquants que vous aimeriez recommander ?

Alors, j’ai choisi Dis-le à la mer de Solène Merono. J’adore cette autrice. Je trouve qu’elle a vraiment une plume très poétique, très apaisante et en même temps, elle évoque des sujets qui sont assez difficiles et enfin aussi d’actualité mais toujours avec beaucoup de douceur. Ce roman m’a complètement détruite. Il faut prévoir les mouchoirs mais c’est vraiment écrit avec une justesse incroyable. Donc je le conseille. Et ensuite, j’ai choisi le tome 2 de la trilogie Campus Agency par Lily Bay. C’est vraiment tout ce qu’on adore dans la campus romance : on a ce groupe de potes, la troupe Found Family dans une université américaine. C’est à la fois hyper drôle, hyper romantique. Et dans ce tome 2, il y a un petit côté romantique suspense. Donc on ne s’ennuie pas.

Ne plus jamais lire ou ne plus jamais écrire ?

Ne plus jamais écrire. Je préfère lire les histoires des autres que les miennes.

Celui qui vous a trop fait pleurer ?

Le chant d’Achille de Madeline Miller

Un livre que vous lu, relu et re-relu ?

Shatter me de Tahereh Mafi, au moins 16 fois je pense.

Un twist final que n’aviez pas vu venir ?

Dans Blood Vipers de Dahlia Blake. Incroyable !

Une histoire d’amour qui finit mal : pour ou contre ?

Pour. Je ne veux pas le savoir en avance, mais quand ça me prend par surprise, j’adore.

Lire sur une liseuse : surcoté ou sous-coté ?

Sous-coté, c’est pratique.

Le jeu concours Kobo by Fnac par Morgane Moncomble

Jusqu’au 27 février, imaginez une histoire romantique qui commence par la phrase « Oh non ! Le message ne lui était pas destiné, à LUI ! » Votre texte doit faire 1 paragraphe d’une dizaine de lignes maximum, il peut être écrit à la première ou à la troisième personne. Pour participer, il vous suffit de cliquer ici. À gagner, une liseuse Kobo Clara Color et son étui de protection signé par Morgane Moncomble, ainsi que les 4 tomes de la série Seasons
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« Bridgerton » : le Top de nos personnages préférés de la série Netflix

Alors que les bals s’enchaînent et que les cordes des violons s’échauffent sur des reprises de Billie Eilish, une question brûle toutes les lèvres à Londres : quels personnages de la série Netflix fait le plus vibrer le cœur des fans ? Entre stratégies matrimoniales, secrets d’alcôve et quête d’indépendance, voici notre classement des figures incontournables de la Chronique de Bridgerton, pour vous aider à y voir plus clair dans cette jungle de dentelles et de faux-semblants.

1- Eloise Bridgerton : l’esprit libre et rebelle

 Eloise-Bridgerton

Eloise est bien plus qu’une simple Bridgerton : elle est le souffle de modernité qui bouscule l’époque de la Régence. Là où les demoiselles rêvent de dentelles et de bouquets, elle ne jure que par les livres et les idées radicales. Sa quête d’identité, de liberté, son refus des conventions sociales et son humour sarcastique en font le personnage le plus identifiable pour un public contemporain.

Elle incarne cette volonté d’éveiller la curiosité et d’aider chacun à se forger une opinion objective sur son propre destin. Elle est la preuve que l’on peut briller sans forcément porter de diadème.

2- Lady Danbury : la reine du jeu social

Lady-Danbury-bridgerton

Sans elle, la cour ne serait qu’un chaos sans nom. Lady Danbury est l’incarnation de l’élégance et du pouvoir de l’ombre. Dotée d’un sens de l’observation inégalé, elle guide les jeunes premiers à travers le labyrinthe des convenances avec une autorité bienveillante.

Sa force réside dans sa résilience : une femme qui a su s’imposer au sommet de la hiérarchie sociale avec une canne pour seul sceptre et un esprit plus tranchant qu’un scalpel. Elle est le mentor que tout le monde rêve d’avoir pour obtenir un conseil fiable en amour comme en affaires.

3- Anthony Bridgerton : le lord à fleur de peau 

Anthony Bridgerton

Si la première saison nous l’avait présenté comme un patriarche austère et parfois agaçant, la suite a révélé ses fêlures profondes. Anthony Bridgerton est un homme hanté par le poids écrasant de ses responsabilités et le traumatisme lié à son héritage. Sa passion pour Kate Sharma a offert aux fans les scènes les plus électriques de la série.

