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Reçu hier — 11 avril 2026

Studio MinaLima revisite Le petit prince : “On a espoir d’apporter un nouveau regard”

11 avril 2026 à 06:00

Depuis sa publication en 1943, Le petit prince traverse les générations. Texte fondateur pour certains, livre d’enfance pour d’autres, il est surtout un ouvrage qui se redécouvre sans cesse. Cette année, le Studio MinaLima s’approprie l’histoire d’Antoine de Saint-Exupéry avec une édition illustrée et interactive, qui nous invite à redécouvrir une œuvre que l’on pensait déjà bien connaître. Rencontre.

Revisiter Le petit prince, ça n’est pas rien : comment ce projet est-il arrivé jusqu’à vous ?

Miraphora Mina : Ça faisait des années que l’on parlait aux personnes qui gèrent Le petit prince en leur disant qu’on voulait illustrer le livre. La réponse est venue de la part de Gallimard et de la famille de Saint-Exupéry. Ils nous ont invités à créer une édition spéciale pour célébrer les 80 ans de cet ouvrage.

Est-ce qu’il y a des éléments qui vous ont semblé plus difficiles à adapter visuellement ?

M. M. : L’idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale iconique, qui est extrêmement aimée, à la fois en France et dans le monde entier. On s’est donc demandé comment faire quelque chose de nouveau, de différent, mais qui, on l’espère, sera tout aussi apprécié. C’était un grand défi, et notre idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale, visuellement. On nous a donné carte blanche, mais… on a choisi de ne pas utiliser une touche de blanc !

Justement, avec quels outils avez-vous travaillé ?

M. M. : On commence toujours avec des crayons, des croquis, sur du papier. Mais ici, dès le départ, il y a eu une réflexion sur la palette de couleurs utilisée. On a fait le choix d’utiliser des couleurs fortes, puissantes, de donner une identité à chacun des mondes que Le Petit Prince va traverser, à chacune des planètes. On voulait que ces mêmes planètes deviennent vivantes.

Eduardo Lima : Ensuite, on a utilisé des outils numériques comme Photoshop.

Pour mieux comprendre les coulisses de la création : travaillez-vous ensemble ou séparément ?

M. M. : Nous travaillons avec une équipe de cinq à six personnes. Généralement, on donne une direction générale ainsi que des éléments-clés. Ici, par exemple : l’écharpe du Petit Prince, la typographie, etc. Ensuite, c’est un travail d’équipe. Il y a des gens spécialisés dans le développement des personnages, d’autres dans les décors.

E. L. : Par ailleurs, on a déjà revisité 11 classiques, dont Harry Potter : désormais, on a une formule solide.

Cette édition est, comme souvent, très interactive, puisque le livre contient notamment huit pop-up. Y avait-il des scènes dont vous saviez qu’elles seraient parfaites pour une telle animation ?

M. M. : C’est une réflexion qui intervient dans les premières étapes. On a d’abord des envies, des scènes qui nous viennent, mais il faut aussi composer avec le fait qu’il doit y avoir un certain rythme dans le livre, une répartition des pages qui contiennent des animations. Ce cadeau de l’interaction doit être bien rythmé pour le lecteur. C’est un peu comme lorsqu’on construit une maison : on ne peut pas mettre toutes les portes au même endroit. Parfois, il faut faire des compromis et choisir d’animer des scènes qu’on n’avait pas forcément pensé à animer au départ. 

Est-ce qu’il y a malgré tout des scènes qui se sont imposées visuellement plus que d’autres ? Certaines qui étaient non négociables ?

M. M. : Oui, par exemple, la scène avec le renard, qui est une scène très théâtrale. C’est vraiment un élément de création d’univers pour l’auteur à cet endroit-là. Et puis, il y a la scène de la rose qui est comme un cadeau, une révélation.

Est-ce que vous avez caché des détails, des “easter eggs” pour les lecteurs attentifs ?

