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Reçu hier — 27 février 2026

FIJ 2026 : le jury décrypte le palmarès des As d’or

27 février 2026 à 18:30

Vous faites tous les quatre partie du jury du Festival international de jeux de Cannes (FIJ). Comment avez-vous appréhendé cette nouvelle expérience ?

Eva Szarzynski : Ça s’est très bien passé. Je participe à ce jury depuis maintenant sept ans, et j’ai pu observer une réelle évolution dans notre manière de nous organiser. Nous avons mis en place un plan qui a fluidifié les délibérations, pour qu’elles tiennent compte de l’avis de chaque membre et qu’elles soient, en quelque sorte, “sur mesure”. Nous avons notamment choisi d’étaler les débats dans le temps.

Avant, nous devions tout boucler en un seul week-end, ce qui rendait l’exercice vraiment intense. Cette année, nous avons traité une seule catégorie par jour. Ce nouveau rythme nous a permis de mieux digérer les échanges, de reposer notre cerveau et d’aborder chaque nouvelle session avec la fraîcheur nécessaire. En prenant notre temps, nous avons réalisé que nous aboutissions à des délibérations bien plus qualitatives.

Vous avez effectivement testé des centaines de titres. Êtes-vous parvenus à garder ce plaisir du jeu malgré tout ?

Pénélope : Heureusement, jouer reste un plaisir. Mais c’est vrai que, lorsqu’on enchaîne des dizaines, voire des centaines de jeux dans l’année, et qu’il faut y revenir encore et encore… Ça peut être difficile. Le pire, c’est sans doute le fait de devoir rejouer à un titre qu’on n’a pas aimé. On se force à le faire parce qu’on doit se remettre constamment en question, c’est notre rôle. Nous ne sommes pas là pour nos goûts personnels, mais pour distinguer les meilleurs jeux de l’année. On ne peut pas rester figé sur une première impression hésitante, alors on insiste.

Il y a forcément un moment, après 20 parties d’affilée sans grand relief, où l’on finit par douter. On se dit : “C’est pas possible, j’ai perdu la flamme, je n’aime plus ça… Qu’est-ce que je fais dans ce jury ? Je ne suis pas à ma place.” Et puis, soudain, on tombe sur un jeu génial. Là, tout s’éclaire et on se répète : “C’est bon, j’adore ça, je sais pourquoi je suis là”. On a alors une envie folle de porter ces projets, de les défendre. Ça nous donne une véritable mission, un rôle vraiment gratifiant. C’est aussi une expérience humaine très forte : on se découvre au sein d’un groupe, on apprend à penser collectivement. Et ça, c’est vraiment très chouette.

Les As d’or ont été révélés ce jeudi 26 février. Cette année, les avis étaient-ils unanimes ou y a-t-il eu un vrai débat pour certaines catégories ?

Damien Desnous : En réalité, le débat s’est souvent joué sur la catégorisation des jeux en elle-même. Nous sommes conscients que le choix d’une catégorie aura un impact réel, d’autant que de nombreux titres peuvent facilement basculer de l’un à l’autre. Cette année, la méthode que nous avons mise en place a permis de fluidifier ces échanges : nous ne sommes pas là pour nous battre pour nos “chouchous”, mais pour construire ensemble la meilleure sélection possible. Il n’y a pas d’engueulades, même si l’on peut parfois se retrouver en minorité dans certaines discussions – et c’est ok.

Nous débattons sur une shortlist de jeux déjà excellents, donc le processus repose avant tout sur l’écoute, la concession et l’échange d’idées. Plutôt que de simplement chercher à convaincre les autres à tout prix, nous expliquons ce que nous avons ressenti, ce qui permet souvent aux autres membres de découvrir un angle ou une perspective qu’ils avaient totalement manqués. C’est cette rencontre à la croisée des chemins entre professionnels venus d’horizons variés – boutiques, bars à jeux, influenceurs ou médias – qui rend l’expérience si gratifiante, car chacun apporte un vécu et une utilisation du jeu qui lui sont propres.

J’ai LA question à 1000€ : qu’est-ce qui fait un bon jeu de société ?

E.S. : Pour moi, ça passe d’abord par son look. Un beau jeu va tout de suite m’attirer et me donner envie d’y jouer. J’ai besoin qu’il soit esthétique et attirant pour avoir envie de me plonger dedans – et potentiellement m’attaquer à une règle de 45 minutes.

D.D. : Mon approche est plus narrative : ce qui m’importe, c’est ce que le jeu raconte. Dès le premier coup d’œil, c’est la proposition et l’univers qui me séduisent et me donnent envie de m’y investir. Un bon jeu doit avant tout être une invitation au voyage, un objet capable de vous transporter ou de vous permettre de vous projeter dans une histoire. Même face à une mécanique plus abstraite, tant que l’intention est claire, je cherche cette capacité à raconter quelque chose.

P. : Évidemment, tout se complète, mais pour moi, c’est vraiment la construction qui prime. Il faut que ce soit net, à l’épure. Je déteste quand on sent des choses qui dépassent, des éléments ajoutés juste pour boucher les trous ou pour remplir, parce qu’on ne savait pas comment se sortir d’une mécanique. En revanche, quand on sent que ça a été peaufiné jusqu’au bout, avec intelligence et sans superflu, et que si, en plus, on a ce petit “twist” inédit… Alors là, c’est du caviar. [Rires]

Boris Courtot : Ce qui me fait vibrer dans un jeu, c’est l’émotion que je vais ressentir. C’est ce frisson rare, presque physique, comme celui que l’on ressent en montant sur scène. C’est une sensation qui me transcende et que j’ai finalement peu vécue, mais quand elle est là, en tant que joueur, c’est exceptionnel. J’aime par-dessus tout quand il se passe quelque chose de fort autour de la table, quelque chose qui dépasse le simple cadre ludique. On dit souvent qu’un jeu s’arrête avec la partie, mais pour moi, un jeu devient “super” quand il va au-delà. Quand l’expérience crée des souvenirs dont on discute encore longtemps après, ça devient magique.

E.S. : Finalement, un très bon jeu, c’est un jeu qui réunit tous ces éléments !

Vous avez décerné l’As d’or “Initié” à Zenith. Quelles émotions ce dernier vous a-t-il suscitées ?

P. : Pour moi, la force de ce jeu, c’est vraiment sa capacité à instaurer une tension permanente. C’est le fait d’avoir l’impression, jusqu’au bout, qu’on peut encore s’en sortir, qu’on peut encore gagner. On est plongé dans la réflexion et puis, d’un coup, il y a ces petits moments où on se surprend à se dire : “Waouh, mon cerveau est génial !”. Quand un jeu réussit à vous donner ce sentiment-là, cette petite satisfaction personnelle d’avoir accompli quelque chose de brillant… c’est hyper agréable. C’est vraiment l’une des grandes forces de Zenith.

E.S. : Quand t’arrives à avancer ta planète de deux cases, que t’arrives à te la prendre de ton côté…

P. : Et que tu connais tes deux coups d’après, que tu sais ce que tu vas faire, c’est trop bien !

B.C. : J’ai découvert ce jeu dans une configuration à quatre joueurs, et ce qui m’a vraiment emporté, c’est l’alchimie à deux joueurs, en face à face. Notre première partie a duré presque une heure, mais j’ai adoré ce temps long, fait d’échanges stratégiques et de réflexions géniales. Ce que j’aime dans Zenith, c’est ce rapport à deux : on peut soit se livrer à une course effrénée vers la planète en tant qu’adversaires, soit tenter de construire, en équipe, une stratégie commune sans presque se parler. Pour moi, la véritable réussite de cet As d’or “Initié” réside précisément dans cette intensité et cette complicité.

Quel est votre rapport aux jeux de société ? Êtes-vous de grands joueurs, depuis toujours, ou avez-vous découvert cette passion bien plus tard ?

D.D. : Le jeu a toujours fait partie de ma culture familiale, avec des classiques comme la belote le dimanche. J’ai ensuite bifurqué vers le jeu de rôle dès l’âge de 12 ans, avec des titres comme Catan. Cette passion ne m’a jamais quitté, mais avec le temps, mon approche a évolué : aujourd’hui, mon véritable plaisir n’est pas tant de jouer que de faire jouer les autres. Mon kiff absolu, c’est de voir les gens s’éclater en découvrant un titre. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai pas de jeu préféré dans l’absolu ; mon favori, c’est celui qui sera parfaitement adapté aux personnes avec qui je me trouve à l’instant T. Je peux jouer à tout, à une seule condition : ne pas avoir de mauvais joueurs à table. [Sourire]

P. : Je crois que je suis née joueuse. [Sourire] Cette passion a commencé par le jeu vidéo, mais le jeu de société a toujours fait partie de ma construction, dès l’enfance. Aujourd’hui, je me vois surtout comme un explorateur : ce qui me passionne, c’est d’ouvrir une nouvelle boîte pour découvrir l’idée centrale, l’histoire, le décor, ou encore le trait de l’illustrateur. J’aime faire les liens, m’apercevoir qu’il s’agit du même auteur qu’un autre titre… C’est un univers que j’appréhende comme une véritable archive mentale. J’ai ce désir de tout connaître, d’avoir tout testé dans ce monde-là. C’est une quête permanente, et c’est passionnant.

Avez-vous la sensation que le secteur ludique connaît un regain d’intérêt depuis quelques années ?

D.D. : Le public a toujours été présent : je travaille dans une boutique, et j’y ai toujours vu des joueurs. La vraie différence aujourd’hui, c’est que de nouveaux profils débarquent et découvrent cet univers, ce qui est assez chouette. Le jeu est devenu un produit culturel comme un autre, même s’il n’est pas encore officiellement reconnu comme tel. C’est désormais un cadeau que l’on offre naturellement en soirée pour faire plaisir et partager un moment.

E.S. : Il y a toujours eu des joueurs, mais on a quand même noté un véritable bond avec le Covid. C’est aussi un phénomène de génération : tous ces adolescents qui ont grandi avec les jeux vidéo se sont tournés vers le plateau une fois qu’ils ont fondé une famille. Il fallait trouver un moyen de jouer tous ensemble, et le jeu de société est apparu comme la solution idéale. Depuis le Covid, la tendance monte en flèche, portée par le bouche-à-oreille, mais aussi par les gros efforts de communication des éditeurs et des distributeurs. On voit fleurir des festivals et des cafés ludiques un peu partout en France. Cette culture ludique s’étend et touche désormais des publics qui n’y auraient jamais pensé. Je le vois bien dans mon travail en ludothèque : quand nous investissons l’espace public, les gens passent, s’essayent à une partie un peu par hasard, et c’est gagné. Une fois qu’ils ont mis le doigt dedans, c’est parti.

