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Blues touareg : comment Tinariwen et la nouvelle génération conquièrent le rock mondial

Deux grosses décennies en arrière, si vous cherchiez de la musique touarègue dans les bacs de votre Fnac, il fallait creuser bien profondément pour sortir une poignée de CD sur le sujet.

Des parutions documentant les musiques traditionnelles d’Afrique, collectées par des chercheurs et ethnomusicologues, vendues majoritairement à leurs semblables universitaires : c’était grosso modo ce que le marché du disque proposait à l’aube des années 2000. Si la discutable appellation « world music » existait déjà, un groupe comme le groupe malien Tinariwen — que l’on peut considérer comme pionnier — n’avait pas encore son nom en gras sur les affiches des festivals XXL que sont Glastonbury, Coachella ou Sziget.

Alors qui aurait parié sur l’essor du blues touareg ? Aujourd’hui, ce « rock du désert », comme il a été qualifié par la presse musicale, remplit les salles, attire un public varié et s’impose dans les festivals internationaux.

Rendons à César ce qui appartient à César. À l’origine de ce phénomène, c’est bien le nom de Tinariwen qui résonne de bouche à oreille, de platines K7 en chroniques de journalistes et de concerts devant quelques curieux jusqu’aux salles archi-pleines.

Ce collectif d’activistes touaregs à cheval — voire à chameau plutôt — sur plusieurs pays (Mali, Algérie, Niger, Libye) a façonné « l’assouf », ce blues saharien né de l’exil, de la solitude, du déracinement et des luttes d’un peuple nomade. C’est à la charnière des années 1970–1980 que le groupe invente ce langage musical fait de guitares lancinantes et de chants en tamasheq, héritage qui deviendra le style de base d’une étonnante aventure musicale internationale, que la rébellion touarègue des années 90 aura aussi portée comme un étendard en en faisant sa bande-son.

La chronologie des faits a son importance tant le marketing de l’industrie musicale aime s’emparer des récits et d’une narration qui n’est pas toujours la plus fidèle. Guitares et kalachnikovs en bandoulière : l’image est de fait vendeuse et séduisante pour le monde du rock.

Devenue naturellement la locomotive de cette caravane musicale et politique au succès planétaire inattendu, Tinariwen a gagné une reconnaissance mondiale depuis ses véritables débuts dans les années 80, remportant notamment des disques d’or en France et en Angleterre, sillonnant les scènes les plus prestigieuses et jouant régulièrement à guichets fermés.

C’est pourquoi, en 2026, contrairement aux lignes écrites un peu plus haut, vous ne devriez pas avoir trop de mal à mettre la main sur l’excellent Hoggar. Un nouvel album empreint de soif de justice, de liberté et de paix, qui, à sa manière, tend naturellement la main aux générations futures de ce peuple que la géopolitique mondiale bouscule depuis des années.

La nouvelle gérénation de la musique touarègue

Dans leur sillage, c’est donc une nouvelle génération de groupes et de musiciens qui est apparue dans cette grande famille de la musique touarègue. Des groupes qui font d’ailleurs l’actualité de ces musiques avec leurs nouveaux albums ou la réédition de leurs premiers faits d’armes, notamment pour Mdou Moctar.

Si Imarhan, Tamikrest, Bombino ou Mdou Moctar restent les plus courus par les programmateurs de concerts et donc du public, des dizaines d’autres noms ont réussi à se faire connaître au-delà du Sahara ces dernières années. On dénombrerait une centaine de groupes en activité issus de cette région d’Afrique.

Évidemment, le phénomène n’échappe pas à une certaine forme de « mode ». L’histoire est connue : quelques années en arrière — lorsque la situation du Sahel était à peu près stable — les producteurs occidentaux branchés rock voulaient tous trouver leur poule aux œufs d’or et allaient faire leur shopping entre Nouakchott, Kidal ou Agadez dans l’espoir de signer le prochain « Hendrix ou Jimmy Page touareg ».

Aujourd’hui, entre des trajectoires cosmopolites et la circulation de la musique en quelques clics, on peut penser que ce blues-rock du désert, plus accessible que jamais et désormais enregistré et produit avec le même perfectionnisme que n’importe quel groupe d’indie rock occidental, a de beaux jours devant lui. Un genre musical qui a su trouver un public friand de nouvelles vibrations, mais dans le même temps rassuré par d’autres, plus familières.

Coup de sirocco sur la planète rock

Mais comment expliquer cet engouement d’un public souvent habitué au rock classique ? D’abord par une filiation presque naturelle : le blues touareg repose sur des motifs répétitifs, tournoyants, presque psychédéliques parfois. Des textures de guitare électrique brutes et un groove hypnotique qui rappellent les racines du rock, d’où la comparaison avec le blues, évidemment.

Tinariwen, pour ne citer qu’eux, ont su séduire les oreilles curieuses de Radiohead, Robert Plant, Jack White et autres personnalités influentes du rock, confirmant la passerelle esthétique entre les deux univers.

L’authenticité et ce qu’elle représente dans son propos ont fait le reste. L’assouf raconte des récits d’exil, de résistance et de quête identitaire. Assistez à un concert des groupes précités et vous ressentirez implacablement cette densité émotionnelle, amplifiée par la présence scénique de ces musiciens enturbannés et le caractère organique des instruments. Une expérience à part, parole de converti.

C’est sûrement cette équation gagnante qui a fait de ce « rock du désert » ce qu’il est aujourd’hui : un genre musical à part entière qui s’ancre avec brio dans le large champ lexical de la musique. Vous n’avez plus qu’à vous laisser porter.

