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Studio MinaLima revisite Le petit prince : “On a espoir d’apporter un nouveau regard”

Depuis sa publication en 1943, Le petit prince traverse les générations. Texte fondateur pour certains, livre d’enfance pour d’autres, il est surtout un ouvrage qui se redécouvre sans cesse. Cette année, le Studio MinaLima s’approprie l’histoire d’Antoine de Saint-Exupéry avec une édition illustrée et interactive, qui nous invite à redécouvrir une œuvre que l’on pensait déjà bien connaître. Rencontre.

Revisiter Le petit prince, ça n’est pas rien : comment ce projet est-il arrivé jusqu’à vous ?

Miraphora Mina : Ça faisait des années que l’on parlait aux personnes qui gèrent Le petit prince en leur disant qu’on voulait illustrer le livre. La réponse est venue de la part de Gallimard et de la famille de Saint-Exupéry. Ils nous ont invités à créer une édition spéciale pour célébrer les 80 ans de cet ouvrage.

Est-ce qu’il y a des éléments qui vous ont semblé plus difficiles à adapter visuellement ?

M. M. : L’idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale iconique, qui est extrêmement aimée, à la fois en France et dans le monde entier. On s’est donc demandé comment faire quelque chose de nouveau, de différent, mais qui, on l’espère, sera tout aussi apprécié. C’était un grand défi, et notre idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale, visuellement. On nous a donné carte blanche, mais… on a choisi de ne pas utiliser une touche de blanc !

Justement, avec quels outils avez-vous travaillé ?

M. M. : On commence toujours avec des crayons, des croquis, sur du papier. Mais ici, dès le départ, il y a eu une réflexion sur la palette de couleurs utilisée. On a fait le choix d’utiliser des couleurs fortes, puissantes, de donner une identité à chacun des mondes que Le Petit Prince va traverser, à chacune des planètes. On voulait que ces mêmes planètes deviennent vivantes.

Eduardo Lima : Ensuite, on a utilisé des outils numériques comme Photoshop.

Pour mieux comprendre les coulisses de la création : travaillez-vous ensemble ou séparément ?

M. M. : Nous travaillons avec une équipe de cinq à six personnes. Généralement, on donne une direction générale ainsi que des éléments-clés. Ici, par exemple : l’écharpe du Petit Prince, la typographie, etc. Ensuite, c’est un travail d’équipe. Il y a des gens spécialisés dans le développement des personnages, d’autres dans les décors.

E. L. : Par ailleurs, on a déjà revisité 11 classiques, dont Harry Potter : désormais, on a une formule solide.

Cette édition est, comme souvent, très interactive, puisque le livre contient notamment huit pop-up. Y avait-il des scènes dont vous saviez qu’elles seraient parfaites pour une telle animation ?

M. M. : C’est une réflexion qui intervient dans les premières étapes. On a d’abord des envies, des scènes qui nous viennent, mais il faut aussi composer avec le fait qu’il doit y avoir un certain rythme dans le livre, une répartition des pages qui contiennent des animations. Ce cadeau de l’interaction doit être bien rythmé pour le lecteur. C’est un peu comme lorsqu’on construit une maison : on ne peut pas mettre toutes les portes au même endroit. Parfois, il faut faire des compromis et choisir d’animer des scènes qu’on n’avait pas forcément pensé à animer au départ. 

Est-ce qu’il y a malgré tout des scènes qui se sont imposées visuellement plus que d’autres ? Certaines qui étaient non négociables ?

M. M. : Oui, par exemple, la scène avec le renard, qui est une scène très théâtrale. C’est vraiment un élément de création d’univers pour l’auteur à cet endroit-là. Et puis, il y a la scène de la rose qui est comme un cadeau, une révélation.

Est-ce que vous avez caché des détails, des “easter eggs” pour les lecteurs attentifs ?

M. M. : Je ne dirais pas forcément qu’on a caché des éléments, mais nous donnons énormément d’importance à tous les détails. Par exemple, les planètes ont toutes des visages, et elles ne regardent pas n’importe où : on voit bien qu’elles sont en train de veiller sur le Petit Prince. Par exemple, la planète où l’on voit tous les éléphants, l’un d’entre eux n’a pas réussi à atteindre la planète. On s’est donc dit que ce serait drôle, dans un prochain livre, qu’on retrouve cet éléphant-là, en se disant qu’il a fini par atterrir quelque part.

E. L. : De la même manière, pour la fin, il y a une illustration où on voit le Petit Prince qui pourrait veiller sur nous depuis sa planète. Pour finir, on a placé au début plusieurs éléments qui suggèrent ce qui pourrait se passer par la suite.

Est-ce qu’il y a des images qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas été retenues ?

M. M. : Au départ, on avait envie d’en mettre beaucoup plus, mais il a fallu se rendre à l’évidence : le livre ne pouvait pas être trop long. Je pense qu’on a réussi à en mettre beaucoup, mais c’est toujours une décision très difficile pour nous de savoir combien il y aura d’illustrations, parce qu’on a toujours envie de tout illustrer.

Est-ce qu’on peut encore surprendre avec une œuvre que tout le monde croit connaître ?

M. M. : J’espère ! Ce sera aux lecteurs de nous le dire. C’est vrai que, lorsqu’on part d’une histoire qui est déjà si connue et qu’on nous donne la liberté d’apporter quelque chose de nouveau, on a espoir d’apporter un regard inédit.

E. L. : Et puis, nous avons déjà l’expérience des classiques, des histoires très connues, vendues à des milliers et des milliers d’exemplaires à travers le monde. Et pourtant, les lecteurs sont toujours intéressés de les redécouvrir avec une nouvelle perspective.  C’est aussi pour nous l’idée d’apporter un nouvel équilibre avec l’essor du digital. Les gens ont envie de pouvoir toucher le papier. Par exemple, ils ont beau connaître l’histoire de Frankenstein, ils sont ravis de pouvoir la découvrir d’une autre façon.

Ce type de livre nous dit également quelque chose du rapport à la lecture…

E. L. : Je pense que cette manière de présenter les livres est aussi une petite révolution. On l’entend beaucoup de la part des enfants et des professeurs. C’est aussi effrayant d’avoir un énorme bloc de texte. On nous dit que ça aide énormément les enfants à appréhender un ouvrage, le fait qu’il y ait une petite surprise à la page suivante. On nous dit aussi que beaucoup d’adultes sont attirés par ces livres-là, et se remettent à lire grâce à ça.

C’est l’éternelle question : Le petit prince est-il un livre pour enfants ou pour adultes ?

M. M. : Évidemment pour tous les âges, et pour les adultes qui ont un cœur d’enfant !

Pour finir, est-ce qu’il y a une réflexion, une phrase du Petit prince qui vous accompagne encore aujourd’hui ?

M. M. : Les adultes sont si étranges. Le Petit Prince n’arrête pas de le répéter pour expliquer qu’on doit regarder le monde d’une façon différente.

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Cette maison d’édition va utiliser l’IA pour transformer ses livres en dessins animés et en BD

Livre Ia Traduction

Le deuxième plus grand éditeur de livres au monde vient de signer un accord avec un studio d'animation dopé à l'IA, pour adapter une partie de son catalogue en séries animées courtes diffusées directement sur YouTube. À part ça, tout va bien.

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Sylvain Tesson de retour avec un nouvel essai, Le grimpeur et le grognard

Sylvain Tesson et Régis Debray, deux monuments de la littérature et de la pensée, échangent dans Le grimpeur et le grognard, à venir aux éditions Gallimard le 16 avril 2026. Une correspondance entre l’écrivain et le philosophe autour de la vie, de leurs parcours respectifs, de leurs considérations différentes ou communes des choses. Le « grognard », c’est Régis Debray. Le « grimpeur », c’est Sylvain Tesson.

Depuis leur rencontre en 2018, les deux hommes s’écrivent, et le fruit de cet échange est à découvrir dans ce livre singulier. Sont-ils en opposition ou en accord ? Se parlent-ils l’un à l’autre ou à eux-mêmes ? Le grimpeur et le grognard est un échange vif, spontané, drôle et sérieux. Entre les piques envoyées et la complicité tout de même évidente des deux hommes, le livre est avant tout présenté comme une réflexion personnelle et authentique de deux penseurs et de deux rêveurs qui ont à leur façon fait avancer les choses. Sans jamais être moralisateurs ou condescendants envers le lecteur, Sylvain Tesson et Régis Debray s’essaient à l’exercice subtil de la correspondance, mais aussi à l’auto-ironie, sans se prendre au sérieux plus qu’il ne le faut. Pour Paris Match, le livre est une correspondance « vive » entre deux artistes au « passé aux antipodes, mais à l’avenir en miroir ».

Deux plumes emblématiques

Si la rencontre entre les deux auteurs est inédite, Régis Debray et Sylvain tesson reviennent régulièrement en librairie. Le philosophe a sorti dernièrement Riens (Gallimard) en 2025 et Bref (Gallimard) en 2024, évoquant son passé et revenant aussi sur son activisme. Sylvain Tesson, pour sa part, est l’un des écrivains les plus prolifiques du moment et une figure incontournable, largement médiatisée (ce que Régis Debray ne manque pas de soulever dans la correspondance).

Dernièrement, l’auteur connu pour Dans les forêts de Sibérie (Gallimard) et Sur les chemins noirs (Gallimard) a sorti deux livres plébiscités. Avec les fées (Équateurs) en 2024 et Les piliers de la mer (Albin Michel) en 2025. Dans toute son œuvre, la place de la nature et de l’esprit sauvage est prédominante.

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Chainsaw Man et la fin précipitée : un mal qui ronge la nouvelle génération du manga

Le manga Chainsaw Man a tiré sa révérence en mars dernier, non sans susciter une vague de critiques. L’œuvre de Tatsuki Fujimoto rejoint ainsi une liste préoccupante de séries récentes dont la conclusion a laissé les lecteurs sur leur faim. Jujutsu Kaisen, Kaiju No. 8 ou encore Demon Slayer ont traversé des débats similaires. Le ... Lire plus

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Le pain des anges de Patti Smith : que vaut sa nouvelle autobiographie ?

Il a fallu un peu de temps, mais Gallimard s’est enfin décidé à inaugurer une collection de non-fiction, offrant ses lettres de noblesse en France à une littérature du réel née aux États-Unis. Et c’est d’ailleurs une icône américaine qui ouvre le bal d’une première salve de trois livres très attendus, publiés coup sur coup par la maison d’édition historique.

Avant de découvrir le premier récit traduit en France d’Olivia Laing, Lonely City, déambulation à New York d’une Anglaise expérimentant la solitude au contact des artistes qui l’ont représentée, comme Edward Hopper ou Andy Warhol ; avant de plonger dans le livre-confession de la romancière Siri Hustvedt qui, avec Ghost Stories, se confie pour la première fois sur le grand amour de sa vie, le géant des lettres américaines, mort il y a deux ans, Paul Auster ; l’heure est d’abord à la découverte d’un petit livre au titre énigmatique, dont l’ésotérisme symbolise à merveille l’œuvre de son autrice. Une parution qui sera l’un des événements littéraires du printemps, Le pain des anges de Patti Smith.