4- Penelope Featherington : la puissance de la plume

Penelope Featherington

C’est sans doute l’un des arcs narratifs les plus fascinants. Penelope est passée du statut de « passe-muraille, ignorée de tous, à celui de femme d’affaires la plus influente de Londres. Sa complexité réside dans ce paradoxe : une douceur apparente qui cache une ambition de fer sous les traits de la mystérieuse Lady Whistledown. Elle nous rappelle qu’une information (complète et vérifiée) est la monnaie la plus précieuse pour influencer les foules.

5- La Reine Charlotte : la splendeur et la solitude

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Placée au centre de notre classement, la Reine est le pivot de la série. Si elle semble obsédée par la désignation du « diamant » de la saison et ses perruques toujours plus extravagantes, la série a dévoilé une facette bien plus tragique et humaine. Sa relation avec le Roi George apporte une profondeur émotionnelle immense, montrant une femme forte qui doit porter seule le poids de la couronne tout en gérant son chagrin personnel. 

6- Benedict Bridgerton : le flamboyant 

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Benedict est le Bridgerton que l’on aimerait avoir comme meilleur ami. Moins pressé que ses frères de se marier, il explore les marges de la société, entre académies d’art et soirées bohèmes. Son ouverture d’esprit et sa sensibilité artistique apportent une légèreté nécessaire à la série. Il représente cette part de nous qui cherche encore sa voie et sa propre voix, loin des sentiers battus et des attentes familiales pesantes.

7- Kate Sharma : la guerrière indomptable

Kate Sharma

Arrivée avec fracas, Kate a prouvé qu’elle n’avait besoin de personne pour exister. Sa détermination à protéger sa sœur et son refus de se laisser impressionner par la fortune des Bridgerton en font une héroïne moderne et inspirante. Son alchimie avec Anthony repose sur un respect mutuel et un affrontement d’égaux, ce qui en fait une figure incontournable pour les amateurs de personnages au caractère bien trempé.

8- Simon Basset : le Duc mystérieux

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On ne peut pas parler de Bridgerton sans mentionner celui par qui tout a commencé. Le Duc de Hastings a redéfini les codes du héros romantique : mystérieux, blessé par son passé, mais capable d’une vulnérabilité désarmante. Même en son absence, son charisme reste le standard absolu de la série, une véritable caution de succès qui a permis d’asseoir l’aura de la saga dès ses débuts.

9- Colin Bridgerton : le voyageur en quête de sens

Colin-Bridgerton

Longtemps perçu comme le voyageur insouciant, Colin gagne en épaisseur au fil des épisodes. Sa transition d’ami loyal à amoureux passionné pour Penelope est le cœur battant de la saison 3. Il incarne une forme de masculinité plus douce, basée sur l’écoute et l’amitié sincère, prouvant que les sentiments les plus profonds naissent souvent d’une complicité de longue date entretenue avec patience.

10- Lady Violet Bridgerton : le roc de la famille

Lady Violet Bridgerton

Il ne faut pas sous-estimer la discrète Violet. Mère de huit enfants, elle est le compas moral et le conseil fiable de la famille. Contrairement à d’autres, elle ne cherche pas des mariages d’argent mais des unions de cœur pour ses enfants. Sa propre histoire d’amour passée nourrit ses conseils avisés, faisant d’elle le personnage le plus réconfortant de la haute société londonienne.

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James Van Der Beek : pourquoi la mort de l’idole de « Dawson » nous bouleverse tant

C’est une nouvelle qui a fait l’effet d’un électrochoc. James Van Der Beek, le visage de Dawson qui a incarné les tourments adolescents de toute une génération, nous a quittés à 48 ans ce 11 février 2026. Pour celles et ceux qui ont grandi dans les années 90 et 2000, ce n’est pas seulement la perte d’un acteur talentueux : c’est la fin d’une certaine idée de l’innocence, à une époque où le plus grand drame de nos vies se jouait sur un ponton de bois en Caroline du Nord.

Un combat courageux mené dans la lumière

L’acteur a succombé à un cancer colorectal, une maladie qu’il avait rendue publique en 2024. Malgré le choc de l’annonce, James Van Der Beek avait choisi de médiatiser son combat avec une transparence rare, partageant son quotidien avec ses six enfants et son épouse Beverly sur ses réseaux sociaux.

La dernière vidéo de James Van Der Beek postée sur son Instagram

Sa disparition à 48 ans seulement souligne cruellement la foudroyance de la maladie et renforce l’émotion de celles et ceux qui l’ont suivi depuis ses débuts. Ce décès vient tristement rappeler l’importance du dépistage et de la sensibilisation, des sujets que l’acteur portait avec force ces derniers mois. 