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Mort d’Afrika Bambaataa : comment l’architecte du hip-hop a redessiné la musique

Le monde de la musique vient de perdre l’un de ses fondateurs les plus déterminants. Afrika Bambaataa, né Kevin Donovan, est mort ce jeudi 9 avril d’un cancer de la prostate à l’âge de 68 ans. Si le hip-hop est aujourd’hui la culture la plus influente et la plus écoutée à travers le monde, il le doit en grande partie à la vision de cet enfant du Bronx des années 1970.

DJ légendaire, créateur de mouvements et infatigable chercheur de sons, Bambaataa laisse derrière lui une empreinte musicale indélébile, bien que son aura ait été lourdement entachée à la fin de sa vie.

Du chef de gang au guide pacificateur

L’histoire d’Afrika Bambaataa est avant tout celle d’une transformation sociale. Dans les années 1970, le sud du Bronx est ravagé par la pauvreté, la drogue et la guerre des gangs. Lui-même leader de la division locale des redoutables Black Spades, Bambaataa décide, à la suite d’un voyage en Afrique et de la perte d’amis proches, de réorienter l’énergie destructrice des rues vers la créativité.

Il fonde alors la Universal Zulu Nation, une organisation qui rassemble de jeunes Afro-Américains et Portoricains autour de quatre piliers fondamentaux : le DJing, le MCing (rap), le B-boying (breakdance) et le graffiti. Le mot d’ordre est clair : « Peace, Unity, Love, and Having Fun » (« Paix, Unité, Amour et S’amuser »). Bambaataa offre une alternative aux armes : désormais, les conflits de territoire se règlent par des batailles de danse ou des joutes de platines.

Planet Rock : le big bang de l’electro-funk

Sur le plan purement musical, Bambaataa, souvent surnommé le « Master of Records » pour sa collection éclectique et sa connaissance encyclopédique de la musique, a repoussé les limites du genre. En 1982, il sort un titre qui va révolutionner l’industrie : Planet Rock.

En samplant habilement les morceaux Trans-Europe Express et Numbers du groupe allemand de musique électronique Kraftwerk, et en y associant des boîtes à rythmes comme la mythique Roland TR-808, il invente l’electro-funk. Ce titre ne s’est pas contenté de propulser le hip-hop dans une nouvelle dimension futuriste, il a redéfini le son des années 80.

Des albums fondateurs et une influence sans frontières

Au-delà de ce single historique, la discographie d’Afrika Bambaataa (souvent accompagné de son groupe Soulsonic Force ou sous le nom de Time Zone) regorge de projets cruciaux. Planet Rock: The Album (1986), bien qu’assemblant ses premiers succès, sert de véritable manuel d’instruction pour la musique électronique urbaine. La même année, Beware (The Funk Is Everywhere) confirme sa volonté de fusionner le hip-hop naissant avec le P-Funk de George Clinton et le rock (notamment avec le titre Kick Out the Jams).

En 1988, avec The Light, il s’ouvre encore davantage sur le monde en collaborant avec des figures inattendues comme Boy George ou UB40, prouvant que le hip-hop n’a pas de frontières.

Les graines plantées par Bambaataa ont donné naissance à des forêts entières dans le paysage musical. Du côté de la scène électronique, la techno de Détroit ne serait pas la même sans lui ; des pionniers comme Juan Atkins, Kevin Saunderson et Derrick May citent Planet Rock comme l’élément déclencheur de leur vocation. Des stars mondiales comme Daft Punk ou les Chemical Brothers sont les héritiers directs de cette fusion homme-machine.

Concernant le rap et le R’n’B, son influence se fait ressentir de l’approche collective du Wu-Tang Clan (inspirée par la structure de la Zulu Nation) aux productions de la Miami Bass. Des figures du hip-hop comme Missy Elliott (qui a abondamment samplé la culture electro-funk dans ses hits) ou les Beastie Boys ont tous puisé dans l’esthétique façonnée par Bambaataa.

De graves accusations de violences sexuelles

Toutefois, l’histoire d’Afrika Bambaataa comporte une part d’ombre. À partir de 2016, plusieurs hommes, menés par le témoignage initial de l’activiste politique Ronald Savage, sont sortis du silence pour l’accuser de violences sexuelles et de pédocriminalité. Les faits dénoncés remonteraient aux années 1970 et 1980, ciblant de jeunes garçons vulnérables qui gravitaient autour de lui et de la Zulu Nation dans le Bronx.

Ces graves accusations, bien que Bambaataa les ait toujours niées, ont provoqué une onde de choc immense. Sous la pression, il a été contraint de quitter ses fonctions à la tête de son organisation la même année, laissant une marque indélébile sur son image de figure paternelle et protectrice. En 2025, une action civile engagée contre lui avait été jugée en sa défaveur après son absence à l’audience.

Une œuvre fondatrice

Il est impossible de raconter l’histoire du hip-hop, de la musique électronique et de la culture urbaine sans placer Afrika Bambaataa à son épicentre. Il a été l’étincelle qui a permis à une génération marginalisée de trouver une voix et de l’exporter à l’international. Si la fin de sa vie et les révélations de ses accusateurs auront définitivement fracturé le mythe du « parrain », les fondations culturelles qu’il a posées et l’onde de choc de ses expérimentations musicales continueront d’imprégner la création contemporaine.

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Pourquoi « Véronique » est bien plus qu’un simple documentaire musical

Construit à partir d’images d’archives de l’INA, d’interviews, d’extraits de concerts et surtout d’images privées, Véronique, est, après Maria by Callas, le nouveau chef-d’oeuvre du réalisateur Tom Volf. On ne ressort pas indemne de ce documentaire et surtout on a envie de plonger dans cette drôle de vie qu’est celle de Véronique Sanson. Pourquoi ? Parce ce documentaire, diffusé sur France 3 et accessible en replay sur France TV, n’a absolument rien d’un documentaire conventionnel.