De reine du punk à reine des lettres

2026 signe, en effet, le grand retour de la reine du punk avec un nouvel opus autobiographique particulièrement attendu au vu de l’accueil élogieux reçu il y a quelques mois de l’autre côté de l’Atlantique. Il faut dire que Patti Smith a érigé un modèle de reconversion littéraire. Après avoir conquis le monde entier avec des tubes planétaires comme Gloria (1975), piqué à Van Morrison, Because The Night (1978), coécrit avec Bruce Springsteen ou encore l’hymne militant People Have The Power (1988), elle s’est progressivement tournée vers l’autre grande obsession de sa vie : l’écriture. Pour retracer, à sa manière, poétique et jamais linéaire, les grandes étapes qui ont marqué sa destinée hors du commun.

Il y a 16 ans, elle publiait Just Kids (2010) et entrait un peu plus dans la légende. Un livre générationnel au succès retentissant, dans lequel elle racontait son ascension au sein de la bohème new-yorkaise et sa relation, belle et chaotique, avec le photographe Robert Mapplethorpe. Avec à la clé des millions de lecteurs et surtout un adoubement de la part de la critique, puisqu’elle est récompensée la même année du très prestigieux National Book Award.

Ont suivi d’autres récits, au carrefour de l’art et de la vie. Notamment M Train (2015), référence au métro new-yorkais, « carte de son existence » dévoilée au fil des stations, ou Dévotion (2017), une plongée dans son processus d’écriture. Des livres fascinants, parce qu’intimement liés à la figure géniale de Patti Smith, mais qui manquaient du souffle originel, de cette transe ressentie dans Just Kids, une expérience quasi sensorielle qui avait largement contribué à rendre tout le monde accro. Alors, la publication de cette nouvelle autobiographie s’accompagnait d’un espoir. Le pain des anges signe-t-il le retour à la magie ?

Enfance, rébellion et amour

N’imaginez surtout pas Le pain des anges comme une suite. Signe d’une autrice qui refuse la linéarité et qui se plaît à saisir sa vie comme une photographe, collectionnant les instantanés, le livre est à la fois un prequel et un sequel de Just Kids. Une œuvre comme un reflet déformant, ou plutôt un contrepoint qui s’immisce dans d’autres strates de la vie de l’artiste et s’étend de son enfance à aujourd’hui, alors qu’elle s’apprête à souffler ses 80 bougies.

Autre préambule, autre avertissement. Pour ceux qui n’auraient jamais lu la plume de Patti Smith, il y a un pli à prendre. C’est foutraque, parfois un peu répétitif, les images convoquées peuvent dérouter, mais tout est une question de laisser-aller. Finalement, l’écriture est à l’image de celle qui est en train de la composer. Avec son côté évanescent et ésotérique, cette poésie singulière, lumineuse, mais tourmentée, elle en dit presque autant que toutes les histoires qui nous sont racontées.

Le pain des anges Patti Smith

Dans Le pain des anges, il est beaucoup question de l’enfance. Celle de Patti Smith se déroule entre Philadelphie et le New Jersey, à la suite d’un père, vétéran traumatisé de la Seconde Guerre mondiale, qui se démène pour faire vivre sa petite famille, et aux côtés d’une fratrie soudée, de précieux alliés dans les années de dèche familiale. Dans cette fresque romantisée de ses jeunes années, l’autrice raconte la tuberculose qui a gâché quelques années et remonte aux sources de la rébellion, entre insubordination à l’école et découverte d’Arthur Rimbaud. Elle revient surtout sur un épisode douloureux de l’adolescence – sa grossesse à 19 ans et ce bébé confié à l’adoption juste avant de rejoindre le New York bohème qu’elle raconte dans Just Kids.

Sa relation avec Sam Shepard, le triangle amoureux qu’elle laisse deviner entre elle, l’actrice Maria Schneider et le milliardaire Paul Getty, le coup bas que lui aurait fait Bob Dylan un soir juste avant un concert : il y a aussi de quoi rassasier les lecteurs curieux qui viennent d’abord chercher dans ces mémoires des petites histoires avec les grandes gloires de l’époque. Mais s’il y a une figure qui brille plus que les autres au cœur du Pain des anges, comme une étoile qui veille là-haut, c’est le guitariste Fred Smith, « l’homme de [sa] vie, le meilleur sauvage », décédé subitement des suites d’une crise cardiaque en 1994. Rencontré en 1979, lors d’un des pires moments de sa carrière, alors qu’elle s’est repliée sur elle-même, il lui donne une force nouvelle. Elle devient mère, elle se réinvente.

Chez Patti Smith, l’art et la vie se répondent en écho. Et si ce récit semble plus intime encore que les autres parce qu’il laisse deviner une femme qu’on avait peu vue jusque-là, il n’en délaisse pas pour autant la fibre artistique unique de celle qui demeure l’une des figures les plus inspirantes de ces 50 dernières années. L’autopsie de son rapport contrarié à la scène fascine. Cet espace où elle se libère, mais où les démons l’assaillent. Surtout, la déclaration d’amour à l’écriture touche en plein cœur. Fidèle alliée dans les tumultes de la vie, Patti Smith vit parce qu’elle écrit et, comme pour lui rendre la pareille, elle écrit ce qu’elle vit. Finalement, elle est peut-être là, la magie.

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Une unique lueur de Fred Vargas : que vaut son nouveau polar ?

Le commissaire Adamsberg arpente les pavés parisiens pour une nouvelle enquête, à la recherche d’un assassin méticuleux inspiré par un poète du XIXe siècle et une étoile du cinéma. Une unique lueur sort chez Flammarion ce 8 avril et, pas de doute, nous sommes bien dans un roman de Fred Vargas, avec une intrigue parsemée de références historiques et des meurtriers amateurs de littérature et de grands symboles. Ici, un passionné de l’auteur Gérard de Nerval (qui s’en souvient ?) et son poème El desdichado (Le malheureux). Car l’histoire avec un grand H n’est jamais loin dans les intrigues de la reine du polar français : Frédérique Audoin-Rouzeau, de son vrai nom, fut d’abord archéologue au CNRS et spécialiste du Moyen-Âge.

Sans (trop) dévoiler l’intrigue, Une unique lueur part à la chasse d’un tueur en série fanatique, dont les meurtres se ressemblent tous comme deux gouttes d’eau – même avec plusieurs années d’écart. Un assassin méthodique qui ne laisse presque aucun indice, juste des bribes de poèmes à décoder. « – De buvard ? Il a pris l’empreinte de ses lèvres ? – Tout juste. Empreinte de baiser virtuel. Je vous souhaite bonne chance avec ce mec, commissaire. » Pas de quoi décourager l’équipe du commissaire Adamsberg, qui partira même en excursion aux États-Unis à la recherche d’une réponse.

Retrouvailles

Dix-septième polar de l’autrice et onzième de la série sur le commissaire Adamsberg, Une unique lueur est un roman maîtrisé – l’autrice a popularisé le « rompol » (contraction de « roman » et « polar », mélange d’une intrigue policière à une dimension plus littéraire). Ce nouveau roman reprend une formule qui a fait ses preuves : un (ou plusieurs) meurtre(s), mais toujours de l’humour, celui de sa galerie de personnages à la verve et aux manies attachantes. 

Car c’est bien là le premier plaisir de la série Adamsberg : retrouver une équipe familière, avec, pour commencer, le commissaire lui-même. Personnage nonchalant et bienveillant dont l’esprit flotte souvent dans le brouillard, ce qui ne l’empêche pas d’avoir de régulières illuminations intempestives qui font avancer l’enquête. « – Qu’est-ce que tu fous ? – Je balance des brouettes d’inepties vintage dans l’ordi, répondit Adamsberg tout en poursuivant sa quête sur l’ordinateur. Que dalle, ça donne que dalle. »

Même sensation avec le reste de l’équipe, qu’on retrouve comme de vieux compagnons. Il faut dire qu’ils accompagnent le lecteur depuis plus de 30 ans, la première enquête du commissaire Adamsberg étant parue en 1991 ! Le capitaine Danglard, amoureux des mots et du vin blanc (précisément du château Montier 13,5°), la lieutenante Retancourt, toujours droit au but, le fidèle Veyrenc, ou encore l’empressée et anxieuse Froissy… Chacun avec ses habitudes : « Les coussins pour le repos de Mercadet, l’armoire à bouffe de Froissy, les poissons, le ventilateur de Gardon », énumère Adamsberg.

Une équipe étoffée tout de même de quelques nouveaux protagonistes : le voisin qui ne peut parler qu’en langage soutenu, le nouveau flic apeuré venu du Nord, l’ex-camarade sauvé des flots et fidèle au commissaire Adamsberg…

Plaisir, aussi, de retourner s’installer avec eux dans la « salle du concile » pour leurs réunions. Car, au commissariat du 13e, chacun a bien le droit d’exister comme il veut. Une unique lueur, c’est un retour du commissaire Adamsberg et de son équipe en pleine forme, avec une recette si maîtrisée qu’on ne sent pas passer les 523 pages.

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One Piece : l’arc Elbaph propulse le manga vers sa conclusion explosive

Attention : cet article contient des spoilers du manga One Piece. Depuis plus de deux décennies, Eiichiro Oda construit patiemment l’un des récits les plus ambitieux du manga. Aujourd’hui, les signaux s’accumulent : l’arc Elbaph ne ressemble à aucun autre. L’arrivée d’Imu sur l’île des géants, conjuguée à des révélations majeures sur le quatrième Ponéglyph, ... Lire plus

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Dr. Stone tire sa révérence : Crunchyroll lance le cour final de Science Future

La saison de printemps 2026 marque une étape historique pour les amateurs de shonen : Dr. Stone entame son ultime chapitre. Adapté du manga primé signé Riichiro Inagaki et illustré par Boichi — une œuvre conclue en 2023 —, l’anime revient avec le troisième et dernier cour de sa saison finale, baptisée Science Future. Disponible ... Lire plus

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Pourquoi les thrillers domestiques utilisent-ils des noms de métiers dans leurs titres ?

  • Que désigne un « titre métier » dans le thriller domestique ?

Un « titre de métier » est un titre de livre ou de roman qui utilise la fonction ou le rôle d’un personnage central plutôt que son nom propre. Contrairement aux titres centrés sur des noms ou des événements, ces titres font référence à une figure identifiable dans la vie quotidienne, ce qui renforce la proximité et le suspense.

  • Quels sont les meilleurs thrillers domestiques portant un nom de métier ?

Les polars domestiques dont le titre reprend une profession (femme de ménage, nounou, infirmière, psy ou encore notaire) jouent sur une peur universelle : celle de laisser entrer un inconnu dans son intimité. Ces romans mettent en scène des figures du quotidien, en apparence rassurantes, qui deviennent progressivement inquiétantes, voire dangereuses.