M. M. : Je ne dirais pas forcément qu’on a caché des éléments, mais nous donnons énormément d’importance à tous les détails. Par exemple, les planètes ont toutes des visages, et elles ne regardent pas n’importe où : on voit bien qu’elles sont en train de veiller sur le Petit Prince. Par exemple, la planète où l’on voit tous les éléphants, l’un d’entre eux n’a pas réussi à atteindre la planète. On s’est donc dit que ce serait drôle, dans un prochain livre, qu’on retrouve cet éléphant-là, en se disant qu’il a fini par atterrir quelque part.

E. L. : De la même manière, pour la fin, il y a une illustration où on voit le Petit Prince qui pourrait veiller sur nous depuis sa planète. Pour finir, on a placé au début plusieurs éléments qui suggèrent ce qui pourrait se passer par la suite.

Est-ce qu’il y a des images qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas été retenues ?

M. M. : Au départ, on avait envie d’en mettre beaucoup plus, mais il a fallu se rendre à l’évidence : le livre ne pouvait pas être trop long. Je pense qu’on a réussi à en mettre beaucoup, mais c’est toujours une décision très difficile pour nous de savoir combien il y aura d’illustrations, parce qu’on a toujours envie de tout illustrer.

Est-ce qu’on peut encore surprendre avec une œuvre que tout le monde croit connaître ?

M. M. : J’espère ! Ce sera aux lecteurs de nous le dire. C’est vrai que, lorsqu’on part d’une histoire qui est déjà si connue et qu’on nous donne la liberté d’apporter quelque chose de nouveau, on a espoir d’apporter un regard inédit.

E. L. : Et puis, nous avons déjà l’expérience des classiques, des histoires très connues, vendues à des milliers et des milliers d’exemplaires à travers le monde. Et pourtant, les lecteurs sont toujours intéressés de les redécouvrir avec une nouvelle perspective.  C’est aussi pour nous l’idée d’apporter un nouvel équilibre avec l’essor du digital. Les gens ont envie de pouvoir toucher le papier. Par exemple, ils ont beau connaître l’histoire de Frankenstein, ils sont ravis de pouvoir la découvrir d’une autre façon.

Ce type de livre nous dit également quelque chose du rapport à la lecture…

E. L. : Je pense que cette manière de présenter les livres est aussi une petite révolution. On l’entend beaucoup de la part des enfants et des professeurs. C’est aussi effrayant d’avoir un énorme bloc de texte. On nous dit que ça aide énormément les enfants à appréhender un ouvrage, le fait qu’il y ait une petite surprise à la page suivante. On nous dit aussi que beaucoup d’adultes sont attirés par ces livres-là, et se remettent à lire grâce à ça.

C’est l’éternelle question : Le petit prince est-il un livre pour enfants ou pour adultes ?

M. M. : Évidemment pour tous les âges, et pour les adultes qui ont un cœur d’enfant !

Pour finir, est-ce qu’il y a une réflexion, une phrase du Petit prince qui vous accompagne encore aujourd’hui ?

M. M. : Les adultes sont si étranges. Le Petit Prince n’arrête pas de le répéter pour expliquer qu’on doit regarder le monde d’une façon différente.

Reçu avant avant-hier

Une unique lueur de Fred Vargas : que vaut son nouveau polar ?

Par :import
8 avril 2026 à 09:30

Le commissaire Adamsberg arpente les pavés parisiens pour une nouvelle enquête, à la recherche d’un assassin méticuleux inspiré par un poète du XIXe siècle et une étoile du cinéma. Une unique lueur sort chez Flammarion ce 8 avril et, pas de doute, nous sommes bien dans un roman de Fred Vargas, avec une intrigue parsemée de références historiques et des meurtriers amateurs de littérature et de grands symboles. Ici, un passionné de l’auteur Gérard de Nerval (qui s’en souvient ?) et son poème El desdichado (Le malheureux). Car l’histoire avec un grand H n’est jamais loin dans les intrigues de la reine du polar français : Frédérique Audoin-Rouzeau, de son vrai nom, fut d’abord archéologue au CNRS et spécialiste du Moyen-Âge.