Tom Volf, plus qu’un simple réalisateur

Véronique Sanson n’aurait pas pu trouver meilleur conteur pour se raconter. Tom Volf n’est pas un simple réalisateur, documentariste. Non. Outre la réalisation, Tom Volf est aussi metteur en scène et passionné d’arts visuels. Que ce soit dans ses mises en scène ou son documentaire sur Maria Callas, son talent est de faire émerger l’oeuvre ou le sujet.

Cet homme n’est pas un explorateur comme les autres. A chacun de ses projets, il est dans une quête que certains diraient obsessionelle. Tom Volf est surtout un passionné avec une grand P. C’est ce qui s’est passé lorsqu’il découvre, La Callas. Il ne l’a jamais rencontrée, ni vue sur scène et pourtant son film tend à faire croire le contraire. Maria by Callas, où s’entrechoquent photographies, interviews, extraits d’opéra, fait parler Maria pour comprendre.

Comprendre comment Maria Anna Cecilia Sofia Kalogeropoulos est devenue cette icône de l’opéra dite La Callas ou La Divina et comment sa réussite profesionnelle n’a d’égale que sa vie personnelle tourmentée. C’est un peu la même chose qui s’est passé avec Véronique, diffusé sur France 3.

Un angle de vue original

« Après Maria by Callas, je m’étais juré de ne pas faire d’autre film sur une chanteuse. Et pourtant, la musique de Véronique, que j’écoutais depuis mon adolescence, m’a rattrapé. Comme par magie. Une dimension nouvelle s’est dessinée : j’ai soudain réalisé que ses chansons constituent une autobiographie musicale, un récit à la première personne de sa propre vie. Un film s’est imposé comme une évidence« , explique le réalisateur.

C’est cette évidence que Tom Volf a subliment transcrit dans le documentaire, Véronique. Il aurait s’appeler Sanson par Véronique tant, comme dans Maria by Callas, Tom Volf se concentre beaucoup sur la voix, celle de Véronique qui commente pas à pas les étapes de sa vie d’artiste et de femme. Deux êtres intimement liés.

Ce choix et cet angle de vue permettent au spectateur de plonger intimement dans la vie de la chanteuse française. Ce documentaire est un biopic non conventionnel, un récit à la première personne rendant cette immersion encore plus forte et plus étonnante. Sanson y apparaît sans filtres, ne laisse pas de côté ses démons, ses fêlures. Véronique n’est pas un documentaire laudatif, mais un film à l’émotion brute où toute la beauté et toute la fureur des orages, des tempêtes de la femme et l’artiste ne sont pas éclipsés. Au contraire. 

La mémoire d’une trajectoire

Ce documentaire est un travail de mémoire, celle d’une femme, d’une artiste et d’une oeuvre. Et ce travail n’aurait pas eu tout son sens et sa véracité sans l’implication de Véronique Sanson elle-même.

« Rren n’était possible sans sa bénédiction », explique Tom Volf. « Après avoir retourné ciel et terre, et attendu de nombreux mois, grâce à l’aide de certains anges gardiens, la rencontre s’est faite. Le projet lui a plu et à partir de ce moment il pouvait devenir réalité. Ce fut le point de départ de cinq années de travail pour faire exister ce film avec l’authenticité, l’émotion et l’aspect cinématographique qu’il me semblait exiger depuis le premier jour ».

Ce documentaire ne serait pas aussi fort s’il n’était pas composé d’images, de vidéos d’archives personnelles de la chanteuse. Tom Volf peut ainsi se permettre de n’esquiver aucun sujet, aussi intime et privé soit-il. La confiance est totale entre les deux artistes. C’est tout un travail de mémoire qui est palpable ici.

L’autre point fort de ce documentaire, c’est que les images intimes de l’artiste sont traversées par les chansons, particulièrement choisies pour ce qu’elles évoquent. Les chansons, à chaque fois sous-titrées, sont le deuxième fil rouge de cette drôle de vie. En braquant la caméra, presque simultanément, sur le récit d’une vie et l’analyse des chansons de Véronique Sanson, Tom Volf montre l’imbrication de la femme et de l’artiste et combien sa vie peut déjà se lire à travers sa musique. 

Une authenticité touchante

Dans ce documentaire, vous n’entendrez pas de voix off, ni d’experts. Il n’y a que des images et la voix de Sanson quand elle commente sa vie, quand elle chante ou répond à des entrevues et même parfois celle de Michel Berger avant et après leur rupture.

C’est ce qui lui donne toute sa puissance émotionelle, sa sincérité, son authenticité, sa sagacité aussi. Sanson y confesse ses failles, sa soif de liberté, quitte à faire souffir et quitte à en souffrir tout autant. A chaque étape, on s’aperçoit que sa vie est une quête éternelle, celle de se trouver (sa voix par exemple), de suivre son instinct, de suivre sa musique où elle va, comme le chantait son grand amour, Michel Berger.

Elle aurait pu mourir mille fois au sens propre comme figuré et pourtant Véronique Sanson est là, toujours debout, sur scène plus qu’ailleurs, là où la vie l’emporte, là où le public la porte. 

