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XO, Kitty : la série mérite-t-elle autant de critiques ?

31 mars 2026 à 06:00

Elle fait partie de ces séries que les gens adorent détester et pourtant, à l’annonce de sa création, la hype était sincère et dénuée de malveillance. Car, pour mémoire, XO, Kitty est avant tout le spin-off de la saga à succès À tous les garçons que j’ai aimés, trilogie portée par Lana Condor et Noah Centineo.

Si les trois films n’ont pas marqué l’histoire du long-métrage d’une pierre blanche, ils ont le mérite d’avoir fait émerger leurs têtes d’affiche, en plus d’avoir proposé un divertissement sympathique, voire attendrissant, qui vieillit bien mieux que, au hasard, The Kissing Booth, autre trilogie romantique du même acabit avec Joey King et Jacob Elordi. Pourtant, XO, Kitty ne jouit pas du même engouement. Et c’est peut-être, notamment, à cause de la solide réputation du matériau d’origine dont elle s’inspire.

Un produit dérivé pour l’algorithme ?

Mais, avant tout, peut-être vous faut-il une piqûre de rappel : dans À tous les garçons que j’ai aimés, Lara Jean doit composer avec le fait que son espiègle petite sœur Kitty s’est amusée à envoyer toutes les lettres d’amour qu’elle avait écrites à chacun de ses crushs au gré des années. Un mal pour un bien, puisque ce petit coup monté permet à Lara de finir avec Peter, qu’elle a toujours plus ou moins secrètement aimé.

À tous les garçons que j’ai aimés.

Dans l’un des films, les deux sœurs partent en famille en Corée du Sud, leur pays d’origine. Bien qu’elle ne soit encore qu’une enfant, Kitty rencontre un certain Dae, qui deviendra son premier amour à distance. C’est sans doute là que la firme de Los Gatos a senti le bon filon pour lancer un spin-off.

Pourquoi ne pas proposer tout un programme dédié aux amourettes de la cadette, à présent que Lara Jean est heureuse et rangée ? Sort donc XO, Kitty, qui suit l’adolescente fraîchement admise dans un lycée international à Séoul, pour retrouver son petit ami, mais aussi enquêter sur les origines de sa mère – enfin, pas particulièrement, mais ça, nous y reviendrons.

XO, Kitty.

On pourrait alors croire qu’avec cette nouvelle histoire, non pas outre-Atlantique, mais prenant place dans la capitale sud-coréenne, XO, Kitty serait une série forte avec sa propre identité, sans pour autant oublier quelques clins d’œil ici et là aux films à qui elle doit son existence. Hélas, le spin-off a un souci plus profond : il semble incapable de totalement se détacher d’À tous les garçons que j’ai aimés, au mieux.

Au pire, il souffre de la comparaison. À commencer par sa colonne vertébrale, son pivot : Kitty elle-même. Autant, dans les films, elle joue un second rôle plutôt attachant, intelligent, bien que très intrusif, autant son écriture n’a jamais été assez musclée pour en faire le personnage principal d’un programme tout à sa gloire.

XO, Kitty.

Elle manque clairement de profondeur, ce qui peut, hélas, parfois la faire passer pour superficielle ou irritante. Car, au fond, on ne sait que peu de choses d’elle, de ses goûts, de ses aspirations. Elle ne semble exister que par ses relations, amicales ou amoureuses, qu’elle vit directement ou par procuration – après tout, elle se surnomme elle-même « la matchmaker », capable de créer n’importe quel couple malgré les tensions.

Lara Jean, elle, avait une personnalité bien affirmée, et le spectateur pouvait décrire aisément ses goûts, son univers et son caractère sans pour autant la rattacher aux garçons à qui elle avait justement écrit après un coup de cœur.

