Juste une illusion : le film le plus personnel du duo Toledano et Nakache ?
Dans chaque nouveau film d’Olivier Nakache et Éric Toledano se cache la promesse d’une rencontre avec un univers drôle et émouvant porté par des personnages attachants et authentiques.
Nos jours heureux (2006), Intouchables (2014), Le sens de la fête (2017), Hors normes (2019)… Dans le genre de la tragicomédie, le duo a développé son propre langage cinématographique, pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Avec Juste une illusion, Toledano et Nakache s’attaquent au sujet délicat de la nostalgie, sans pour autant tomber dans l’écueil du fameux « c’était mieux avant ».

Les logos customisés des studios façon année 1980, en ouverture du film, donnent le ton. Juste une illusion est une fable familiale qui célèbre une époque passée, entre la comédie, le drame et le récit initiatique.
Vincent, 13 ans, vit en banlieue avec ses parents et son grand frère. Entre l’enfance et l’âge adulte, il commence à se questionner sur son futur, sur ses sentiments, sur la religion et sur sa famille. Si Juste une illusion est à hauteur d’enfant – interprété avec beaucoup de justesse par Simon Boublil –, le reste de la famille est également au cœur de l’histoire.
Le danger de la nostalgie
C’est toujours le risque de ces films qui se construisent autour de la nostalgie d’une époque. Comment ne pas tomber dans l’affect purement émotionnel, contradictoire, qui laisserait de côté la vérité pour être dans le souvenir biaisé ? Olivier Nakache et Éric Toledano évitent cet écueil grâce à leur approche subtile.
Ainsi, le style adopté par le duo de réalisateurs, entre le drame et la comédie, permet de désamorcer tout discours réactionnaire ou nostalgique. Au contraire, le long-métrage montre l’absurdité de l’époque, tout comme ses injustices, notamment autour de la condition féminine, des rapports sociaux et de l’accès inégalitaire aux opportunités.

Ceci dit, Juste une illusion embrasse aussi pleinement les symboles des années 1980, entre l’esthétique léchée d’une époque en pleine transition, les nouveaux modes de travail, les cassettes vidéos qui font leur apparition et la cultissime valise RTL, source de la séquence la plus drôle du film.
Car drôle, le film l’est. Véritable comédie aux personnages gentiment ridicules, mais profondément humains (Louis Garrel est absolument irrésistible), Juste une illusion enchaîne moments hilares et répliques chocs, porté par un casing brillant.
La séduction par l’excès ?
Derrière l’humour proche de l’absurde, Juste une illusion tente d’aborder avec plus ou moins de réussite beaucoup de sujets. Le parcours initiatique du jeune Vincent touche plusieurs thèmes, allant de la famille à la religion, en passant par la politique (notamment la lutte des classes) et les premiers émois amoureux.
Si le regard sur la famille et sur l’héritage – encapsulé par une formidable Camille Cottin – donne au film sa profondeur, l’aspect romantique, bien que volontaire, aurait pu être moins niais, ne s’épargnant pas les clichés attendus du film à l’eau de rose. Juste une illusion pousse en réalité ses curseurs au maximum. Tout est plus intense, plus marqué.

Les choix esthétiques et narratifs fonctionnent grâce à cette belle « illusion » d’un temps qui n’existe plus et que le film ne cherche pas à reproduire à la perfection. Les émotions sont fortes et le cinéma d’Olivier Nakache et Éric Toledano n’a jamais autant ressemblé à un théâtre vivant. Le spectateur accepte d’être embarqué dans cette reconstitution d’un autre temps et d’un autre lieu, avec ses personnages un peu loufoques et hauts en couleur qui disent des choses sur la famille et sur la société.
Derrière l’illusion, l’excès et l’évocation forcément fantasmée des années 1980, Olivier Nakache et Éric Toledano livrent un film profondément humain et vrai. Peut-être bien leur plus belle réussite depuis longtemps.