Dans cette sélection, des titres comme La Femme de ménage, La Psy, La Prof ou encore La Nounou illustrent parfaitement ce phénomène éditorial. Le lecteur est plongé dans des univers familiers comme la maison, la famille, le soin où la tension naît du décalage entre la fonction protectrice du métier et les secrets qu’il dissimule.

  • Pourquoi ces thrillers fascinent-ils autant ?

Parce qu’ils transforment des rôles de confiance en sources de menace. La nounou qui observe trop, l’infirmière qui contrôle, la locataire envahissante ou la gouvernante au passé trouble : ces personnages brouillent les frontières entre aide et intrusion. Le suspense repose alors sur une question simple mais redoutable : peut-on vraiment connaître ceux à qui l’on confie sa vie quotidienne ?

  • Une tendance forte du thriller psychologique

Ce sous-genre s’inscrit dans la montée en puissance du thriller psychologique centré sur la sphère privée. En mettant l’accent sur des métiers ordinaires, ces romans renforcent l’identification du lecteur et rendent l’angoisse plus tangible. Résultat : une lecture addictive, où chaque détail du quotidien peut devenir un indice… ou une menace.

Quels sont les thrillers domestiques aux titres métiers à lire dans sa vie ? 

Titre métier  Ambiance  Ressort psycholgique 
 La Femme de ménage (F. McFadden) Voyeurisme et secrets L’accès à l’intimité et aux secrets de famille
 La Psy (F. McFadden) Manipulation et pouvoir Le détournement du secret professionnel et de la vulnérabilité
 La Prof (F. McFadden) Autorité et obsession Le basculement d’une figure de confiance vers l’emprise
 La Nounou (S.L. Herker) / La Nanny (G. Macmillan) Angoisse parentale La peur de confier ce que l’on a de plus précieux à une inconnue
 Le Fille au pair (S. Bonnec) Méfiance et intégration L’étrangère qui s’immisce dans le cercle familial dysfonctionnel
 La Chirurgienne (L. Wolfe) Précision et sang-froid Le pouvoir de vie ou de mort entre les mains d’une experte méthodique
 L’Infirmière (V. Keogh) Dépendance et soins La fragilité physique et psychique exploitée par celui qui est censé protéger
 Une employée modèle (J-C. Tixier) Perfection toxique Le danger derrière l’apparence de la collaboratrice idéale 
 La Notaire (I. Glowacki) Secrets de famille La détention d’actes officiels et de vérités patrimoniales cachées
 La Fleuriste (A. Sinicka) Obsession et esthétique La beauté apparente marquant une traque psychologique

Pourquoi ces polars domestiques fonctionnent-ils si bien ? 

Une familiarité immédiate

Le lecteur reconnait instantanément le rôle ou le métier : cela crée une connexion immédiate avec l’histoire. On identifie un rôle social clair avant même de connaître l’intrigue.

Comment ne pas citer Freida McFadden ? En trois ans, l’énigmatique romancière a vendu plus de 35 millions de livres à travers le monde, dont 12 millions de la série La Femme de ménage.

Le coup de cœur d’un expert : « Ne vous fiez pas aux apparences… Ce livre saura vous prendre de court ! Quand Millie se retrouve recrutée par les Winchester, c’est une seconde chance de vie qui lui est offerte. Mais cette chance a un prix, et elle va vite le découvrir… Un livre poupée russe, avec des secrets dans des secrets, que vous ne pourrez certainement pas lâcher ! » (Ambre, libraire à la Fnac Bergerac)

L’ambiguïté narrative

Le métier sert de masque identitaire. Derrière une fonction banale, le personnage peut être :

  • Victime
  • Manipulatrice
  • Dangereuse

Le titre suggère une identité… mais laisse planer un doute sur la véritable nature du personnage. On peut citer pour exemple La fille au pair de Sidonie Bonnec ou Une Nounou trop curieuse de Sandrine Arnaud.

L’avis de Sylvie C., lectrice : « Cela commence comme une gentille histoire et deviens de plus en plus terrifiant…effectivement on enverra plus nos filles travailler en Angleterre sans y penser… »

Une tension sociale implicite

Le choix des métiers dans les titres révèle bien souvent des rapports de pouvoir :

  • Employeur versus employé
  • Riche versus précaire
  • Dépendance économique

Dans Son employée, Samantha Hayes combine avec brio plusieurs de ces postulats. Adolescentes, Annie, Laura, Gina et Sara formaient un quatuor d’inséparables. Mais un drame a fait exploser le groupe. Bien plus tard, Gina voit sa maison réduite en cendres, elle est hébergée par Annie dans sa somptueuse demeure, ce qui crée d’ores et déjà un lien de dépendance. Comme bien souvent dans les thrillers domestiques, l’héroïne se sent épiée et c’est là qu’apparait l’employée de maison, Mary, un personnage au comportement bien étrange. Une mise en abyme de la relation hiérarchique entre employeur et employée somme toute. Tous les poncifs sont réunis pour faire du roman un page turner qui répond aux codes les plus efficaces du genre.

Le coup de cœur d’un expert : « Suspense garanti Après l’incendie de leur maison, Gina et sa famille trouvent refuge chez Annie, une amie d’enfance. Mais très vite, la présence de Mary, l’employée de maison, sème le trouble. Des événements étranges surviennent et l’inquiétude grandit. Qui est vraiment Mary ? Que cache-t-elle, au point d’enfreindre les règles ? » (Manon, libraire à Fnac Toulouse Wilson)

D’autres professions à forte autorité sont à signaler. On peut prendre pour exemple La Chirurgienne ou La Notaire. Ces métiers sont des portes d’entrée dans notre intimité et parfois des révélateurs des pires secrets de famille.

Un ancrage domestique

Ces métiers donnent accès à l’intimité du foyer, cœur du thriller domestique. En tout premier lieu, ce qui angoisse le plus les lecteurs parents, ce sont les nounous ! Et il en est question à de nombreuses reprises dans ces titres métiers. La précurtrice du genre a été Leïla Slimani avec Chanson douce couronné par le Prix Goncourt 2016. Quand bien même il ne s’agit pas à proprement parler d’un thriller domestique, les bases de l’intrusion dramatique d’une nounou dans une famille sont belles et bien posées.

Depuis, La Nounou de S.L. Harker a fait son apparition et a su terroriser tout un lectorat.

L’avis d’Emmanuelle M., lectrice : « Très bon thriller domestique Audrey et Rick Miller forment une jolie famille avec Jace 12 ans et Lissa 6 mois. Audrey va reprendre son actvité professionnelle et souhaite embaucher une nounou à temps plein pour s’occuper des enfants. Holly est embauchée, le courant passe très bien auprès de tout le monde. Rick et Jace la trouvent très séduisante. Quelques temps plus tard, Audrey est victime de harcèlements, son magasin est tagué, les clients lui tournent le dos et décommandent les prestations. Son fils lui tient tête, Holly prend de plus en plus de place. Que se passe-t-il ? Audrey est perdue. Pour la suite, je vous le recommande vivement. Très bonne lecture. »

Dans le même filon, La Gouvernante de Joy Fielding s’attaque à des proies tout aussi faibles, à savoir des personnes âgées et qui plus est malades.

Les deux extrémités de la vie sont deux états de faiblesse et de dépendance : il faut reconnaitre que le genre du thriller domestique sait en jouer car ces moments émeuvent un vaste lectorat.

Quel est l’effet psychologique sur le lecteur ?

  • La projection immédiate

L’efficacité de ces thrillers domestiques repose sur un sentiment d’identification instantanée. Contrairement au polar historique, le lecteur ne s’immerge pas dans un univers lointain, mais dans le reflet exact de son propre salon ou de sa routine familiale. En voyant des personnages qui lui ressemblent — parents débordés ou employés de bureau — faire face à l’indicible, le lecteur ne se contente pas de lire : il simule sa propre survie. Cette proximité crée un engagement émotionnel viscéral, transformant l’acte de lecture en une expérience immersive où la frontière entre la fiction et la réalité domestique devient poreuse.

  • La méfiance envers le quotidien

Ces titres opèrent un détournement cognitif des objets et des rituels les plus banals. Une porte mal fermée, un smartphone laissé sans surveillance ou un voisin trop aimable cessent d’être des détails insignifiants pour devenir des signaux d’alerte. Le lecteur développe une forme de paranoïa récréative qui perdure après avoir refermé le livre. Cette rupture du sentiment de sécurité dans le « foyer-cocon » est le moteur principal du suspense : elle force à réévaluer chaque interaction sociale sous l’angle du danger potentiel, rendant le quotidien soudainement électrique et imprévisible.

  • L’activation de peurs ordinaires (intrusion, manipulation, secrets)

L’intrigue vient piquer les zones les plus sensibles de notre psyché : la peur que l’on nous observe à notre insu ou que nos proches cachent une face sombre. En mettant en scène l’intrusion d’un tiers dans l’intimité, l’auteur active un instinct de protection ancestral. Le lecteur explore ainsi, par procuration, ses propres angoisses liées à la vulnérabilité de sa vie privée et à la fragilité des liens de confiance. Cette catharsis par le frisson permet d’apprivoiser des peurs souterraines — comme la trahison, la manipulation ou la perte de contrôle — dans le cadre sécurisé de la fiction littéraire.

FAQ

À quel âge peut-on lire La Femme de Ménage ?

Lors de sa parution en grand format en 2023, un lectorat peu enclin à lire des thrillers s’est tourné vers ce titre. Il s’agissait principalement des femmes plus ou moins jeunes. Aujourd’hui, les ados et young adults découvrent la saga, ils ont 14 ou 15 ans. Les parents sont rassurés car les textes ne comportent ni scènes de violence explicite, ni scènes érotiques.

Pourquoi les éditeurs privilégient ce type de titres ?

  • pour une lisibilité immédiate : le titre est court et mémorisable
  • pour une reconnaissance du genre : le lecteur sait qu’il s’agit d’un thriller psychologique
  • pour une performance marketing : ce type de titre fonctionne bien sur les plateformes de vente et de recommandation

Les titres métiers sont-ils devenus un code du genre ?

Oui. Le métier dans le titre agit comme un marqueur de genre autant que comme un élément narratif. Les lecteurs reconnaissent immédiatement le type de suspense proposé.

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T’aimer à l’infini, de Sophie Jomain : romance, personnages… Tout savoir sur le livre événement

Cœur, amour et sentiments : Sophie Jomain fait son retour en librairie avec une nouvelle histoire conçue pour faire naître les palpitations. Dans T’aimer à l’infini, publié le 1er avril chez Albin Michel Jeunesse dans la collection Teen Romance, l’autrice poursuit sa voie avec un récit à la croisée de la romance et d’un fantastique discret.

De quoi parle le roman ?

L’histoire suit une adolescente contrainte de quitter son cadre de vie pour s’installer à Lille avec ses parents. En perte de repères, elle voit son quotidien bouleversé par sa rencontre avec Hadrien, un garçon à la fois attirant et troublant. Parallèlement, un phénomène étrange apparaît : des murmures semblent provenir des murs de sa chambre, introduisant une dimension surnaturelle.