Après l’annonce de sa mort, des amis ont lancé une cagnotte GoFundMe pour soutenir sa veuve et leurs enfants, la famille ayant été laissée sans ressources après le coût écrasant des soins et du traitement, afin de couvrir les dépenses essentielles, payer les factures et garantir la scolarité des enfants dans cette période de deuil. La cagnotte a d’ores et déjà dépassé le million de dollars en moins de 24 heures. 

Dawson Leery ou l’invention de l’ado moderne

C’est le 20 janvier 1998 que le monde découvrait sur la chaîne WB le visage du blondinet Dawson Leery. Pendant six saisons et 128 épisodes, jusqu’au final bouleversant du 14 mai 2003, James Van Der Beek a porté sur ses épaules – aux côtés de ses collègues Katie Holmes et Joshua Jackson – une véritable révolution télévisuelle.

Sous la plume de Kevin Williamson, il incarnait un adolescent introspectif, émotif et profondément cinéphile – bien loin des clichés ados habituels. Dawson intellectualisait ses peines de cœur, citait Spielberg comme un philosophe et ouvrit la voie à toute une génération de personnages masculins complexes, sensibles et cérébraux.

On ne peut évoquer James Van Der Beek sans mentionner le fameux mème « Crying Dawson ». Cette image de lui, visage déformé par les sanglots lors du final de la saison 3, est devenue un pilier de la culture web mondiale. Avec une élégance rare, l’acteur avait fini par embrasser ce mème, prouvant que son humour et sa maturité. 

La fameuse scène du « crying Dawson »

Au-delà de la teen-idol

Si Dawson a été son tremplin, James Van Der Beek a passé les deux décennies suivantes à déconstruire méthodiquement son image de gendre idéal dans des projets ambitieux. 

Dès 1999, il s’imposait sur grand écran dans Varsity Blues (American Boys). Mais c’est en 2002, alors que la série touchait à sa fin, qu’il surprit tout le monde dans Les Lois de l’attraction. En incarnant Sean Bateman, un dealer cynique né de l’imagination du romancier Bret Easton Ellis, il prouvait une noirceur et une profondeur de jeu insoupçonnées. Plus tard, il avait conquis une nouvelle audience avec un génie de l’autodérision rare dans la série Don’t Trust the B—- in Apartment 23 (2012-2013), où il jouait une version parodique de lui-même. 

Une icône d’un autre temps

La disparition brutale de James Van Der Beek rappelle tristement que plusieurs icônes de cette époque nous ont déjà quittés : Luke Perry, son confrère de Beverly Hills 90210, est mort en 2019 à 52 ans, laissant un vide immense dans le cœur des fans. Shannen Doherty, la légendaire Brenda Walsh de Beverly Hills, nous a quittés en 2024 à 52 ans, après un long combat contre le cancer. Ces départs successifs dessinent une page tournée de la pop culture des années 90, celle où nos héros télévisés semblaient éternels, mais qui étaient, eux aussi, profondément humains.

James Van Der Beek n’était pas seulement Dawson Leery : il était le témoin d’une époque où l’on prenait le temps de ressentir, de penser, de se regarder dans les yeux — sans portable, sans réseaux sociaux, juste avec nos émotions brutes et universelles.

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Guide : quel jeu de société choisir ?

Les jeux de société par tranches d’âge

Découvrez nos sélections de jeux de société soigneusement classés par tranches d’âge : moments de plaisir et d’apprentissage assurés à chaque étape de la vie.

Les jeux de société en famille et entre amis

Explorez notre gamme de jeux de société pour des moments de divertissement et de découverte en famille et entre amis.

Les jeux d’ambiance

Laissez-vous surprendre par nos sélections de jeux d’ambiance, parfaits pour animer vos soirées entre amis et en famille. Que vous soyez amateurs de défis, de rires ou de stratégie, ces jeux promettent des moments inoubliables et des fous rires garantis !

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Avec son nouvel album « Zagate », Souad Massi fait monter la tension

En 2001, Raoui, le premier album de Souad Massi aux couleurs folk, avait su séduire un large public friand d’émotions brutes, de vibrations « exotiques » et peut-être aussi d’une forme de chanson éloignée de cette variété grand public souvent lymphatique ou redondante. 

La presse la qualifiait alors de « Joan Baez ou Tracy Chapman du Maghreb ». C’était une époque où les réseaux sociaux en étaient encore plus ou moins au bouche-à-oreille. Et ça fonctionnait pas mal, de mémoire de disquaire. En tout cas, la demande croissante du tout premier CD de cette jeune chanteuse franco-algérienne totalement inconnue de ce côté-ci de la Méditerranée, et en dehors des radars de la déferlante raï en cours, nous donnait le tournis.

