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Cancer colère de Fleur Breteau : de l’impuissance au combat politique

6 février 2026 à 07:00

« Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir ! » Ce cri, lancé depuis le balcon de l’Assemblée nationale, propulse Fleur Breteau comme l’un des visages de 2025. Un visage au crâne nu qui ne laisse aucun doute sur sa maladie. Six mois plus tard, une partie de la « loi Duplomb » a été censurée et Fleur Breteau sort son livre, Cancer colère, la santé et les pesticides ne sont pas une affaire d’opinion. Le récit du chemin qui a mené à ce cri d’indignation, et qui paraît le 6 février aux éditions du Seuil.

Comme beaucoup, le cancer lui est tombé dessus par surprise. Élevée en banlieue parisienne, Fleur Breteau a été attachée de presse, a fabriqué des vêtements et même travaillé dans un magasin de sextoys. Rien ne la prédestinait à vivre, en moins de quatre ans, deux cancers du sein. Un drame, comme celui de la mort de son ami Nicolas à 46 ans, foudroyé en deux ans par trois tumeurs. La bascule. « Je n’avais plus envie de rire », écrit Fleur Breteau. Si elle reconnaît avoir peur, un sentiment la submerge, viscéral : la colère.

La découverte du « monde de la métastase », comme le nomme Fleur Breteau, se fait dans les salles d’attente des hôpitaux. Des rencontres de malades, tous trop jeunes – des boulangers avec des lymphomes ou un enfant de 7 ans avec une tumeur. « Moi, quand j’étais en CM2, aucun enfant n’avait un cancer ou je rêve ? », s’interroge sa mère. Paroles de malades ou de proches que nous retranscrit Fleur Breteau. L’autrice mêle l’intime et le politique, les émotions et les données. Car ces rencontres permettent d’incarner les dizaines de chiffres sur le cancer et les pesticides.

Le récit, très documenté, veut éduquer : 2 300 enfants ont un cancer diagnostiqué chaque année, le cancer est la première cause de mortalité chez les enfants, les taux de cancer devraient augmenter de 77 % dans le monde d’ici 2050… Des faits qui font enrager la malade. « La colère coule avec les produits de chimio dans mes veines. »

Réunir les colères

La formule marche et on s’indigne avec elle. De cette sensation d’impuissance, Fleur Breteau veut faire quelque chose. « J’étais au contact de chiffres et d’enquêtes, la loi Duplomb s’est profilée et ça a été un détonateur pour moi. Politiser le cancer me semblait être une évidence », raconte-t-elle à nos confrères de France Inter, en septembre dernier dans La Terre au carré. Dans l’attente fiévreuse de ses traitements naissent deux mots, gribouillés au bord d’une feuille : « cancer colère », le nom de son futur collectif. 

Mais comment se battre dans le brouillard du cancer ? Fleur Breteau n’élude pas les errements de sa vie de malade, les oublis, la fatigue. « Ma colère tombe comme une pierre au fond de moi, je n’enquête plus. Mon corps ralentit sa marche, pris d’assaut par les médicaments. » Là aussi, la réponse est politique, et le collectif lui vient en aide. « Je me découvre des alliés partout. » Malgré le brouillard, Cancer colère devient un mouvement – des malades manifestent, font des banderoles, écrivent aux députés pour les alerter sur les conséquences de la loi Duplomb. « De la maladie à la colère et de la colère à la lutte », résume Fleur Breteau.

« J’admets que d’apprendre des choses horribles et réelles n’est pas déprimant. Je convertis ma peur en pensée, le brouillard en faits incontestables et en données. »

Fleur Breteau

Jusqu’au récit de ce fait d’actualité qui a marqué 2025 : l’adoption de la loi Duplomb (le 8 juillet à l’Assemblée nationale à 316 voix contre 223). Et ce cri dans l’hémicycle. « Regardez-moi ! » lance Fleur Breteau en montrant son crâne. « J’ai regardé autour de moi et je me suis dit, je suis la seule avec la tête du cancer : c’est à moi de parler », confie-t-elle à France Inter.

Cancer colère nous raconte ce moment médiatique de l’intérieur, celui où une malade a « expulsé la colère ». S’ensuit une pétition historique, plus de deux millions de signatures contre la loi Duplomb, et la censure d’une partie du texte. Le livre emprunte au manifeste. « Depuis le vote de la loi Duplomb, les choses ont changé, la société civile s’est mobilisée, des voix innombrables se sont élevées », raconte Fleur Breteau. Toujours en colère, mais aussi en lutte.



À pied d’œuvre de Valérie Donzelli : de quel livre la réalisatrice s’inspire-t-elle ?

5 février 2026 à 11:35

Le nouveau film de Valérie Donzelli (L’amour et les forêts), À pied d’œuvre, en salle depuis ce 4 février, trouve son origine dans un texte littéraire. Le long-métrage est adapté du récit autobiographique éponyme de Franck Courtès, publié en 2023 chez Gallimard. Un livre bref et dense, qui raconte ce que coûte le choix de créer.

De quoi parle le livre ?

Dans son récit, Courtès, photographe reconnu, choisit d’abandonner une carrière stable pour se consacrer entièrement à l’écriture. Rapidement, la réalité économique s’impose. Faute de revenus suffisants, l’auteur enchaîne les petits boulots manuels – déménagements, bricolage, manutention… Le livre décrit un quotidien fait de fatigue physique, d’invisibilisation sociale et de déclassement.

Il s’est tourné vers la littérature à partir de 2013 avec Autorisation de pratiquer la course à pied. Son écriture s’attache aux corps, au travail et aux trajectoires individuelles. Avec À pied d’œuvre, il livre un texte concret sur la condition matérielle de l’écrivain aujourd’hui, loin des représentations idéalisées.

Pourquoi Valérie Donzelli a-t-elle voulu l’adapter ?

La frontalité du récit a séduit Valérie Donzelli. « Quand j’ai lu le livre de Franck, j’ai aimé ce qu’il racontait, mais j’aimais son écriture, je trouve qu’il raconte quelque chose de complexe avec simplicité. Je tenais à ce que son texte soit dans le film, qu’il soit entendu », a-t-elle déclaré au micro de France Culture. Coécrit avec Gilles Marchand, le scénario s’appuie directement sur le livre, dont plusieurs passages sont repris en voix off.

À pied d’œuvre.

À l’écran, le photographe-écrivain devient Paul Marquet, interprété par Bastien Bouillon. Le film suit son quotidien fait de missions précaires et de temps volé à l’écriture. La mise en scène reste volontairement simple. Autour de Bouillon, Virginie Ledoyen, André Marcon et Marie Rivière incarnent l’entourage familial et professionnel.

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