Le roman s’inscrit dans le registre du young adult. Il aborde le passage à l’âge adulte à travers une romance marquée par l’intensité des premiers sentiments et des zones de secret. Le fantastique reste discret, intégré au quotidien plutôt que central à l’intrigue.

La réception reste encore limitée en raison de la sortie récente du roman. Les premiers retours évoquent une écriture fluide et sensible, avec quelques réserves sur une entrée dans le récit parfois jugée déroutante. Sur les réseaux sociaux, l’engagement provient surtout du lectorat déjà fidèle de l’autrice.

Qui est Sophie Jomain ?

Née en 1975, Sophie Jomain compte parmi les figures actuelles de la littérature young adult et new adult en France. Elle s’est fait connaître avec la saga Les étoiles de Noss Head, qui mêlait déjà romance et fantastique. Depuis, elle a développé une œuvre prolifique, allant de l’urban fantasy, avec la série Felicity Atcock, à la romance contemporaine, en passant par des romans à tonalité plus légère.

Son dernier roman devrait intéresser le lectorat déjà familier de ses récits, ainsi que les amateurs d’histoires sentimentales traversées par une part d’étrangeté, dans la lignée de titres récents, comme Powerless de Lauren Roberts ou la saga Le sang et la cendre de Jennifer L. Armentrout.

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Une unique lueur : Fred Vargas est de retour avec une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg

En 2023, après six ans d’absence, l’autrice Fred Vargas est revenue au personnage le plus important de sa carrière, le commissaire Adamsberg, dans le polar Sur la dalle (Flammarion).

Trois ans plus tard, la romancière poursuit sur sa lancée avec Une unique lueur (Flammarion), une nouvelle enquête de Jean-Baptiste Adamsberg à découvrir en librairie dès le 8 avril 2026.

Fred Vargas ne quitte plus Adamsberg. Depuis 1991 et le roman L’homme aux cercles bleus (Hermé), le commissaire Adamsberg est le protagoniste régulier des récits de l’écrivaine. Dix romans au total avant la sortie d’Une unique lueur, deux bandes dessinées, plusieurs adaptations sur le petit et le grand écran… Le personnage a évolué avec les lecteurs, devenant une référence incontournable du polar.

Dans le nouveau livre de Fred Vargas, le commissaire Adamsberg se lance dans une nouvelle enquête, à Paris, autour du meurtre d’une jeune femme ressemblant comme deux gouttes d’eau à une célèbre actrice américaine. Un corps est retrouvé, sans trace de lutte ou de brutalité apparente, laissant les enquêteurs perplexes. Le commissaire Adamsberg doit alors user de toute son imagination et de son pouvoir de déduction pour avancer dans cette affaire très étrange.

La presse déjà conquise ?

Chaque nouveau roman de Fred Vargas est attendu par les lecteurs et la presse. En 40 ans de carrière, l’écrivaine a défini son propre style, le « rompol » (pour « roman policier »), et le Ccommissaire Adamsberg en est la meilleure démonstration. Derrière l’enquête et le mystère, l’autrice ajoute une part de poésie, d’humour et d’absurde à son récit. La façon de penser et d’enquêter de son personnage principal est toujours surprenante, entre ses réflexions alambiquées et la place de l’inexpliqué ou du ressenti personnel. Si Sur la dalle n’avait pas forcément convaincu les critiques – à cause d’une intrigue trop légère –, Une unique lueur est déjà plébiscité.

Le Figaro, notamment, évoque « une réussite absolue » qui marque enfin le « grand retour de Fred Vargas » grâce à une « intrigue subtile ». Ce nouveau roman semble ainsi célébrer deux choses : les 40 ans d’écriture de Fred Vargas d’un côté, et la longévité du commissaire Adamsberg de l’autre. Le personnage est plus vivant et authentique que jamais, aussi désarçonnant qu’attachant, et au service d’une enquête imprévisible qui mêle crime et cinéma. 

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Quais du Polar 2026 : comment participer à la Grande Enquête à Lyon ?

À l’approche du printemps, Lyon s’apprête de nouveau à basculer du côté de l’enquête. Du 3 au 5 avril, le festival Quais du Polar investit la ville pour sa 22e édition. Gratuit et ouvert à tous, l’événement déploie chaque année une programmation dense, entre rencontres d’auteurs, tables rondes, projections et expositions. Mais au-delà de cette dimension littéraire, c’est aussi une expérience à vivre, notamment à travers l’un de ses dispositifs les plus emblématiques : la Grande Enquête.

Qu’est-ce que la Grande Enquête ?

Pensée comme une immersion à l’échelle de la ville, la Grande Enquête transforme Lyon en terrain de jeu narratif. Les participants suivent un parcours, collectent des indices, interrogent des personnages incarnés par des comédiens et tentent de résoudre une énigme. À mi-chemin entre escape game en plein air et déambulation scénarisée, elle sollicite autant l’observation que la logique.

Chaque année, un scénario inédit est conçu, en lien avec les codes du polar et le thème du festival. En 2026, l’édition explore les rapports entre science et vérité. Le récit est toutefois tenu secret jusqu’au lancement.

Où et comment participer ?

Le point de départ se situe à l’École normale supérieure de Lyon, dans le 7e arrondissement. Les participants y récupéreront un livret d’enquête, également disponible en ligne quelques jours avant le festival. Ce document constitue le fil conducteur de l’expérience.

Le parcours s’étend ensuite à travers plusieurs zones de la ville, jusqu’à l’Hôtel de Ville, place de la Comédie, où les enquêteurs sont invités à déposer leur bulletin réponse une fois l’énigme résolue. L’itinéraire implique parfois de rejoindre un second secteur, notamment en empruntant les transports en commun.

Quand y participer et dans quelles conditions ?

La Grande Enquête est accessible au grand public, gratuitement, les samedi 4 et dimanche 5 avril, sans réservation préalable. Les livrets sont distribués le samedi entre 9h et 16h, puis le dimanche entre 9h et 12h, dans la limite des stocks disponibles. Le temps de parcours est estimé entre 3h30 et 4h30, hors pauses. L’activité se réalise librement, seul ou en groupe, et ne demande aucun prérequis particulier.

L’enquête repose sur une progression par étapes, mêlant observation, déduction et déplacements. Certains lieux partenaires servent de points d’ancrage au récit tandis que des comédiens interviennent ponctuellement pour enrichir la narration. L’expérience peut être menée en continu ou fragmentée sur la durée du festival.

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Nocturnos : que vaut cette nouvelle BD fantastique ?

En quelques semaines seulement, la maison d’édition Morgen a fait sensation dans le monde de la bande dessinée. Après les albums plébiscités Train de nuit dans la Voie lactée, Terre ou Lune et Le procès (autour de l’affaire Pélicot), la maison d‘édition propose la BD Nocturnos, disponible en librairie depuis le 1er avril 2026.

Dans cette œuvre écrite et dessinée par Laura Pérez, la nuit est à l’honneur, au cœur d’un récit subtil et profond qui laisse libre cours à la flânerie, à l’expérimentation, à la contemplation et à la rêverie.

Que représente la nuit ? Cet instant où tout ralentit et où le sommeil devient la norme. Que représente la nuit pour ceux qui ne trouvent pas le sommeil, mais qui aiment l’instant, la solitude et l’émerveillement d’un ciel étoilé ? Avec Nocturnos, Laura Pérez s’immerge dans les rêves et les cauchemars, et suit plusieurs personnages dans leur quotidien, entre le passé et le présent, pour tisser une grande toile aussi fantasmagorique qu’onirique.

Nocturnos ne raconter pas une seule histoire, mais présente des tranches de vies variées, avec plus ou moins de sens, consacrées aux rêveurs et aux amateurs de café nocturne, aux insomniaques et aux créateurs. À travers ce roman graphique avare en mots et principalement guidé par les images, l’autrice pose un double sens à la nuit : l’émerveillement et l’horreur. La nuit, dans l’album, devient à la fois le symbole de tous les possibles, mais aussi de l’isolement et de la peur.

Mythes et symboles

Avec Nocturnos, Laura Pérez évoque aussi les croyances ancestrales autour de la nuit, symbole des peurs primaires et des anciennes superstitions. Montrant comment l’humanité a tenté de dompter la nuit et ses règles, elle confère à son histoire une portée mythologique et folklorique. Tout l’album est une succession de tableaux splendides, l’autrice alternant entre les pleines planches symboliques et le découpage rapide (ou répétitif), pour insister sur une idée précise ou une émotion.

Avec la nuit comme protagoniste, la construction graphique est au cœur même de l’album, toutes les couleurs utilisées par Laura Pérez évoquant les différents stades ou ambiances des nuits, entre le noir absolu et les nuances kaléidoscopiques.

Nocturnos est une ode à la nuit, au silence, à l’attente et à la contemplation. C’est le récit interne, fantastique et imagé de plusieurs personnages, affranchi des codes habituels de la bande dessinée, qui plonge le lecteur dans une exploration expérimentale autour du symbole de la nuit noire, des étoiles et de la Lune.

Sans chercher à donner du sens à toutes les images, guidée par les pensées et les impulsions de l’autrice, Nocturnos est, comme un rêve libre qui irait de moment en moment pour former un tout.

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Quais du polar 2026 : quelles sont les conférences sur l’IA et le crime à ne pas manquer ?

C’est le retour très attendu du festival Quais du polar à Lyon, du 3 au 5 avril 2026. Entre les conférences, les dédicaces et les masterclass, des dizaines d’auteurs et d’autrices seront présents pour évoquer leurs ouvrages les plus récents, parler de la littérature dans son sens large, avec une place de choix pour le polar et le thriller.

Les festivaliers pourront notamment retrouver Nathacha Appanah, Ingrid Astier, Olivier Bal, Michel Bussi, Jonathan Coe, Marion Dubreuil, Paul Gasnier, Bernard Minier ou encore Guillaume Musso, Olivier Norek, Alice Pol et Franck Thilliez.

Chaque année, Quais du polar permet de saisir l’évolution du polar et de mettre en perspective les nouvelles thématiques abordées par les romanciers et les romancières. L’édition 2026 évoque un sujet d’actualité en particulier : l’intelligence artificielle.

L’IA (et ses dérives) est doublement présente : outre le débat autour de sa présence dans le monde de l’art et de l’écriture, elle ouvre un nouveau champ de possibilité pour les auteurs et autrices, qui n’hésitent pas à la mettre en scène dans leurs polars ou thrillers. L’IA qui donne aux personnages des livres l’occasion de réaliser le crime parfait devient un ressort narratif passionnant à développer. Pour accompagner le sujet, plusieurs conférences autour de l’IA et du crime sont donc prévues ce week-end.

Quelle masterclass ne pas manquer ?

Des dizaines de conférences et masterclass sont prévues pendant toute l’édition 2026 de Quais du polar. Au moins trois événements sont liés directement à la thématique de l’intelligence artificielle.