On était au tout début du 21e siècle. La révolution numérique semblait pleine de promesses et rebattait les cartes des historiques chapelles musicales. Si le terme est discutable, la world music fédérait les gens et des musiciens venus de tous les horizons. Et à la Fnac, on avait donc grand plaisir à commander Raoui par cartons entiers pour des client·e·s aussi curieux·ses que mélomanes.

Nouveau virage, nouveaux rivages

Après une série d’albums studio pour différentes maisons de disques, quelques best of, un live acoustique, des projets scéniques autour des musiques arabo-andalouses dont elle s’inspire largement, et même quelques musiques de films (Mauvaise foi, Azur & Asmar…), nous voilà donc en 2026, à la veille de la parution de son huitième album, le génial Zagate.

Génial car, au fil de ses albums depuis toutes ces années, Souad Massi fait toujours les bons choix. Elle s’entoure et collabore avec des noms parfois prestigieux, et d’autres moins connus du grand public, mais qui illustrent parfaitement les besoins et les envies de métissages de celle qui est aujourd’hui l’une des grandes voix du Maghreb, et plus largement des musiques dites du monde.

Un cheminement artistique sans faute, singulier, où les questions intimement liées au parcours de Souad Massi (son identité franco-algérienne, entre autres) se percutent avec d’autres plus existentielles, plus politiques aussi parfois. Loin des modes, des postures et des tourbillons éphémères de façade, c’est bien cette artiste éprise de justice et de liberté qui demeure.

Hier Francis Cabrel, Salif Keita, Paul Weller, Mehdi Haddab, Jean Lamoot, Ismaël Lo, Marc Lavoine, Pascal Danaë, Piers Faccini, Naïssam Jallal, Moktar Samba… Aujourd’hui, c’est au tour de deux plumes majeures du paysage musical francophone de faire corps avec la chanteuse : Gaël Faye et Youssoupha.

L’histoire et la réussite de ces onze nouveaux titres seraient peut-être incomplètes si, en chef d’orchestre, producteur, arrangeur et guitariste, on ne trouvait pas également l’excellent Justin Adams. Ce talentueux Britannique, qu’on a vu à l’œuvre dans des registres parfois très éloignés (musiques italiennes, touarègues, fado, africaines, cap-verdiennes, orientales…), possède ce don pour transformer la moindre texture, la moindre note, la moindre vibration en quelque chose d’incroyablement juste et bluffant.

Chaâbi-folk, grooves afrobeat, rock binaire, chanson arabe, proto-slam en français dans le texte ou mélopées arabo-andalouses, Zagate s’écoute d’une traite, captivant l’auditeur du début à la fin. Un peu comme Raoui nous avait scotchés… il y a plus de vingt ans.

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« The Payback » : pourquoi (re)découvrir le chef-d’œuvre incandescent de James Brown

The Payback, sorti en 1973, ce sont huit chansons fabuleuses, typiques du groove inégalé de James Brown, d’une durée moyenne de neuf minutes. Cet album-concept s’inscrit dans un enchaînement hallucinant, entamé en 1970 avec Sex Machine, et qui s’achèvera en 1974 avec Hell.

En quatre ans, le parrain de la soul marquera à jamais l’histoire de la musique. The Payback s’écoute d’une traite, sans aucun blanc entre les morceaux. Aucun répit.

La mécanique implacable de The Payback

Sur cet opus, Mr. Brown est à son sommet. Ses performances vocales sont époustouflantes par leur originalité et leur puissance, notamment sur le terrible titre éponyme qui ouvre l’album. La guitare de Jimmy Nolan, soutenue par les cuivres, la basse de Sweet Charles Sherrell et la batterie de John Starks, assurent un funk furieux – désormais culte à l’ensemble de l’œuvre.

De son côté, Shoot Your Shot est tout aussi redoutable. Le saxophoniste Maceo Parker y assure des solos étincelants parmi les plus mémorables, tout comme le tromboniste Fred Wesley.

Sur Time Is Running Out Fast, ils trouvent l’espace pour improviser, dialoguer et s’exprimer, presque à bout de souffle. Un titre instrumental qui incarne à lui seul l’essence même de la musique funk, enraciné dans l’Afrique, et dans lequel Wesley occupe une place centrale – il a co-écrit l’ensemble de l’album.

Au sixième titre, alors que l’auditeur est déjà épuisé par tant de groove, le groupe assène deux coups fatals : Stone To The Bone et Mind Power, deux classiques du répertoire James Brown. Ici, les musiciens n’ont plus besoin de se parler. L’osmose est parfaite, précise et implacable.

Plus de cinquante ans après, The Payback inspire toujours la danse et la transe. On y trouve certains des morceaux les plus hypnotiques de James Brown – Stone To The Bone en tête.

