Vue normale

Reçu hier — 22 avril 2026

Michael : quand se déroule le biopic événement ?

22 avril 2026 à 12:00

C’est l’un des films les plus attendus de l’année. Ce mercredi 22 avril, Michael débarque dans les salles de cinéma. Si une partie de la presse salue l’interprétation de Jaafar Jackson dans le rôle titre ou bien l’immersion de plusieurs scènes de concerts, l’autre pointe le manque d’objectivité du récit.

Il est vrai que le film d’Antoine Fuqua, après de nombreux reshoots — mais surtout guidé par la volonté des ayants-droit de Michael Jackson — ne raconte pas la totalité de sa vie, ignorant ainsi les accusations pédocriminelles qui ont entaché la fin de carrière de l’artiste avant son décès en 2009.

La bande-annonce de Michael.

Les premiers succès de Michael Jackson

Au lieu de cela, le film se concentre sur une période bien précise : son début de carrière au sein des Jackson 5 sous la houlette de son père. Puis, son ascension en solo aux côtés de Quincy Jones. Le long-métrage retrace ainsi les plus grands succès du Roi de la Pop, de ses premiers disques au sein de la Motown jusqu’à la fin des années 1980 ; décennie charnière durant laquelle Michael Jackson offrira au monde ses plus grands tubes de Off the Wall (1979) à Thriller (1982) en passant par Bad (1987).

Plus précisément, le film se termine sur la tournée mondiale de Bad quelques années seulement avant la sortie d’un autre album culte du chanteur : Dangerous (1991). En se concentrant sur les années 1970-1980, le biopic de Michael Jackson raconte ainsi les doutes de l’artiste, l’intimité du chanteur, mais surtout son émancipation vis-à-vis d’un père tyrannique, Joseph Jackson (incarné par Colman Domingo).

Colman Domingo dans Michael.

Si pour la presse ce choix scénaristique desserre le film, elle laisse en tout cas à la production la possibilité d’imaginer une seconde partie qui se concentrerait, peut-être, sur la suite de la carrière du Roi de la Pop. D’ici là, les fans peuvent déjà découvrir, dès aujourd’hui, le biopic Michael au cinéma.

Avec Tides of Tomorrow, DigixArt réinvente la narration vidéoludique

22 avril 2026 à 10:00

L’aventure débute comme dans un cauchemar. Le joueur ouvre les yeux au fond des abysses bleutés d’une mer inconnue. À peine éveillé, il inspire et ses poumons se remplissent d’eau salée. Il faut alors remonter à la surface en suffoquant et en espérant, brasse après brasse, ne pas mourir quelques secondes après avoir lancé le jeu. 

Heureusement, une main amie agrippe son bras et le hisse à bord d’un frêle esquif. On découvre alors Nahé qui, pendant positif et plein de vie de Charon, a la lourde tâche d’embarquer les âmes revenant des profondeurs et de leur expliquer le complexe concept de Tides of Tomorrow.

Le trailer de Tides of Tomorrow.

La fin du monde en technicolor

Dans ce jeu, nous incarnons un Tidewalker, l’un de ces êtres repêchés des flots et très mystérieusement liés entre eux. Cela se manifeste par ce qui fait le sel de l’expérience : le principe de Story-Link. En début de partie, le jeu nous fait sélectionner et suivre une personne ayant joué avant nous. Amis, streameurs ou inconnus, leurs actes vont modifier notre quête et les alentours. D’ailleurs, ces derniers se révèlent chatoyants. La direction artistique est bariolée, vive et presque joyeuse. 

Pourtant, c’est la fin du monde. Tout est submergé par les eaux. La Terre est devenue la mer et elle est remplie de cadavres et de plastique. Parlons-en. La dégradation des écosystèmes par polluants éternels a entraîné une nouvelle plaie : la « Plastemia ». Sans remède administré dans les temps, cette infection transforme lentement son porteur en statue non biodégradable. Il faudra chercher et compter les doses médicamenteuses durant toute l’aventure. Telles sont les bases du « plasticpunk », le genre post-apocalyptique coloré inventé par les Montpelliérains de DigixArt.

Tides of Tomorrow.

Leurs choix, nos conséquences

Adrien Poncet, Game Director du studio, l’explique dans un billet de blog : « Tides of Tomorrown’est pas un jeu multijoueur traditionnel. » C’est un titre solo, dont la narration est influencée par d’autres joueurs. Cela se traduit de nombreuses manières. 

On suit les pas d’un autre Tidewalker et on découvre l’état dans lequel ce dernier laisse le monde. Dans mon cas, c’était la streameuse LittleBigWhale. Les personnages du jeu se souvenaient de son passage. Elle avait « foutu le boxon » dans un bar. Nous, Tideswalkers, n’y étions plus les bienvenus. De fait, les implications peuvent être anecdotiques ou définir le destin même de personnages.

Le directeur précise : « Il y a plusieurs niveaux de modifications, avec un aspect macro et un aspect très micro. Par exemple, un des thèmes principaux est la rareté des ressources en pleine crise environnementale. Vous devrez souvent faire le choix entre garder vos ressources ou les laisser pour celles et ceux dans le besoin. » Ainsi, suivre un joueur aux traits chaotiques peut compliquer nos péripéties. Heureusement, en cours de route, il reste possible de changer de « seed » [nom des bases de données contenant les choix des joueurs].

Coordonner l’imprévisible

Chaque niveau est conçu avec un système de narration à embranchement. « Il y a des états, des sous-états et des éléments systémiques dépendant des actions du joueur. C’est un véritable défi de développement », résume Adrien Poncet.

Kévin Bard, le producteur de l’expérience, explique que l’écriture a donc été le challenge principal. « Il a fallu cinq versions du scénario ! Nous avons testé l’histoire sans éléments 3D, avec seulement du texte. Il était nécessaire d’équilibrer l’impact de la personne qu’on suit et celui du joueur lui-même. Les retours réguliers des testeurs nous ont aiguillés pour trouver la bonne formule. »

Autre difficulté : manette en main, on a le choix de sauver le monde ou de précipiter sa chute. Cependant, plusieurs élus peuvent-ils co-exister ? Kévin Bard répond : « Nous avons équilibré pour que le joueur prenne de plus en plus de place dans l’histoire, en faisant sentir la présence de l’autre joueur […] tout en amenant vers l’une des cinq grandes fins possibles et leur infinité de petites variations. »

Tides of Tomorrow.

Le streamer devient coauteur

Outre la perspective d’une aventure évolutive pour les amateurs de narration expérimentale, les développeurs ont pensé à une autre accroche : la communauté. Le bouche-à-oreille peut inciter des amis à jouer l’un après l’autre en se laissant embûches et cadeaux sur le chemin.

En parallèle, l’avenir du projet occitan dépendra certainement de l’accueil que lui feront les streamers. En jouant, un code s’affiche à l’écran. Le public peut l’enregistrer pour suivre la partie de son casteur préféré. Les plateformes Twitch, YouTube et autres deviennent coautrices de Tides of Tomorrow. Des noms tels qu’Atomium, Hugo Délire, Gomard ou LittleBigWhale ont déjà pu s’essayer à l’expérience. 