Sans (trop) dévoiler l’intrigue, Une unique lueur part à la chasse d’un tueur en série fanatique, dont les meurtres se ressemblent tous comme deux gouttes d’eau – même avec plusieurs années d’écart. Un assassin méthodique qui ne laisse presque aucun indice, juste des bribes de poèmes à décoder. « – De buvard ? Il a pris l’empreinte de ses lèvres ? – Tout juste. Empreinte de baiser virtuel. Je vous souhaite bonne chance avec ce mec, commissaire. » Pas de quoi décourager l’équipe du commissaire Adamsberg, qui partira même en excursion aux États-Unis à la recherche d’une réponse.

Retrouvailles

Dix-septième polar de l’autrice et onzième de la série sur le commissaire Adamsberg, Une unique lueur est un roman maîtrisé – l’autrice a popularisé le « rompol » (contraction de « roman » et « polar », mélange d’une intrigue policière à une dimension plus littéraire). Ce nouveau roman reprend une formule qui a fait ses preuves : un (ou plusieurs) meurtre(s), mais toujours de l’humour, celui de sa galerie de personnages à la verve et aux manies attachantes. 

Car c’est bien là le premier plaisir de la série Adamsberg : retrouver une équipe familière, avec, pour commencer, le commissaire lui-même. Personnage nonchalant et bienveillant dont l’esprit flotte souvent dans le brouillard, ce qui ne l’empêche pas d’avoir de régulières illuminations intempestives qui font avancer l’enquête. « – Qu’est-ce que tu fous ? – Je balance des brouettes d’inepties vintage dans l’ordi, répondit Adamsberg tout en poursuivant sa quête sur l’ordinateur. Que dalle, ça donne que dalle. »

Même sensation avec le reste de l’équipe, qu’on retrouve comme de vieux compagnons. Il faut dire qu’ils accompagnent le lecteur depuis plus de 30 ans, la première enquête du commissaire Adamsberg étant parue en 1991 ! Le capitaine Danglard, amoureux des mots et du vin blanc (précisément du château Montier 13,5°), la lieutenante Retancourt, toujours droit au but, le fidèle Veyrenc, ou encore l’empressée et anxieuse Froissy… Chacun avec ses habitudes : « Les coussins pour le repos de Mercadet, l’armoire à bouffe de Froissy, les poissons, le ventilateur de Gardon », énumère Adamsberg.

Une équipe étoffée tout de même de quelques nouveaux protagonistes : le voisin qui ne peut parler qu’en langage soutenu, le nouveau flic apeuré venu du Nord, l’ex-camarade sauvé des flots et fidèle au commissaire Adamsberg…

Plaisir, aussi, de retourner s’installer avec eux dans la « salle du concile » pour leurs réunions. Car, au commissariat du 13e, chacun a bien le droit d’exister comme il veut. Une unique lueur, c’est un retour du commissaire Adamsberg et de son équipe en pleine forme, avec une recette si maîtrisée qu’on ne sent pas passer les 523 pages.

T’aimer à l’infini, de Sophie Jomain : romance, personnages… Tout savoir sur le livre événement

7 avril 2026 à 10:55

Cœur, amour et sentiments : Sophie Jomain fait son retour en librairie avec une nouvelle histoire conçue pour faire naître les palpitations. Dans T’aimer à l’infini, publié le 1er avril chez Albin Michel Jeunesse dans la collection Teen Romance, l’autrice poursuit sa voie avec un récit à la croisée de la romance et d’un fantastique discret.

De quoi parle le roman ?

L’histoire suit une adolescente contrainte de quitter son cadre de vie pour s’installer à Lille avec ses parents. En perte de repères, elle voit son quotidien bouleversé par sa rencontre avec Hadrien, un garçon à la fois attirant et troublant. Parallèlement, un phénomène étrange apparaît : des murmures semblent provenir des murs de sa chambre, introduisant une dimension surnaturelle.

Le roman s’inscrit dans le registre du young adult. Il aborde le passage à l’âge adulte à travers une romance marquée par l’intensité des premiers sentiments et des zones de secret. Le fantastique reste discret, intégré au quotidien plutôt que central à l’intrigue.

La réception reste encore limitée en raison de la sortie récente du roman. Les premiers retours évoquent une écriture fluide et sensible, avec quelques réserves sur une entrée dans le récit parfois jugée déroutante. Sur les réseaux sociaux, l’engagement provient surtout du lectorat déjà fidèle de l’autrice.