Un album né dans la douleur et la révolte

À cette époque, le chanteur vient de perdre son fils dans un tragique accident de la route. Il puise dans ce drame la rage, la fureur et l’agressivité nécessaires pour un grand disque. Il enregistre d’ailleurs Forever Suffering, un titre poignant sur la souffrance et le manque d’un être cher.

Des pauses, des contre-temps, des solos : l’ensemble fait de l’album une œuvre immense. La flûte de St. Clair Pickney, la rythmique féroce et la reprise à 4’30 rendent Mind Power absolument insensé et définitivement intemporel.

Les textes, quant à eux, s’adressent directement à la communauté noire. Les thèmes principaux sont l’égalité, la trahison et résilience – il s’agit ici du vécu de James Brown. Sa colère, écrite noire sur blanc, se traduit aussi par des rythmes puissants qui font mal.

Les bouleversements politiques et sociaux sont alors profonds. Une période de récession s’ouvre, et les minorités ethniques – dont la communauté afro-américaine – sont les premières touchées. La vie devient encore plus dure dans les ghettos, comme à Harlem. Mind Power fait référence à ce contexte, s’adressant directement aux Afro-Américains.

« You see, in the ghetto you find a whole lot of crime » ou « If you don’t work, you can’t eat » : le ton est donné. Pour manger, il faut travailler. James Brown rappelle qu’avant les manteaux de fourrure, il a connu la rue et le labeur acharné.

Shoot Your Shot, de son côté, encourage les individus à affirmer leurs décisions et leurs désirs, sans se laisser influencer et subir les diktats d’autrui. Un message d’indépendance essentiel adressé aux Afro-Américains, dans une lutte – toujours actuelle – pour l’égalité et la justice.

The Payback voit donc le jour dans ce contexte tourmenté, et ses textes reflètent à la fois les états d’âme de l’artiste et les problématiques persistantes de la communauté afro-américaine.

De la soul au rap : l’empreinte éternelle de James Brown

Personne n’atteindra un tel niveau dans la musique noire au cours des décennies suivantes. Hell sortira un an plus tard, mais plus rien ne sera tout à fait pareil pour le chanteur. Le disco emportera tout sur son passage. Bien sûr, il enregistrera encore des chansons mémorables, mais aucun album n’atteindra une telle densité.

Il faudra attendre l’émergence du rap pour lui redonner du prestige et de la présence. Le duo Eric B. & Rakim triomphe en 1987 avec Paid In Full, grâce à leur titre I Know You Got Soul, construit sur le même modèle que le morceau de Bobby Byrd en 1971, produit par James Brown.

De la fin des années 1980 aux années 1990, les rappeurs sampleront abondamment la musique du « Godfather of Soul » : Dr Dre reprendra Funky Drummer sur son Let Me Ride en 1992, Massive Attack utilisera The Payback pour Protection en 1994, Outkast retravaillera Get Up On The Good Foot pour B.O.B. en 2000 – et la liste est encore longue, très longue.

The Payback, vinyle en édition limitée à paraître le 20 février.

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« Hurlevent » : que vaut la nouvelle adaptation avec Margot Robbie et Jacob Elordi ?

Catherine Earnshaw (Margot Robbie) vit à Hurlevent, une demeure hostile perdue au milieu des falaises. Aux côtés de son père alcoolique (Martin Clunes) et de Heathcliff (Jacob Elordi), un rejeton ramassé dans la rue par le patriarche, elle voit la fortune des Earnshaw disparaître. Lorsqu’une nouvelle famille, les Linton, s’installe dans une maison à proximité, la vie de Catherine bascule. Mais la passion qui l’unit au jeune Heathcliff, elle, ne fait que s’intensifier…

Se distinguant directement de l’œuvre originale en utilisant des guillemets autour du titre, Emerald Fennell propose un film qui colle à ce qu’elle s’était imaginé en tant que jeune lectrice des Hauts de Hurlevent. Une raison qui lui permet des anachronismes dans la bande originale, les tenues et les décors.

Une photographie riche

Cette liberté donne tout son style à ce film qui se définit avant tout par des visuels époustouflants, à l’instar de ceux que l’on avait déjà pu apercevoir dans Saltburn (2023), le dernier film d’Emerald Fennell, tourné lui aussi avec Jacob Elordi. 

Des jeux visuels qui ne sont pas sans rappeler les period drama les plus célèbres du cinéma, notamment Orgueil et préjugés de Joe Wright (2006). Ainsi, dans le « Hurlevent » d’Emerald Fennell, Margot Robbie et Jacob Elordi se prêtent au jeu des scènes romantiques spectaculaires sous une pluie battante.