Les premières réactions sont plutôt bonnes. Sur les réseaux sociaux, certains s’étonnent même d’un concept qui rappelle le multijoueur asynchrone de Death Stranding, dans lequel il était possible de façonner le globe à plusieurs. Kévin Bard sourit : « Aurions-nous créé le deuxième “Death Stranding game” ? »

Boat 96

Toutefois, l’idée n’était pas de faire sciemment du Kojima. Fondé en 2015 par Yoan Fanise, le réalisateur de Soldats inconnus : mémoires de la Grande Guerre chez Ubisoft, le studio cherche toujours à innover dans la narration. « Nos productions ont un petit twist, qu’il soit artistique ou technique », confirme Kévin Bard. 

En 2018, le studio présente 11-11 Memories Retold, une nouvelle histoire sur la Première Guerre mondiale, publiée pour le centenaire de l’armistice, avec un style visuel inspiré de l’art impressionniste. À l’été 2021, les Occitans publient Road 96, qui raflera cinq prix à la cérémonie des Pégases, dont le titre de meilleur jeu vidéo indépendant. Le studio a, depuis, été racheté par THQ Nordic en 2021 et n’est plus indépendant.

Road 96 a donc placé Digixart sur la carte du jeu vidéo francophone. Le jeu conte les road trips d’adolescents fuyant une dictature. Sa spécificité : les rencontres et obstacles sont générés procéduralement. « À chaque trajet, le joueur peut mettre de l’argent sous un caillou, qui serait retrouvé par d’autres adolescents lors d’une nouvelle partie. » Émerge donc l’idée d’actions qui toucheraient d’autres joueurs. Alors, les bateaux de Tides of Tomorrow remplacent les voitures de Road 96.

Tides of Tomorrow.

French Flair & Occitan Touch

« Nous avons bossé trois ans et demi et nous étions 35 au pic de la production », se souvient Kévin Bard. L’Héraultais est aussi président de Push Start, l’association qui accompagne les développeurs de la région. « L’Occitanie fait des razzias chaque année aux Pégases ! Le collectif aide la création locale, les expertises se partagent. D’ailleurs, les développeurs de Clair-Obscur Expédition 33 nous ont aidés sur la partie optimisation… Mais on ne remerciera jamais assez Ubisoft. »

En effet, dans le sillage du géant français, on trouve des développeurs talentueux qui lancent leurs productions indépendantes grâce aux compétences qu’ils ont emmagasinées. Le 22 avril, Tides of Tomorrow sera la prochaine création d’anciens d’Ubi à Montpellier. Le titre sera rapidement suivi par Adorable Adventure, l’épopée d’un marcassin, que Wild Sheep Studio publie le 30 avril. Après la French Touch, l’Occitan Touch ?

La poupée : faut-il voir la nouvelle comédie avec Vincent Macaigne et Cécile de France ?

22 avril 2026 à 06:00

Rémi (Vincent Macaigne) partage sa vie avec une femme… en plastique. En effet, après une lourde rupture amoureuse, ce commercial spécialisé dans la pelouse synthétique se paie quotidiennement les services d’une poupée, Andrey (Zoé Marchal), qui, de manière inexplicable, va un jour prendre vie. Au même moment, au travail, une nouvelle intérimaire, Patricia (Cécile de France), débarque. De quoi chambouler les certitudes de Rémi, qui avait jusqu’alors perdu foi en l’amour.

Vincent Macaigne et Cécile de France dans La poupée.

L’éveil féministe

Avec La poupée, Sophie Beaulieu – qui signe également le scénario – présente un film aussi absurde que féministe. Car, au-delà de la simple comédie romantique sur fond de triangle amoureux, le long-métrage est également le récit initiatique de Rémi à travers les relations humaines, et de sa « doll » désormais humaine incarnée avec brio par Zoé Marchal. Cette dernière s’ouvre au monde, l’interroge et expérimente ainsi les méandres féminins, entre contraintes patriarcales et envies d’indépendance.

À ce propos, les personnages féminins qui peuplent l’écran témoignent de cette liberté. Patricia ne rêve que d’une chose : devenir monitrice de parapente. La sœur de Rémi est une membre active de son cercle des femmes, tandis qu’Audrey tente de combattre les préjugés masculins à travers son éveil féministe. Il se dégage ainsi de La poupée un propos aussi fort que subtilement amené sur la condition féminine.

Vincent Macaigne, Zoé Marchal et Cécile de France dans La poupée.

Son trio comique

Le film n’en oublie pas pour autant son pouvoir comique grâce à son trio de tête. Vincent Macaigne se glisse à nouveau dans la peau d’un homme en mal d’amour et retrouve pour l’occasion sa partenaire de jeu de La venue de l’avenir (2025), Cécile de France. Après avoir campé une restauratrice de musée en roue libre dans le long-métrage de Cédric Klapisch, l’année dernière, l’actrice déploie un jeu drolatique, toujours aussi naturel. Zoé Marchal, révélation du long-métrage, incarne, sous ses airs de bimbo, une poupée au franc-parler amusant.

Ceci étant dit, La poupée demeure un film assez confidentiel, que ce soit dans sa mise en scène ou bien dans son rythme. Si Sophie Beaulieu utilise à merveille des décors presque anesthésiés ou synthétiques afin de parachever sa démonstration autour de l’univers superficiel de la poupée, le long-métrage peine parfois à convaincre par l’absurdité de son ton.

La bande-annonce de La poupée.

Rappelant le principe de la dramédie Une fiancée pas comme les autres (2007) avec Ryan Gosling, cette comédie fantastique manque parfois d’envergure ou d’émotion pour véritablement convaincre. Restera tout de même son atmosphère, mais surtout un casting au pouvoir comique réussi. Pour un premier film, Sophie Beaulieu offre une œuvre cinématographique décalée et prometteuse.

Reçu avant avant-hier

Frédéric Martel pour Occidents – Enquête sur nos ennemis : “Aujourd’hui, nous n’avons plus le droit de jouer avec le feu”

21 avril 2026 à 15:00

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de cet essai ? Est-ce qu’il y avait une forme d’alerte ?

Ce n’est pas un livre de circonstance. Les recherches m’ont pris huit années, mais je ne l’ai pas écrit pour qu’il paraisse aujourd’hui précisément. Un livre se construit durant un long processus : il mûrit à partir d’entretiens, de voyages. Le projet est simple au départ : je suis un Français qui ne comprend pas bien ce qui se passe au niveau international. Pourquoi la Chine de Xi Jinping nous déteste-t-elle ? Comment expliquer le premier mandat de Trump et plus encore le second ? Pourquoi Poutine attaque-t-il l’Ukraine dès 2014 et à nouveau en février 2022 ? Comment comprendre les victoires électorales de l’extrême droite ou de l’extrême gauche un peu partout dans le monde ?