Qui est Sophie Jomain ?

Née en 1975, Sophie Jomain compte parmi les figures actuelles de la littérature young adult et new adult en France. Elle s’est fait connaître avec la saga Les étoiles de Noss Head, qui mêlait déjà romance et fantastique. Depuis, elle a développé une œuvre prolifique, allant de l’urban fantasy, avec la série Felicity Atcock, à la romance contemporaine, en passant par des romans à tonalité plus légère.

Son dernier roman devrait intéresser le lectorat déjà familier de ses récits, ainsi que les amateurs d’histoires sentimentales traversées par une part d’étrangeté, dans la lignée de titres récents, comme Powerless de Lauren Roberts ou la saga Le sang et la cendre de Jennifer L. Armentrout.

Une unique lueur : Fred Vargas est de retour avec une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg

7 avril 2026 à 10:35

En 2023, après six ans d’absence, l’autrice Fred Vargas est revenue au personnage le plus important de sa carrière, le commissaire Adamsberg, dans le polar Sur la dalle (Flammarion).

Trois ans plus tard, la romancière poursuit sur sa lancée avec Une unique lueur (Flammarion), une nouvelle enquête de Jean-Baptiste Adamsberg à découvrir en librairie dès le 8 avril 2026.

Fred Vargas ne quitte plus Adamsberg. Depuis 1991 et le roman L’homme aux cercles bleus (Hermé), le commissaire Adamsberg est le protagoniste régulier des récits de l’écrivaine. Dix romans au total avant la sortie d’Une unique lueur, deux bandes dessinées, plusieurs adaptations sur le petit et le grand écran… Le personnage a évolué avec les lecteurs, devenant une référence incontournable du polar.

Dans le nouveau livre de Fred Vargas, le commissaire Adamsberg se lance dans une nouvelle enquête, à Paris, autour du meurtre d’une jeune femme ressemblant comme deux gouttes d’eau à une célèbre actrice américaine. Un corps est retrouvé, sans trace de lutte ou de brutalité apparente, laissant les enquêteurs perplexes. Le commissaire Adamsberg doit alors user de toute son imagination et de son pouvoir de déduction pour avancer dans cette affaire très étrange.

La presse déjà conquise ?

Chaque nouveau roman de Fred Vargas est attendu par les lecteurs et la presse. En 40 ans de carrière, l’écrivaine a défini son propre style, le « rompol » (pour « roman policier »), et le Ccommissaire Adamsberg en est la meilleure démonstration. Derrière l’enquête et le mystère, l’autrice ajoute une part de poésie, d’humour et d’absurde à son récit. La façon de penser et d’enquêter de son personnage principal est toujours surprenante, entre ses réflexions alambiquées et la place de l’inexpliqué ou du ressenti personnel. Si Sur la dalle n’avait pas forcément convaincu les critiques – à cause d’une intrigue trop légère –, Une unique lueur est déjà plébiscité.

Le Figaro, notamment, évoque « une réussite absolue » qui marque enfin le « grand retour de Fred Vargas » grâce à une « intrigue subtile ». Ce nouveau roman semble ainsi célébrer deux choses : les 40 ans d’écriture de Fred Vargas d’un côté, et la longévité du commissaire Adamsberg de l’autre. Le personnage est plus vivant et authentique que jamais, aussi désarçonnant qu’attachant, et au service d’une enquête imprévisible qui mêle crime et cinéma. 

Quais du polar 2026 : quelles sont les conférences sur l’IA et le crime à ne pas manquer ?

2 avril 2026 à 14:55

C’est le retour très attendu du festival Quais du polar à Lyon, du 3 au 5 avril 2026. Entre les conférences, les dédicaces et les masterclass, des dizaines d’auteurs et d’autrices seront présents pour évoquer leurs ouvrages les plus récents, parler de la littérature dans son sens large, avec une place de choix pour le polar et le thriller.

Les festivaliers pourront notamment retrouver Nathacha Appanah, Ingrid Astier, Olivier Bal, Michel Bussi, Jonathan Coe, Marion Dubreuil, Paul Gasnier, Bernard Minier ou encore Guillaume Musso, Olivier Norek, Alice Pol et Franck Thilliez.