« J’ai été bouleversée par ce film. Pour moi, c’est une espèce de miroir de ma vie avec son meilleur et son pire. Je ne m’étais jamais retournée pour la voir en vrai. Avec en fil rouge la musique, qui m’a portée, libérée et finalement réparée. Et pour moi, lire en sous-titres les paroles de mes chansons a été un choc, je les ai découvertes autrement, et c’était une étrange et belle sensation. Juste celle d’être vivante et reconnaissante de tout ce que vous m’avez apporté. Je vous aime de tout mon cœur, plus fort que tout », a d’ailleurs confié Véronique Sanson à propos de ce documentaire. 

Une belle histoire d’amour entre une artiste et un public s’est écrite et continue de s’écrire. Véronique Sanson a écrit la chanson J’ai eu envie de vous revoir. Et nous aussi, on ne se lasse pas de la voir et de la revoir. 

Véronique, un film de Tom Volf, à voir en replay sur France TV

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Arlo Parks : « Ambiguous Desire », son retour planant et introspectif

Depuis Collapsed In Subeams, son premier album paru en 2021, la chanteuse britannique Arlo Parks a attiré l’attention des médias et du public par son attitude subversive, ses paroles fortes et son éclectisme artistique – aussi à l’aise en reprenant Radiohead au piano qu’en collaborant avec la Belgo-Congolaise Lous and The Yakuza.

2026 est l’année de son retour avec un nouvel et ambitieux album, Ambiguous Desire, qui sort ce 3 avril.

Un voyage sonore immersif

Sur ces 12 titres, l’ambiance globale se revèle plutôt planante et en mid-tempo. Arlo Parks est capable de coups de génie comme sur Beams, titre aux harmonies et à la mélodie imparables, où les cordes tiennent une place importante. Une rythmique hip-hop avec des claviers aériens qui n’est pas sans rappeler une certaine Dido.

Sur South Seconds, la chanteuse opte pour l’acoustique dépouillée qui met en valeur voix et textes. Amour, désir, amitié, découverte de soi : tels sont les thèmes abordés ici. Une guitare électrique, le temps d’un interlude, ouvre sur Nightswimming. Là encore, l’atmosphère éthérique se déploie, apaisante, avec des incrustations éeectro. Un morceau lumineux, redoutable dans sa construction.

Son ami Sam Alpha apporte une vraie valeur ajoutée au titre Senses. Le Londonien, connu pour ses ambiances romantiques et sa musique émotive, habille à merveille les inspirations de la poétesse. Floette, quant à lui, est une merveille de douceur tout en retenue, avec sa rythmique drum & bass et un travail de sons et de samples particulièrement original.

Dans l’ensemble, Ambiguous Desire repose sur de terribles breakbeats, porté par de belles mélodies et des sonorités intimistes.

Des collaborations prestigieuses pour un son ciselé

Pour atteindre ce résultat, Arlo Parks s’est entourée de références en matière de production et de qualité de son, à commencer par Paul Epworth. Le génial producteur britannique de 50 ans, à l’origine de nombreux hits d’Adele, de Rihanna ou de Florence And The Machine, se surpasse ici pour trouver l’équilibre entre pop et tendances spécialisées pour un public branché. Blue Disco illustre bien le propos.

La présence de Buddy vise le même objectif. Le musicien a œuvré aux côtés de Franck Ocean et Vampire Weekend – maîtrisant aussi bien le R’n’B que la pop alternative indé. Tout cela aboutit à un album plus intuitif, vibrant et intimiste. La chanteuse de 25 ans le reconnaît d’ailleurs volontiers : « Il est difficile de se livrer, mais quand j’y parviens, cela donne des titres essentiels et forts. »

Ambiguous Desire est le disque parfait pour les fins de soirée ou pour une écoute méditative à la maison. Se perdre dans la nuit ou dans les clubs, puis refaire surface la tête pleine d’émotions et de désirs ambigus : c’est ainsi que ces 12 titres ont été pensés. L’exploration des genres, de la sexualité et de la santé mentale sont des sujets sérieux et profonds qui requièrent une atmosphère calme et sereine. 

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Dans la bulle… avec Arlo Parks

En 2021, dès la sortie de son premier album Collapsed in Sunbeams, Arlo Parks a été étiquetée « La voix d’une génération ». Avec ses textes introspectifs profonds ne ressemblant à aucun autres, la jeune Anglaise sortait clairement du lot, orchestrant avec beaucoup de dextérité un R’n’B aérien, une pop légère et un fascinant trip hop.

Cinq ans plus tard, Arlo Parks – qui vit désormais à Los Angeles – signe Ambiguous Desire, un troisième opus aux effluves fortement electro et aux influences on ne peut plus éclectiques.

Dans le cadre intimiste de la Bulle Acoustique de la Fnac Forum des Halles à Paris, espace destiné aux amoureux du son pour tester les meilleures solutions d’écoute musicale, casques premium et enceintes connectées, en partenariat avec Qobuz, le service de streaming et de téléchargement haute qualité, Arlo Parks raconte l’histoire de ce disque qui fait du bien.

Elle évoque une multitude d’influences, plus éclectiques les unes que les autres, ainsi que sa vie dans la Cité des Anges californiennes. Un moment intime et plein de vie saisi par Qobuz dans la Bulle Acoustique de la Fnac.

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BTS : qu’est-ce qui fait autant vibrer les fans du plus grand groupe de K-pop ?

Une chanson découverte par hasard, une vidéo recommandée avec insistance, une recherche lancée par curiosité : l’entrée dans l’univers foisonnant de BTS, le plus célèbre des groupes de K-pop, se fait rarement avec préméditation. « J’ai fini par les chercher sur Wikipédia, et à ce moment-là, plus possible de faire marche arrière », confie Héloïse, 27 ans.