Face à ce chaos du monde, j’ai fait le choix de ne pas écrire un essai théorique, mais d’aller sur le terrain. Le pari était d’aller au contact de ceux qui nous critiquent et de les écouter. Leur poser des questions sur leur refus de la démocratie, leur rejet des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Ensuite, une fois ces discours présentés, je les déconstruis et je démasque ces propagandistes antidémocratiques. Le livre est structuré de manière thématique – droits de l’homme, colonialisme, économie de marché, liberté des médias –, avec une dimension géographique pour éviter un ensemble trop abstrait. 

L’Occident aujourd’hui – ou plutôt les Occidents –, c’est quoi ?

La nouveauté de notre époque est que nous sommes encerclés par deux “occidentalismes” : ce que j’appelle dans mon livre “l’Occident moins”, c’est-à-dire la critique classique de l’Occident venant de la gauche communiste ou tiers-mondiste. Du léninisme au castrisme, du trotskisme au maoïsme, il réunit tous ceux qui veulent détruire nos idées, ou en tout cas les dépasser, pour des raisons économiques, politiques ou morales. Cette critique domine aujourd’hui le soi-disant “Sud global” et ses penseurs. Mais j’ai compris qu’en miroir, il y a aussi un “Occident plus” : un courant qui, de J.D. Vance à Steve Bannon, en passant par Viktor Orban ou Javier Milei, nous critique parce que nous aurions trahi nos valeurs. C’est cela le Trumpisme – et c’est pourquoi nous sommes encerclés à l’Est et désormais à l’Ouest.

« Dans Occidents, je ne suis pas dans la théorie, je ne suis pas dans l’essai, je suis dans une enquête. »

Frédéric Martel

Selon ces autres ennemis, nous aurions perdu le sens de la religion, de la famille, on serait devenu “woke”. Quand j’ai rencontré Alexandre Douguine, propagandiste fasciste de Poutine, il m’a confié qu’il n’aimait pas l’Occident actuel : c’est un anti-moderne qui veut restaurer les valeurs occidentales d’avant le grand schisme de 1054.

Pour les uns, il y a donc trop d’Occident ; pour les autres, pas assez. Mais ces deux critiques se rejoignent dans leur détestation de la modernité et de la liberté. Elles sont les deux faces d’une même pièce. Cette jonction des idées de l’extrême gauche anti-occidentale et de l’extrême droite hyper-occidentale est la grande nouveauté de notre époque. C’est cela ma thèse. 

Pour une part, j’essaie d’écrire un livre sur cet occidentalisme qui serait, d’une certaine manière, le pendant d’Edward Saïd et de son ouvrage Orientalism, qui analysait les préjugés des Occidentaux sur l’Orient. Moi, je fais l’inverse : j’interroge le monde sur ses préjugés envers l’Occident. Ce que je montre, c’est que beaucoup de nos adversaires se sont inventé un ennemi fictif et théorique. Derrière le mot “Occident”, ils projettent leurs ressentiments, leur haine, leur inimitié – mais ce dont ils parlent n’est pas nous.

Parfois, ils visent Israël, parfois les États-Unis, parfois le capitalisme, parfois le “wokisme”. Ils mélangent tout. Cet “Occident” est une construction imaginaire. Prenons la Chine : elle nous accuse d’ultracapitalisme, alors qu’elle est elle-même l’un des systèmes les plus capitalistes au monde. De même, on nous accuse d’être colonialistes, alors que les colonialistes d’aujourd’hui sont la Russie en Ukraine, la Chine à Hong Kong ou vis-à-vis de Taïwan, l’Algérie vis-à-vis des Kabyles, du Sahara occidental et plus largement de toute la population algérienne qui est colonisée par la dictature FLN. L’idée du livre est donc de démonter ces mensonges et cet Occident fantasmé.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris au cours de votre enquête ?

Le monde bouge en permanence : élections, crises, coups d’État… Mais mon objectif est de dégager des tendances durables. Je m’appuie, par exemple, sur la Conférence de Bandung de 1955 pour analyser les discours sur le colonialisme ; je suis allé à Bandung, en Indonésie, et j’ai retrouvé ceux qui ont pensé cette conférence. 

Concernant les États-Unis, je connais bien ce pays, j’ai fait ma thèse sur le pays et écrit plusieurs livres à ce sujet. La droite ultraconservatrice, religieuse, anti-élites n’est pas nouvelle. Mais Donald Trump en est un produit – un produit radicalisé, avec des méthodes qui flirtent avec des formes d’autoritarisme. C’est là une évolution importante.

Comment avez-vous vécu ce travail de terrain ?

Ce livre s’inscrit dans la continuité de mes précédents travaux, comme Sodoma, sur la vie sexuelle au Vatican, ou Mainstream sur la culture de masse. Je mêle plusieurs approches : journalistique (entretiens, reportage), académique (lectures, articles scientifiques) et statistique ou documentaire. Je n’ai pas écrit un essai depuis mon bureau parisien. Je suis allé voir ce qui se passe. Surtout, je ne suis pas allé voir “nos amis”, mais nos ennemis. C’est ma méthode. 

J’ai mené près de 2 000 entretiens dans 52 pays. Parfois, je suis retourné dix fois dans un même pays pour revoir les mêmes personnes. Mon objectif : comprendre ceux qui nous déteste pour être mieux armé pour les combattre. Parce que, pour lutter contre eux, il faut d’abord les connaître. Dans Occidents, je ne suis pas dans la théorie, je ne suis pas dans l’essai, je suis dans une enquête. Un reportage “at large”, comme on dit en anglais, dans lequel je raconte ce que j’ai vu et, je l’espère, compris. 

L’Europe n’est-elle pas aussi en train de perdre la bataille du récit ?

J’ai longtemps été critique envers l’Union européenne – et ces critiques restent en partie valables : bureaucratie, éloignement du peuple, élitisme. Mais, à l’échelle internationale, ces défauts deviennent secondaires face aux dangers actuels. Et surtout à l’urgence de défendre nos valeurs. 

Je dirais que cette enquête m’a rendu encore plus Européen. Nous sommes engagés dans une guerre idéologique. Et nous ne pouvons plus rester passifs. Le livre parle beaucoup de nos ennemis, mais aussi de nos faiblesses internes – de ceux qui, parfois, relativisent ou contestent nos valeurs. Les chevaux de Troie interne. Aujourd’hui, nous n’avons plus le droit de jouer avec le feu. C’est d’ailleurs une image que l’on retrouve sur la couverture du livre avec la boîte d’allumettes. Je décris ceux qui jouent avec les allumettes et veulent mettre le feu.

L’Occident va-t-il évoluer dans les prochaines décennies ?

Pour moi, l’Occident est une métaphore. Une invention de nos adversaires. Il n’existe pas, ni sur le plan géographique (Israël, l’Australie, le Japon ne sont pas à l’Ouest), ni sur le plan économique, ni sur le plan idéologique (l’Inde, le Brésil sont aussi des démocraties). En revanche, les valeurs associées à l’Occident ou, disons, à l’Europe – démocratie, liberté, État de droit – sont universelles. Elles ne sont pas “occidentales”. Elles sont défendues partout dans le monde, de Taïwan à Hong Kong, de Téhéran à Caracas. Elles ont été formalisées notamment dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par la quasi-totalité des pays de l’ONU de l’époque. Ces valeurs sont universelles et, surtout, c’est le mot important, “universalisables”. Les valeurs de la Chine de Xi, de la Russie de Poutine, des Mollahs iraniens ou du Venezuela de Maduro ne sont pas “universalisables”. 