Ainsi, il est possible d’assister à la conférence L’IA en tant qu’outil d’enquête : fiction et lutte contre le crime, le 3 avril à 14 h (évoquant les méthodes d’enquête et les imaginaires du crime), en présence de l’auteur Thomas R. Weaver. Le même jour, à 16 h, la conférence intitulée Quand le progrès déraille : la science contre l’humanité parlera des dérives des nouvelles technologies (de l’IA, donc, mais pas seulement), en compagnie des auteurs Thomas R. Weaver, Arbon, Maxime Girardeau et Elena Sender.

Le 4 avril à 12 h 30, la thématique de l’intelligence artificielle sera également débattue, sous un autre prisme, lors de la masterclass IA, darknet, industries de la tech : nouveaux pouvoirs, nouveaux récits, en présence notamment de Bernard Minier, en lien direct avec son nouveau roman, Ruptures. Elle évoquera les dangers de l’IA au service des grands groupes et des nations.

Des instants à ne pas manquer pour comprendre comment les auteurs d’aujourd’hui s’emparent de sujets contemporains. Toutes les informations concernant les conférences et les invités sont à retrouver directement sur le site du festival Quais du polar 2026.

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Je suis drôle de David Foenkinos : que vaut son nouveau roman ?

Les héros de David Foenkinos ne sont pas comme les autres. Dans La délicatesse (2009), Nathalie tombe amoureuse de son collègue de bureau, Markus, un employé aussi maladroit et dépressif que loufoque et attachant. Dans Qui se souvient de David Foenkinos (2007), c’est lui-même que l’auteur projette en panne sèche d’inspiration et en crise de la quarantaine. Dans Numéro deux (2022), adapté au théâtre l’année dernière, on découvre l’histoire fantasmée de Martin Hill, celui qui a failli incarner Harry Potter à l’écran.

De ces destins boiteux, cabossés par les aléas de l’existence, David Foenkinos extrait comme personne une fragilité bouleversante. Cette fois encore, avec Je suis drôle, il use de tout son savoir-faire de romancier pour tisser une histoire, en apparence simple, qui, comme chaque fois, nous surprend et nous cueille.

Gustave Bonsoir

Son nom, déjà, laisse une impression mitigée. Gustave, écrit David Foenkinos, « paraît désuet pour un garçon né au début du siècle ». Quant à Bonsoir, on ne sait pas vraiment si l’on y trouve du charme ou du ridicule. 

À l’image de ces artistes aux enfances dramatiques, dont l’auteur fait la liste au début du livre, Gustave est orphelin à 5 ans. Tout ce qu’il garde de sa mère, emportée par un foudroyant cancer, est une lettre qu’il ouvrira des années plus tard. Son père, il ne l’a jamais connu. Le rayon d’espoir de ces années-là reste son adoption par Catherine et Jean-Michel, une directrice et un professeur des écoles.

C’est sur une blessure d’enfance que David Foenkinos construit la vocation de son personnage. Hanté par la peur d’être abandonné, Gustave Bonsoir trouve très tôt dans le rire un bon moyen de s’assurer l’amour et l’affection des gens. Il devient le boute-en-train de ses années de collège et lycée. Le garçon populaire. Sa vocation naît peu à peu. Il s’installe à Paris et décide de se lancer. Mais les déconvenues arrivent. Gustave se découvre un trac incurable. Il enchaîne les échecs. Collectionne les ridicules. Pour quelqu’un qui voulait être comique, il dégage une spectaculaire impression de tristesse.

Tendance comique

En imaginant un comique doué d’un extraordinaire penchant pour la tristesse, David Foenkinos, qui s’est plongé dans les biographies d’humoristes, leur rend un hommage drôle et caricatural. Qui ne sait pas que Louis de Funès était sinistre lorsque les caméras n’étaient pas allumées ?

Il saisit également une tendance de l’époque. Selon un sondage Ifop de 2024, 68 % des Français se déclarent fans de stand-up. Des humoristes célèbres ont ouvert leur propre lieu, comme Fary et son Madame Sarfati, Kev Adams et le Fridge Comedy Club ou Shirley Souagnon avec le Barbès Comedy Club.

Et il n’oublie personne. Pas même ces « gens, entre 30 et 50 ans » que l’on connaît tous, qui décident de quitter leur job corpo pour renouer avec une passion d’enfance. « Max était l’un des soldats de cette armée du rire, ayant quitté une position confortable pour se confronter à son désir profond. »

Des fables étranges

Si on a lu d’autres livres de David Foenkinos, on sait à peu près comment fonctionne la mécanique. Il paraît installer le décor en accéléré. Son style est ultrasimple. Parfois trop. À certains endroits, lorsqu’il parle, par exemple, de la lumière d’une salle de spectacle en la décrivant comme « terriblement crue », on se dit que l’auteur de Charlotte (2014), prix Goncourt des lycéens et prix Renaudot, aurait pu faire un effort. 

Mais on oublie tout cela assez vite. Car la surprise ne tarde pas. L’auteur maîtrise avec ingénuité l’art de l’heureuse coïncidence. Ce léger pivotement narratif qui donne à ses livres leur relief émotionnel. Que faire du cas Gustave Bonsoir ? Comique affligé du comble de la tristesse ? Foenkinos va trouver.

L’auteur de Vers la beauté (2018) ne se range pas du côté du blockbuster épique et de ses héros qui font rêver. Mais il n’écrit pas non plus des livres tristes, qui donnent envie de se jeter par la fenêtre. Il a créé ses propres contes. Peuplés de personnages incroyablement mélancoliques et malchanceux, pas gâtés par la vie, qui finissent, d’une manière ou d’une autre, par retomber sur leurs pattes. Au fond, il fait preuve d’un grand optimisme. Qu’un type comme Bonsoir arrive à s’en sortir, même si ce n’est pas exactement comme il l’aurait espéré, envoie quand même un message positif.

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Dans la jungle, d’Adeline Dieudonné : anatomie d’un féminicide

Adeline Dieudonné approfondit, avec Dans la jungle, son travail autour des fractures intimes et des violences invisibles, en s’attachant cette fois à la mécanique d’un féminicide et d’infanticide. Publié le 2 avril aux éditions L’Iconoclaste, ce quatrième roman examine les mécanismes de domination à l’œuvre dans les sphères les plus ordinaires.

De quoi parle ce nouveau roman ?

Le récit s’ouvre sur le meurtre d’un homme tuant sa femme et ses enfants, avant de se suicider. À partir de ce drame, le roman remonte le fil du temps. Pendant plusieurs années, il recompose la trajectoire d’un couple, Aurélie et Arnaud, installé dans le Brabant wallon. Maison familiale, vacances, enfants : tout correspond à une vie des plus normales. Mais derrière cette vitrine, le texte met au jour une mécanique progressive de violence, qui s’installe, se diffuse et s’infiltre dans les gestes et silences.

« À la base, c’était une énième histoire de féminicide. J’étais un peu traversée et clouée par ma propre impuissance, raconte l’autrice au micro de France Inter, évoquant la genèse du roman. Je m’intéresse beaucoup au point de vue extérieur […] avec cette question : que deviennent ceux qui restent ? »

Dessiner la mécanique d’une violence réelle

Le livre repose sur une construction en retour : « Je commence par la fin […] et tout le roman, ça va être ça : comment ce couple s’est rencontré […] comment la violence s’est installée… Je voulais documenter les circonstances dans lequel se passe un féminicide, et deux infanticides », précise-t-elle.

Pour rappel, en France, en 2025, entre 100 et 160 femmes ont été victimes de féminicides selon les sources. Cet écart s’explique notamment par les définitions retenues, mais traduit, quoi qu’il en soit, une violence structurelle que le roman vient éclairer à hauteur d’individus.

Qui est Adeline Dieudonné ?

Née en 1982, Adeline Dieudonné s’est fait connaître en 2018 avec La vraie vie, premier roman salué par la critique et récompensé notamment par le prix Renaudot des lycéens et le prix du roman Fnac. Traduit dans de nombreuses langues, le livre a largement contribué à sa notoriété. Depuis, Kérozène (2021) puis Reste (2023) ont confirmé une écriture singulière, marquée par sa tension et son attention aux failles dissimulées derrière les apparences.

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Que la mort nous frôle : Michel Bussi de retour avec un thriller psychologique

Moins d’un an après son dernier livre, Les ombres du monde (Presses de la Cité), Michel Bussi est de retour en librairie avec Que la mort nous frôle, publié aux éditions Presses de la Cité à partir du 16 avril 2026. Dans ce thriller psychologique construit sous la forme d’un huis clos, le romancier évoque des thèmes liés à la mort, à la disparition, aux souvenirs et aux regrets, tout en proposant un récit haletant.

Dans Que la mort nous frôle, l’histoire s’intéresse à Jeanne, une jeune psychiatre de Lausanne, spécialisée les traumatismes. Alors qu’elle se rend au manoir des Amarantes — un institut spécialisé qui accueille des patients depuis 1945 — notre héroïne va faire la rencontre de Charly, un adolescent paranoïaque et de Téréza, une orpheline venue du ghetto de Varsovie.

Alors que des événements étranges commencent à se produire, Jeanne doit naviguer entre les secrets enfouis et les non-dits, entre révélation du passé et conscience du présent. Décrit comme un huis clos psychologique qui se sert de son lieu comme outil de narration, Que la mort nous frôle est un roman sombre et intense grâce auquel Michel Bussi retrouve l’un de ses genres de prédilection.

Un nouveau succès à venir ?

Michel Bussi est l’un des auteurs français le plus lus et appréciés du public. Ne se contentant jamais d’une seule forme littéraire, l’écrivain se révèle être aussi à l’aise dans les thrillers, les polars, les livres jeunesse ou les essais. À travers sa carrière, il est parvenu à créer des histoires et des personnages denses, instantanément tangibles, grâce un style « cinématographique ». L’auteur est d’ailleurs l’un des plus adaptés sur les écrans en France. En plus de son travail en tant que romancier, il écrit également pour la télévision. Récemment, on lui doit la série La vallée fracturée.

Que la mort nous frôle amène le lecteur en Suisse, dans un cadre somptueux contrebalancé par le manoir anxiogène dans lequel se déroule l’intrigue. À découvrir ce mois-ci, avant, peut-être, une nouvelle adaptation sur les écrans pour Michel Bussi ?

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Les coulisses du Prix du Roman Fnac : comment devenir juré ?

Un prix grand public

Le Prix du Roman Fnac est un prix grand public à deux niveaux : son jury est composé de 400 adhérents sélectionnés après un appel à candidature auquel n’importe qui peut participer. Son but ? Récompenser un roman dont la portée est universelle.

Les votes du lectorat sont mêlés à ceux des libraires Fnac volontaires pour obtenir la sélection de 30 livres en lice et désignent le lauréat du prix.

La condition pour participer ? Être adhérent Fnac. 