Chaque année, Quais du polar permet de saisir l’évolution du polar et de mettre en perspective les nouvelles thématiques abordées par les romanciers et les romancières. L’édition 2026 évoque un sujet d’actualité en particulier : l’intelligence artificielle.

L’IA (et ses dérives) est doublement présente : outre le débat autour de sa présence dans le monde de l’art et de l’écriture, elle ouvre un nouveau champ de possibilité pour les auteurs et autrices, qui n’hésitent pas à la mettre en scène dans leurs polars ou thrillers. L’IA qui donne aux personnages des livres l’occasion de réaliser le crime parfait devient un ressort narratif passionnant à développer. Pour accompagner le sujet, plusieurs conférences autour de l’IA et du crime sont donc prévues ce week-end.

Quelle masterclass ne pas manquer ?

Des dizaines de conférences et masterclass sont prévues pendant toute l’édition 2026 de Quais du polar. Au moins trois événements sont liés directement à la thématique de l’intelligence artificielle.

Ainsi, il est possible d’assister à la conférence L’IA en tant qu’outil d’enquête : fiction et lutte contre le crime, le 3 avril à 14 h (évoquant les méthodes d’enquête et les imaginaires du crime), en présence de l’auteur Thomas R. Weaver. Le même jour, à 16 h, la conférence intitulée Quand le progrès déraille : la science contre l’humanité parlera des dérives des nouvelles technologies (de l’IA, donc, mais pas seulement), en compagnie des auteurs Thomas R. Weaver, Arbon, Maxime Girardeau et Elena Sender.

Le 4 avril à 12 h 30, la thématique de l’intelligence artificielle sera également débattue, sous un autre prisme, lors de la masterclass IA, darknet, industries de la tech : nouveaux pouvoirs, nouveaux récits, en présence notamment de Bernard Minier, en lien direct avec son nouveau roman, Ruptures. Elle évoquera les dangers de l’IA au service des grands groupes et des nations.

Des instants à ne pas manquer pour comprendre comment les auteurs d’aujourd’hui s’emparent de sujets contemporains. Toutes les informations concernant les conférences et les invités sont à retrouver directement sur le site du festival Quais du polar 2026.

Je suis drôle de David Foenkinos : que vaut son nouveau roman ?

Par :import
2 avril 2026 à 06:00

Les héros de David Foenkinos ne sont pas comme les autres. Dans La délicatesse (2009), Nathalie tombe amoureuse de son collègue de bureau, Markus, un employé aussi maladroit et dépressif que loufoque et attachant. Dans Qui se souvient de David Foenkinos (2007), c’est lui-même que l’auteur projette en panne sèche d’inspiration et en crise de la quarantaine. Dans Numéro deux (2022), adapté au théâtre l’année dernière, on découvre l’histoire fantasmée de Martin Hill, celui qui a failli incarner Harry Potter à l’écran.

De ces destins boiteux, cabossés par les aléas de l’existence, David Foenkinos extrait comme personne une fragilité bouleversante. Cette fois encore, avec Je suis drôle, il use de tout son savoir-faire de romancier pour tisser une histoire, en apparence simple, qui, comme chaque fois, nous surprend et nous cueille.

Gustave Bonsoir

Son nom, déjà, laisse une impression mitigée. Gustave, écrit David Foenkinos, « paraît désuet pour un garçon né au début du siècle ». Quant à Bonsoir, on ne sait pas vraiment si l’on y trouve du charme ou du ridicule. 

À l’image de ces artistes aux enfances dramatiques, dont l’auteur fait la liste au début du livre, Gustave est orphelin à 5 ans. Tout ce qu’il garde de sa mère, emportée par un foudroyant cancer, est une lettre qu’il ouvrira des années plus tard. Son père, il ne l’a jamais connu. Le rayon d’espoir de ces années-là reste son adoption par Catherine et Jean-Michel, une directrice et un professeur des écoles.