B.C. : Pour compléter avec quelques chiffres : la première ludothèque française est apparue dans les années 1960 et le premier café-jeu au début des années 2000. On en dénombre aujourd’hui respectivement plus de 1 400 et plus de 200 à travers le territoire. Cette prolifération de lieux dédiés ces dernières années a rendu le secteur bien plus visible aux yeux des pouvoirs publics, à tel point que les bibliothèques commencent, elles aussi, à intégrer le jeu dans leurs collections de prêts. Si la reconnaissance politique du jeu comme objet culturel fait encore défaut au niveau national, elle est déjà acquise sociologiquement et légitimée sur le terrain par une multitude d’acteurs. On le voit d’ailleurs à l’échelle locale, qu’il s’agisse de Parthenay et de son projet de “Cité du jeu”, ou de Cannes, qui porte depuis près de 40 ans un festival majeur dont le rayonnement est aujourd’hui international.

Ce sera ma toute dernière question – et je sens que vous allez me détester de vous la poser. Si vous deviez ne choisir qu’un seul jeu auquel jouer pour le reste de votre vie, lequel serait-il ?

B.C. : Je dirais Faraway. J’ai fait 3 000 parties, je pourrais en refaire 3 000 de plus, sur n’importe quel support.

E.S. : Si je devais n’en choisir qu’un seul, j’en serais bien triste, car j’en suis tout simplement incapable. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est la découverte : ce sentiment d’être encore surprise par la créativité des auteurs. Même s’il existe déjà une quantité phénoménale de titres, on parvient toujours à inventer des concepts inédits et des choses étonnantes. C’est précisément cet émerveillement constant que j’adore.

P. : Il y a ce jeu, Cozy sticker ville, sorti tout récemment. Si l’on pouvait en avoir des déclinaisons à l’infini – à la montagne, dans l’espace, peu importe –, je crois que je serais capable de ne jouer qu’à ça pour le restant de mes jours. C’est d’autant plus surprenant que ce n’est pas du tout mon profil habituel : à l’origine, je suis plutôt une joueuse dite “experte”, amatrice de jeux de gestion denses avec beaucoup de règles. Là, on est à l’opposé complet, mais c’est absolument brillant. Dès que j’ai commencé à y jouer, j’ai eu cette évidence : c’est lui, c’est le jeu d’une vie. [Rires]

D.D. : Pareil ! J’ai pris une véritable claque en découvrant ce jeu. C’est tout l’intérêt de notre passion, ce moment où l’on se laisse surprendre. Le jeu vous attrape, vous plaque au sol et vous dit : “Ok, tu restes avec moi jusqu’à ce qu’on ait fini notre histoire !”. [Rires] Pourtant, c’est un titre à base d’autocollants, une expérience narrative que l’on ne peut, par définition, pas vraiment recommencer une fois finie. Mais la proposition est tellement folle qu’on a simplement envie de vivre ce moment à fond. C’est ma grande révélation de ce début d’année. Le dernier titre à m’avoir fait cet effet-là, c’était Alice is Missing.

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26 février 2026 à 17:50

Très concrètement, en quoi consiste le métier de sourceur dans l’industrie ludique ?

C’est un métier de terrain et de curiosité. Une grande partie de mon année consiste à parcourir les salons spécialisés en Europe et en Amérique du Nord – de l’Allemagne à la Pologne, en passant par le Canada – pour rencontrer des auteurs et autrices de jeux et ainsi découvrir des prototypes. Ça, c’est la partie incroyable de mon métier. La face cachée, ce sont les dizaines d’e-mails que je reçois chaque mois de créateurs qui souhaitent me présenter leurs projets. [Rires]

Parce que mon rôle, c’est de dénicher des “pépites”. Par exemple, juste derrière moi, vous pouvez voir Take Time, que j’ai trouvé ici même, au Festival international de jeux de société de Cannes (FIJ), il y a deux ans, et Dewan, que j’ai trouvé au Sommet des jeux il y a deux ans et demi.

Une fois le prototype repéré, je le confie aux studios francophones du groupe Asmodee avec lesquels je travaille – Space Cowboys, Libellud, Repos Production et Next Move. Là, le jeu entre dans un long cycle de tests. Il est testé et retesté de nombreuses fois, et s’il survit à ces étapes, un contrat d’édition est signé, et un travail de co-création commence entre l’auteur et les game designers du studio pour affiner la mécanique, les règles et l’esthétique.

Et comment devient-on sourceur ?

Il n’y a pas d’études pour ça. [Sourire] On devient sourceur par l’expérience et par passion. En ce qui me concerne, c’est l’aboutissement d’une vie entière dédiée au jeu. J’ai tenu un magasin à Bordeaux pendant longtemps, j’ai écrit dans la presse spécialisée, j’ai été membre du jury du FIJ et j’ai collaboré avec le média de référence Tric Trac. Puis je me suis retrouvé au bon endroit, au bon moment, quand l’industrie a commencé à professionnaliser cette recherche de nouveaux talents.

Selon vous, qu’est-ce qui définit un “bon” jeu de société ?

Le problème, c’est qu’il n’y a pas un bon jeu de société. Il y a plein de bons jeux de société qui vont s’adresser à un public plus ou moins large. En effet, un succès peut être relatif : pour un studio, vendre 50 000 exemplaires d’un jeu niche est une réussite éclatante, tandis qu’un jeu grand public devra viser les 300 000 ventes. On ne peut pas attendre la même trajectoire d’un titre pour initiés que d’un phénomène comme les Loups-Garous de Thiercelieux.

Mais quel est le point commun entre tous les jeux que vous avez déniché ?

Pour moi, le critère fondamental reste l’émotion. Si un jeu ne me touche pas, je n’aurai jamais l’énergie nécessaire pour le défendre auprès des studios. Parfois, ça vient dès la lecture de la règle, comme pour Take Time : j’ai tout de suite su que c’était une évidence et qu’il fallait signer très vite avant la concurrence. Pour d’autres, comme Dewan, c’est une petite “étincelle” dans un prototype encore brut qui me fait dire qu’il y a une promesse à creuser.

Avec des centaines de sorties chaque année, peut-on encore imaginer des histoires ou des mécaniques de jeux originales, encore aujourd’hui ?

C’est de plus en plus complexe, car je vois de plus en plus de jeux, et il y a de moins en moins d’élus. Mais c’est toujours possible. On arrive rarement à une idée 100% inédite. Souvent, c’est comme dans une bonne soupe : les ingrédients sont connus, mais c’est la façon dont ils sont “cuisinés” ensemble qui crée la surprise. Les auteurs doivent garder espoir, car le panel d’éditeurs est immense aujourd’hui, du petit indépendant aux géants internationaux. Chacun peut avoir sa chance. Il doit juste parvenir à susciter cette petite étincelle.

À quoi ressemble une semaine de FIJ pour vous ?

C’est un marathon. Avec le salon d’Essen en Allemagne, c’est notre plus gros rendez-vous annuel. On travaille en équipe avec les représentants des studios pour croiser nos ressentis. À Cannes, sur trois jours, nous rencontrons environ 90 auteurs pour tester entre 130 et 150 jeux. Sur ce volume, nous en sélectionnons peut-être une vingtaine pour des tests approfondis, et au final, seuls deux ou trois finiront peut-être en rayons. Sur l’année entière, je lis les règles de près de 800 projets pour en tester réellement 300 ou 400.

Et vous prenez toujours autant de plaisir à jouer, malgré ces centaines de tests ?

Toujours. Sinon, je changerais de métier. Ce qui maintient cette flamme intacte, c’est l’envie permanente de retrouver l’émotion pure de la découverte, ce moment de bascule où, face à un nouveau prototype, on se surprend à se dire que l’idée est vraiment excellente. C’est une quête de l’étonnement qui ne s’essouffle jamais, car chaque nouveau projet porte en lui le potentiel d’une pépite ludique capable de marquer les esprits.

Quelles sont les plus belles trouvailles de votre carrière ?

J’y reviens, mais ce sont les deux jeux dont je vous parlais tout à l’heure. Take Time, parce que c’est un jeu coopératif qui parvient à créer une harmonie presque magique où, malgré des informations limitées, les joueurs finissent par se comprendre sans se parler. Et Dewan, parce que c’est un jeu compétitif dans lequel il y a une tension de la première, à la dernière minute. Les joueurs finissent généralement debout, autour de la table, parce qu’ils n’en peuvent plus. [Rires]

Ce métier est-il une façon, pour vous, de garder votre âme d’enfant ?

Je ne dirais pas les choses ainsi. Jouer n’est pas forcément un acte enfantin. Pour moi, c’est surtout une manière de rester en éveil, de cultiver l’imaginaire et le lien social. Dans “jeu de société”, le mot le plus important est “société”. Contrairement à beaucoup de jeux vidéo, qui se jouent en solo, ici, l’émotion naît du groupe. Se retrouver autour d’une table avec des amis ou même des inconnus pour partager un moment de tension ou de rire, c’est ce qui reste formidable.

Reçu avant avant-hier

Bridgerton : pourquoi la série est-elle en réalité un conte de fées moderne ?

24 février 2026 à 07:00

Chères lectrices, chers lecteurs assidus de La chronique des Bridgerton, cela ne vous aura pas échappé. La quatrième saison de votre romance préférée se présente comme une variation autour du thème de Cendrillon, un conte de fées ancien, présent sous diverses versions en Asie, en Europe et en Amérique, et ce, depuis l’Antiquité.

Adaptée du troisième tome de la série littéraire éponyme à succès de Julia Quinn, la saison 4 de Bridgerton nous plonge en effet dans une histoire d’amour tourmentée entre Benedict Bridgerton (Luke Thompson), le deuxième enfant de la richissime famille, et Sophie Baek (Yerin Ha). Comme Cendrillon, la jeune femme est une orpheline qui vit avec sa belle-mère, Lady Penwood (Katie Leung) et ses deux demi-sœurs.

Une structure de conte de fées

À la mort de son père, elle a été cruellement dégradée au rang de servante par Lady Penwood, pour qui Sophie est une « bâtarde » (née d’une union illégitime entre son père noble et sa mère servante). Au début de la saison 4, Sophie parvient à se rendre incognito à un bal masqué organisé chez les Bridgerton. C’est le coup de foudre avec Benedict. Au moment de filer, elle oublie non pas une pantoufle de vair derrière elle, mais l’un de ses gants.

La chronique des Bridgerton.

« Le conte est partout, dans les fictions contemporaines, romanesques ou télévisuelles, c’est une nourriture culturelle quotidienne qui alimente toutes les créations possibles. Sa malléabilité, sa capacité à modifier en permanence ses propres significations et à s’ajuster aux évolutions sociales expliquent aussi sa pérennité », explique Laurent Bazin, maître de conférences à l’Université Paris-Saclay, au micro de France Inter.

Au-delà de l’inspiration évidente de Cendrillon pour cette nouvelle salve, toute la série – créée par Chris Van Dusen en 2020 et produite par Shonda Rhimes – est structurée comme un conte de fées. Récit court de tradition orale et issu de divers folklores, ce dernier met en scène les péripéties de personnages archétypaux de façon divertissante, avec une touche de merveilleux et un indispensable sous-texte didactique.