Un scénario qui fait défaut

Mais Kitty n’est pas la seule à manquer d’épaisseur ou de subtilité. Tous les personnages n’existent que de manière ultrastéréotypée : le garçon populaire et hautain, le professeur exigeant, mais au grand cœur, l’ami gay et de bon conseil (un poncif à la fois positif et regrettable). Petit twist toutefois : la « rivale » cool et froide devient un « queer awakening », permettant au personnage de Kitty d’explorer sa possible bisexualité.

XO, Kitty.

Enfin, ça, c’est en théorie, car beaucoup, notamment sur TikTok ou Reddit, l’affirment : le fan service l’a emporté. Le grand public ayant une large préférence pour le personnage de Min Ho (ledit garçon populaire et hautain cité plus haut), les scénaristes ont peut-être trop rapidement avorté la relation saphique pour créer un rapprochement entre lui et Kitty, très brusque et peu crédible. La production semble bien consciente de ses lacunes côté écriture et n’hésite pas à jouer la carte de la nostalgie sur les fans de la première heure autant que possible pour rattacher les wagons.

XO, Kitty.

Dans la saison 2, Noah Centineo, bien que désormais un peu trop vieux pour jouer un étudiant, passe une tête afin de « valider » le nouveau crush de Kitty. Dans la troisième, c’est Lana Condor qui retrouve sa petite sœur. Mais pas sûr que cela suffise. À l’inverse, cela peut même renforcer l’aspect « produit dérivé » peu authentique, en plus de mettre le doigt sur les failles d’un univers qui marchait très bien en films, mais un peu moins en épisodes courts étalés sur plusieurs saisons.

La Corée comme fantasme consommable

Ce sentiment d’avoir un produit purement commercial est aussi très lié à la façon dont Netflix montre une Corée du Sud de carte postale, surtout à une époque où le soft power coréen – avec ses programmes, sa skincare glowy ou sa musique – a plus que jamais le vent en poupe. Regrettable, car, à travers son enquête sur sa mère, Kitty aurait pu permettre à nombre d’Américains d’origine asiatique d’interroger leur place parfois complexe dans la société, ainsi que la crise identitaire qui est souvent liée.

XO, Kitty.

Mais non. Ici, il ne s’agit que d’un prétexte purement scénaristique et paresseux qui durera le temps d’une saison – avec une résolution tout aussi décevante. La lycéenne ne se demande pas plus que ça quelle est sa place dans la diaspora et ne fait pas non plus beaucoup d’efforts pour apprendre le coréen.

Le vrai but du show étant, selon ses détracteurs, de jouir de la popularité du pays : ainsi, de la k-pop passe à chaque épisode ou presque, de manière un peu aléatoire. Les scènes ont lieu dans des lieux iconiques, insta-friendly, mais pas toujours très réels. Comme si Kitty avait rejoint une Corée du Sud fantasmée. Cela se relève notamment à travers l’utilisation de couleurs très pastel et clichées que même les k-dramas les plus candides préfèrent aujourd’hui volontairement éviter.

XO, Kitty.

Tout ceci étant dit, la troisième saison, qui sera diffusée le 2 avril sur Netflix, prouve que le public reste paradoxalement fidèle au rendez-vous. Les raisons sont plurielles. Les épisodes sont courts, donc ultrafaciles à binge(ou hate)watcher. L’ambiance, elle, est feel good et familiale : ici, pas d’énigmes, de mystères ou de meurtres à résoudre sur plusieurs épisodes, voire saisons, pas de dramas lourds qui interrogent la moralité. Le cerveau est totalement sur pause et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Mais surtout, les acteurs et la direction artistique semblent être taillés pour briller sur TikTok, plateforme mère des trends et edits. Les musiques choisies sont souvent déjà virales (de Blackpink à Chappell Roan). Les dialogues, eux, sont clairement écrits pour être « clipés » et provoquer la viralité. Et le casting, très à l’aise sur les réseaux, donne régulièrement de sa personne pour promouvoir la série à coups de lipsync ou de chorégraphies. De quoi nous faire oublier tous les défauts du show ? Cela, on vous laisse en juger.