C’est le message que vous souhaitez transmettre à vos lecteurs et lectrices ?

Oui. C’est un constat, mais aussi un livre de combat. Je pense qu’il faut dire les choses : nous sommes en guerre idéologique. Et si nous voulons gagner cette guerre, il nous faut défendre nos idées plutôt que de passer notre temps à parler de la “désoccidentalisation du monde” – ce qui n’est pas une grille de lecture sérieuse. La force de nos valeurs et la défense de l’Occident et de l’Europe sont un combat plus juste.



Movie, de Sofiane Pamart : bande originale d’un artiste

17 avril 2026 à 06:00

Sofiane Pamart est de retour. Trois ans après son dernier album, Noche, l’artiste présente Movie, un album ambitieux pensé comme une œuvre à la fois musicale et visuelle, porté par des sonorités délicates et un casting de voix uniques. Dès l’ouverture, Wyclef Jean donne le ton avec There’ll Be a Day, un morceau teinté de blues qui installe une atmosphère feutrée, presque introspective.

Un album intime

Très vite, l’album dévoile ses multiples visages. La voix cassante de Celeste avec Watching You apporte une intensité fragile, suspendue, tandis que les interludes de piano – The Knight CeremonyBeautyDirector’s Cut – structurent le disque comme des séquences de cinéma. Ces respirations instrumentales donnent ainsi leur nom à l’album et en font une création particulièrement cinématographique, où chaque morceau semble répondre à un plan, une émotion, un mouvement de caméra. En témoigne notamment le grandiose Your Eyes on Sunset, outro de l’album, que l’on imagine tout droit sorti du grand écran.

Trailer de l’album Movie de Sofiane Pamart.

Mais, outre ces sonorités qui nous rappellent les plus grands longs-métrages, Movie est aussi une invitation dans la psyché des artistes. Ainsi, dans Midnight in California, Jimmy Butler nous entraîne dans un slam au piano afin de questionner la résilience artistique. On plonge dans son intimité quand sonne minuit en Californie, alors qu’il se questionne sur le succès. Une façon pour Sofiane Pamart de regarder lui-même dans le rétroviseur alors qu’il offre aujourd’hui son quatrième album et que se dessine, dans un an, son premier Stade de France.

Cette introspection se poursuit avec I Am What I Am, porté par Loreen, dont les envolées de voix surprenantes élèvent le morceau vers quelque chose de presque mystique. À l’inverse, Moviestar avec Rema fonctionne moins : le titre cherche à hybrider les genres, sans réellement convaincre. Le mélange « autotune » et RnB donne l’impression de deux univers qui cohabitent sans réellement dialoguer. La fusion est en revanche plus aboutie sur How to Love, en featuring avec Rimon & Rilès, sur lequel on redécouvre le performeur de Survival Mode (2025), ou encore sur Butterfly Butterfly avec Oscar and the Wolf, dont la couleur musicale rappelle un certain Post Malone.

Même constat, d’ailleurs, avec Piano Sonata, sur lequel J Balvin dévoile une nouvelle facette. L’espagnol apporte une dimension dramatique et une puissance inattendue, preuve que Pamart maîtrise de mieux en mieux l’art du mélange des styles.

Un mélange des genres réussi ?

Cette maîtrise se poursuit avec You’ve Been Away, en featuring avec Christine and the Queens, qui s’impose comme un autre grand moment. Il est impressionnant de voir à quel point la voix de l’artiste se mêle extraordinairement bien au piano de Sofiane Pamart. Le morceau navigue entre jazz, gospel et pop avec une fluidité rare. Dans cette même veine, Gimme Love Orchestra avec Sia prolonge cette exploration : un mélange des genres plus abouti, porté par la puissance de la chanteuse et la délicatesse de sa voix, enrichie de chœurs.

Autre voix féminine, celle de la magnétique Mélodie Gardot, reine du jazz et du blues moderne sur A Kiss A Kill. La chanteuse impose son empreinte sur un titre sobre et subtil, comme sa voix. Movie fait la part belle aux femmes. La preuve, enfin, avec Nelly Furtado qui conclut l’album avec le délicat Like an Angel.

Avec Movie, Sofiane Pamart signe un album dense, parfois inégal dans ses tentatives de fusion, mais constamment habité. Une œuvre dont le piano reste le fil conducteur, liant des univers disparates en une histoire intime. Un film sonore ambitieux, qui interroge sa place en tant qu’artiste, entre bande originale et journal introspectif.

Une fille en or : faut-il voir cette comédie romantique avec Pauline Clément ?

15 avril 2026 à 06:00

Attendu le 15 avril dans les salles obscures françaises, Une fille en or suit Clémence (Pauline Clément, de la Comédie-Française). Un jour, elle prend conscience que personne ne l’a jamais admirée. Alors, comment retrouver la confiance en soi ? Bercée par les illusions d’une enfance chaotique et alors que son père vient de mourir, Clémence décide de prendre sa vie en main. Au même moment, elle fait la rencontre de Paul (Arthur Dupont), un patron autoritaire que personne n’impressionne. À son contact, Clémence comprend qu’elle vaut plus que ce qu’elle croit.

Pauline Clément de la Comédie-Française et Arthur Dupont dans Une fille en or.

Une comédie peu surprenante

Avec Une fille en or, le réalisateur Jean-Luc Gaget (J’ai tué Clémence Acéra, L’effet aquatique…) offre une comédie romantique dont la démonstration est loin d’être surprenante. Ici, les opposés s’attirent. Une dichotomie qui fonde la base humoristique et émotionnelle du long-métrage ainsi que la dynamique des personnages.

Toutefois, malgré les possibilités du ressort, le film nous laisse sans arrêt en dehors de ces idées. La faute à une écriture sensible, mais attendue, parfois même absurde, qui a du mal à convaincre pour que le spectateur s’investisse réellement. Sur fond de dissection du couple et analyse de la confiance en soi, Une fille en or apparaît ainsi plus émouvant que drôle.

Pauline Clément de la Comédie-Française et Arthur Dupont dans Une fille en or.

Un casting en or ?

En effet, quelques scènes attendrissantes nourrissent un récit qui reste souvent plat. On retiendra ainsi l’obsession attachante de Bianca (superbe Émilie Caen) pour Karine Viard, sa voisine ; les efforts de son mari, Bernard, pour sauver son couple ; l’admirateur de Clémence ; ou encore l’envie d’Arthur Dupont de proposer un chef d’entreprise spécialisé dans la vidéosurveillance trop pragmatique, sauf quand il s’agit d’aller voir un voyant.