La chronique des Bridgerton.

Par exemple, Cendrillon représente le triomphe de la gentillesse et de la bonté, et la croyance en une justice divine, que l’on pourrait aussi nommer le karma. On trouve aussi l’idée qu’il ne faut jamais renoncer à ses rêves, aussi impossibles puissent-ils paraître. Le conte ouvre une porte vers un autre monde, qui possède ses propres règles.

Cette porte est verbalement symbolisée par le fameux « Il était une fois », qui nous emmène dans un ailleurs historique et géographique. Dans la série Bridgerton, cette porte d’entrée, c’est le « Chères lectrices et lecteurs » prononcé par la narratrice, Lady Whistledown.

La Chronique des Bridgerton.

Les contes se situent généralement durant la longue période du Moyen-Âge. L’univers de Bridgerton s’ancre pendant la régence victorienne, mais la série en propose une version totalement fantasmée. Le racisme n’existe pas : les personnages racisés sont légion et cela ne pose aucun problème. Chaque saison est un nouveau conte de fées dont le but est de trouver le véritable amour, par le mariage et l’épanouissement sexuel. La règle de la série, c’est de ne pas trahir son cœur.

Les bons et les méchants

Les contes de fées proposent des personnages archétypaux, comme le héros, la princesse, la sorcière ou les marraines et l’animal parlant. Bridgerton se passe de la touche fantastique, donc exit les animaux parlants (seulement quelques abeilles et papillons se baladent ici et là pour une ambiance bucolique) et les fées. Dans la saison 4, les alliés de Sophie sont d’autres servants et servantes solidaires de sa situation.

La chronique des Bridgerton.

L’œuvre actualise la figure du prince charmant : les héros romantiques des diverses saisons (Simon, Anthony, Colin et Benedict) peuvent se montrer orgueilleux, aveugles ou coureurs de jupons. Tout va bien tant qu’ils apprennent à changer au contact de l’élue de leur cœur. De leur côté, les princesses possèdent des origines et physiques divers (Kate Sharma, d’origine indienne, Penelope Featherington, un personnage qui dévie légèrement des standards de beauté en vigueur, Sophie Baek, d’origine asiatique).

Une façon pour le show de rectifier le tir des contes de fées européens aux personnages très blancs et de renouveler les représentations d’héroïnes romantiques sans que cela devienne un sujet dans la série. Malgré leur impératif de mariage et une société qui reste patriarcale, les princesses de Bridgerton démontrent une grande force de caractère. Production post-#MeToo oblige, elles sont davantage en prise avec leurs désirs.

La chronique des Bridgerton.

La série met en scène leurs émois et leur sexualité de façon moderne : les scènes de sexe sont variées et elles respirent le consentement. Dans la saison 4, Francesca Bridgerton (Ruby Stokes) s’interroge par exemple sur l’orgasme et discute avec son mari de leur vie sexuelle. Comme dans les contes de fées, les personnages malveillants et bienveillants sont facilement identifiables.

Dans les premières saisons, Portia Featherington (Polly Walker) a incarné le rôle de la marâtre/sorcière qui martyrise ses enfants, en particulier Penelope, qu’elle voit comme son vilain petit canard (encore un conte !). Dans la saison 4, elle laisse sa place à Lady Penwood, une belle-mère encore plus cruelle, qui s’acharne sur cette pauvre Sophie.

La chronique des Bridgerton.

Dans un épisode, Sophie et une camarade servante se retrouvent aux prises avec un noble agresseur. Elles sont sauvées par Benedict Bridgerton. Ce dernier rapporte l’agression à sa mère, qui confirme qu’elle n’a « jamais aimé ce garçon ». La série nous plonge ainsi dans un monde de conte de fées, où nos héros, les nobles (dans tous les sens du terme) Bridgerton, sont beaux, justes et veulent le bien de tous et de toutes.

“Ils vécurent heureux” : tout est bien qui finit bien

Dans un monde où l’avenir s’assombrit et où le couple hétérosexuel traverse une crise sans précédent (on parle d’hétérofatalisme), Bridgerton agit comme de la « comfort food » et un prolongement des contes de fées revisités par Disney avec lesquels on a grandi. La série pioche allègrement dans nos souvenirs, parfois sur toute une saison, parfois sur quelques scènes – comme dans cet épisode où Benedict se retrouve au cottage, blessé, avec Sophie et que leurs sentiments grandissent.

La chronique des Bridgerton.

Une dynamique qui n’est pas sans rappeler celle d’un autre conte, celui de La Belle et la Bête, Belle étant une roturière fan de littérature, comme Sophie, et la Bête un prince dégradé, comme le « dépravé » Benedict (le show insiste sur son mode de vie dissolu et le désespoir de sa mère). Malgré les épreuves, avec Bridgerton comme dans les contes façon Disney, on a l’assurance qu’à la fin de la saison, après quelques leçons de vie bien senties, le prince, même queer (Benedict entretient des relations officieuses avec des hommes et des femmes dans les précédentes salves), aura trouvé chaussure à son pied et la princesse aura sécurisé son avenir sans renoncer à l’amour.

À travers le personnage de Sophie Baek, dont le statut va poser problème à la famille Bridgerton, cette saison s’intéresse à la mobilité sociale, teintée de méritocratie. En effet, la série nous fait comprendre que Sophie est une excellente servante : après son départ, Lady Penwood doit embaucher quatre employés pour la remplacer et déclenche une « guerre des servantes », ces dernières se retrouvant en position de force pour négocier leur salaire.

Et puis, Sophie Baek ne supporte pas l’oisiveté, comme en témoignent ses quelques jours avec Benedict au cottage. Elle qui a travaillé si dur mérite donc de prendre l’ascenseur social version Bridgerton, évidemment en panne pour toutes les autres. La réalité des relations amoureuses n’a pas autant changé depuis le XIXe siècle qu’on se plaît à le croire.

La chronique des Bridgerton.

Si les mentalités sont moins étriquées, les classes sociales ont tendance à rester entre elles, en particulier les plus favorisées. L’idée de « faire un beau mariage » reste aussi dans les esprits, dans une société où la richesse est majoritairement détenue par les hommes et où les inégalités n’ont fait qu’augmenter ces 20 dernières années. Comme les contes de fées, Bridgerton n’a pas pour mission de renverser l’ordre établi. Elle se tient éloignée de toute réflexion véritablement politique sur notre société.

En utilisant la structure rassurante des contes de fées, la série se fait en revanche le reflet de certains acquis sociétaux du XXIe siècle en Occident. Tout en n’oubliant pas de nous offrir chaque saison un nouveau mariage et un nouveau bébé. Car la fin doit toujours rester la même : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. »

Strip Law, nouveau phénomène animé de Netflix ?

20 février 2026 à 07:30

On l’a quitté en mars dernier sur Apple TV+ avec le final choc de Severance. On le retrouve ce 20 février sur Netflix avec une série d’animation pour adultes (très) prometteuse. Entouré d’un casting vocal d’exception – Janelle James (Abbott Elementary), Keith David (Hazbin Hotel), Stephen Root (Barry) et Shannon Gisela (15 ans de secrets) –, Adam Scott (Severance) est à la tête de Strip Law, une production animée en dix épisodes qui mêle satire judiciaire et humour absurde dans le décor de Las Vegas.

Quelle est l’intrigue de Strip Law ?

« Lincoln Gumb, avocat coincé, est trop ennuyeux pour gagner des procès à Las Vegas… jusqu’à ce qu’il fasse équipe avec Sheila Flambé, une magicienne hédoniste, pour mettre un peu de piquant et d’éclat dans les affaires les plus stupides de la ville », détaille le synopsis. Créateur et producteur exécutif du show, Cullen Crawford (Star Trek : Lower Decks) a confié à Variety que le fait de pouvoir développer cette série « avec une tonne de génies » a été l’expérience « la plus formidable » de sa vie.

Strip Law

Il poursuit : « J’espère que le public trouvera dans Strip Law une distraction joyeusement chaotique, comme ce fut le cas pour moi lors de sa création – et aussi, comme le fait que je vivrai jusqu’à mille ans. » Après le lancement très réussi de BoJack Horseman en 2014 – plus de 200 millions de vues en six saisons –, Netflix n’a cessé de renforcer son catalogue de séries d’animation pour adultes. Depuis, les succès s’accumulent. De Big Mouth – 415 millions sur huit saisons –, à Désenchantée en passant par Cyberpunk: Edgerunners, la plateforme ne cesse de gagner du terrain sur le marché.

Strip Law

Plus récemment, la plateforme a misé sur de nouvelles productions très qualitatives comme Haunted Hotel, écrite par Matt Roller (Rick et Morty), ou Long Story Short, créée par Raphael Bob-Waksberg (BoJack Horseman). Avec ses personnages atypiques et son humour décalé, Strip Law pourrait bien devenir LA nouvelle référence animée de Netflix. Son destin est désormais entre les mains de ses abonnés.

The Night Agent : la série Netflix aura-t-elle une saison 4 ?

19 février 2026 à 15:05

Thriller d’action politique influencé par le génie de 24 heures chrono, The Night Agent est rapidement devenu un phénomène. Créée par Shawn Ryan (The Shield), la production de Netflix suit Peter Sutherland (Gabriel Basso), un agent subalterne du FBI recruté par la cellule secrète Night Action. La première saison, mise en ligne en 2023, a cumulé 98,2 millions de vues en 91 jours. Elle est, aujourd’hui encore, la dixième série anglophone la plus regardée de l’histoire de la plateforme.

Le choix de Netflix

Face à ce succès, Netflix a très vite commandé une deuxième salve. Si la mécanique – un scénario qui multiplie les complots, un rythme effréné et une tension permanente – est restée intacte, l’audience a marqué un net recul, avec 53,2 millions de visionnages dans le monde. La plateforme avait néanmoins renouvelé la série pour une saison 3, quelques mois avant la sortie du deuxième chapitre. Les dix épisodes de cette dernière ont rejoint le catalogue ce 19 février, et leur performance aura un impact sur le lancement, ou non, d’une quatrième saison.

Michaela Watkins et Gabriel Basso dans la saison 3 de The Night Agent.

Officiellement, donc, aucun feu vert n’a encore été donné. Cependant, le travail a déjà commencé. Dans un entretien accordé à Deadline, Shawn Ryan a révélé que l’équipe se tenait prête : « La saison 4 n’a pas encore été officiellement commandée, mais il y a quelque temps, au cours de l’année civile 2025, ils ont discrètement mis en place une salle d’écriture. Nous travaillons depuis un moment sur la trame narrative. Nous avons quelques scripts, et nous structurons les intrigues. »

Gabriel Basso dans la saison 3 de The Night Agent.