C’est sur une blessure d’enfance que David Foenkinos construit la vocation de son personnage. Hanté par la peur d’être abandonné, Gustave Bonsoir trouve très tôt dans le rire un bon moyen de s’assurer l’amour et l’affection des gens. Il devient le boute-en-train de ses années de collège et lycée. Le garçon populaire. Sa vocation naît peu à peu. Il s’installe à Paris et décide de se lancer. Mais les déconvenues arrivent. Gustave se découvre un trac incurable. Il enchaîne les échecs. Collectionne les ridicules. Pour quelqu’un qui voulait être comique, il dégage une spectaculaire impression de tristesse.

Tendance comique

En imaginant un comique doué d’un extraordinaire penchant pour la tristesse, David Foenkinos, qui s’est plongé dans les biographies d’humoristes, leur rend un hommage drôle et caricatural. Qui ne sait pas que Louis de Funès était sinistre lorsque les caméras n’étaient pas allumées ?

Il saisit également une tendance de l’époque. Selon un sondage Ifop de 2024, 68 % des Français se déclarent fans de stand-up. Des humoristes célèbres ont ouvert leur propre lieu, comme Fary et son Madame Sarfati, Kev Adams et le Fridge Comedy Club ou Shirley Souagnon avec le Barbès Comedy Club.

Et il n’oublie personne. Pas même ces « gens, entre 30 et 50 ans » que l’on connaît tous, qui décident de quitter leur job corpo pour renouer avec une passion d’enfance. « Max était l’un des soldats de cette armée du rire, ayant quitté une position confortable pour se confronter à son désir profond. »

Des fables étranges

Si on a lu d’autres livres de David Foenkinos, on sait à peu près comment fonctionne la mécanique. Il paraît installer le décor en accéléré. Son style est ultrasimple. Parfois trop. À certains endroits, lorsqu’il parle, par exemple, de la lumière d’une salle de spectacle en la décrivant comme « terriblement crue », on se dit que l’auteur de Charlotte (2014), prix Goncourt des lycéens et prix Renaudot, aurait pu faire un effort. 

Mais on oublie tout cela assez vite. Car la surprise ne tarde pas. L’auteur maîtrise avec ingénuité l’art de l’heureuse coïncidence. Ce léger pivotement narratif qui donne à ses livres leur relief émotionnel. Que faire du cas Gustave Bonsoir ? Comique affligé du comble de la tristesse ? Foenkinos va trouver.

L’auteur de Vers la beauté (2018) ne se range pas du côté du blockbuster épique et de ses héros qui font rêver. Mais il n’écrit pas non plus des livres tristes, qui donnent envie de se jeter par la fenêtre. Il a créé ses propres contes. Peuplés de personnages incroyablement mélancoliques et malchanceux, pas gâtés par la vie, qui finissent, d’une manière ou d’une autre, par retomber sur leurs pattes. Au fond, il fait preuve d’un grand optimisme. Qu’un type comme Bonsoir arrive à s’en sortir, même si ce n’est pas exactement comme il l’aurait espéré, envoie quand même un message positif.

Dans la jungle, d’Adeline Dieudonné : anatomie d’un féminicide

1 avril 2026 à 16:00

Adeline Dieudonné approfondit, avec Dans la jungle, son travail autour des fractures intimes et des violences invisibles, en s’attachant cette fois à la mécanique d’un féminicide et d’infanticide. Publié le 2 avril aux éditions L’Iconoclaste, ce quatrième roman examine les mécanismes de domination à l’œuvre dans les sphères les plus ordinaires.

De quoi parle ce nouveau roman ?

Le récit s’ouvre sur le meurtre d’un homme tuant sa femme et ses enfants, avant de se suicider. À partir de ce drame, le roman remonte le fil du temps. Pendant plusieurs années, il recompose la trajectoire d’un couple, Aurélie et Arnaud, installé dans le Brabant wallon. Maison familiale, vacances, enfants : tout correspond à une vie des plus normales. Mais derrière cette vitrine, le texte met au jour une mécanique progressive de violence, qui s’installe, se diffuse et s’infiltre dans les gestes et silences.