Comme elle, nombreux·ses sont celles et ceux qui, dès la première écoute, s’y plongent sans retenue : un morceau en appelle un autre, puis un album entier, avant de s’attarder sur chaque membre du boys band. Très vite, presque naturellement, ils et elles rejoignent la communauté des ARMYs – un collectif qui redéfinit le statut de fandom.

BTS, un refuge au quotidien

Chez les ARMYs, le lien avec BTS se tisse d’abord dans l’intime. La musique s’invite à chaque instant de la journée, épouse les émotions, devient comme un repère. Déborah, 31 ans, le résume ainsi : « Chaque chanson a son moment spécifique. J’en écoute certaines quand j’ai besoin de réconfort ou de calme, et d’autres pour célébrer quelque chose. »

Telle une playlist sur mesure, chaque son semble coïncider avec un état d’âme. Lorsqu’Emma, 22 ans, se sent seule, elle se laisse porter par Magic Shop (Love Yourself : Tear), dont la douceur agit comme un cocon. Pour se motiver et garder espoir, elle opte plutôt pour Life Goes On (BE), véritable hymne à la résilience.

Pour certain·es, le répertoire des BTS constitue un soutien essentiel, capable d’accompagner des épisodes éprouvants. « D’autres titres, comme Blue & Grey ou Butterfly, me rappellent des périodes plus difficiles de ma vie. Mais aujourd’hui, je les écoute surtout comme une façon de mesurer le chemin parcouru et de célébrer le fait que j’ai réussi à m’en sortir », explique Déborah.

Véritable « bouée de sauvetage » pour Emma, la discographie du groupe suit chaque ARMY personnellement. Mais de l’intime au collectif, il n’y a souvent qu’un pas.

De fan à ARMY : une expérience qui se transforme

Si l’initiation se fait souvent en solitaire – en scrollant sur son téléphone ou en regardant la télévision , l’aventure BTS s’inscrit rapidement dans une dynamique collective, bien au-delà de la simple écoute.

Myriam, 51 ans, se considère comme fan dès lors qu’elle pense aux sept artistes « comme des membres de sa famille ». Pour Ryzlene, 27 ans, ce basculement s’opère lorsqu’elle commence à s’inquiéter à chaque nouvelle annonce concernant le boys band.

Autant de signes d’un attachement qui dépasse le goût musical pour devenir plus personnel – voire affectif. L’appartenance aux ARMYs prend alors tout son sens, éclipsant les codes traditionnels de la fanbase. « C’est important de se rendre compte du poids et de la représentation de ce terme, qui va bien au-delà du simple mot « fan » », déclare Emma.

« C’est important de se rendre compte du poids et de la représentation de ce terme, qui va bien au-delà du simple mot « fan ». »

Car oui, être ARMY ne signifie pas seulement admirer le septuor sud-coréen. Concrètement, cela se traduit par un engagement quotidien : voter pour des récompenses, streamer leurs morceaux, les suivre sur les réseaux sociaux… Mais au-delà de ces actions, ce sont surtout des principes qui dominent, comme la bienveillance, le respect et la solidarité. « Être ARMY, pour moi, c’est soutenir BTS […] et faire partie d’une communauté qui apporte vraiment quelque chose de positif », résume-t-elle.

Le fandom comme créateur de lien social

De cette appartenance naissent des rencontres. BTS devient alors un point de connexion entre des individus qui, autrement, ne se seraient peut-être jamais croisés. « La moitié de mes amies sont des personnes que j’ai connues grâce à BTS », rapporte Déborah.

« La moitié de mes amies sont des personnes que j’ai connues grâce à BTS. »

Parfois, ces relations se tissent au détour de situations anodines. Emma se souvient : « Lors d’une soirée, je portais un t-shirt avec « Jungkook » écrit en gros dans le dos. Un homme m’a tapée sur l’épaule pour me dire : « Ma copine aime beaucoup votre t-shirt mais n’ose pas venir vous parler. »

Jungkook, membre de BTS

Les ARMYs rassemblent des profils très variés, issus de cultures, d’âges et de milieux sociaux très différents. Une diversité qui a permis à Myriam « de nouer des liens forts » avec des personnes éloignées de son environnement habituel.

Elle offre également aux plus réservé·es une porte d’ouverture. « Tu vois juste un accessoire BTS sur le sac de quelqu’un et tu te dis direct : « OK, elle est sympa » », raconte Ryzlene. Car oui, l’impact de BTS ne se cantonne pas aux interactions sociales : il participe activement à la construction de soi et à l’épanouissement individuel.

« Ils m’ont sauvée »

Des témoignages émerge une complicité singulière entre BTS et sa communauté : un attachement viscéral durable qui s’affranchit du cadre artistique. Bien plus qu’une appétence pour leur style ou leurs performances, il s’agit d’une osmose puissante. « Je les considère comme des amis qui habitent loin », confie Déborah. Pour d’autres, les mots sont encore plus forts. « Ils m’ont ‘sauvée’ », affirme Héloïse, 27 ans.

Toutes et tous partagent un point commun : l’influence évidente du boys band sud-coréen sur leur vie. Confiance en soi, ouverture aux autres, motivation, créativité… BTS joue indéniablement un rôle clé. « La trilogie Love Yourself a été un pilier pour ma confiance en moi, et par extension, pour mon ouverture aux autres. Ils m’ont aussi appris le partage, l’amour, l’écoute, la persévérance et le courage », résume Emma.

« Ils m’ont aussi appris le partage, l’amour, l’écoute, la persévérance et le courage. »

Le groupe se distinguerait notamment par son authenticité et sa sensibilité, dans lesquelles les ARMYs se reconnaissent pleinement. « Ils n’ont pas peur d’aborder la santé mentale, la pression de la société ou leurs propres failles », souligne la jeune femme. Une sincérité qui renforce davantage le lien entre les fans et leurs idoles.