Dans cette galerie de personnages plaisante, Pauline Clément surnage, capable du plus drôle comme du plus charmant. Si l’histoire et l’écriture ne sont pas à la hauteur de son talent comique, l’actrice incarne avec naïveté et tendresse cette jeune femme en mal d’amour, bien décidée à reprendre sa vie en main.

La bande-annonce de Une fille en or.

Ceci étant dit, et malgré la justesse de son casting, Une fille en or a du mal à convaincre à cause de sa mise en scène. Les quelques lignes de dialogues bien senties ne parviendront jamais à sauver le film de Jean-Luc Gaget, qui s’embourbe dans un rythme bien trop lent par rapport à sa promesse « humoristique ». Le long-métrage oscille sans arrêt entre une drôlerie qui ne repousse jamais les limites et une proposition cinématographique délicate, mais peu convaincante. Reste donc sa comédienne en or, Pauline Clément, que l’on retrouvera prochainement à l’affiche de la comédie de Bertrand Usclat, De la Comédie-Française, récompensée cette année à l’Alpe d’Huez.

Festivals été 2026 : dates, programmations et billetterie

13 avril 2026 à 12:30

(1) We Love Green

Dates : 5, 6 et 7 juin 2026.

Lieu : Bois de Vincennes, Paris.

Têtes d’affiches : Addison Rae, Disiz, Gorillaz, Feu! Chatterton, Theodora et Sébastien Tellier.

Talents émergents : Marguerite, Danyl, Yoa, Oklou.

Billetterie : Pass 1 jour encore disponible ainsi que le Pass 3 Jours sur le site de la Fnac.

(2) Hellfest

Dates : Du 18 au 21 juin 2026.

Lieu : Clisson.

Têtes d’affiches : Iron Maiden, Bring Me The Horizon, Limp Bizkit, The Offspring, Helloween et Accept.

Talents émergents : Sepultura, Ultra Vomit (incontournable humour/metal), Cult of Luna.

Billetterie : Les pass 4 jours sont tous épuisés sur le site officiel du festival tout comme les billets 1 jour.

(3) Solidays

Dates : Du 26 au 28 juin 2026.

Lieu : Hippodrome de Paris-Longchamp.

Têtes d’affiches : Orelsan, Gims, Bigflo & Oli, Zara Larsson, Josman et Vladimir Cauchemar.

Talents émergents : Jolagreen23, Alessi Rose, Sam Sauvage, La Rvfleuze.

Billetterie : Pass 1 jour à partir de 64 €. Pass Nuit (vendredi ou samedi) dès 35 €. Pass 3 jours à partir de 149 € sur le site de la Fnac.

(4) Les Eurockéennes de Belfort

Dates : Du 2 au 5 juillet 2026.

Lieu : Presqu’île du Malsaucy, Belfort.

Têtes d’affiches : The Offspring, Aya Nakamura, Orelsan, Pulp, The Lumineers, Ben Harper et Josman.

Talents émergents : Upchuck, Joe Yorke, Ino Casablanca, The Sophs.

Billetterie : Billet 1 jour à 67 €. Pass 3 jours (165 €) et 4 jours (209 €), disponibles sur le site de la Fnac.

(5) Les Vielles Charrues

Dates : Du 16 au 19 juillet 2026.

Lieu : Carhaix.

Têtes d’affiches : Nick Cave and the Black Seeds, Katy Perry, Aya Nakamura, Orelsan, Mika.

Talents émergents : Asfar Shamsi, Luiza, Bonne nuit, Lalalar.

Billetterie : Pass 3 jours et Pass 4 jours épuises, et Pass 1 jour disponibles à 56 €.

(6) Rock en Seine

Dates : Du 26 au 30 août 2026.

Lieu : Domaine National de Saint-Cloud.

Têtes d’affiches : The Cure, Tyler, The Creator, Nick Cave & The Bad Seeds, Lorde, The Black Keys, Franz Ferdinand, Interpol et Deftones.

Talents émergents : Ravyn Lenae, Sam Quealy, miki, sombr, Dry Cleaning

Billetterie : Pass 1 jour disponibles à entre 89 € et 99 €. Forfaits Pass 2 à 149 €, Forfait Pass 3 jours à 199 € et Forfait Pass 4 jours épuisé, sur le site de la Fnac.

Studio MinaLima revisite Le petit prince : “On a espoir d’apporter un nouveau regard”

11 avril 2026 à 06:00

Depuis sa publication en 1943, Le petit prince traverse les générations. Texte fondateur pour certains, livre d’enfance pour d’autres, il est surtout un ouvrage qui se redécouvre sans cesse. Cette année, le Studio MinaLima s’approprie l’histoire d’Antoine de Saint-Exupéry avec une édition illustrée et interactive, qui nous invite à redécouvrir une œuvre que l’on pensait déjà bien connaître. Rencontre.

Revisiter Le petit prince, ça n’est pas rien : comment ce projet est-il arrivé jusqu’à vous ?

Miraphora Mina : Ça faisait des années que l’on parlait aux personnes qui gèrent Le petit prince en leur disant qu’on voulait illustrer le livre. La réponse est venue de la part de Gallimard et de la famille de Saint-Exupéry. Ils nous ont invités à créer une édition spéciale pour célébrer les 80 ans de cet ouvrage.

Est-ce qu’il y a des éléments qui vous ont semblé plus difficiles à adapter visuellement ?

M. M. : L’idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale iconique, qui est extrêmement aimée, à la fois en France et dans le monde entier. On s’est donc demandé comment faire quelque chose de nouveau, de différent, mais qui, on l’espère, sera tout aussi apprécié. C’était un grand défi, et notre idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale, visuellement. On nous a donné carte blanche, mais… on a choisi de ne pas utiliser une touche de blanc !

Justement, avec quels outils avez-vous travaillé ?

M. M. : On commence toujours avec des crayons, des croquis, sur du papier. Mais ici, dès le départ, il y a eu une réflexion sur la palette de couleurs utilisée. On a fait le choix d’utiliser des couleurs fortes, puissantes, de donner une identité à chacun des mondes que Le Petit Prince va traverser, à chacune des planètes. On voulait que ces mêmes planètes deviennent vivantes.

Eduardo Lima : Ensuite, on a utilisé des outils numériques comme Photoshop.

Pour mieux comprendre les coulisses de la création : travaillez-vous ensemble ou séparément ?

M. M. : Nous travaillons avec une équipe de cinq à six personnes. Généralement, on donne une direction générale ainsi que des éléments-clés. Ici, par exemple : l’écharpe du Petit Prince, la typographie, etc. Ensuite, c’est un travail d’équipe. Il y a des gens spécialisés dans le développement des personnages, d’autres dans les décors.

E. L. : Par ailleurs, on a déjà revisité 11 classiques, dont Harry Potter : désormais, on a une formule solide.

Cette édition est, comme souvent, très interactive, puisque le livre contient notamment huit pop-up. Y avait-il des scènes dont vous saviez qu’elles seraient parfaites pour une telle animation ?