« À la base, c’était une énième histoire de féminicide. J’étais un peu traversée et clouée par ma propre impuissance, raconte l’autrice au micro de France Inter, évoquant la genèse du roman. Je m’intéresse beaucoup au point de vue extérieur […] avec cette question : que deviennent ceux qui restent ? »

Dessiner la mécanique d’une violence réelle

Le livre repose sur une construction en retour : « Je commence par la fin […] et tout le roman, ça va être ça : comment ce couple s’est rencontré […] comment la violence s’est installée… Je voulais documenter les circonstances dans lequel se passe un féminicide, et deux infanticides », précise-t-elle.

Pour rappel, en France, en 2025, entre 100 et 160 femmes ont été victimes de féminicides selon les sources. Cet écart s’explique notamment par les définitions retenues, mais traduit, quoi qu’il en soit, une violence structurelle que le roman vient éclairer à hauteur d’individus.

Qui est Adeline Dieudonné ?

Née en 1982, Adeline Dieudonné s’est fait connaître en 2018 avec La vraie vie, premier roman salué par la critique et récompensé notamment par le prix Renaudot des lycéens et le prix du roman Fnac. Traduit dans de nombreuses langues, le livre a largement contribué à sa notoriété. Depuis, Kérozène (2021) puis Reste (2023) ont confirmé une écriture singulière, marquée par sa tension et son attention aux failles dissimulées derrière les apparences.

La littérature Young Adult : par quel livre commencer ?

Par :import
31 mars 2026 à 14:40

La littérature Young Adult : un genre vieux comme Harry Potter

Inviter les adolescents à élargir leur imaginaire à travers la lecture d’aventures passionnantes : telle est la (belle) mission que la littérature s’est donnée depuis des siècles. Dès Jules VerneLewis Carroll ou C.S. Lewis, les lecteurs de douze ans et plus ont représenté un public distinct, auquel s’adressaient directement les auteurs.

Le phénomène a pris de l’ampleur au cours du vingtième siècle. Tout comme, au cinéma, Hollywood est passé de films adultes (le western, le polar) aux blockbusters adolescents avec la sortie de Star Wars, des univers dédiés aux jeunes, mais tournés aussi vers des adultes âgés de 18 à 25 ans, ont vu le jour.

On date généralement l’invention de la littérature Young Adult stricto sensu à l’époque de la parution de la saga Harry Potter. J.K. Rowling a prodigieusement contribué à décloisonner la littérature jeunesse et la fiction adulte : Harry Potter à l’École des Sorciers se lit de 7 à 77 ans… Et toute la saga, par sa maturité, ses thèmes abordés, son évolutivité, dépasse le roman « pour enfant » : les aventures du jeune sorcier ont captivé tous ceux qui ont grandi avec lui.

C’est d’ailleurs l’un des traits les plus importants de la littérature Young Adult : les personnages qui y sont mis en scène partagent la même tranche d’âge que le lectorat. Cette caractéristique rend les œuvres de ce type véritablement exemplaires. Le protagoniste va grandir au fur et à mesure du livre, se révéler, et entrer dans l’âge adulte après une série d’épreuves.

Après Harry Potter, deux sagas livresques, rapidement adaptées au cinéma, vont incarner la domination de la littérature pour adolescents et jeunes adultes en librairie : Twilight et Hunger Games. Si la première se rapproche du genre dit « bit-lit », mettant en scène des vampires modernes et à destination d’un lectorat davantage féminin ; la deuxième représente bien l’un des axes majeurs de la littérature Young Adult : le roman de l’imaginaire « juvénile ».

Dystopie, science-fiction et fantastique : la littérature imaginaire Young Adult

Si l’on songe à Sa majesté des mouches par exemple, l’idée d’adolescents plongés dans un enfer scolaire, symbolisant la dureté de certains régimes politiques, nourrit l’imaginaire des auteurs de littérature Young Adult.

Après Hunger Games, une vague de romans dystopiques a fleuri en librairie. Divergente, avec ses factions réparties selon les traits de caractère ; Le labyrinthe et ses adolescents obligés de survivre dans un dédale ; Endgame, avec son énigme sur fond de lutte tribale et enfin La Sélection ont marqué le genre.

Dans ces récits, le protagoniste doit remporter un défi, qu’il soit physique ou mental, pour espérer sortir vivant d’une compétition voulue par les adultes afin d’asseoir leur pouvoir. Ressuscitant les romans de chevalerie et les contes en les mélangeant avec le principe d’émissions de télé-réalité à élimination, ces histoires constituent l’un des socles les plus importants de la littérature Young Adult.