Un peu plus loin, le cinéaste poursuit : « Je suppose que, dans les prochaines semaines, ils prendront une décision quant au feu vert officiel pour la saison 4 ; et s’ils le font, nous serons prêts avec les scripts afin qu’il n’y ait pas trop d’écart entre la saison 3 et la saison 4. » Quid des rumeurs qui évoquaient un potentiel spin-off ? À ce sujet, Shawn Ryan reste prudent : « Il n’y a rien d’actif. Je me concentre sur la saison 4 et sur l’obtention de son renouvellement. Si, et quand cela arrivera, peut-être que j’examinerai cette question. »

Un intérêt en déclin ?

Ce qui est sûr, c’est que Netflix semble vouloir maintenir un rythme annuel. La saison 2, tournée entre février et juillet 2024, a été diffusée en janvier 2025 ; la saison 3, filmée entre février et juillet 2025, arrive début 2026. Si on suit cette logique, la saison 4 devrait donc entrer en production rapidement pour viser une sortie en 2027. Reste la question de l’usure. Emballée par les premières salves, la critique du Parisien s’interroge quant au réel intérêt d’un quatrième chapitre : « Une suite est-elle réellement nécessaire ? Les nouveaux épisodes poursuivent sur la lancée des précédents. […] Seul un élément essentiel aux deux dernières saisons est cruellement absent : le personnage de Rose Larkin, dont Peter Sutherland était amoureux. […] Leur duo était l’une des forces de The Night Agent et malheureusement l’intérêt des volets inédits en prend un coup. La fin laisse évidemment la porte ouverte à davantage d’aventures pour l’agent secret, mais la lassitude commence déjà à s’installer. »

56 jours : c’est quoi cette série érotique qui cartonne sur Prime Video ?

18 février 2026 à 15:50

Prime Video l’assure : son nouveau thriller psychologique est addictif. « [Et] toute belle histoire d’amour a besoin d’un meurtre », s’amuse la plateforme dans son communiqué. Diffusée depuis le 18 février 2026, la série en huit épisodes navigue entre le polar et le récit érotique assumé. Adaptée du roman à succès de l’autrice irlandaise Catherine Ryan Howard – dont 56 jours et Le courant d’air ont été publiés en France –, l’œuvre transpose à l’écran une romance basée sur trois sujets récurrents : le sexe, les mensonges, et un meurtre.

Quelle est l’intrigue de 56 jours ?

Portée par Dove Cameron (Descendants), Avan Jogia (Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City), Karla Souza (How to Get Away with Murder) et Dorian Missick (Premium), 56 jours est écrite et produite par Lisa Zwerling et Karyn Usher – qui avaient déjà collaboré sur le drame fantastique The Rook. « Nous sommes devenus très amis avec l’auteure Catherine Ryan Howard, dont le livre nous a offert une série sensuelle, émouvante et palpitante, où tout trouve son dénouement », ont déclaré les créateurs du show auprès de Prime Video.

Dove Cameron et Avan Jogia dans 56 jours.

L’intrigue s’ouvre sur la rencontre entre Oliver et Ciara dans un supermarché. L’attirance est immédiate. Très vite, les deux inconnus entament une relation intense. Cinquante-six jours plus tard, la police découvre un corps en décomposition dans l’appartement luxueux d’Oliver. La série alterne entre le passé – et la naissance de cet amour passionnel – et l’enquête criminelle actuelle, menée après la découverte du cadavre. Le dispositif narratif repose ainsi sur une question simple : qui a été tué, et qui a tué ?

Que pense la presse de 56 jours ? L’avis des critiques

Malgré les promesses de Prime Video, la réception critique est mitigée. The Hollywood Reporter salue le rythme, mais regrette un manque de profondeur psychologique, estimant que la série « manque de ce petit quelque chose […] pour la rendre vraiment mémorable ». « Au final, [ils] ne font que répéter les mêmes vieilles rengaines que vous avez déjà entendues mille fois », souligne le média américain. La critique souligne toutefois que « les rebondissements s’enchaînent à un rythme suffisamment soutenu pour qu’[elle] ne s’ennuie jamais ».

Dove Cameron et Avan Jogia dans 56 jours.

Même son de cloche du côté de Télé-Loisirs, qui met en avant « une structure narrative intéressante et maîtrisée », mais regrette certaines longueurs au milieu du récit. « Les rebondissements et les révélations finales ne déçoivent pas, même si certains sont devinables, ajoute la journaliste française. Ce thriller joue avec la psychologie des personnages avec efficacité et permet ainsi d’être intrigant. Même avec quelques imperfections, et en n’étant pas le thriller de l’année, l’histoire de 56 jours tient la route et divertit. »

Fleur Geffrier (Les gouttes de Dieu) : “Ce qui a changé, c’est le regard que l’on porte sur moi”

18 février 2026 à 11:00

Notre dernier entretien remonte à 2023, au moment de la sortie de la première saison sur Apple TV+. Qu’est-ce qui a changé dans votre vie ces trois dernières années ?

Paradoxalement, beaucoup de choses, et en même temps, très peu. Ce qui a changé, c’est le regard que l’on porte sur moi dans le métier. Ma place dans l’industrie cinématographique et sérielle s’est affirmée. Je ne dirais pas que je me sens plus légitime, mais sans doute plus installée.

Les gouttes de Dieu m’a également permis d’ouvrir ma carrière à l’international : j’ai désormais un agent à Londres et deux aux États-Unis. Les castings que je passe, les rencontres que je fais, les perspectives qui s’offrent à moi sont plus larges. En France, aussi, cette première saison m’a aidée à débloquer de nouveaux projets. Elle a véritablement fait évoluer les choses, et j’en suis très reconnaissante. Et puis, il y a le vin. Aujourd’hui, j’ai un lien bien plus fort avec cet univers. C’est une autre fierté.

La série a connu un succès international, jusqu’aux Emmy Awards. Vous attendiez-vous à un tel retentissement ?

Absolument pas ! Il est d’ailleurs là, derrière moi. [Elle montre du doigt le trophée qui trône sur sa cheminée, ndlr]. Recevoir cet Emmy Award à New York était un moment irréel. On était épuisés par le décalage horaire, la cérémonie touchait à sa fin… et, soudain, notre nom a été prononcé. C’était fou. Durant le tournage de la première saison, nous avions senti qu’il se passait quelque chose de particulier avec cette série. On n’avait pas imaginé qu’elle recevrait un tel accueil, mais nous savions déjà que l’expérience humaine était exceptionnelle. Cette équipe, c’était une vraie famille. Le fait de leur rapporter le prix à Tokyo, alors qu’ils étaient en plein tournage, ça a été un moment très fort et magique. C’était une joie collective, simple et sincère.

Quels liens avez-vous gardés avec Tomohisa Yamashita entre les deux saisons ? Lors de notre première rencontre, vous parliez d’une relation presque fraternelle.

Nous sommes restés proches. Il aime dire que je suis sa grande sœur, que je veille sur lui. Nous ne pensions pas qu’il y aurait une saison 2. Nous nous étions quittés avec l’idée que l’aventure s’achevait là. La reprise était donc une heureuse surprise. Cette nouvelle salve nous offre davantage de scènes communes, ce qui nous a permis d’approfondir encore notre complicité. C’est un partenaire d’une grande générosité, très calme, très posé. Sa sérénité sur le plateau est inspirante.

Fleur Geffrier et Tomohisa Yamashita dans la saison 2 des Gouttes de Dieu.

Le fait de revenir sur ce lieu de tournage vous a-t-il donné le sentiment de retrouver un endroit familier ?

Oui, profondément. Ce sentiment de familiarité tient avant tout à l’équipe. Dès que nous nous retrouvons, il y a quelque chose de l’ordre de la maison, de la famille. Nous avons conservé un lien constant, même à distance, notamment grâce au groupe WhatsApp qui est toujours actif.

Revenir au domaine de Beaucastel – qui incarne le domaine Chassangre dans la série – était particulièrement émouvant. C’est là que tout a commencé. Mais le lieu avait changé : d’importants travaux avaient été réalisés dans la réalité, et nous les avons intégrés au scénario. C’était à la fois le même endroit et un espace transformé. Une métaphore parfaite de cette saison 2 : les personnages sont les mêmes, mais ils ont évolué.

Comment avez-vous abordé ces retrouvailles avec le personnage de Camille ?

Pour être honnête, j’avais une certaine appréhension. Trois ans se sont écoulés entre la première et la deuxième saison. Et trois ans, c’est long. Les personnages ont continué d’exister, d’évoluer. Reprendre un rôle après un tel intervalle demande un temps d’adaptation : il faut retrouver sa démarche, son énergie, ses silences. Et puis, la pression est différente. Lors de la première saison, nous n’étions pas attendus. Cette fois, il y a un public fidèle. On souhaite être à la hauteur.

Fleur Geffrier et Tomohisa Yamashita dans la saison 2 des Gouttes de Dieu.

Cette saison est plus sombre et aborde la question de la santé mentale et des traumatismes. Est-ce un sujet qui vous touche particulièrement ?

Je pense que la question de la santé mentale devrait concerner tout le monde. Les dernières années ont laissé des traces profondes, notamment chez les plus jeunes. C’est un sujet encore trop tabou, donc c’est très bien de pouvoir en parler à travers des films ou des séries. Dans cette saison, nous approfondissons les blessures des personnages, en particulier celles d’Issei. Les enjeux dramatiques sont plus intenses. Et la question du traumatisme me parle particulièrement. Nous savons aujourd’hui que certaines blessures laissent des traces durables, parfois invisibles, sur l’ADN, et peuvent se transmettre de génération en génération. Un trauma qui appartient à nos parents peut ainsi influencer nos vies, sans qu’on en ait conscience. Les comprendre et les affronter est une manière de s’en libérer.

La série aborde aussi la notion d’héritage. Qu’aimeriez-vous transmettre à vos proches, à votre tour ?

Des valeurs simples, mais essentielles : l’empathie, le partage, la capacité de comprendre quelqu’un avant de le juger. Et puis, l’amour des belles choses – non pas dans un sens matériel, mais dans la capacité à reconnaître la beauté d’un instant. Un rayon de soleil, le vent sur le visage, un verre de vin partagé dans un lieu inspirant… Être heureux ne signifie pas l’être en permanence. C’est savoir reconnaître la valeur de ces instants-là.

Fleur Geffrier et Tomohisa Yamashita dans la saison 2 des Gouttes de Dieu.

Pour la première saison, vous aviez suivi une formation en œnologie avec le sommelier Sébastien Pradal. Qu’en était-il pour cette suite ? Avez-vous découvert de nouveaux gestes ou de nouvelles sensations ?

Non, nous avons poursuivi sur les acquis de la première saison. Cependant, Sébastien Pradal était toujours présent en tant que consultant sur le scénario, afin de garantir la justesse des propos. J’ai néanmoins affiné certains gestes, cherché plus de précision. Et j’ai découvert de très grands vins, notamment le sauternes Château d’Yquem. C’est un vin fascinant, qui évolue dans le verre de manière spectaculaire. J’y avais sûrement trempé mes lèvres quand j’étais petite – car mon grand-père aimait beaucoup ce vin –, mais cette fois-ci, j’ai pu le déguster d’une belle manière. C’était assez fou.