Au-delà des performances, des records et du succès mondial, BTS semble avoir construit quelque chose de plus rare : une connexion véritablement réciproque. « Ils me motivent à me dépasser chaque jour, me réconfortent dans les moments difficiles et me donnent de l’énergie lorsque je n’en ai plus. J’essaie de leur rendre ça en suivant ce qu’ils font et en les soutenant à mon échelle », explique Emma, 27 ans.

Une relation faite d’échanges, de soutien et d’émotions partagées – qui, pour beaucoup, a transformé bien plus que leurs playlists.

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Le Vinyliste d’avril : la sélection des 4 pépites vinyles du mois

Le Vinyliste est un club d’abonnement lancé par la Fnac pour les amateurs de vinyles. Chaque mois, les abonnés reçoivent chez eux un disque sélectionné par des disquaires Fnac, souvent en édition limitée ou exclusive, selon leurs goûts musicaux. Ils peuvent aussi échanger le vinyle s’il ne leur plaît pas et bénéficient d’avantages comme des réductions ou la livraison offerte.

Avril est le mois idéal pour explorer des textures sonores variées, du blanc immaculé à l’orange vitaminé. Que vous cherchiez à planer avec Air ou à monter le volume avec Booba, laissez-vous guider par les prescriptions de nos experts. 

Robbie Williams – BRITPOP (Exclusivité Fnac Vinyle Blanc)

Icône de la pop britannique, Robbie Williams revient avec BRITPOP, un projet qui célèbre l’énergie et l’insolence d’une époque dorée. Entre mélodies entêtantes et charisme débordant, cet album nous rappelle pourquoi l’ancien membre du boys band Take That reste le showman ultime. C’est un condensé d’efficacité pop qui s’écoute comme une déclaration d’amour à la culture UK, porté par une production qui réveille la nostalgie des années 90.

Pourquoi c’est une pépite ? Ce pressage en vinyle blanc exclusif est d’une élégance rare. Un indispensable pour tout amateur de pop qui se respecte, cherchant à enrichir sa collection d’un objet aussi classe à regarder qu’à écouter.

Booba – Ad vitam æternam (Vinyle Rouge Transparent)

Le « Duc » ne prend pas de retraite, il grave sa légende dans le marbre. Avec Ad vitam æternam, Booba livre un opus sombre et percutant de 10 titres, fidèle à son flow millimétré et à ses punchlines acérées. Le rappeur de Boulogne prouve une fois de plus sa capacité à dominer la scène urbaine française avec une production moderne qui ne laisse aucune place au hasard, confirmant son statut de pilier du genre.

Pourquoi c’est une pépite ? Le vinyle rouge transparent apporte une esthétique puissante à cet album déjà culte. C’est une pièce de choix pour les collectionneurs de rap français exigeants. 

Air – Moon Safari (Exclusivité Fnac Vinyle Orange)

Incontournable de la French Touch, Moon Safari est l’album qui a fait planer le monde entier à la fin des années 90. Le duo versaillais Air y déploie une électro-pop atmosphérique, douce et rétro-futuriste à travers 10 morceaux mythiques. Des titres comme Sexy Boy ou Kelly Watch the Stars sont devenus des classiques intemporels qui n’ont pas pris une ride et continuent d’inspirer les nouvelles générations par leur texture sonore unique.

Pourquoi c’est une pépite ? Pour célébrer cet héritage, cette édition en vinyle orange exclusif redonne des couleurs à ce voyage spatial. C’est le disque « chill » par excellence pour vos fins de journée printanières. 

Miossec – Simplifier (Exclusivité Fnac Vinyle Blanc)

Avec Simplifier, Christophe Miossec revient à l’essentiel à travers 11 titres intimes. Fidèle à sa plume acérée et à sa sincérité désarmante, l’artiste brestois livre un album presque dépouillé, où chaque mot pèse son poids. C’est de la chanson française artisanale et brute, qui demande une écoute attentive pour en saisir toute la poésie.

Pourquoi c’est une pépite ? Le choix du vinyle blanc exclusif souligne la sobriété de ce projet artistique. C’est une œuvre qui s’inscrit dans la lignée des grands auteurs, comme un moment suspendu.

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Jeunes, stylés et ultra-doués : The Molotovs électrisent le rock britannique

Leur nom de groupe sonne comme une déflagration, la promesse d’un cocktail forcément abrasif Et ça tombe bien : Wasted On Youth, leur premier album, est une petite bombe. The Molotovs, ce sont Issey et Matthew Cartlidge. Elle a 19 ans, lui à peine 18. Deux gamins biberonnés aux vinyles de leurs parents, qui, après avoir fait leurs armes dans les rues de Londres, ont fini par attirer l’attention du label Marshall Records. Jusqu’à s’imposer comme l’une des sensations musicales les plus excitantes de 2026.

Il est 11h du matin lorsque les deux têtes blondes elfiques de The Molotovs surgissent sur notre écran Zoom. Ce matin, Issey et Matthew ont troqué leurs flamboyantes sapes vintage pour des T-shirts noirs, l’air un peu ensommeillé mais la répartie affûtée. 

Et si au cours de l’interview, Matt rejettera le terme « rock » pour qualifier leur musique (« Trop large », avancera-t-il), force est de constater que ces deux post-ados s’inscrivent dans une tradition anglaise diablement vivante, fortement inspirée par le punk, le mod revival et le garage rock des années 60–80. Guitares nerveuses, chansons compactes et percutantes et attitude de dandys insolents, tout dans la fratrie Cartlidge évoque cette nouvelle génération brit qui parvient à fusionner urgence et nostalgie avec une facilité déconcertante. Rencontre.  