M. M. : C’est une réflexion qui intervient dans les premières étapes. On a d’abord des envies, des scènes qui nous viennent, mais il faut aussi composer avec le fait qu’il doit y avoir un certain rythme dans le livre, une répartition des pages qui contiennent des animations. Ce cadeau de l’interaction doit être bien rythmé pour le lecteur. C’est un peu comme lorsqu’on construit une maison : on ne peut pas mettre toutes les portes au même endroit. Parfois, il faut faire des compromis et choisir d’animer des scènes qu’on n’avait pas forcément pensé à animer au départ. 

Est-ce qu’il y a malgré tout des scènes qui se sont imposées visuellement plus que d’autres ? Certaines qui étaient non négociables ?

M. M. : Oui, par exemple, la scène avec le renard, qui est une scène très théâtrale. C’est vraiment un élément de création d’univers pour l’auteur à cet endroit-là. Et puis, il y a la scène de la rose qui est comme un cadeau, une révélation.

Est-ce que vous avez caché des détails, des “easter eggs” pour les lecteurs attentifs ?

M. M. : Je ne dirais pas forcément qu’on a caché des éléments, mais nous donnons énormément d’importance à tous les détails. Par exemple, les planètes ont toutes des visages, et elles ne regardent pas n’importe où : on voit bien qu’elles sont en train de veiller sur le Petit Prince. Par exemple, la planète où l’on voit tous les éléphants, l’un d’entre eux n’a pas réussi à atteindre la planète. On s’est donc dit que ce serait drôle, dans un prochain livre, qu’on retrouve cet éléphant-là, en se disant qu’il a fini par atterrir quelque part.

E. L. : De la même manière, pour la fin, il y a une illustration où on voit le Petit Prince qui pourrait veiller sur nous depuis sa planète. Pour finir, on a placé au début plusieurs éléments qui suggèrent ce qui pourrait se passer par la suite.

Est-ce qu’il y a des images qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas été retenues ?

M. M. : Au départ, on avait envie d’en mettre beaucoup plus, mais il a fallu se rendre à l’évidence : le livre ne pouvait pas être trop long. Je pense qu’on a réussi à en mettre beaucoup, mais c’est toujours une décision très difficile pour nous de savoir combien il y aura d’illustrations, parce qu’on a toujours envie de tout illustrer.

Est-ce qu’on peut encore surprendre avec une œuvre que tout le monde croit connaître ?

M. M. : J’espère ! Ce sera aux lecteurs de nous le dire. C’est vrai que, lorsqu’on part d’une histoire qui est déjà si connue et qu’on nous donne la liberté d’apporter quelque chose de nouveau, on a espoir d’apporter un regard inédit.

E. L. : Et puis, nous avons déjà l’expérience des classiques, des histoires très connues, vendues à des milliers et des milliers d’exemplaires à travers le monde. Et pourtant, les lecteurs sont toujours intéressés de les redécouvrir avec une nouvelle perspective.  C’est aussi pour nous l’idée d’apporter un nouvel équilibre avec l’essor du digital. Les gens ont envie de pouvoir toucher le papier. Par exemple, ils ont beau connaître l’histoire de Frankenstein, ils sont ravis de pouvoir la découvrir d’une autre façon.

Ce type de livre nous dit également quelque chose du rapport à la lecture…

E. L. : Je pense que cette manière de présenter les livres est aussi une petite révolution. On l’entend beaucoup de la part des enfants et des professeurs. C’est aussi effrayant d’avoir un énorme bloc de texte. On nous dit que ça aide énormément les enfants à appréhender un ouvrage, le fait qu’il y ait une petite surprise à la page suivante. On nous dit aussi que beaucoup d’adultes sont attirés par ces livres-là, et se remettent à lire grâce à ça.

C’est l’éternelle question : Le petit prince est-il un livre pour enfants ou pour adultes ?

M. M. : Évidemment pour tous les âges, et pour les adultes qui ont un cœur d’enfant !

Pour finir, est-ce qu’il y a une réflexion, une phrase du Petit prince qui vous accompagne encore aujourd’hui ?

M. M. : Les adultes sont si étranges. Le Petit Prince n’arrête pas de le répéter pour expliquer qu’on doit regarder le monde d’une façon différente.

Les stand-up et spectacles d’humour à voir au printemps

10 avril 2026 à 07:15

(1) Thomas Marty : nouveau spectacle, de Thomas Marty

Thomas Marty confirme sa singularité dans le paysage de la comédie française avec son seul-en-scène détonnant, sobrement nommé Nouveau spectacle faisant suite à un premier show couronné de succès. Star des réseaux sociaux aux millions de vues, l’humoriste parle de sa vie, de son évolution, de son humeur et de son état d’esprit changeant avec les années, gagnant en maturité mais aussi en perspicacité.

Un spectacle authentique et drôle, à voir à Paris au Théâtre de la Gaîté Montparnasse et en tournée dans toute la France.

Thomas Marty : nouveau spectacle de Thomas Marty, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris, du 8 janvier au 26 juin 2026 puis en tournée à travers la France.

(2) Sexe, Grog et Rocking Chair, d’Alex Lutz

Troisième spectacle d’Alex Lutz, Sexe, Grog et Rocking Chair est de retour de janvier à avril 2026 au Cirque d’Hiver à Paris. Entre son travail de comédien et de réalisateur, Alex Lutz retrouve la scène et aborde avec humour et authenticité les thèmes phares de l’époque, le passage du temps, les évolutions techniques et technologiques ainsi que les différentes tendances du moment.

Un seul-en-scène cathartique qui ne cache pas son ambition et sa richesse, jouant avec les styles, les tons et les genres, du drame intense à la comédie sincère.

Sexe, Grog et Rocking Chair d’Alex Lutz, au Cirque d’Hiver de Paris, du 5 janvier au 26 avril 2026 puis en tournée en France en 2026.

(3) Tom Boudet vous dit quoi, de Tom Boudet

Stand-up personnel et parlant à toute une génération, Tom Boudet vous dit quoi est un spectacle dans lequel l’humoriste incarne plusieurs personnages afin de traiter de la vingtaine, d’évoquer son enfance, ses doutes, ses craintes et ses vérités. En s’adonnant à ce récit introspectif, il crée un lien avec le public et touche les autres grâce à son humour et sa spontanéité.

Tom Boudet vous dit quoi est à découvrir de janvier à juin 2026 au Point Virgule à Paris puis en tournée dans toute la France.

Tom Boudet vous dit quoi, de Tom Boudet, au Point-Virgule, à Paris, du 5 janvier au 29 juin 2026, et en tournée en France du 21 janvier au 29 mai 2026.

(4) Mahé s’installe, de Mahé

Entre sketchs, improvisations et stand-up, Mahé propose un spectacle inventif et drôle dans Mahé s’installe et raconte son parcours semé d’embuches et les obstacles rencontrés dans sa vie, avec une dose importante d’auto-dérision et d’humour. Nouvelle voix importante de la comédie et de l’humour, Mahé est à voir de janvier à avril au Point Virgule, à Paris, puis à L’Européen en juin, mais aussi en tournée dans toute la France de janvier à mai 2026.