De Big Little Lies à L’affaire Laura Stern, comment les séries décryptent enfin les violences sexuelles

17 février 2026 à 07:00

Dans une petite bourgade française, Laura Stern (Valérie Bonneton), une pharmacienne et mère de famille sans histoires, a créé l’association Femmes debout pour venir en aide aux femmes victimes de violences conjugales. Un jour, elle assiste, impuissante, au féminicide d’Audrey par son compagnon. Alors, Laura décide de prendre les choses en main.

Avec son antihéroïne qui agit face à un système policier et judiciaire défaillant, et à une société qui détourne le regard, L’affaire Laura Stern, série créée par Frédéric Krivine et Marie Kremer, confronte la figure de la justicière post-#MeToo au réel.

Exit les vengeances spectaculaires à la Revenge (2017) ou Promising Young Woman (2020), qui nous font par ailleurs du bien par un effet de catharsis, mais restent assez éloignées de la réalité. Les productions de la décennie post-#MeToo se sont attachées à explorer les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans toute leur complexité.

Déplacer son regard

Dans le sillage de la dernière vague féministe et ses millions de témoignages de victimes de violences sexistes et sexuelles, la société a enfin déplacé son regard. La fiction reflète ce changement de point de vue. Les séries les plus importantes de la décennie 2016-2026 sur le sujet s’intéressent à la psyché de la victime et aux conséquences des violences sur le long terme : stress post-traumatique, hypervigilance, comportements autodestructeurs, sexualité chamboulée, difficile reprise de confiance en soi…

I May Destroy You.

Dans I May Destroy You (2020), créée et interprétée par Michaela Coel, Arabella enquête sur son propre viol, subi lors d’une soirée dans un bar, durant laquelle elle a été droguée. Il suffit d’une odeur ou d’une situation pour qu’elle soit assaillie de fragments de scènes de l’agression. Sa mémoire traumatique lui fait revivre l’enfer.

On est aussi dans les têtes d’Aimee (Aimee Lou Wood) dans Sex Education (2019-2023) et de Joey (Odessa A’zion) dans Grand Army (2020) : la première subit une agression sexuelle dans un bus (un homme lui éjacule dessus), la seconde un viol par deux amis dans un taxi.

Créées respectivement par Laurie Nunn et Katie Cappiello, Sex Education et Grand Army dépeignent leur trajectoire de reconstruction après l’agression. Elle passe par de la colère légitime, une réappropriation de son corps par la danse pour Joey, ou encore par la sororité pour Aimee, épaulée par ses camarades de classe alors qu’elle doit remonter dans le bus où elle a été agressée.

Emprise et gaslighting

De Big Little Lies (2017-2019) à Maid (2021), en passant par L’affaire Laura Stern, les séries de l’ère post-#MeToo dissèquent les mécanismes de l’emprise. Selon le site Santé sur le net, il s’agit « d’une forme d’aliénation qui affecte l’intégrité psychique de la victime et sa capacité de jugement ». Dans Big Little Lies, le personnage de Celeste (Nicole Kidman), une femme mariée et mère de deux fils, subit des violences conjugales depuis plusieurs années.

Big Little Lies.

Il lui faudra l’aide d’une psychiatre, de ses amies, le témoignage d’une autre victime de la violence de son mari et la prise de conscience que cette situation a des conséquences sur la construction de ses deux jeunes fils, pour que Celeste sorte peu à peu de son déni et cesse de protéger celui qui la détruit. Les scènes de sa vie quotidienne avec Perry, tantôt sereines, tantôt violentes, suivies de grandes excuses, nous font comprendre pourquoi Celeste et, plus généralement, les femmes victimes de violences conjugales ne partent pas de leur foyer à la première alerte.

Créée par Molly Smith Metzler, la série Maid (2021), portée par Margaret Qualley dans le rôle d’Alex, une jeune femme de ménage qui tente de fuir la violence de Sean, son compagnon, explore particulièrement ces mécanismes. Il l’isole de ses proches, la rend dépendante matériellement, refuse de la laisser sortir de chez eux. Elle traverse une terrible dépression et ne sort plus de son canapé. Elle vit dans la terreur des futurs agissements de Sean.

Dans L’affaire Laura Stern, le personnage de Camille vit un mariage sous emprise. Constamment dévalorisée par son mari, menacée de mort sous couvert de blagues, elle effectue une tentative de suicide. Le bourreau place sa victime dans une situation de brouillard mental telle qu’elle finit par penser qu’elle est folle. Pour en arriver à la faire douter de ses perceptions, il utilise des techniques de gaslighting, concept qui décrit le fait de travestir la vérité pour manipuler psychologiquement une personne.

Déconstruire le récit de la “bonne victime” face au “monstre”

Ces séries centrées sur les violences sexistes et sexuelles ont permis de déconstruire un certain nombre de préjugés. Unbelievable, qui suit la trajectoire de Marie (Kaitlyn Dever), une jeune femme victime d’un viol et accusée par la police de mentir, dénonce l’injonction à être une « victime parfaite ». Après son agression, Marie fait la fête et ne semble pas traumatisée par ce qui lui est arrivé (le mot clé de cette phrase étant « semble »).

Unbelievable.

La jeune femme va perdre son travail, ses amis et être accusée de fausse déclaration par la police. La série nous dit que chaque victime de VSS a sa façon de répondre au traumatisme. Il serait temps d’arrêter de les juger et de demander plutôt des comptes aux agresseurs et au système qui permet leur impunité.

S’il n’existe pas de bonne victime, il n’existe pas non plus de monstre. Dans Unbelievable, Marie fait face à un violeur en série, mais ce genre de criminel hors norme est une exception. En France, neuf femmes sur dix connaissent leur agresseur. Ce sont des pères, des frères, des proches de la famille qui violent et sont responsables dans leur grande majorité des féminicides (meurtre d’une femme en raison de son genre, il s’agit d’un crime de possession).

Sambre.

Big Little Lies, Maid ou The Handmaid’s Tale nous ont montré que ces hommes ont appris à masquer leur violence aux yeux de tous et toutes pour se faire passer pour l’époux irréprochable d’une femme instable. Créée par Alice Géraud et Marc Herpoux, Sambre (2023) suit, sur six épisodes qui alternent les points de vue (la victime, la police, la justice, etc.), la traque d’Enzo Salina, un violeur en série qui a sévi de 1988 à 2018.

Dans une scène qui a véritablement eu lieu (la série repose sur des faits réels) et montre le niveau d’impunité qu’il ressent, le violeur prend l’apéro avec les policiers avec lesquels il joue au foot et ironise sur le fait que le portrait-robot de l’homme qu’ils recherchent lui ressemble beaucoup. La production explore comment sa couverture de « bon père de famille » toujours prêt à aider ses voisins lui a permis de passer sous les radars pendant tant d’années.

Les violences sexistes et sexuelles touchent toutes les femmes

Ces séries insistent sur le fait que les femmes subissent ces violences, quels que soient leur classe sociale, leur âge ou leur couleur de peau. Dans Sex Education, lors d’une retenue, les adolescentes Aimee, Maeve, Olivia, Ola, Lily et Viv réalisent que la seule chose qu’elles ont en commun, c’est d’avoir fait face à des « pénis non-consentis ». Dans L’affaire Laura Stern, Laura reçoit divers profils de victimes de VSS dans son association : des femmes blanches, racisées, issues de la classe populaire ou bourgeoise… L’œuvre fait aussi état du spectre des violences : physiques, psychologiques (souvent diminuées, à tort), ou encore inceste.

Maid.

Si les femmes de toutes les classes sociales sont concernées par ces violences, une série comme Maid, centrée sur une jeune femme pauvre et mère d’une enfant, rappelle qu’il est particulièrement dur pour les femmes précaires de se sortir d’une relation toxique. Elles bénéficient d’un système de soutien moindre, sont matériellement dépendantes de leur compagnon et ont parfois des enfants à charge.

Des séries qui interrogent les structures de pouvoir

Ces séries mettent en lumière les défaillances des institutions censées protéger les citoyennes. En première ligne au moment d’aller porter plainte, la police n’est pas formée à recueillir des témoignages de femmes victimes de violences. Dans Unbelievable, la prise en charge de Marie, catastrophique, conduit à une revictimisation. On l’accuse d’avoir menti. Dans Sambre, la police minimise l’agression de Christine (Alix Poisson), la première victime, fréquente le violeur et ne fait pas le lien entre plusieurs viols ayant eu lieu dans la même région.

Sambre.

L’affaire Laura Stern pointe les limites de la justice : Audrey est tuée par son ex-compagnon alors qu’elle avait porté plainte plusieurs fois, le mari violent de Camille et le mari incesteur et violent d’Aminata étaient en train de tuer des femmes à petit feu, sans que personne ne les en empêche.

Manque de formation (I May Destroy You et Unbelievable proposent aussi des séquences de prise en charge réussies des victimes pour montrer que c’est possible), sexisme systémique au sein des institutions, arsenal juridique insuffisant, empathie envers les agresseurs… Les séries post-#MeToo centrées sur les VSS épinglent avec acuité toutes les structures de pouvoir qui permettent aux hommes de continuer à violenter et à tuer les femmes.

I May Destroy You.

Que faire face à la violence masculine ? Ces fictions n’apportent pas de réponse simple, mais elles nous font réfléchir. Laura Stern est-elle une meurtrière ou une héroïne ? « Vos meurtres, c’est un geste politique. C’est un cri de rage, c’est un ras-le-bol sociétal », affirme Maître Spitz à Laura dans L’affaire Laura Stern, dont le dernier épisode, passionnant, replace le système judiciaire au cœur des débats.

En une petite décennie, la représentation des violences sexistes et sexuelles a fait un pas de géant, tous genres confondus. Qu’il s’agisse de drames, de thrillers, de dystopies (The Handmaid’s Tale s’est attachée à dépeindre le viol du point de vue de la victime) ou de teen dramas, les séries se sont fait le reflet d’une prise de conscience collective. Elles ont contribué à un changement des mentalités.

L’affaire Laura Stern.

La dernière en date, L’affaire Laura Stern, s’attaque à la violence la plus insupportable, celle qu’on ose à peine regarder : les féminicides. Et elle le fait avec beaucoup de sincérité, de nuance, se refusant à tout sensationnalisme. Ces représentations fictionnelles manquent toutefois encore de diversité. Les récits de VSS centrés sur des femmes racisées, transgenres ou en situation de handicap peinent à trouver le chemin de nos écrans. Il reste encore du travail pour représenter au mieux les vies de toutes les femmes sacrifiées sur l’autel du patriarcat.