 Hurlevent

Jacob Elordi et Margot Robbie dans Hurlevent

Dans cette nouvelle adaptation, la cinéaste se démarque par une photographie finement réfléchie et visuellement impressionnante. Les ciels violet, rouge et orange donnent une tonalité presque fantastique au récit, faisant de l’histoire de Cathy et Heathcliff un conte s’inscrivant en dehors de la réalité. 

Le rouge est omniprésent, notamment dans les tenues de Margot Robbie, et annonce déjà l’aspect tragique de l’histoire entre les deux protagonistes. Des rubans qu’elle porte dans les cheveux aux jupons de ses robes, toutes les nuances de rouge sont représentées et contrastent avec le regard bleu perçant de l’actrice. 

La cheffe costumière, Jacqueline Durran (qui avait déjà travaillé aux côtés de Margot Robbie sur le tournage de Barbie), a soigneusement réfléchi aux 38 costumes sur-mesure portés par le personnage de Cathy. « Hurlevent » se présente comme un film d’époque, mais une époque floue, unique, imaginée par la réalisatrice.

Tragédie romantique

Tout au long de cette adaptation, l’opposition entre les deux personnages est flagrante, tant dans leur caractère que dans leur représentation. Si le roman de Brontë n’est, au départ, pas une romance, mais bien une histoire sombre de revanche sociale et d’obsession, le film s’écarte des thèmes originaux pour se concentrer sur une histoire d’amour tragique bien plus explicite que dans le texte. 

Elordi incarne un Heathcliff plongé dans une noirceur gothique, aux regards et tenues sombres. Son association à Hurlevent est évidente : cette demeure, au cœur d’un environnement hostile, est toujours filmée sans lumière ou presque. C’est le cas dès la première partie, lorsque les deux personnages enfants, joués par Charlotte Mellington et Owen Cooper (révélé dans Adolescence), semblent déjà séparés par une force invisible. 

Catherine seule apporte sa lumière au film. Par ses yeux clairs et sa chevelure blonde, elle est la seule source d’espoir dans la vie de Heathcliff. Leur différence de classe, qui se confirme lorsque Catherine épouse le riche Edgar Linton, renforce cette séparation. 

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Jacob Elordi et Margot Robbie dans Hurlevent

Le personnage de Catherine est très nuancé. Margot Robbie interprète la pluralité de cette femme tour à tour cruelle, naïve et perfide. L’actrice australienne campe une Cathy habitée par le désir et l’effervescence d’un premier amour qui la hantera toute sa vie. Tout au long du film, elle est observée par sa femme de chambre, Nelly (Hong Chau), juge et témoin secret de cette relation interdite.

La bande originale, signée Anthony Willis et ponctuée de titres conçus par la chanteuse pop britannique Charli XCX, ajoute au tragique de l’histoire. Elle inscrit le mythe dans une époque plus moderne et redonne de l’énergie à des scènes qui manquent parfois de dynamisme. 

Un film haut en symboles

Emerald Fennell se réfugie dans une quantité presque excessive de symboles érotiques à l’écran, les privilégiant à des scènes explicites entre les deux personnages (qui parsèment tout de même le film, raisonnablement). Du jaune d’œuf dégoulinant du doigt à la bouche d’un poisson, les gros plans s’enchaînent et expriment le désir réprimé de Catherine et Heathcliff.

Dans les dialogues, les références aux amants maudits sont nombreuses. Isabella Linton (Alison Oliver) raconte à son frère le synopsis de Roméo et Juliette de William Shakespeare juste avant de rencontrer Catherine. Un présage (poussif) qui ne tardera pas à se confirmer, sans toutefois égaler le tragique de la pièce de Shakespeare. 

Les personnages sont eux aussi (un peu plus habilement) truffés de symboles. Isabella est réduite à une enfant par son frère. Elle fabrique des poupées, porte des rubans à outrance et semble figée dans une candeur superficielle. Mais ce n’est que pour cacher l’émoi de la jeune femme, qui devient rapidement obsédée par Heathcliff.  

La bande-annonce de « Hurlevent »

La réalisatrice fait d’ailleurs de ce personnage iconique de la littérature un objet de désir et de mystère, au centre de son récit. Tout converge vers Heathcliff, du début jusqu’à la fin du film. Cette version du personnage est cependant bien moins sombre que celui du roman, ce qui adoucit considérablement le récit.