Postulez du 1 au 19 avril 2026 via ce formulaire de candidature 

Il n’en restera qu’un … 

En mai, le jury composé des 400 adhérent·e·s et 400 libraires a deux mois pour lire sans relâche les romans envoyés par la Fnac. Ces quelques 300 livres sont ceux que les maisons d’édition ont choisi de faire concourir au Prix.

Pendant l’été, la commission du Prix se réunit pour établir la sélection des 30 livres en lice pour le prix. 15 livres sont choisis par les libraires, les 15 autres sont déterminés par les notes des adhérents : ces 30 titres constituent la sélection Rentrée littéraire Fnac.

Les livres choisis à la fois par les libraires et par les adhérents sont les finalistes du Prix du Roman Fnac. Le jury a ensuite quelques semaines pour élire le lauréat.

Le nom du gagnant est dévoilé en septembre et la remise officielle du Prix se déroule lors d’une soirée exceptionnelle. 

En 2025, c’est John Boyne qui reçoit le Prix du Roman Fnac pour Les Éléments.

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Entre les lignes avec Bernard Minier

Bernard Minier : Bonjour, je suis Bernard Minier. Pour cet épisode d’Entre les lignes, je vous parle de ma méthode d’écriture, de mon nouveau roman et je vous donne rendez-vous à la fin de cette vidéo pour un petit concours. Entre les lignes épisode 4 : c’est parti.

Depuis quand écrivez-vous des histoires ?

Ouh là ! En fait, j’ai quasiment toujours écrit depuis que je suis un âge de lire et d’écrire. J’écris des histoires. Alors, d’abord c’était au stylo. Je les passais à mes copains qui lisaient qui se passaient entre eux ensuite. Après on est passé à la machine à écrire et puis beaucoup plus tard est arrivé le traitement texte, parce que je viens d’une époque où il n’y avait pas d’ordinateur, il n’y avait pas de réseaux sociaux, il n’y avait pas d’internet, il n’y avait pas de téléphone portable. Il y avait deux chaînes de télévision et oui, ça a existé. Donc j’ai toujours écrit mais j’ai me suis décidé très tard à publier. Pour quelle raison ? Sans doute parce que je doutais de moi et parce que j’ai rencontré les bonnes personnes qui m’ont convaincu de le faire.

Y’a-t-il eu un déclic, un moment charnière pour démarrer votre carrière ?

Oui, il y en a eu un en fait. Je faisais beaucoup de concours de nouvelles, c’est d’ailleurs une très bonne école parce qu’on se mesure à d’autres et j’ai croisé des talents de plumes formidables dans ces concours. Et un jour à l’occasion d’un de ces concours, j’ai croisé un monsieur qui était amateur de romans policier. On a décidé d’écrire un roman policier à deux mains… ou à quatre mains comme vous voulez. Et j’avais 60 pages qui dormaient dans un tiroir qui était les 60 premières pages de Glacé. Je lui ai montré ça et il m’a dit : « Mais tu peux le faire tout seul, vas-y fonce, c’est formidable. ». Et donc j’ai fini le roman grâce à lui, je l’ai envoyé aux maisons d’édition, grâce à lui, et à partir de là, c’est parti très vite.

Quel est votre rythme de croisière en matière d’écriture ?

Alors maintenant j’ai à peu près un rythme de croisière. Je publie un livre par an en moyenne et personne ne me l’impose. Ce n’est pas mon éditeur qui décide du timing… Même s’il est quand même très content que je publie un livre par an. Avec le métier, j’ai appris à savoir combien de temps ça me prenait. Il y a à peu près 3 mois de documentation et d’enquête, parce que je fais un travail de journaliste, je vais sur les lieux, j’interroge des personnes compétentes etc… Après, il y a à peu près 6 mois d’écriture et c’est 7 jours sur 7, samedi, dimanche et fêtes. Et puis après, il y a les corrections. Ça part chez l’imprimeur. Donc c’est environ 12 mois. En revanche, quand j’ai commencé avec Glacé par exemple, il m’a fallu 2 ans et demi, mais j’avais un métier à côté. Pour Le Cercle, j’avais plus un métier à côté puisque mon éditeur Bernard Fixot m’avait proposé un à-valoir qui me permettait de vivre. Mais ça m’a pris quand même 18 mois, je crois, Le Cercle. Donc, petit à petit, le rythme c’est resserré parce que le métier rentre, parce que je me connais mieux aussi en tant qu’écrivain. Et puis aussi j’ai une discipline assez stricte. Je n’attends pas que la muse descende du ciel. Tous les matins, je suis devant mon ordinateur : Elizabeth George a appelé ça « la colle à cul »… C’est-à-dire qu’on se met devant son écran et on travaille !

Préparez-vous en amont un script que vous respectez à la lettre ?

Oui, ce sont des intercalaires, c’est un classeur avec tout ça dedans. C’est de la matière et je ne faisais pas ça au début. Je partais la fleur au fusil : pour Glacé ou pour Le Cercle, j’étais obligé de revenir en arrière, de réécrire, de changer les choses. Ce qu’en peinture, on appelle des repentirs et je perdais énormément de temps avec ça. Ce roadbook ne veut pas dire que je ne vais pas m’autoriser quelques libertés par rapport à ce que j’ai prévu, que je ne vais pas changer en cours de route. Il y a une phrase de Didier Van Cauwelaert que j’ai souvent citée, que j’aime beaucoup qui dit : « Un plan, c’est comme une route, c’est fait pour être quitté. ». Alors effectivement, j’ai un plan mais de temps en temps je quitte la route parce que moi aussi j’ai besoin de me surprendre.

Quelle est votre routine d’écriture ?

Alors oui, j’ai une routine. Effectivement, ce n’est pas un rituel parce que parfois on parle de rituel, ça n’a rien de magique. C’est très c’est très organisé. Donc dès le petit-déjeuner, pour me mettre dedans, je relis ce que j’ai écrit la veille. Mingo disait qu’il faut laisser de l’eau au fond du puit. Donc je reprends ce que j’ai fait la veille, je corrige et ça me ça me met dans le « mood » comme on dit aujourd’hui. Ensuite, je suis à ma table de travail, chez moi, entouré de ma bibliothèque. Enfin il y a des bibliothèques partout chez moi. De toute façon, toute la maison est en bureau. Donc il y a des livres dans tous les coins. Je connais des auteurs formidables qui sont, pour certains, des potes qui sont capables d’écrire dans le train, dans l’avion, à l’hôtel. Moi, je suis incapable de faire ça. J’ai besoin d’être chez moi, dans ma tanière, avec mes dictionnaires, avec mes objets fétiches et dans le silence. Mais je fais des pauses justement pour se rafraîchir mentalement. Donc c’est du silence mais chaque pause c’est un café et la musique à fond et puis ça dure 5 minutes et on repart. Voilà ma méthode.

Comment dosez-vous le niveau de peur que vous distillez dans vos thrillers ?

Déjà, il faut secouer le lecteur un peu. Oscar Wilde disait qu’un livre ne doit jamais laisser intact son lecteur. Donc il y a cette idée-là, il faut lui proposer des choses un peu un peu choquantes, un peu perturbantes. Alors ce n’est pas tout le livre, loin de là, juste quelques scènes dans le roman. Il faut le tenir en haleine évidemment, mais ça va de soi. Donc il faut un côté addictif. Je ne veux surtout pas qu’il s’endorme. Je ne suis pas là pour endormir le lecteur, même s’il y en a beaucoup qui me lisent avant de dormir. C’est du feeling en fait. Je sais à peu près jusqu’où je peux aller. Je sais là où je dois m’arrêter. Je suis fan de films d’horreur, donc les scènes dans ce genre ça me vient assez facilement mais je sais que je ne peux pas leur proposer ce que je vois dans certains films que personnellement j’adore mais qui sont juste impossibles à regarder pour les gens qui n’ont pas les nerfs solides.

Vous avez créé deux personnages récurrents, Martin Servaz et Lucia Guerrero. Était-ce prévu dès le départ ?

Au départ c’était pas du tout mon intention d’avoir des personnages récurrents. En tout cas pour Martin Servaz, quand j’ai écrit Glacé, je ne savais même pas si j’allais écrire un deuxième roman derrière celui-là. Ni même un deuxième roman policier. Encore moins si je le terminerais, c’est quand même c’est 800 pages en poche, 500 à 600 pages en grand format. Quand je l’ai envoyé aux maisons d’édition, j’ai été obligé de le faire en deux volumes. Vous imaginez une maison d’édition qui reçoit un manuscrit d’un auteur totalement inconnu et qui font deux volumes de 400 pages chacun. Vous voyez le la tête de la personne qui va ouvrir l’enveloppe. Ça se passait dans les Pyrénées. Donc soit c’était un policier de la police judiciaire toulousaine, soit c’était un gendarme de la section de recherche de Pau. J’ai coupé la poire en deux. On a les deux dans Glacé. On a à la fois Martin Servaz et Irène Ziegler. C’est un personnage qui s’est construit en plus au fil de l’intrigue. Au début, il était un peu indéfini. Puis il est sorti du brouillard petit à petit. Je lui ai mis comme attribut la musique de Mahler puisqu’il adore ce compositeur classique. Je lui ai mis les citations latines. J’en ai fait quelqu’un d’un peu érudit mais tout est venu progressivement. Et à la fin de Glacé, je me suis dit que ce personnage n’était pas mal. Il a peut-être encore des choses à dire. Je vais le garder quelques temps et je l’ai gardé tellement longtemps qu’il est encore là.

En revanche pour Lucia, Lucia Guerrero, mon autre personnage qui est apparu beaucoup plus tard, enquêtrice à la Guardia civile, je savais qu’elle allait revenir. L’idée était déjà d’en faire une série dès le premier tome. C’était un peu le contrepoint ou le contrepoids à Servaz. D’un côté, on a un homme un peu de ma génération, de l’autre côté, on a une femme enquêtrice beaucoup plus jeune. Donc voilà, je savais quand j’ai créé Lucia, que c’était une deuxième série qui allait exister en parallèle de la première. 

Qu’avez-vous mis de vous dans ces deux personnages ?

Vous vous en doutez, j’ai mis beaucoup plus de moi dans Servaz que dans Lucia évidemment parce qu’il lit beaucoup comme moi. C’est quelqu’un qui a forcément toujours le même point de vue sur le monde que moi, mais globalement, c’est un peu moi qui parle à travers lui. En revanche, Lucia, quand je l’ai créée, je voulais justement faire un personnage très différent. Donc une nouvelle génération plus jeune, une femme espagnole alors que Servaz, il est français. Il y avait beaucoup de choses qui changeaient et qui sont quand même assez éloignées de ce que je suis. Donc la solution que j’ai trouvée c’est un modèle. J’ai pris une femme dans la quarantaine, qui a l’âge de Lucia, qui a le même caractère, bien trempé, qui est espagnole, qui a des tatouages et je me suis inspiré et j’ai même un peu absorbé cette personne-là pour la mettre sur le papier, la transformer en Lucia. Après, ce n’est pas Lucia non plus. Il faut que l’imagination passe. Il faut toujours faire preuve d’imagination quand on est auteur. C’est surtout ma première lectrice. Donc ça me permet aussi d’être sûr de pas raconter trop de bêtises sur mon personnage parce que ce personnage effectivement, comme je l’ai dit, ce n’est pas moi. Mais pas du tout ! Et je veux être sûr qu’elle est crédible, quand on suit les enquêtes de de Lucia, on croit en ce personnage.