Le musée de l’innocence : Netflix porte à l’écran l’obsession d’Orhan Pamuk

16 février 2026 à 14:10

« Qu’est-ce que l’amour ? Une obsession, une souffrance, un accident qui bouleverse le cours de la vie, ou bien un bonheur immense empreint d’innocence ? », interroge Netflix à travers un communiqué de presse. Série turque diffusée sur la plateforme depuis le 13 février, Le musée de l’innocence s’est rapidement hissée parmi les programmes les plus regardés de son catalogue.

Réalisée par Zeynep Günay (The Club, Muhteşem Yüzyıl Kösem) et scénarisée par Ertan Kurtulan (Qui fuyons-nous ?), cette fiction en neuf épisodes est portée par Selahattin Paşalı (Ömer), Eylül Lize Kandemir (Zemheri), Oya Unustası Taşanlar (Hercai), Tilbe Saran (Bergen), Bülent Emin Yarar (Hakki) ou encore Ercan Kesal (Çukur).

Quelle est l’histoire du Musée de l’innocence ?

L’intrigue se déroule à Istanbul, dans les années 1970. « [La série] raconte l’histoire tumultueuse de Kemal, un homme issu de l’une des familles les plus riches d’Istanbul, et de Füsun, sa cousine éloignée et pauvre, détaille le synopsis. Kemal, prêt à affronter le monde pour laisser libre cours à ses sentiments, commence à collectionner les [objets] de sa bien-aimée. » Boucles d’oreilles, barrettes, mégots de cigarettes… Autant de traces d’un amour qui lui échappe.

Le musée de l’innocence

En réalité, Le musée de l’innocence est une adaptation du roman éponyme d’Orhan Pamuk, publié en 2008. Lauréat du prix Nobel de littérature en 2006, l’écrivain turc a conçu ce livre comme une œuvre hybride. « Un lien puissant unit le roman et le musée : tous deux sont le fruit de mon imagination ; je les ai rêvés mot par mot, objet par objet », écrit-il dans le catalogue du musée.

Le musée de l’innocence

En effet, le livre a donné naissance à un lieu bien réel. En 2012, l’artiste a inauguré à Istanbul, dans le quartier de Çukurcuma à Beyoğlu, un Musée de l’innocence rassemblant des objets liés à l’univers du roman. Grand amateur de brocante, l’auteur a passé près de 20 ans à chiner des pièces destinées à composer des dizaines de vitrines correspondant à chaque chapitre de son livre. Le musée a reçu le Prix du musée européen de l’année en 2014.

Une adaptation sous haute surveillance

Cependant, ce portage à l’écran n’a pas été sans heurts. Il y a six ans, Orhan Pamuk aurait reçu le synopsis d’une première tentative d’adaptation. « Et en feuilletant les pages, il a été horrifié », affirme le New York Times. L’auteur s’est dit bouleversé par les libertés prises avec son récit, estimant que les ajouts détournaient profondément l’esprit de son œuvre.

Il a alors engagé une procédure judiciaire pour récupérer les droits et, après avoir remporté le procès en 2022, il a relancé le projet avec un producteur turc, en imposant des conditions strictes afin de conserver le contrôle artistique.

Le musée de l’innocence

Quatre ans plus tard, la mini-série voit donc le jour sur Netflix. « Bien sûr, tout romancier souhaite que son roman soit adapté au cinéma, confie-t-il au New York Times. Le plus souvent, la motivation est d’ordre financier ou de popularité, et je partage ces deux aspirations. Ce show marque également ses débuts en tant qu’acteur : dans plusieurs scènes, le romancier incarne le personnage d’Orhan Pamuk, écrivain à qui Kemal vient confier son histoire.

Avec The Art of Sarah, Netflix interroge l’obsession du paraître

12 février 2026 à 17:00

Netflix signe ici sa première série thriller coréenne de l’année. Diffusé le 13 février sur la plateforme, ce k-drama en huit épisodes mêle les genres, entre récit à énigmes et drame psychologique. On y suit le parcours de Sarah Kim, une jeune femme prête à tout pour imposer son nom dans l’univers du luxe, quitte à s’inventer une vie entière. Face à elle, le policier Mu-gyeong est déterminé à percer le mystère de son identité. Selon le synopsis officiel, l’intrigue s’articule autour de ces deux figures opposées : elle, animée par une volonté de réussite sociale, et lui, chargé de remonter les fils d’une vérité enfouie. Alors que les mensonges de Sarah s’accumulent, les recherches de Mu-gyeong pourraient bien tout chambouler.

Qui figure au casting de The Art of Sarah ?

Réalisée par Kim Jin-min (My Name) et écrite par la jeune scénariste Chu Song-yeon, la série est portée par Shin Hae-sun (Mr. Queen) dans le rôle de Sarah Kim et Lee Jun-hyuk (Love Scout) dans celui de Mu-gyeong. Peu d’informations ont fuité autour du show avant sa sortie, mais les visuels promotionnels laissent déjà entrevoir une opposition nette : l’affiche de Sarah, composée de pièces d’identité illisibles, d’un sac à main et de cartes de visite, symbolise les multiples facettes de son personnage ; celle de Mu-gyeong, avec son regard perçant, ses interrogatoires et ses menottes, montre une traque obstinée.

Shin Hae-sun dans The Art of Sarah.

Les premières images de The Art of Sarah annoncent une production prometteuse, et pour cause. En effet, cette dernière s’inscrit dans une longue tradition d’œuvres coréennes qui trouvent un écho bien au-delà de leurs frontières d’origine. Les séries et films sud-coréens figurent régulièrement en tête des programmes les plus regardés sur Netflix : les contenus coréens représentent entre 8% et 9% du total des heures de visionnage de la plateforme, se plaçant juste derrière les productions américaines sur la scène mondiale (source : The Korea Times).

Lee Jun-hyuk dans The Art of Sarah.

La deuxième saison de Squid Game a par exemple enregistré près de 620 millions d’heures de streaming au second semestre 2024, dominant les charts non anglophones de Netflix. D’autres titres comme Queen of Tears ont aussi marqué les esprits, cumulant des centaines de millions d’heures vues au cours de leur diffusion. Ce nouveau thriller se hissera-t-il, à son tour, en tête du très select top 10 ? Verdict le 13 février.

Million-Follower Detective : c’est quoi cette nouvelle série taïwanaise sur Netflix ?

12 février 2026 à 16:10

Pour Netflix, Taïwan rime avec spectacle. Le 23 janvier dernier, la plateforme diffusait en direct l’ascension à mains nues de la tour Taipei 101 – le plus haut gratte-ciel de Taïwan – par Alex Honnold, célèbre pour sa performance en free solo sur El Capitan. Programmé en prime time aux États-Unis, l’événement a attiré l’attention de passionnés et de curieux des quatre coins du monde.

« Ma vie est en jeu, confiait l’alpiniste à Tudum. Je me fiche de savoir qui regarde. Ce qui compte, c’est de faire les choses correctement. » Trois semaines plus tard, le géant du streaming change de registre, mais conserve le même goût pour l’intensité avec sa nouvelle série, Million-Follower Detective.

Quelle est l’intrigue de Million-Follower Detective ?

Diffusée depuis le 12 février sur Netflix, cette production taïwanaise est réalisée par Shaun Su (When a wolf falls in love with a sheep) et portée par l’icône du cinéma d’action des années 1990, Ekin Cheng (Saving General Yang), l’artiste Shou Lou, mais aussi Patty Lee (Magnum).

Mêlant à la fois le drame, le thriller et le polar, Million-Follower Detective a une ambition : créer la surprise et se montrer spectaculaire. En effet, le show s’ouvre sur la mort brutale de Wei Yen, un influenceur tué par balle alors qu’il s’apprêtait à attaquer la police. Cependant, l’enquêteur Chen Chia-jen comprend rapidement que le jeune homme n’était pas maître de ses actes, et qu’il se contentait d’exécuter des ordres.

Million-Follower Detective

Agente de l’office anticybercriminalité, Li Hsin-ping se joint à l’enquête et ne tarde pas à remarquer un schéma inquiétant : plusieurs influenceurs ont été assassinés après que leurs morts ont été prédites en ligne par une voyante masquée connue sous le nom de « Sorcière Baba ». Ses prophéties, diffusées sur les réseaux, se réalisent avec une précision troublante.

Et à mesure que ses annonces se confirment, son audience explose. Plus d’un million d’internautes commentent, spéculent et alimentent la mécanique virale. « Alors que les prédictions de la sorcière Baba déclenchent une investigation […] parmi les influenceurs […], Chen comprend que l’affaire pourrait avoir un lien avec sa fille qu’il n’a plus vue depuis longtemps, détaille le synopsis. En s’alliant avec l’influenceur Lin Ting-yu, Chen plonge au cœur d’un tissu de mensonges et découvre un sombre passé qui va tout changer. »

Million-Follower Detective

Déconseillée aux moins de 16 ans pour ses scènes de violence, de suicide et de violences familiales, la série interroge les dérives d’une société gouvernée par les likes et la visibilité. Elle questionne aussi la violation de la vie privée, le pouvoir des plateformes et la confusion entre l’information et le divertissement.

Après Derry Girls, Lisa McGee continue d’explorer l’amitié avec De Belfast au paradis

12 février 2026 à 12:05

« Un bon ami garde vos secrets, mais un grand ami vous aide à les enterrer », glisse Lisa McGee auprès de Tudum. Une phrase qui donne le ton de De Belfast au paradis (How to Get to Heaven from Belfast en version originale), nouvelle série britannique mise en ligne le 12 février sur Netflix. À première vue, tout commence comme une histoire de retrouvailles. Saoirse, « scénariste brillante et imprévisible », Robyn, « mère glamour mais débordée de trois enfants », et Dara, « aide-soignante aussi fiable que discrète », sont liées depuis l’école, détaille le synopsis.

À l’approche de la quarantaine, leur complicité est intacte. Jusqu’à ce qu’un mail leur annonce la mort de la quatrième membre de leur bande, avec qui elles s’étaient disputées. « Réunies à sa veillée funèbre, elles sont confrontées à une série d’événements étranges qui les entraîne dans une odyssée sombre, dangereuse et hilarante à travers l’Irlande – et au-delà – alors qu’elles tentent de reconstituer la vérité sur leur passé », poursuit le communiqué.

“C’est la série dont j’ai toujours rêvé”

Composée de huit épisodes, l’œuvre navigue entre le thriller et la comédie dramatique. Lisa McGee, créatrice, scénariste et productrice exécutive, revendique ce mélange auprès de Tudum : « C’est la série dont j’ai toujours rêvé : un mélange de mes deux genres préférés, le mystère et la comédie. On veut vous tenir en haleine et vous faire rire. »

Bronagh Gallagher, Shauna Bray et Saoirse Monica Jackson dans De Belfast au paradis.