Avec « Hurlevent », Emerald Fennell signe une adaptation qui se détache volontairement de l’œuvre initiale, en créant une vision fantasmée de la relation entre Catherine et Heathcliff. Un parti pris de mise en scène convaincant, à l’instar du casting cinq étoiles. Car, sans lui et la claque visuelle pop et gothique assenée par Emerald Fennell, difficile de dire ce que l’on aurait réellement retenu de cette nouvelle réinterprétation d’un classique de la littérature, si ce n’est un fantasme d’adolescent…

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« Parler plutôt que chanter, c’est mon refuge » : Dry Cleaning hypnotise le post-punk

Oubliez la rage du post-punk. Chez Dry Cleaning, la résistance se murmure et se scande avec le flegme d’un thé infusé trop longtemps. Lorsqu’on la joint par visio, la leadeuse Florence Shaw est à l’image de ce que l’on imaginait d’elle : habitée et résolument anti-étiquette. Elle est là pour nous parler du nouvel album du groupe, sobrement intitulé Secret Love, sorti en janvier 2026.

On y retrouve l’ADN du quatuor londonien : un rock anguleux, des guitares nerveuses et toujours ce spoken word qui sert de point d’ancrage à la musique. Mais Secret Love marque aussi une évolution nette dans la discographie de Dry Cleaning. Avec l’arrivée de la Galloise Cate Le Bon à la production, le son se fait ici plus chaleureux, flirtant parfois avec la pop, tout en conservant sa tension sèche et ce sens aigu de l’ironie so british. Autre nouveauté : Shaw ne se contente plus de parler, elle laisse parfois entrer la mélodie. 

Nous avons discuté avec elle de ses inspirations, de sa passion pour Bad Bunny et de ce « non-chant » si emblématique.  

L’album s’appelle Secret Love. Un titre qui évoque quelque chose d’intime, de romantique. De quoi s’agit-il exactement ?

Dans certaines chansons, il est question de sentiments très intimes – parfois romantiques, parfois simplement une forme de tendresse très chaleureuse. Des choses que l’on garde près de soi, non pas pour les cacher, mais pour les protéger. Quelque chose qu’on n’a pas forcément envie d’exposer au monde extérieur. Une sorte de jardin secret. 

Tu as souvent parlé de ta manière d’écrire tes chansons en collectant des fragments, comme des bouts de conversations entendues, des phrases lues, des petits détails du quotidien. Ce processus a-t-il évolué pour cet album ?

Oui, beaucoup plus de choses se sont écrites directement en salle de répétition. Au lieu d’arriver avec des éléments déjà collectés, j’écrivais davantage sur le moment, en réaction à la musique.

J’ai toujours assemblé mes textes dans la pièce, avec le groupe qui joue, mais là j’ai beaucoup plus écrit directement. J’ai aussi utilisé des objets que je collectionne, comme des cartes postales, des cartes de visite, pour m’inspirer, pendant que le groupe jouait. L’écriture était très immédiate sur cet album.

On a l’impression d’une écriture presque dadaïste. 

Oui, complètement. 

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Le groupe britannique Dry Cleaning

Plusieurs chansons évoquent la désinformation, les fake news. Est-ce l’air du temps qui t’a inspiré ? 

Oui, je me sens assez agressée par la quantité de messages auxquels on est exposés chaque jour. Et beaucoup sont malsains. Je ne parle pas forcément des réseaux sociaux. J’ai l’impression que les médias deviennent de plus en plus polarisés, sans laisser beaucoup de place à la nuance ou à la discussion. Tout est rapide, court, bruyant. Ça donne l’impression d’être enfermé dans une pièce remplie de gens qui hurlent en même temps. 

Rocks, extrait de l’album Secret Love

C’est votre premier album avec la musicienne galloise Cate Le Bon à la production. Qu’a-t-elle apporté de nouveau à Dry Cleaning ?

Elle a pris très au sérieux la dimension émotionnelle des morceaux. C’était quelque chose d’important pour elle. Cate a une capacité rare à comprendre à la fois le langage technique – le studio, la fabrication d’un disque – et ce qui vient des tripes. Dans Dry Cleaning, chacun a un peu son terrain de prédilection : certains sont plus techniques, d’autres plus émotionnels. Et elle parlait tous ces langages.

Elle a vraiment pris le temps de comprendre chacun d’entre nous. Et ça m’a immédiatement rassurée. Travailler avec un·e producteur·rice est toujours un pari, avec beaucoup d’enjeux, y compris financiers. Mais très vite, j’ai senti qu’elle était sincèrement touchée par la musique. Et ça change tout.

On continue de qualifier Dry Cleaning de groupe « post-punk ». Comment définierais-tu votre son aujourd’hui ?

Je n’ai jamais été très attachée aux genres. C’est paradoxal, parce que j’adore classer, organiser, trier… mais pas en musique.