À quel moment avez-vous réalisé que jouer ensemble en tant que frère et sœur pouvait devenir quelque chose de sérieux ?

Issey : Je pense que c’est arrivé assez vite, dès qu’on a senti que ça fonctionnait bien. On a commencé en jouant un peu partout dans les rues de Londres, notamment dans les quartiers de Brixton, Camden – qui est un endroit emblématique pour le rock – mais aussi à Soho, Oxford Street… Quand tu joues dans la rue, personne n’a payé pour te voir, donc tu es presque une intrusion dans la journée des gens, pas un divertissement choisi. Mais quand les gens s’arrêtent, restent, écoutent vraiment, ça veut dire quelque chose.

On proposait un son qui allait puiser dans les années 70, le punk, et même plus loin dans les années 60 avec des groupes comme The Kinks ou The Who, toute la vague mod revival. Et comme ce genre de son n’était pas revenu depuis un moment, les gens avaient l’impression de découvrir quelque chose de nouveau. C’est à ce moment-là qu’on a compris que ça pouvait devenir sérieux.

N’est pas un peu agaçant que l’on parle invariablement de votre précocité ?

Issey : Pas vraiment. C’est juste un élément parmi d’autres. Le fait qu’on soit jeunes fait partie de nous, mais ce n’est pas ce qui définit le projet. On n’est pas là parce qu’on est jeunes comme dans un télé-crochet, c’est simplement une donnée.

Vous dites que vous faites « une musique jeune, faite par des jeunes pour des jeunes ». 

Matthew : Disons qu’aucun de nous n’a 20 ans. Donc forcément, on écrit depuis ce point de vue-là. Je ne peux pas écrire comme quelqu’un de 40 ans ou même de 25. Nos chansons sont inspirés par ce que l’on vit aujourd’hui. D’ailleurs, on a beaucoup de fans entre 13 et 22 ans et ils se reconnaissent dans notre musique.

Issey : Quand tu es jeune, tu simplifies des choses complexes. Tu es moins désabusé, plus optimiste. Les solutions les plus simples te paraissent les plus évidentes. C’est cette énergie-là qu’on met dans notre musique : quelque chose de passionné et d’optimiste.

Votre musique touche également des générations plus âgées. Parvenir à fédérer, réalisez-vous que c’est un petit miracle pour un premier album ?

Issey : Oui, on a vraiment pour ambition de rassembler les gens. La musique et la culture sont des outils incroyables pour ça. À nos concerts, il y a un mélange de publics : hommes, femmes, jeunes, personnes plus âgées. Celles et ceux qui ont connu le punk ou le mod revival retrouvent une sensation, et les plus jeunes découvrent ça pour la première fois. Chacun vient pour une raison différente, mais ça prouve que ce type de musique ne disparaît jamais.

Que pensent vos parents de votre groupe ?

Matthew : Ils adorent. Ils disent qu’on est le meilleur groupe du pays – et je ne plaisante pas.

Issey : Ils nous soutiennent énormément. Au début, notre père nous emmenait partout en voiture pour jouer. Ils ont toujours été derrière nous.

Avez-vous arrêté vos études ?

Matthew : Oui, on a quitté l’école assez tôt, avant même les examens. On voulait faire de la musique et l’école ne nous aidait pas dans ce sens. Pour moi c’était simple : soit tu continues, soit tu fais vraiment ce que tu veux.

Issey : On a fait ce choix. Le groupe, c’est toute notre vie. Ce n’est même pas un travail, c’est un mode de vie. Tout ce qu’on fait nourrit le groupe, donc il n’y avait plus de place pour les études.

TheMolotovs - Credit Derek Bremner

Le format duo est exigeant – impossible de se planquer. Pourquoi ce choix ?

Matthew : Au départ, on était deux, puis trois avec notre batteur Will Fooks, et ça fonctionne bien comme ça. On n’a jamais ressenti le besoin d’être plus nombreux.

Issey : C’est vraiment une dynamique de power trio. Personne n’est en retrait, tout le monde apporte quelque chose. Et puis, honnêtement, c’est déjà assez intense comme ça (rires).

Avez-vous des désaccords musicaux ?

Issey : Oui, en permanence. Mais c’est plutôt sain. C’est une sorte de débat musical continu, et ça fait avancer les choses.

Quel est le premier album qui vous a donné envie de faire de la musique ?

Matthew : Je ne me souviens plus exactement, mais j’écoutais beaucoup Green Day : je voulais être Billie Joe Armstrong (le chanteur de Green Day – Ndlr) quand j’étais plus jeune. 

Issey : Moi, je piochais surtout dans la collection de mes parents, notamment The Jam. Leur énergie et leur manière de canaliser la colère dans la musique m’ont marquée.

Quelles sont vos principales influences ?

Matthew : Je dirais The Undertones, The Jam. Ensuite j’ai Oasis, puis les Kinks et Small Faces.

Issey : J’adore The Libertines, Dexys Midnight Runners, The Beautiful South, The Housemartins… Un genre de pop politique, jungle pop, optimiste, très mélodique, des harmonies brillantes. Ça me fait vraiment vibrer.

Qu’est-ce qui définit le son du rock britannique selon vous ?

Issey : Il y a une forme d’arrogance, mais aussi beaucoup de style. Et surtout, un sens de la retenue : savoir s’arrêter au bon moment.

Matthew : La musique américaine est souvent plus théâtrale, plus démonstrative. Les Britanniques sont plus dans une forme de classicisme, de contrôle.