Scénarisée par Lisa McGee, déjà à l’origine de Derry Girls, et réalisée par Michael Lennox (Back of Beyond), la production joue sur ce double registre. À mesure que les trois héroïnes cherchent à comprendre ce qui s’est réellement passé, les souvenirs d’adolescence refont surface, révélant des secrets et des non-dits. Le récit s’attache ainsi autant à l’enquête qu’aux dynamiques d’amitié ; aux liens qui se créent dans la jeunesse et se forgent avec le temps.

Quels acteurs composent le casting ?

Netflix évoque en effet une série « sur l’amitié, la mémoire et ce qui arrive quand la vie ne se déroule pas tout à fait comme prévu », et Lisa McGee parle quant à elle d’une « aventure folle et rocambolesque – une odyssée irlandaise – pleine de rebondissements, de surprises et de disputes à propos d’extensions de cils ».

Roisin Gallagher, Sinead Keenan et Caoilfhionn Dunne dans De Belfast au paradis.

La série réunit plusieurs visages connus du petit écran. On retrouve notamment Roísín Gallagher (The Lovers), Sinéad Keenan (Unforgotten), Caoilfhionn Dunne (A Thousand Blows), Darragh Hand (Heartstopper), Bronagh Gallagher (A Bump Along the Way), ou encore Michelle Fairley (Game of Thrones). La créatrice se dit ainsi « admirative de cette distribution, de leur talent, de leur sens du timing et de leur alchimie », salue la mise en scène de Michael Lennox, qu’elle qualifie de « tout simplement époustouflante », et prévient les spectateurs : « Préparez-vous à reconstituer ce puzzle ».

FIJ 2026 : toutes les infos sur le rendez-vous des fans de jeux de société

11 février 2026 à 17:20

Qui dit Cannes, dit cinéma, glamour et paillettes. Cependant, la ville azuréenne est aussi le théâtre du Festival international des jeux (FIJ) depuis 40 ans. En février 2026, la manifestation fêtera sa 39ᵉ édition, confirmant son statut de plus grande rencontre ludique du monde francophone. Sur cinq jours réservés aux professionnels (25 février au 1er mars) et trois jours ouverts au public (27 février au 1er mars), le FIJ attire chaque année des visiteurs venus pour découvrir, tester et s’immerger dans l’univers des jeux de société.

“Une expérience unique”

Cette année encore, le festival se tient au Palais des Festivals et se deploie sur trois halls intérieurs (avec 300 stands) et sur son village extérieur (avec 50 stands). Au total, 60 000 m² – l’équivalent d’un Stade de France – sont dédiés aux jeux, aux animations et aux démonstrations. En 2025, 110 000 visiteurs s’étaient pressés sur les allées du festival, et les organisateurs attendent un afflux similaire cette année.

Un intérêt ludique qui se confirme au quotidien, auprès de toutes les générations. Une étude menée en 2023 par l’Union des éditeurs de jeux a révélé que 91 % des Français aiment jouer. Le marché français confirme sa vitalité avec un chiffre d’affaires record de 624 millions d’euros en 2025, en croissance de 3,9 % par rapport à l’année précédente. Au total, 37 millions de boîtes ont été vendues sur l’année, soit 70 jeux écoulés chaque minute. Et – surprise : la France est le deuxième marché européen derrière l’Allemagne.

« Tout le monde aime jouer, nous confie Cynthia Reberac, commissaire générale du FIJ. Certains ne se l’avouent peut-être pas, mais en venant au FIJ, ils pourront (re)trouver ce plaisir du jeu. Le festival est facile d’accès, plein de personnes sont disponibles pour expliquer les œuvres… En famille, en couple ou en solo, chacun va trouver son jeu et passer un super moment. C’est une expérience unique, qui procure des émotions uniques. »

Qui sera le jeu de l’année ?

Jeux de plateau, figurines, cartes à collectionner, loisirs créatifs… Les 350 stands mettent en avant tous les univers du jeu. Des tables de démonstration et de tournois proposent de tester les best-sellers et les nouveautés et, parmi les temps forts, l’As d’Or, label de référence, récompensera les meilleurs jeux édités en France sur l’année écoulée. La cérémonie de remise des prix se tiendra le jeudi 26 février à 20 heures dans le Grand Auditorium du Palais des Festivals, avec Vincent Dedienne comme maître de cérémonie. Cette année, trois jeux sont nommés : Flip 7, Rebirth et Toy Battle.

Le FIJ offre aussi aux visiteurs un accès privilégié aux créateurs avec les nuits du off. Chaque soir, entre 200 et 300 auteurs proposent des prototypes à tester jusqu’à 4 heures du matin. Certains de ces jeux, comme Fiesta de los Muertos, ont ainsi été découverts lors de ces événements, avant d’être édités, plusieurs années plus tard.

Quels sont les temps forts du FIJ ?

Autre événement particulièrement attendu cette année : le Magic Mirrors. Installée sur la terrasse du Palais des Festivals, cette expérience sensorielle propose une « aventure onirique autour du temps, de l’imaginaire et du jeu », détaille le communiqué de presse. Pensée pour tous les âges, elle invite à coopérer, raisonner et s’émerveiller dans un univers poétique inédit.

Le Village festival rassemble quant à lui les passionnés de jeux de cartes à collectionner avec le Village TCG Asmodee, où sont proposés tournois et initiations pour Magic, Pokémon, Flesh & Blood, One Piece, Riftbound ou Star Wars: Unlimited. Un espace Safe Zone, en partenariat avec l’association Safe in Game, sensibilise et accompagne les participants pour garantir un cadre sûr et inclusif. Enfin, la Bours’O Jeux permet de donner une seconde vie aux jeux, acheter d’occasion ou dénicher des pépites à prix réduit.

Les célébrations incluent également le 25ᵉ anniversaire des Loups-Garous de Thiercelieux, avec animations et surprises dans le Village et le Wagon SNCF, ainsi que des expositions retraçant le patrimoine ludique, de l’As d’Or à l’histoire des jeux de guerre, en passant par les 20 ans de carrière de l’illustrateur Pierô.

Le FIJ ne se limite pas au divertissement. Douze conférences et débats sont proposés autour des coulisses de la fabrication des jeux, de la place de l’Asie dans l’industrie mondiale ou encore de thématiques sociétales : femmes et jeux, régulation émotionnelle, « Donjons et Dragons Therapy », empathie ou encore développement durable.

Avec 1 200 nouveautés annuelles dans le monde et plus de 700 jeux qui sortent chaque année en France, le FIJ s’inscrit dans un marché en pleine effervescence. Entre découvertes, échanges et célébrations, la 39ᵉ édition promet de faire vivre à tous une expérience ludique complète et immersive, transformant Cannes en véritable capitale européenne du jeu.

Avec ​​Les enfants de plomb, Netflix mise sur un drame captivant et bien réel

11 février 2026 à 15:20

Après Détective Forst, Relève-toi ! et Heweliusz, ​​Les enfants de plomb (Ołowiane dzieci en version originale) pourrait bien devenir le nouveau phénomène polonais de Netflix. Diffusée depuis le 11 février sur la plateforme, cette série dramatique en six épisodes est réalisée par Maciej Pieprzyca (La vie est belle), imaginée par Jakub Korolczuk (Raven) et portée par Joanna Kulig (Cold War), Kinga Preis (The Lure), Agata Kulesza (Breslau), Sebastian Pawlak (Varsovie 83, une affaire d’État) ou encore Michał Żurawski (Raven). La production s’appuie sur la vie de la médecin Jolanta Wadowska-Król et sur l’ouvrage éponyme de Michał Jędryka.

Quelle est l’intrigue des Enfants de plomb ?

Dans le quartier ouvrier de Szopienice, Jolanta Wadowska-Król commence à observer chez plusieurs enfants des symptômes alarmants. Les examens médicaux révèlent un phénomène massif de saturnisme (une intoxication par le plomb ou par les sels de plomb), conséquence directe d’une exposition prolongée aux métaux lourds. La proximité de la fonderie apparaît rapidement comme l’origine de cette contamination qui menace toute une génération.

Les enfants de plomb

« Après sa découverte, la protagoniste tente de sauver les petits malades tout en affrontant un appareil étatique communiste oppressif, détaille le synopsis. Cette production plongera le public dans l’atmosphère industrielle de la Haute-Silésie des années 1970. C’est ici, dans la réalité de cette région ouvrière, que vont s’entremêler de dangereuses intrigues politiques et la mission sociale de la Dre Wadowska-Król. »

Les enfants de plomb

À mesure que son enquête progresse, les pressions se multiplient. Menaces, surveillance, isolement professionnel : tout concourt à la faire taire. Sa carrière est en jeu, tout comme la sécurité de son mari et de ses enfants. Le combat médical devient alors rapidement un affrontement politique.

Une ode à la résistance

Au-delà de la reconstitution historique, la série dresse le portrait d’une femme confrontée à un dilemme moral : se taire pour se protéger, ou parler au risque de tout perdre. Netflix présente cette œuvre comme « une histoire de courage, de détermination et d’espoir, prouvant qu’il suffit d’une seule personne courageuse pour déclencher un changement ».

Les enfants de plomb

Interrogée par Tudum (le média de Netflix), l’actrice Joanna Kulig abonde dans se sens. « Les enfants de plomb illustre la résistance au changement et la force intérieure nécessaire pour s’y opposer, confie-t-elle. En Jolanta Wadowska-Król, j’ai perçu avant tout une honnêteté, un courage extraordinaire, une obstination et une intransigeance sans faille. Son histoire nous amène à nous interroger : aurions-nous, à sa place, trouvé la force de tenir tête au système ? »

Batman : 40 ans après, pourquoi The Dark Knight Returns reste indétrônable ?

11 février 2026 à 11:00

1986, année faste pour la bande dessinée américaine. Art Spiegelman raconte comment ses parents ont survécu aux camps de concentration dans le premier tome de Maus. Un libraire de l’Oregon, Mike Richardson, lance une maison d’édition appelée à devenir l’un des acteurs majeurs de l’industrie du comics, Dark Horse, d’où sortiront Hellboy, The Mask et Sin City. DC entame la publication de Watchmen, magnus opum d’Alan Moore et Dave Gibbons. Et donne un coup de pied dans la fourmilière.

The Dark Knight Returns.

En février 1986, des millions de bédévores découvrent, ébahis, les premières pages de The Dark Knight Returns, polar hard-boiled dans les tréfonds méphitiques de Gotham City où un Batman fourbu joue au vigilante façon Clint Eastwood. À l’origine de ce coup d’éclat, un jeune prodige, iconoclaste en diable : Frank Miller.

L’homme qui a sorti Marvel du marasme en débarrassant Daredevil de ses collants ringards et de son décorum cosmique. Sous sa plume, la réalité d’une noirceur abyssale frappe les super-héros de plein fouet. Le ton de l’âge moderne du comics est donné. N’eût-il sorti le Chevalier noir de sa Batcave, la pop culture n’aurait pas le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.