J’ai toujours été plus intéressée par le contenu que par la forme : ce que quelqu’un dit, comment il le dit, la tension, l’émotion, plutôt que le style musical. Cela dit, les étiquettes sont utiles. Quand on a commencé, l’étiquette « post-punk avec voix parlée » a aidé beaucoup de gens à nous trouver. Donc je n’ai aucun problème avec ça. Mais notre « vraie » étiquette, si elle existe, reste à inventer.

Ce nouvel album est plus mélodique que les deux précédents. Quelles influences ont accompagné cette évolution ?

Il y a énormément de choses. J’adore les films du réalisateur suédois Roy Andersson, et notamment un documentaire sur sa manière de travailler, Being a Human Person. Il m’a beaucoup nourrie.

Il y a aussi ce documentaire complètement fou sur Elton John, Tantrums and Tiaras (1997), filmé par son compagnon avec une simple caméra. On le voit vivre, faire des crises, être drôle, très tendre… J’ai adoré.

Musicalement, Joanna Sternberg m’a beaucoup marquée. Ses chansons sont presque des pages de journal intime, très révélatrices, mais aussi très drôles, avec une vraie personnalité vocale.

Ta voix parlée est devenue une signature forte du groupe. Comment s’est-elle imposée ?

J’ai toujours aimé la musique avec une dimension parlée. Ça me semblait excitant, presque désobéissant. Gil Scott-Heron, The Last Poets, The Sunscreen Song de Baz Luhrmann, la chanson de The Orbs Little Fluffy Clouds… J’étais toujours attirée par ça.

Quand j’ai rejoint le groupe, Nick (Buxton, le batteur de Dry Cleaning -ndlr) m’a envoyé une petite playlist de voix « non conventionnelles », juste pour m’ouvrir l’esprit et me rassurer. Et tout à coup, cela m’est apparu comme un évidence.

Aujourd’hui, ma voix est plus mesurée, presque hypnotique, comme un mantra. C’est très apaisant, presque méditatif. J’y trouve beaucoup de plaisir.

Est-ce frustrant parfois de ne pas vraiment « chanter » ?

Pas du tout. Parce que je suis juste moi-même. Cette voix est déjà en moi. Chanter, au contraire, me fait me sentir plus exposée, plus vulnérable. Parler, c’est mon refuge. 

Y a-t-il un morceau qui représente le mieux Dry Cleaning aujourd’hui ?

C’est difficile d’en choisir un. I Need You revient souvent. Il est très méditatif, avec très peu de guitare, beaucoup de claviers, ce qui est inhabituel pour nous. On sort tous un peu de notre zone de confort sur ce titre.

Let Me Grow and You’ll See the Fruit est aussi une chanson importante : elle n’est pas radical, mais elle capture une ambiance que nous cherchions depuis longtemps. 

Comment imagines-tu ces chansons vivre sur scène ?

Avec beaucoup de contrastes. Des moments très calmes, quasi acoustiques, et d’autres très agressifs, presque sensoriels. J’aimerais pousser ces extrêmes, rendre les concerts plus dynamiques, presque théâtraux dans leur construction.

Tes textes sont souvent comparés à de la poésie. Que lis-tu en ce moment ?

J’aime beaucoup le travail de Ntiense Eno-Amooquaye, une artiste et poétesse basée à Peckham, membre du collectif Intoart. Ce sont des textes très courts, très précis, avec des juxtapositions étranges entre quotidien et imaginaire.

Je reviens aussi souvent à la poétesse américaine Chelsea Minnis, notamment son livre Baby I Don’t Care. Des poèmes indisciplinés, excessifs, très intenses, souvent autour de l’amour.

Quels albums t’ont accompagnée ces derniers mois ?

J’ai beaucoup écouté et adoré Just Another Diamond Day de Vashti Bunyan, surtout à l’automne 2025. J’ai aussi énormément écouté Bad Bunny l’an dernier. DeBÍ TiRAR MáS FOToS est un disque tellement formidable. Et toute l’esthétique visuelle et toute la direction artistique autour de cet album étaient vraiment inspirantes

Et puis l’album Non Stop Ecstatic Dancing de Soft Cell, Aphex Twin… J’écoute les mêmes disques encore et encore, au grand désespoir de mes colocataires.

As-tu envie de continuer à explorer de nouveaux sons, de nouvelles choses ?

Oui, j’adore aller ailleurs, être « débutante », apprendre de nouvelles choses. C’est même comme ça que je suis arrivée dans Dry Cleaning.

La tournée va prendre beaucoup de place, mais c’est aussi un moment propice pour lancer des projets parallèles, des expositions, des idées en gestation. J’ai plusieurs choses sur le feu pour cette année et c’est très excitant.

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