Du côté du fantastique, dans le sillon de Twilight, ou en parallèle, sont nées des œuvres pour ados dédiées au vampirisme, vu comme un phénomène juvénile, comme Vampire Academy. De manière générale, zombies, monstres et extra-terrestres connaissent un second souffle dans la littérature adressée aux adolescents, comme l’atteste Six of Crows ou La Cité des ténèbressans oublier Lux qui sinue entre éléments surnaturels et romance, l’autre grande tendance la littérature Young Adult.

Romance et « chick lit » : la littérature Young Adult dans le réel

L’une des particularités de la littérature Young Adult est la présence de nombreux genres, le seul dénominateur commun de ce courant étant l’âge du lectorat. La romance, initialement dévolue aux adultes, a ainsi remporté un vif succès. De même que les romans à caractère « psychologique » destinés aux adolescents, avec une qualité littéraire indéniable.Citons dans cette dernière catégorie des exemples comme Le Monde de Charlie ou 13 Reasons Why, tous adaptés avec réussite à l’écran.

Notons également le cas de John Green, dont la majorité des romans a également été adaptée en films tels que Nos étoiles contraires, La Face cachée de Margo ou encore Tortues à l’infini, et même en série avec Qui es-tu Alaska ?

Comme sa grande sœur destinée à un lectorat plus âgé, la chick lit version Young Adult figure également en tête des ventes avec notamment Geek Girl, D.I.M.I.L.Y, Lara Jean ou encore, de la même autrice, L’été où je suis devenue jolie.

Les séries littéraires Young Adult déploient évidemment de nombreux thèmes, qu’ils soient sociétaux ou éternels (comme les dystopies) offrant ainsi aux adolescents et jeunes adultes d’aujourd’hui des heures et des heures de lecture !

David Foenkinos, Je suis drôle : de quoi parle son nouveau roman ?

27 mars 2026 à 09:45

Faire rire pour exister : c’est autour de cette idée que s’articule le nouveau roman de David Foenkinos, Je suis drôle, publié le 2 avril aux éditions Gallimard. À travers le parcours de Gustave, l’écrivain esquisse un récit où l’humour devient à la fois un refuge, une stratégie sociale et un piège.

Que raconte l’histoire de Gustave ?

« Gustave a compris une chose essentielle : faire rire, c’est être aimé. » Le roman suit la quête de reconnaissance de son personnage principal. Convaincu que l’humour est la clé du lien aux autres, il en fait « sa force, son talent, sa politesse », jusqu’à en faire une identité à part entière. « J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui me font rire, ce sont peut-être même ceux que j’admire le plus », explique d’ailleurs le romancier à RTBF.

Mais si Gustave fréquente les comedy clubs et enchaîne les expériences, il ne connait jamais vraiment le succès. Foenkinos met ainsi en scène un personnage persuadé d’être fait pour une voie qui, en réalité, ne lui correspond pas.« Souvent, on fait fausse route et j’ai de la tendresse pour tous ceux qui s’y obstinent », explique l’auteur à Madame Figaro.

Pourquoi le rire comme sujet ?

Le choix de l’humour comme thématique centrale s’inscrit dans une observation plus large de l’époque.« Il y a une excitation générale du rire actuellement », analyse Foenkinos (RTBF). L’humour apparaît alors comme « le chemin le plus court pour créer une émotion » mais aussi comme une forme de protection.

Dans Je suis drôle, cette fonction est pleinement exploitée. Le rire devient « une valeur refuge nécessaire ». Le roman joue ainsi sur une tension constante entre légèreté et gravité, résumée par une citation de Samuel Beckett choisie en exergue : « Rien n’est plus drôle que le malheur. »

Qui est David Foenkinos ?

David Foenkinos a publié son premier roman en 2002 et signé, depuis, plus d’une vingtaine de titres. Il s’est imposé auprès du grand public avec La délicatesse en 2009, vendu à plus d’un million d’exemplaires et adapté au cinéma. En 2014, avec Charlotte, il gagne le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens.

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