Comment rendre actuel un son inspiré du passé ?

Matthew : Juste parce qu’on est jeunes. Ça sort comme ça, naturellement. On a grandi avec 60 ans de musique derrière nous, donc forcément, même si on s’inspire du passé, ça passe par notre filtre.

Issey : Les grandes mélodies sont intemporelles. La soul, les groupes des années 60… Tout ça traverse les époques. Nous, on reprend ces éléments et on les fait passer à travers notre vision actuelle, dans les années 2020.

Votre look dandy rock est très travaillé. Comment l’avez-vous conçu ?

Issey : Dès le début, on voulait se démarquer, même quand on jouait dans la rue. On voyait beaucoup de styles influencés par le grunge américain, avec des fringues larges, un peu négligées. Nous, on voulait l’inverse : quelque chose de structuré, intentionnel. Des lignes nettes, des couleurs fortes, une vraie esthétique inspirée du pop art. Matthew est devenu plus preppy, style années 50 européen.

Matthew : Je mélange des influences des années 60, 80, 90, et de la mode européenne vintage.

Issey : S’habiller avec intention, ça change ton attitude. Ça donne une forme de fierté. On voulait aller à l’encontre de la nonchalance dominante.

Vous fréquentez les friperies pour créer vos silhouettes ?

Issey : Tout le temps ! Je fouille constamment dans des endroits vintage : les boutiques locales, les friperies caritatives, et on trouve aussi de très bons vinyles là-bas. J’ai récemment déniché 20 Golden Greats des Hollies. Un album brillant, l’une des meilleures compilations, du moins des années 60.

On travaille tous les deux avec beaucoup de marques de mode indépendantes vraiment chouettes. Récemment, j’ai collaboré avec un type, Stuart Trevor. Il a déjà travaillé avec All Saints. Son concept tourne autour de la réutilisation de vêtements vintage. Un véritable aspect de durabilité environnementale que je soutiens. La mode vintage est intemporelle.

Quelle est la chose la plus punk que vous ayez faite récemment ?

Matthew : Organiser des concerts dans des bibliothèques pour des jeunes, gratuitement.  Je dirais que c’est très DIY, très punk dans l’esprit.

Issey : Le parrain du punk, Paul Cook des Sex Pistols, est venu à l’un de nos concerts. Il est monté sur scène avec nous en jouant God Save the Queen à la batterie. C’était un peu comme être anobli.e par le roi.

Le rock est-il une réponse aux angoisses actuelles ?

Issey : On vit une époque très polarisée, notamment à cause des réseaux sociaux. Les gens sont pris dans une sorte de toile. On leur sert des contenus qu’ils soutiennent à fond, ou au contraire auxquels ils s’opposent complètement. Au final, on finit par voir tout le monde soit comme un ami, soit comme un ennemi. Ça place les gens dans deux camps opposés.

Récemment, on a fait notre plus gros concert en tête d’affiche à Londres au Electric Ballroom et je portais une robe avec le drapeau britannique. Ce drapeau est devenu un symbole associé au racisme. Alors que ce n’est pas ça à la base : c’est le drapeau du Royaume-Uni. C’est censé représenter l’unité.

Donc nous, on veut mettre en avant ce qui nous rassemble vraiment : la musique, les arts, la culture, ces lieux où les gens se rencontrent. C’est là que les gens créent du lien. Et c’est sur ça qu’il faut se concentrer : nos points communs plutôt que nos différences.

Comment avez-vous appris à être aussi à l’aise sur scène ?

Matthew : J’essaie toujours copier mes héros. Je pique notamment des trucs aux groupes que j’ai mentionnés plus tôt : les fringues, les guitares que je joue, les coupes de cheveux, les mouvements sur scène, ce genre de choses.

Issey : Je pense que pour Matt, tout est venu très naturellement. Tu as toujours été un performeur né. Moi, ça a pris plus de temps.

Et puis j‘ai vu une femme nommée Flavia Couri qui est chanteuse et guitariste dans un excellent groupe appelé The Courettes. Elle était là, sur scène, tenant sa guitare comme une mitraillette, fauchant la foule, avec une attitude d’assurance absolue. Voir cette femme si sûre d’elle a tout changé pour moi. Je pense que si on comparait nos performances aujourd’hui, on pourrait crier au plagiat !

Vous repreniez régulièrement des titres d’Oasis quand vous jouiez dans la rue. Votre album se clôture par la chanson Today’s Gonna Be Our Day, comme un écho aux paroles de leur tube Wonderwall. Est-ce une forme de passage de relais ?

Issey : Nous sommes de grands fans d’eux donc je ne vais pas rejeter cette étiquette. Nous les avons vus en concert pour leur reformation au stade de Wembley l’an dernier et notre nom est même sorti dans la presse comme suggestion des groupes qui devraient accompagner Oasis en première partie.

Si l’on devait résumer les années 90, alors Oasis serait celui qui resterait en mémoire. J’espère que nous deviendrons aussi gros qu’eux.

La musique française vous est-elle familière ?

Matthew : Pas énormément côté musique, mais la culture oui : traîner à la terrasse des cafés, fumer clope sur clope, prendre le temps…

Issey : J’aime Jacques Dutronc, le tube de Stone, C’est ma vie, ou encore des morceaux de Brigitte Bardot. On a aussi découvert pas mal de groupes garage rock français brillants recommandés par des DJs.

Allez-vous revenir bientôt en France ?

Issey : On a récemment fait un concert pour Arte à l’occasion des 10 ans de la mort de David Bowie, aux côtés de The Horrors, les Libertines, Anna Calvi – qui est fantastique. Mais oui, on prépare des choses en France cette année, promis.

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