Servaz et Guerrero pourraient-ils se rencontrer un jour, au détour d’une enquête ?

Question qu’on m’a posée pas mal de fois… Ce n’est pas prévu. Ce n’est pas dans les tuyaux. Ça arrivera peut-être un jour mais pour l’instant c’est quelque chose qui n’est pas planifié.

Quel est le secret pour maintenir le lien entre un personnage et les lecteurs ?

Ça se fait tout seul ça. Quand j’écris, je ne pense ni au lecteur ni à l’éditeur. Surtout pas l’éditeur, mais au lecteur non plus. Je l’ai souvent dit, je cuisine le plat que j’ai envie de manger. Je mets dans mon thriller tous les ingrédients que moi, en tant que lecteur de thriller, j’ai envie de trouver dans ce genre de de livre. Il semblerait que j’ai réussi quelque chose puisque mes lecteurs et mes lectrices sont très attachés à Servaz. Ils ressentent beaucoup de choses pour Servaz, ils ont une forme d’empathie ou de sympathie pour ce personnage-là qui est due forcément à tout ce que j’ai mis dans ce personnage mais quand je l’ai fait je ne pensais pas à eux. Ça s’est fait naturellement et tant mieux. S’ils sont attachés à ce personnage, ça prouve que j’ai réussi à le faire exister quelque part. Il est un peu sorti des pages : quand je vais dans des festivals ou des salons, tout le monde me parle de Martin Servaz. Tout le monde veut savoir s’il sera dans le prochain livre. Maintenant ça commence à venir avec Lucia aussi. Chacun a son Servaz, le voit différemment physiquement : c’est ça qui est extraordinaire. Ce n’est pas un test de Rorschach, mais presque ! Chacun y met ce qu’il a envie de d’y trouver. Ça c’est génial.

Quel lecteur êtes-vous ?

Assidu, oui ! Mais après je ne suis pas forcément un lecteur rapide. Moi, j’ai des lectrices, des lecteurs que je croise parfois qui lisent un livre par jour ou tous les deux jours. Moi, je suis incapable de faire ça. Je lis à la vitesse d’un escargot dopé en gros… C’est-à-dire que ça ne va pas très vite. Mais oui, je n’ai jamais cessé de lire, j’ai toujours lu. De toute façon, c’est un métier qui consiste à beaucoup lire et beaucoup écrire pour s’améliorer pour plein de raisons. C’est comme un musicien qui jouerait de la guitare ou n’importe quel instrument sans jamais écouter ce qui se fait à côté.

Que pensez-vous de la lecture numérique ?

Je ne suis pas un lecteur numérique comme je l’ai dit, je suis un peu comme Martin Servaz, mon personnage, de ce point de vue-là, je suis un peu technophobe donc il ne faut pas trop m’en demander. Je suis encore avec les livres papiers et Dieu sait que c’est problématique dans le cas de déménagements, c’est arrivé il y a peu. Les déménageurs ont compris ce que c’était que déménager une bibliothèque entière. Je trouve que tous les vecteurs de lecture sont bons à apprendre. Tout ce qui peut inciter les gens à lire, les inviter à lire, les encourager à lire est bon à prendre, que ça soit le livre audio, la lecture numérique, le livre papier, peu importe le médium, peu importe le vecteur, pour moi c’est le même exercice.

Pouvez-vous nous pitcher en quelques phrases Ruptures, votre nouveau livre ?

Alors déjà, ça s’appelle Ruptures, au pluriel parce qu’il y a plusieurs formes de ruptures à l’intérieur du livre. Il y a une rupture qui est globale qu’on connaît tous aujourd’hui, quasiment civilisationnelle. C’est une enquête de Lucia Guerrero. Donc on va retourner en Espagne, mais pas seulement. On va aussi voyager. Et sans le pitcher, l’un des personnages principaux, disons le principal adversaire de Lucia dans cet opus, c’est quelqu’un qui envoie des fusils récupérables dans l’espace, qui inonde le monde de voiture électrique qui s’appelle Volta, qui détient des orbites basses de satellites qui s’appellent Star Hub. Bon, ça vous fait sans doute penser à quelqu’un, c’est normal.

Le livre que vous avez lu 1000 fois ?

Malpertuis de Jean Ray qui est un chef-d’œuvre de la littérature fantastique. Celui-là, je l’ai lu un paquet de fois. Oui. Vies minuscules de Pierre Michon, mais on va peut-être en reparler. C’est un texte merveilleux, une beauté incroyable. Après, il y a aussi des essais que je lis assez régulièrement. Je pense à Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, à des choses comme ça. J’ai plutôt tendance à relire des essais parce qu’en fait, il y a du Stabilo partout pour les idées, les concepts importants ou les phrases importantes. Moi, je ne relie que les parties stabilotées.

Le livre qui vous a le plus fichu la frousse en tant que lecteur ?

Waouh ! Je ne suis pas quelqu’un de très impressionnable. Déjà pour écrire Un œil dans la nuit, j’ai regardé 200 films d’horreur à peu près en 6 mois, autour de minuit en général. Donc autant vous dire que pour m’impressionner, il faut en faire beaucoup quand même. Mais il y a un bouquin qui m’a vraiment effrayé, c’est celui de Bret Easton Ellis, American Psycho, qui est vraiment terrifiant parce c’est un narrateur, c’est un psychopathe qui décrit ce qu’il fait à ses victimes dans les moindres détails : c’est d’une froideur absolue. Il n’y a aucun état d’âme, il n’y a aucun sentiment, c’est glacial. Quand je l’ai lu, Bret Easton Ellis n’était pas aussi connu qu’aujourd’hui. Je me suis dit, mais quel est le cinglé qui a écrit ce truc-là ?

Le personnage de fiction que vous auriez aimé inventer ?

Il y en a plein. Bon, déjà Harry Hole de Jo Nesbo. Je trouve que Nesbo est un des plus grands auteurs de thriller vivant. C’est incroyablement riche. C’est tout le contraire de du polar déshydraté pour lecteur paresseux et pressé. Ça déborde de partout, il y a plein de choses dedans. Son personnage est au départ un cliché absolu, celui du flic alcoolique, borderline, enfin tout. Mais il a poussé les curseurs tellement loin, il le réinvente sans arrêt. C’est un personnage fabuleux. Mais il y en a d’autres. Évidemment, j’aurais aimé inventer Sherlock Holmes. Qui n’aurait pas aimé avoir inventé Sherlock Holmes ? Qui est quand même très inspiré de Dupin, l’enquêteur d’Edgar Alan Poe. On est à la limite du plagiat parce que toutes les caractéristiques de Holmes sont déjà chez Dupin. Et puis Hannibal Lecter évidemment ou dans le genre grand méchant Dracula… Il y en a plein.  

Dans la pile à lire Bernard Minier, il y a…

Alors, parmi les livres que j’ai choisis, puisqu’il fallait en retenir quelques-uns, ce n’était pas évident étant donné que je suis un lecteur omnivore et que je lis à peu près de tout… il y a Lovecraft. Lovecraft, c’est l’évidence. C’est parmi les premières lectures qui m’ont appris l’usage de la peur. Et Dieu sait que j’en fais usage dans mes romans. La peur de l’ombre, des ténèbres, de tout ce qui est de l’inconnu aussi, de tout ce qu’on ne comprend pas, de tout ce qui est étranger au sens d’étrange, c’est-à-dire de d’extérieur à soi. Comme tous les gamins de mon âge, on lisait à peu près la même chose parce qu’on avait deux tourniquets de livres dans la maison de la presse. Et ça a été vraiment le premier grand choc peut-être.

Malpertuis, c’est d’un auteur belge de fantastique qui est pour moi un des plus grands maîtres du fantastique et qui est malheureusement très oublié aujourd’hui. Plus personne ne lit Jean Ray. C’est les Contes noirs du golf, c’est les Contes du whisky et c’est ce chef d’oeuvre absolu qu’est Malpertuis. Moi, je le place dans les 10 plus grandes œuvres fantastiques de tous les temps. C’est à la fois une atmosphère incroyable. Ça se passe dans une ville, ce qu’on appelle une ville hanséatique, c’est-à-dire un de ces ports de la côte belge hollandaise de l’époque. Ce sont les anciens dieux qui continuent à survivre dans une sorte de maison, une demeure qui s’appelle Malpertuis et c’est une écriture fabuleuse. C’est un très très grand écrivain et malheureusement, il est aussi très oublié.

Retrouvez La pile à lire de Bernard Minier sur fnac.com

Le jeu concours Kobo by Fnac par Bernard Minier

Jusqu’au 15 avril, imaginez une histoire qui commence par la phrase :

« Elle aimait avoir peur, mais en réalité, elle n’avait jamais eu vraiment peur, du moins jusqu’à cette nuit-là. »

Votre texte doit faire un paragraphe d’une dizaine de lignes maximum, il peut être écrit à la première ou à la troisième personne. Pour participer, il vous suffit de cliquer ici. À gagner, une liseuse Kobo Clara Color et son étui de protection signé par Bernard Minier ainsi que l’ebook Ruptures.

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Les meilleurs livres de Rébecca Dautremer

Revisiter des œuvres littéraires, classiques comme contemporaines

Pendant les années 1990, alors que Rébecca Dautremer termine sa formation à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, dans un cursus orienté vers le design et le graphisme, elle réalise ses premières illustrations sur commande de l’éditeur Deux Coqs d’Or. Un peu plus tard, elle décide, non plus de mettre en image des textes imposés, mais bien des récits de son choix : des incontournables de la littérature dont la renommée traverse les siècles, comme des ouvrages plus récents.

Cyrano (Gautier-Languereau)

En 2005, elle revisite la plus fameuse des pièces d’Edmond Rostand avec son mari Taï-Marc Le Thanh : elle a déjà collaboré avec lui deux ans auparavant pour une adaptation du célèbre mythe slave de la Baba Yaga. Dans Cyrano, le couple reprend l’intrigue du tragique triangle amoureux et on retrouve ainsi le personnage éponyme à la grande éloquence et au nez proéminent. Mais aussi, à l’inverse, le beau Christian, qui rencontre bien des difficultés pour s’exprimer. Ainsi que la charmante Roxane, dont tous deux sont amoureux. Bien que l’intrigue soit simplifiée afin de ne garder que la trame essentielle, l’humour y est exacerbé, et les dessins nous emmènent dans un pays inventé, avec des traits au style japonisant.