Meta et Google condamnés aux États-Unis pour le caractère addictif de leurs algorithmes

Instagram et YouTube sont des drogues dures. C’est en substance la conclusion que tire la justice californienne du procès intenté par une jeune utilisatrice en détresse, accusant Meta et Google d’avoir conçu leurs applications pour retenir les internautes captifs et captives de leurs algorithmes. Les deux entreprises repartent avec une petite tape sur les doigts (6 millions de dollars de dommages à reverser à la plaignante – autant dire la monnaie du pain pour ces mastodontes), mais le procès crée un précédent historique pour la responsabilité des réseaux sociaux en matière de santé mentale.

L’addiction dès le plus jeune âge

D’après Kaley G.M., qui attaquait donc les éditeurs d’Instagram et de YouTube en justice en Californie, ces réseaux ont activement aggravé son état dépressif, ses pensées suicidaires et ses troubles de l’apparence, rapporte Le Monde. La jeune femme dit avoir développé une addiction à YouTube dès l’âge de 6 ans, et à Instagram à 9 ans, après s’y être inscrite en cachette depuis le smartphone de sa mère.

« Chaque fois que j’essayais de me fixer des limites, cela ne fonctionnait pas, et je n’arrivais tout simplement pas à décrocher, raconte Kaley G.M. au tribunal. Je ressentais le besoin d’y être en permanence et, si je n’y étais pas, j’avais le sentiment de passer à côté de quelque chose. »

Une fragilité mentale sur laquelle les avocats de Meta et Google ont évidemment tenté de jouer, sans succès. Les juges ont été réceptifs à l’histoire de la plaignante, qui se déroule dans un contexte de défiance de plus en plus exacerbée envers les plateformes sociales, accusées par de nombreux groupes partout dans le monde d’être conçues de façon à créer des mécanismes d’addiction chez les internautes.

Si Meta et Google ont la ferme intention de faire appel du verdict, Joseph VanZandt, l’un des avocats de la jeune femme, se félicite de l’issue du procès. « C’est la première fois dans l’histoire qu’un jury entend les témoignages de dirigeants et prend connaissance de documents internes qui, selon nous, prouvent que ces entreprises ont privilégié les profits au détriment des enfants », a-t-il déclaré. « La santé mentale des adolescents est profondément complexe et ne peut être imputée à une seule application », réagit pour sa part un porte-parole de Meta. Pour son homologue de Google, « cette affaire témoigne d’une méconnaissance de YouTube, qui est une plateforme de streaming conçue de manière responsable, et non un réseau social ».

Les revers se multiplient pour les géants du Web

Quelle que soit l’issue de l’appel, une digue a définitivement sauté, et les internautes prennent peu à peu conscience du caractère profondément addictif des réseaux sociaux – surtout chez les plus jeunes.

Si Meta et Google ont tenté de prouver que leurs plateformes étaient, au contraire, de formidables outils pour que les personnes isolées se connectent au monde, la justice a décidé de prêter une oreille plus attentive à l’histoire de Kaley G.M., accordant de fait encore plus de crédit à un autre revers subi une semaine plus tôt par Meta au Nouveau-Mexique. L’entreprise de Mark Zuckerberg vient en effet d’être condamnée à 375 millions de dollars de dommages et intérêts pour avoir délibérément mis en danger les enfants en les exposant à des contenus dangereux, voire à des prédateurs sexuels.

Ce procès, comparé par la presse spécialisée à celui des cigarettiers dans les années 1990, condamnés pour avoir délibérément masqué les effets nocifs de leurs produits sur la santé des consommateurs, pourrait ouvrir la voie à de nombreux autres, partout dans le pays et dans le monde. « C’est le canari dans la mine de charbon. La situation rappelle celle de l’industrie du tabac, marquant le point de départ vers des milliers de procès similaires », explique David McCuan, professeur de sciences politiques à l’université de Sonoma, cité par Le Monde.

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