Son spectacle promet une dose importante de bonne humeur et de rire, en parlant de situations connues ou rencontrées par tous et toutes.

Mahé s’installe de Mahé, au Point Virgule, à Paris, du 18 janvier au 26 avril 2026, à L’Européen les 3 et 4 juin 2026, et en tournée en France du 17 janvier au 29 mai 2026.

(5) Chantal Ladesou : le retour, de Chantal Ladesou

L’actrice et humoriste Chantal Ladesou revient déjà avec un spectacle inédit intitulé Chantal Ladesou : le retour, en tournée pour quelques dates à travers la France à partir de janvier 2026. Mélange de stand-up, de seule-en-scène et de pièce de théâtre, elle offre une expérience marquée par son caractère, par son tempérament, son franc parlé et sa liberté artistique. À son image, Chantal Ladesou : le retour est un show aussi drôle qu’incisif.

Chantal Ladesou : le retour de Chantal Ladesou, en tournée à travers la France, du 17 janvier au 22 mai 2026.

(6) Heureuse, de Camille Tissot

Camille Tissot présente son spectacle Heureuse. Un stand-up aussi absurde que tendre, dans lequel l’humoriste et maman partage ses angoisses, sa vision du couple et de la maternité avec une énergie étonnante. L’humoriste, connue sur les réseaux sociaux, est actuellement en tournée dans toute la France. À la rentrée de septembre 2026, elle investira le Théâtre de Dix Heures à Paris.

Heureuse, de Camille Tissot, en tournée à travers la France du 10 avril 2026 au 27 mai 2027, et du 23 septembre au 22 octobre 2026, au Théâtre de Dix Heures, à Paris.

(7) Grandira plus tard, d’Édouard Deloignon

Dans son seul-en-scène, l’ancien basketteur Édouard Deloignon se confie sur ses pérégrinations hilarantes de la Normandie à Netflix. Dans Grandira plus tard, l’humoriste évoque son intimité avec imprévisibilité et humour, nourrissant son spectacle du quotidien et de son expérience. Un spectacle immanquable entre improvisation et écriture pointue.

Grandira plus tard, d’Édouard Deloignon, en tournée à travers la France du 10 avril 2026 au 28 janvier 2028, et du 17 avril au 20 juin 2026, au Théâtre Fontaine, à Paris.

(8) Le spectacle de Léandre

Dans son premier spectacle, Léandre raconte son parcours à travers l’alopécie. Dans ce seul-en-scène, l’humoriste raconte, en effet, le jour où il a tout perdu : ses cheveux, ses sourcils et tous ses poils. Entre humour et émotion, l’artiste narre une trajectoire atypique, évoque sa famille mais aussi ses amis. Avec autodérision, il offre un spectacle plein de résilience.

Léandre, du 17 avril au 20 juin 2026, au Palais des Glaces, à Paris puis en tournée à travers la France du 15 janvier au 10 avril 2027.

(9) Full contact, de Guigui Pop

Dans son premier spectacle, Guigui raconte avec absurdité le quotidien et les méandres de la trentaine. Couple, vie de famille, rupture… L’humoriste explore plusieurs thèmes très personnels avec une authenticité brute. Entre improvisation et observation, l’artiste offre un spectacle riche et drôle, à découvrir ce printemps.

Full contact, de Guigui Pop, du 23 avril au 9 juillet 2026 au Petit Palais des Glaces, à Paris et en tournée à travers la France du 16 avril 2026 au 22 avril 2027.

(10) C’est compliqué, je t’expliquerai, de Lisa Perrio

Ente humour et introspection, Lisa Perrio propose de découvrir une galerie de personnages hauts-en-couleurs. Sur scène, elle incarne une série d’individus qu’elle croise dans son quotidien ou qu’elle imagine. Ces personnages sont souvent un peu « borderline » ou caricaturaux, mais toujours portés par une précision de jeu héritée de sa formation classique (Cours Florent, Conservatoire). Mais derrière l’humour se cache une vérité plus intime : celle de l’absence d’un père et une difficulté à communiquer.

Avec son sourire et une énergie communicative, l’humoriste s’amuse de nos absurdités, de nos contradictions et de nos maladresses. Brillamment écrit et sensible, ce spectacle met en lumière une artiste singulière.

C’est compliqué, je t’expliquerai, de Lisa Perrio, du 15 avril au 27 mai 2026, à la Nouvelle Seine, à Paris, puis en tournée à travers la France du 2 juin au 25 septembre 2026.

Comment voir en direct le festival Coachella en France ?

8 avril 2026 à 12:00

Le festival Coachella donnera son coup d’envoi, ce vendredi 10 avril. Dès la fin de la semaine, et durant deux week-ends, les plus grandes stars internationales se produiront dans le désert californien. Considéré comme l’un des rendez-vous musical majeurs du printemps aux États-Unis, Coachella accueillera pour son édition 2026 Sabrina Carpenter, Justin Bieber, mais aussi Karol G.

The xx, The Strokes ou encore Iggy Pop ainsi que le phénomène Katseye seront également les têtes d’affiches du festival. Côté français, Oklou se produira, les dimanches 12 et 19 avril tandis que Chloé Caillet performera les 10 et 17 avril prochains. Un événement marquant pour tous ces artistes qu’il sera possible de voir en direct en France.

Comment assister au festival Coachella 2026 ?

Pour celles et ceux qui ne voudraient pas manquer leur prestation, ainsi que celles des autres artistes, il sera possible d’assister à Coachella… depuis chez soi. En effet, le festival mettra en ligne via sa chaîne Youtube, ou bien via l’application Coachella Livestream, disponible sur Android et iOS, ses nombreux concerts prévus tout au long du week-end.

Une innovation, toutefois : la Coachella TV. Youtube, diffuseur exclusif du festival lancera, en effet, une chaîne 24h/24 qui diffusera en continu des extraits du festival, des coulisses et des archives.

Les concerts, débuteront ce vendredi 10 avril à 16h15 heure locale, soit aux alentours d’une heure du matin en France. Par ailleurs, ce dispositif sera reconduit pour le second week-end de festival, prévu à partir du 17 avril. En 2024, et comme l’explique 20 minutes, le dispositif avait permis aux festivaliers virtuels de profiter d’une fonction Chat sur Youtube, mais aussi de gagner via un QR code plusieurs goodies estampillés Coachella Festival. De quoi rendre l’expérience particulièrement immersive.

La femme de : Mélanie Thierry en plein dilemme dans ce nouveau drame sensible

8 avril 2026 à 09:30

Neuf ans après L’ordre des médecins (2017), David Roux est de retour au cinéma avec La femme de. Porté par Mélanie Thierry, le film suit l’histoire de Marianne, épouse d’un riche industriel. Mais à presque 40 ans elle est sur le point de tout envoyer valser : elle s’aperçoit, complice de sa propre condition, que le confort de la vaste maison familiale ne lui convient plus. Quand une figure de son passé ressurgit, notre héroïne comprend qu’une autre vie est possible, loin des obligatoires conjugales. Mais à quel prix ?