Alice au pays des merveilles (Gautier-Languereau)

Après la pièce d’un dramaturge français, c’est le roman d’un écrivain anglais que reprend Rébecca Dautremer avec les codes de son propre univers, cette fois avec l’aide de Sophie Koechlin, qui adapte le texte. L’occasion alors de (re)découvrir Alice au pays des merveilles grâce à de sublimes dessins, dont les angles et les prises de vues sont très travaillés par l’illustratrice, afin de faire ressortir la dimension fantastique du récit. De même pour les couleurs, alternant entre le vif et le plus pâle, afin de symboliser les différents univers traversés par la fillette ainsi que les divers personnages rencontrés. Même sans suivre de lapin, nous vous invitons vivement à plonger dans le monde proposé par cette reprise graphique. Et pour les plus grands fans de Lewis Carroll, Benjamin Lacombe, autre illustrateur français de talent, propose sa propre vision du roman.

Soie (Tishina)

Connaissez-vous Soie, œuvre de l’écrivain italien Alessandro Baricco ? Ce livre relate le périple d’Hervé Joncour, acheteur et revendeur de vers à soie au XIXe siècle, contraint de se rendre au Japon à quatre reprises afin de trouver des œufs sains, non porteurs de la pébrine, maladie du ver à soie menaçant son activité. Tout en restant extrêmement fidèle au texte source, Rébecca Dautremer le sublime, met en valeur ses détails. Les merveilleuses illustrations sont emplies de poésie et de mystère, du non-dit introduit par Baricco lui-même. Soie édition illustrée est un véritable bijou pour lequel vous prendrez le temps de « dé-fils-er » les pages.

Des souris et des hommes (Tishina)

Rébecca Dautremer collabore une nouvelle fois avec les éditions Tishina, afin de livrer, près d’un siècle après la parution du roman Des souris et des hommes, une reprise de ce monument de la littérature mondiale. Adapter le texte de l’américain John Steinbeck, beaucoup l’ont fait, nous pensons par exemple à Karine Giebel et son thriller Glen affric, mais ce n’est pas un remake que propose ici l’illustratrice française, il s’agit véritablement de mettre en image le texte original complet, sans rien changer. Après des mois d’un travail colossal, paraissent plus de 400 pages illustrant à la perfection la soif de liberté qui anime les personnages de George et Lennie dans l’air aride de la Californie des années 1930. Dans ce roman graphique, il y a tout : le rêve tournant au cauchemar, les espoirs réduits à néant dans la poussière des exploitations agricoles, les déceptions d’un homme qui n’aspirait qu’au bonheur, la critique sociale, le tragique et la beauté de l’histoire. Afin que cette magie fonctionne, Rébecca Dautremer varie les formats, les cadrages et les coloris de ses images. Certaines illustrations emplissent l’espace, d’autres se résument à des traits de crayons. En s’inspirant de photographies d’époque afin d’être au plus proche de la réalité, la dessinatrice anime le récit, révèle l’implicite. Un bel ouvrage qui vous procurera sûrement des sourires et des larmes.

Fables de jean de la Fontaine (Réunion Des Musées Nationaux)

Après les souris, nous passons au loup, à la cigale, au renard, à la fourmi… Mais oui, ce sont bien sûr les illustrations des Fables de Jean de la Fontaine que nous propose Rébecca Dautremer à l’occasion du 400e anniversaire de la naissance du fabuliste. Nous retrouvons les célèbres animaux personnifiés, sur fond blanc, auxquels l’illustratrice accorde un détail particulier : les costumes sont travaillés, les caractéristiques physiques également. Le noir, le rouge vif, le bleu ou encore le jaune sont très utilisés. Le tout permet une interprétation moderne des courts récits didactiques dont les morales ne prennent pas une ride.

Inventer son propre personnage : Jacominus Gainsborough

Parmi tous les animaux précédemment cités, retrouvons à nouveau un autre lagomorphe ! Enfin oui, un lapin…  En effet, regardez qui pointe le bout de son nez… C’est bien sûr Jacominus Gainsborough, de son nom complet Jacominus Stan Marlow Lewis Gainsborough, un brin compliqué pour un personnage menant au contraire une vie très simple, car c’est véritablement cela que Rébecca Dautremer souhaite raconter. Jacominus, au comportement plus humain qu’animal, à la différence d’autres célèbres lapins littéraires comme ceux de Beatrix Potter, expérimente les joies et les peines de notre passage sur Terre, celles que tout un chacun peut éprouver, et dans lesquelles on se reconnaît.

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough (Sarbacane)

C’est en 2018 que naît Jacominus, sous le pinceau, mais également sous la plume de Rébecca Dautremer. Dans Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough, on fait la connaissance de ce lapin vraiment pas grand, à la jambe handicapée à la suite d’un accident il y a longtemps, lors de l’enfance. C’est d’ailleurs l’enfance, comme d’autres âges de la vie de Jacominus, qui nous sont contés. Le tout avec énormément de tendresse et de justesse, de détails dans les dessins, de paroles choisies avec grand soin qui raisonnent ainsi en nous. Sont dépeints les bonheurs du quotidien de Jacominus : ses amis, sa famille, ces petits riens qui font tout. Des instants importants qu’il est important de croquer à pleines dents.

Midi Pile (Sarbacane)

À ce qui ne devait être qu’un album de littérature jeunesse unique, s’ajoute par la suite le livre Midi Pile. Après toute la vie de Jacominus, on s’attarde à présent sur un temps précis : un rendez-vous. Jacominus aime Douce en secret, il la retrouve à midi pile pour tout lui avouer, mais plus l’heure fatidique approche, plus il est stressé. Avec habileté, Rébecca Dautremer nous fait nous aussi patienter jusqu’à la fameuse mi-journée, où tout pourrait basculer. Grâce à un ouvrage très élaboré, aux pages intérieures découpées, nous accédons à l’intériorité de Jacominus, nous suivons les pas de Douce, nous traversons véritablement le papier. Suspense, surprise, le cœur tambourine au fil des pages : quand est-ce que Douce sera dans les parages ? Ne perdez pas une minute de plus avant de découvrir ce beau livre, mais ne soyez tout de même pas trop pressés, et prenez le temps de bien l’observer.

Une toute petite seconde (Sarbacane)

Le rapport au temps est une notion très importante pour Rébecca Dautremer et elle nous le prouve une nouvelle fois avec Une toute petite seconde, troisième ouvrage où elle met en scène Jacominus. Cette fois, le temps ne défile plus, il est suspendu. Cette fois, il ne faut plus tourner les pages, mais en déplier une seule qui fait plus de deux mètres. Il ne s’agit plus seulement du lapin et de sa bien-aimée, mais d’une multitude d’animaux sur une fresque monumentale. Cette illustration géante nous conte la même seconde partagée par une centaine de personnages, ce même instant pouvant être vécu de mille manières différentes. C’est ce qui est relaté dans un livret composé de cent petites fictions correspondant aux scènes dessinées : à vous de les lier !

Une chose formidable (Sarbacane)

Et parce que l’illustratrice ne s’arrête pas en si bon chemin, elle imagine Une chose formidable en 2023. Jacominus termine sa sieste à l’ombre d’un arbre dans son jardin lorsque son ami Policarpe lui rend visite. En dormant, le lapin s’est remémoré un fabuleux souvenir et il souhaite le partager à son compagnon au réveil. Problème ? Il est incapable de le faire, sa réminiscence s’est envolée. Policarpe va alors l’aider à se rafraîchir la mémoire afin de connaître l’histoire. Ensemble, ils vont voyager de beaux souvenirs en beaux souvenirs, jusqu’à trouver ce dont parlait Jacominus, un évènement à la source-même de leur amitié. Je trouve que ce livre jeunesse porte excellement bien son titre : il est merveilleux et possède un dénouement bouleversant. Il invite, avec beaucoup d’humour et de douceur, à chérir chaque instant du quotidien. Pour écouter l’histoire en plus de la lire, un CD accompagne le livre, avec la voix de Rébecca Dautremer qui nous berce et nous transporte.  

Jacomini (Sarbacane)

Ce qui est génial avec Jacominus c’est que, en plus d’explorer des thématiques qui lui sont chères, Rébecca Dautremer joue avec tous les formats. Elle jongle entre le livre jeunesse plutôt classique, le livre découpé, le livre CD, le livret et même le livre pour les tout-petits. Voici donc Jacomini, un album pour les 0 à 3 ans. Un concentré de mignonnerie dans lequel Jacominus apparaît bébé, entouré de ses fidèles compagnons. Des illustrations amusantes, avec peu de texte, mais beaucoup de tendresse.

Sans cesse enrichir son œuvre et se diversifier

On se doute que, comme nous, vous vous êtes attachés à Jacominus et sa mignonne petite frimousse. Parce que oui, une fois que l’on entre dans le bel univers de Rébecca Dautremer, il est difficile de s’en défaire. Voilà donc d’autres recommandation qui vous raviront !

Le petit théâtre de Rébecca (Gautier-Languereau)

Et si pendant quelques instants encore, nous mettions Rébecca Dautremer sur le devant de la scène ? C’est chose faite avec Le petit théâtre de Rébecca. Cet album pour les 6 à 9 ans est un bel objet, tout en papier découpé, dans lequel prend vie près d’une centaine de personnage. Et psst, vous pouvez même découvrir les coulisses des créations de l’illustratrice avec un carnet de croquis inclus dans cette chouette édition. Mesdames et Messieurs, un tonnerre d’applaudissements !

Yéti (Gautier-Languereau)

Nous quittons le théâtre pour partir à l’aventure, pour suivre les pas du Yéti. Une expédition guidée par les mots de Taï-Marc Le Thanh et les dessins de Rébecca Dautremer. Une autre collaboration du couple offrant un sublime voyage littéraire comme graphique. Un album qui regorge de mystère et de sensibilité, au cœur des montagnes de l’Himalaya.

Cavale (Didier Jeunesse)

Avec Stéphane Servant dans Cavale, Rébecca Dautremer nous propose encore un autre style, les maîtrisant véritablement tous. C’est avec du beige, du noir, du gris, et du rouge qu’elle met en image l’histoire de Cavale, celui qui ne s’arrête jamais. Il est sans cesse en mouvement car il craint d’être rattrapé par Fin : le temps passant inlassablement. Mais un jour, alors qu’il court toujours, il se heurte à Montagne, elle aussi est effrayé par Fin, mais pour lutter elle décide de ne rien dire et de ne pas bouger. Une rencontre surprenante, pensée comme une histoire allégorique et philosophique, que les illustrations subliment. Courrez-vous le procurer !

Le mot de la fin

Vous l’aurez compris, nous vous conseillons tous les ouvrages de Rébecca Dautremer tant l’illustratrice sait se diversifier, mais aussi décliner son propre style et sa palette de couleurs à l’infini. Ses créations, visuelles comme textuelles, émerveillent petits et grands, car oui, on n’est jamais trop vieux pour s’intéresser à la littérature jeunesse. Et comme l’illustratrice tend à le montrer, tous les âges de la vie doivent être célébrés et nous devons profiter de chaque instant de l’existence. Et si vous avez tendance à l’oublier, un petit lapin saura vous le rappeler, car bien que son prénom finisse par « minus », c’est un géant !

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