Movie, de Sofiane Pamart : bande originale d’un artiste
Sofiane Pamart est de retour. Trois ans après son dernier album, Noche, l’artiste présente Movie, un album ambitieux pensé comme une œuvre à la fois musicale et visuelle, porté par des sonorités délicates et un casting de voix uniques. Dès l’ouverture, Wyclef Jean donne le ton avec There’ll Be a Day, un morceau teinté de blues qui installe une atmosphère feutrée, presque introspective.
Un album intime
Très vite, l’album dévoile ses multiples visages. La voix cassante de Celeste avec Watching You apporte une intensité fragile, suspendue, tandis que les interludes de piano – The Knight Ceremony, Beauty, Director’s Cut – structurent le disque comme des séquences de cinéma. Ces respirations instrumentales donnent ainsi leur nom à l’album et en font une création particulièrement cinématographique, où chaque morceau semble répondre à un plan, une émotion, un mouvement de caméra. En témoigne notamment le grandiose Your Eyes on Sunset, outro de l’album, que l’on imagine tout droit sorti du grand écran.
Mais, outre ces sonorités qui nous rappellent les plus grands longs-métrages, Movie est aussi une invitation dans la psyché des artistes. Ainsi, dans Midnight in California, Jimmy Butler nous entraîne dans un slam au piano afin de questionner la résilience artistique. On plonge dans son intimité quand sonne minuit en Californie, alors qu’il se questionne sur le succès. Une façon pour Sofiane Pamart de regarder lui-même dans le rétroviseur alors qu’il offre aujourd’hui son quatrième album et que se dessine, dans un an, son premier Stade de France.
Cette introspection se poursuit avec I Am What I Am, porté par Loreen, dont les envolées de voix surprenantes élèvent le morceau vers quelque chose de presque mystique. À l’inverse, Moviestar avec Rema fonctionne moins : le titre cherche à hybrider les genres, sans réellement convaincre. Le mélange « autotune » et RnB donne l’impression de deux univers qui cohabitent sans réellement dialoguer. La fusion est en revanche plus aboutie sur How to Love, en featuring avec Rimon & Rilès, sur lequel on redécouvre le performeur de Survival Mode (2025), ou encore sur Butterfly Butterfly avec Oscar and the Wolf, dont la couleur musicale rappelle un certain Post Malone.
Même constat, d’ailleurs, avec Piano Sonata, sur lequel J Balvin dévoile une nouvelle facette. L’espagnol apporte une dimension dramatique et une puissance inattendue, preuve que Pamart maîtrise de mieux en mieux l’art du mélange des styles.
Un mélange des genres réussi ?
Cette maîtrise se poursuit avec You’ve Been Away, en featuring avec Christine and the Queens, qui s’impose comme un autre grand moment. Il est impressionnant de voir à quel point la voix de l’artiste se mêle extraordinairement bien au piano de Sofiane Pamart. Le morceau navigue entre jazz, gospel et pop avec une fluidité rare. Dans cette même veine, Gimme Love Orchestra avec Sia prolonge cette exploration : un mélange des genres plus abouti, porté par la puissance de la chanteuse et la délicatesse de sa voix, enrichie de chœurs.
Autre voix féminine, celle de la magnétique Mélodie Gardot, reine du jazz et du blues moderne sur A Kiss A Kill. La chanteuse impose son empreinte sur un titre sobre et subtil, comme sa voix. Movie fait la part belle aux femmes. La preuve, enfin, avec Nelly Furtado qui conclut l’album avec le délicat Like an Angel.
Avec Movie, Sofiane Pamart signe un album dense, parfois inégal dans ses tentatives de fusion, mais constamment habité. Une œuvre dont le piano reste le fil conducteur, liant des univers disparates en une histoire intime. Un film sonore ambitieux, qui interroge sa place en tant qu’artiste, entre bande originale et journal introspectif.