La bande-annonce de La femme de.

Un histoire de femme

Imaginé comme un récit d’apprentissage, La femme de filme la libération d’une mère et d’une épouse fatiguée de répondre aux exigences de sa belle-famille. Avec ce nouveau long-métrage, David Roux offre ainsi une œuvre féministe tout en soulignant la difficulté morale et parfois même physique de s’extirper de cette condition. Pour cela, le réalisateur a fait appel à la magnétique Mélanie Thierry dont le personnage est contraint d’évoluer dans un monde d’hommes : son mari attend d’elle de l’exemplarité, son beau-père la désigne d’office comme sa nouvelle infirmière tandis que le beau-frère y voit, avant tout, sa maîtresse.

Un brassage patriarcal dont notre héroïne va tenter de se défaire quand revient dans sa vie le personnage de Jérémie Renier. L’acteur qui tenait le rôle principal dans L’ordre des médecins réapparaît ici devant la caméra de David Roux dans un rôle sensible et doux face à une Mélanie Thierry impeccable.

Avec délicatesse, cette dernière porte le film sur ses épaules — à l’image de sa belle famille — et représente la dualité d’un personnage féminin en proie à un questionnement moral. Une interrogation que l’on retrouvait déjà chez l’actrice dans Connemara (2025) aux côtés de Bastien Bouillon.

La femme de.

Fidèle au registre qu’on lui connaît, Mélanie Thierry incarne une nouvelle fois une femme prête à renoncer au confort pour vivre une vie à laquelle elle aspire véritablement. Un symbole féministe et puissant mais qui lasse rapidement par la démonstration formelle du film. En effet, La femme de ne parvient pas à convaincre tant pour son scénario stagnant qu’un rythme beaucoup trop lent.

Le long-métrage semble, par ailleurs, s’enfermer dans une mise en scène rigide et terne. Il en ressort un drame sans réelle incandescence malgré le dilemme qui s’impose à son personnage. En définitif, La femme de manque d’épaisseur pour vraiment nous happer par la force de ses sentiments. Son ADN, emprunté au cinéma d’auteur français, semble nous maintenir toujours à l’écart afin d’être pleinement investis dans la trajectoire de Marianne. Restera au moins l’interprétation de son actrice, Mélanie Thierry.

Vrais voisins, faux amis saison 2 avec Jon Hamm : braquage réussi ?

3 avril 2026 à 07:00

Seulement un an après son premier coup, Andrew Cooper est de retour sur Apple TV dans la saison 2 de Vrais voisins, faux amis. Attendue ce 3 avril sur la plateforme de streaming, cette nouvelle salve d’épisodes reprend directement après les événements de la précédente saison : Coop (Jon Hamm) a été lavé de tout soupçon après que sa maîtresse l’a accusé du meurtre de son ex-mari ; ses enfants lui adressent enfin la parole, tout comme son ex-femme (Amanda Peet). Surtout, il a pu réintégrer son précieux country-club.

James Marsden dans la saison 2 de Vrais voisins, faux amis.

Rien ne semble pouvoir désormais se mettre en travers du « bonheur » de Coop et des braquages qu’il organise de temps à autre dans son voisinage pour braver l’ennui. Car, si les nécessités financières dictaient ses premiers actes dans la saison 1, c’est désormais l’adrénaline qui guide les actions de notre héros. Alors, quand Owen Ashe (James Marsden), un nouveau voisin, débarque dans le quartier, difficile pour Coop de ne pas y voir une nouvelle cible qui pourrait arrondir ses fins de mois.

Une nouvelle recrue

Sauf que l’iconique Cyclope des X-Men est loin des rôles de jeunes premiers qu’il campait dans N’oublie jamais (2004) ou Il était une fois (2007). Ici, il campe un homme d’affaires ayant fait fortune dans l’import-export, aussi mystérieux que redoutable, capable de mettre en danger la vie de Cooper ainsi que celle de sa famille quand il découvre les manigances de son voisin. De super-héros, le voilà donc propulsé dans un rôle de « super-vilain des beaux quartiers ». Une interprétation mordante, parfois drôle et dangereuse, qui rappelle ce que l’acteur américain offrait dans la série Dead to me (2019), alors qu’il campait tour à tour les frères Wood, des jumeaux que tout opposait.

Dans Vrais voisins, faux amis, James Marsden trouve son alter ego en la personne de Coop. Deux hommes « compliqués » comme se plaît à le rappeler Owen, et dont la rivalité au sein du quartier apporte une touche de fraîcheur et de suspense à cette nouvelle saison. Car, si les nouveaux épisodes ne semblent pas réinventer la recette des précédents, les dynamiques de groupe évoluent et complètent la farce qui se jouait dans la première saison.

Une satire sociale toujours convaincante

En effet, Vrais voisins, faux amis continue de dresser un portrait au vitriol de ses personnages. C’est d’ailleurs ce qui fait principalement la force de la série depuis son lancement, et plus particulièrement de cette seconde saison. Avec ces nouveaux épisodes, Vrais voisins, faux amis continue de tendre un miroir à la société américaine capitaliste.

Symbole des excès et des contradictions d’une classe, le programme séduit par son aspect satirique et social. Ainsi, si certains y voient un Desperate Housewives version grand casse, d’autres pourraient aussi la voir comme la petite sœur de The White Lotus.

De Don Draper à Andrew Cooper

Moins trash ou frontale que l’œuvre de Mike White, Vrais voisins, faux amis saison 2 continue de gratter le vernis pour notre plus grand plaisir. Si l’intrigue piétine parfois – elle semble tourner en rond dans l’écriture des personnages, voire vis-à-vis de son suspense –, la série peut compter sur le talent de son acteur principal, Jon Hamm, pour être notre guide à travers cette mascarade banlieusarde.

Le vétéran de Mad Men trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, en père de famille prêt à flirter avec la criminalité pour maintenir son train de vie. Loin d’être le voleur parfait, l’acteur surprend à la fois par sa sensibilité, son magnétisme et sa franchise. Sans aucun doute l’un des points forts de cette deuxième saison.

James Marsden et Jon Hamm dans Vrais voisins, faux amis, saison 2.

En fin de compte, Vrais voisins, faux amis, en épousant son aspect grinçant, parvient à nous captiver et c’est quand elle filme des personnages au bord de la crise de nerfs que la série séduit. Toutefois, là où la saison 1 faisait des éclats – notamment durant ses premiers épisodes –, force est de constater qu’avec cette seconde salve, la démonstration est moins brillante. Le rythme ralentit, le suspense a du mal à prendre, tandis que, visuellement, le show n’a pas grand-chose à offrir.

Jon Hamm et James Marsden composent un duo intéressant, parfois irrésistible. Ensemble, ils fondent le réel intérêt de cette nouvelle saison, là où les personnages secondaires manquent parfois de finesse ou de profondeur. Avec Vrais voisins, faux amis saison 2, la plateforme Apple TV aurait-elle été trop gourmande ? À l’image de son personnage principal, il faut croire que oui. Le braquage n’est en tout cas pas vraiment réussi.

❌