Le retour du héros

« Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi. » La sentence qui clôture Film socialisme de Jean-Luc Godard résume le dilemme moral larvé dans les planches de The Dark Knight. C’est que la question travaille au corps Frank Miller depuis la plus tendre enfance. À l’âge de 5 ans, sa famille l’emmène voir au cinéma La bataille des Thermopyles, dans lequel le réalisateur Rudolph Maté exalte le courage des Spartiates mené par Léonidas face à l’invasion des guerriers perses.

The Dark Knight Returns.

« À la fin, mon grand frère et moi, nous nous sommes regardés, nous n’étions pas sûrs de ce qui s’était passé, se souvient Miller dans une interview accordée aux Inrocks en 2018. Mon frère s’est tourné vers mon père, assis derrière nous. “Papa… Les bons sont morts ?” Il a répondu : “Oui, mon fils, j’ai peur que ça soit le cas.” L’idée que je me faisais des héros avait changé à jamais. Avant, je pensais qu’ils gagnaient, récoltaient à chaque fois la gloire. J’ai alors compris qu’être un héros ne signifiait pas forcément triompher, mais, avant tout, essayer d’accomplir ce qui semble juste. » À l’instar de Batman sorti de sa retraite pour expurger le mal qui ronge (encore) Gotham City dans The Dark Knight Returns.

À 55 ans sonnés, Bruce Wayne n’a plus la superbe d’autrefois. La mort de Jason Todd/Robin a exacerbé sa misanthropie. Ses pulsions de violence explosent les potards. Épaulé par un nouveau Robin, une adolescente du nom de Carrie Kelley (une première dans l’histoire de Batman), le Chevalier noir reprend du service, cette fois contre le gang des Mutants, une clique de pillards et de meurtriers. La croisade vengeresse prend des accents de règlement de comptes lorsque ressurgissent deux visages du passé.

The Dark Knight Returns.

La bouille rafistolée, Harvey Dent, alias Double-Face, menace de prendre Gotham en otage peu avant que le Joker ne fasse des siennes à nouveau. Batman doit aussi composer avec Superman qui tente de le neutraliser sur ordre du Président des États-Unis, Ronald Reagan. Un programme chargé (178 pages), truffé de références à l’univers DC et de commentaires sociopolitiques trempés dans une encre noire comme jamais.

Un comics d’un genre nouveau

Franc-tireur, Frank Miller dynamite les codes établis du comics dans The Dark Knight Returns. Entre autres audaces formelles, la démultiplication des cases sur une même planche, allant parfois jusqu’à en incruster 16 par page. La noirceur de son univers bénéficie du crayonné inégalable de Lynn Varley (déjà à l’œuvre sur une précédente minisérie de Miller, l’excellent Ronin), mais aussi aux talents de son fidèle encreur, Klaus Janson, dont le travail a d’ailleurs été distingué par trois prix Jack-Kirby.

The Dark Knight Returns.

Miller taille à la serpe les visages des personnages masculins, quitte à parfois grossir le trait. Bruce Wayne hérite ainsi d’une musculature hypertrophiée et d’une mâchoire anguleuse à l’excès. Une esthétique nietzschéenne à l’image des héros bodybuildés (Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone…) qui ont le vent en poupe dans l’Amérique de Ronald Reagan.

Avec The Dark Knight Returns, Frank Miller livre surtout une charge furieuse contre la culture des écrans, alors en plein boom aux États-Unis. « Aussi, je voulais utiliser les écrans de télévision pour montrer à quel point nous sommes ridicules dans notre manière de rapporter les informations. Nous nous emparons d’événements importants et terrifiants, et les faisons apparaître banals, presque amusants. À l’inverse, nous prenons des faits anodins et les rendons importants », explique-t-il dans une interview publiée par Le Monde en 2015.

The Dark Knight Returns.

Un commentaire d’un pessimisme toujours aussi corrosif 40 ans plus tard. Si Christopher Nolan (derrière la trilogie The Dark Knight) et Zack Snyder (Batman v Superman) lui sont redevables, Miller compte aussi bon nombre de détracteurs sur le registre politique.

En cause, des opinions ultraconservatrices dans ses prises de parole, les années passant. Une lecture attentive permet d’en déceler les prémisses dans le scénario The Dark Knight Returns, qui voit Batman prendre la tête d’une milice chargée de faire régner la loi à Gotham City, symptôme d’une idéologie sécuritaire à la racine du fascisme.

Thaïs Alessandrin pour LOL 2.0 : “La peur de décevoir a été notre moteur”

11 février 2026 à 09:00

Vous aviez 9 ans lorsque vous jouiez la petite sœur dans le premier LOL. Dix-huit ans plus tard, vous êtes l’héroïne de LOL 2.0. Que représente cette saga dans votre vie personnelle et dans votre parcours d’actrice ?

C’est très étrange. J’ai une mère [la réalisatrice Lisa Azuelos, ndlr] qui écrit majoritairement sur sa propre vie. Tout est évidemment romancé, ce ne sont pas exactement nos vies, mais on y retrouve les mêmes dynamiques. C’est parfois un peu étrange de voir son existence à l’écran, ces petits moments intimes utilisés et réinterprétés. Par exemple, le premier film s’inspirait beaucoup de l’histoire de ma grande sœur. En fait, c’est comme s’il y avait toujours eu cet œil extérieur qui nous avait suivies toute notre vie. D’ailleurs, la fiction a rejoint la réalité : pendant le tournage, ma sœur nous a annoncé qu’elle était enceinte pour de vrai. C’était une vraie mise en abyme, qui était presque flippante. [Rires] Du coup, on va accueillir le premier enfant de cette nouvelle génération dans un mois. Il y a le bébé film qui sort, puis ce vrai bébé en suivant. Je suis surexcitée !

La bande-annonce de LOL 2.0.

LOL est devenu un film générationnel. À l’époque – ou peut-être plus tard – ce premier film a-t-il aussi résonné en vous d’une manière particulière ?

Tout au long de ma vie, on m’a sorti les répliques de LOL. Du coup, je suis toujours restée éloignée de cette œuvre. C’est ma mère qui l’avait réalisée, donc je ne ressentais pas le même engouement que les autres personnes de ma génération. C’était plus difficile pour moi de dire : “Je suis fan de ce film.” Je ne peux pas être fan d’un film de ma mère, même si je les aime énormément. J’ai toujours été presque gênée par son immense succès, sans trop savoir pourquoi. C’est au moment de l’écriture de ce deuxième volet que je l’ai vraiment redécouvert en me disant : “Waouh, c’est excellent en fait ! Ma mère est trop douée !” [Rires]

En revenant sur ce plateau, avez-vous eu le sentiment de retrouver un lieu familier de votre enfance, presque intime ?

Oui, il y avait cette impression de déjà-vu. J’étais trop jeune pour me souvenir complètement de ce tournage et, en même temps, j’avais l’impression d’avoir rêvé ce lieu. C’était assez fou.

Thaïs Alessandrin et Victor Belmondo dans LOL 2.0.

Vous avez été filmée enfant, puis jeune adulte. Est-ce troublant de se voir grandir à l’écran ? Cela a-t-il influencé votre rapport à votre image, à votre corps ou au temps qui passe ?

Notre génération entretient un rapport permanent à l’image. On a grandi avec des caméras, des photos et des parents qui filmaient tout, tout le temps. Je n’ai pas vécu cette expérience plus intensément que d’autres. La seule différence, c’est que je ne suis pas la seule à avoir revu ces images de mon enfance : elles ont été partagées avec la France entière. [Rires]

Que raconte LOL 2.0 sur cette nouvelle génération, presque 20 ans après le premier film ?

Il parle de nos angoisses face à ce monde terrifiant qui nous entoure. Les réseaux sociaux ont créé chez nous une incapacité à la satisfaction. Quand tout va bien, on culpabilise d’être heureux dans un monde qui va mal. Quand tout va mal, on s’interdit de se plaindre parce que “ça pourrait être pire”. C’est une éducation à la culpabilisation permanente.

Pour y échapper, on se divertit avec des shoots de dopamine numériques qui fonctionnent comme une drogue, nous déshumanisent et nous permettent de ne pas voir ce qui va mal à l’intérieur. C’est une fuite exceptionnelle. Il y a une phrase dans le film qui résume bien cette situation : “C’est la comparaison qui vous tue. À notre époque, on essayait de construire une vie et c’était déjà dur. Vous, vous voulez en vivre 1 000 à la fois.” Nous sommes constamment tiraillés entre un idéal inatteignable sur les écrans et une réalité souvent glauque. C’est très difficile de construire son identité dans cet écartèlement.

Sophie Marceau et Thaïs Alessandrin dans LOL 2.0.

Louise revient vivre chez sa mère après une rupture et un échec professionnel. À quel point son parcours et ses fragilités résonnent-elles en vous ?

Sur le plan professionnel, ma vie n’a rien à voir avec celle de Louise. Je n’ai jamais essayé de monter une boîte dans la tech et je suis très loin de l’univers des start-ups ! [Rires] En revanche, je me suis beaucoup inspirée d’amis qui ont vécu cette expérience. Ils se sont investis à fond pendant parfois deux ans et ils ont détruit leur santé pour une entreprise qui a fini par s’écrouler. Je trouvais ça juste de raconter cette génération qui rêve grand après l’université, à qui l’on dit que “tout est possible” et qui réalise brutalement que ce n’est pas si simple. Ce désenchantement post-université a donc été mon point de départ pour écrire ce personnage. Cependant, les fragilités intimes et la rupture amoureuse résonnent énormément en moi. Ma rupture remonte à longtemps, mais j’y trouve un grand écho. J’ai utilisé beaucoup de mes propres failles, même si Louise les tourne presque en ridicule.

Elle évoque notamment l’anxiété et la neuro-atypie…

Oui, Louise dit : “J’ai des crises d’anxiété à cause de mon TDAH [Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ndlr], du coup je fume des joints pour m’aider.” C’est quelque chose que je vis – mais c’est une très mauvaise habitude à ne surtout pas avoir quand on a cette neuro-atypie. J’ai vraiment un TDAH, et il faut savoir que c’est parfois très paralysant. Je sais qu’aujourd’hui, on met des étiquettes sur tout – HPI, TDAH… – et il y a un côté un peu ridicule à vouloir tout classer. Mais, d’un autre côté, il y a une vraie recherche sur le fonctionnement de ces cerveaux qui sont différents.

Thaïs Alessandrin dans LOL 2.0.

Le fait de poser des mots sur ce qu’on vit nous permet aussi de mieux l’appréhender et le dompter. Ce qui fait du bien, c’est de se dire : “Ok, je suis différent, mais je dois apprendre à aborder les choses à ma manière”, plutôt que de se renfermer en se répétant “Je suis nulle, je n’ai pas les codes de la société et je suis une merde.”

C’est ce que vous avez ressenti quand vous étiez plus jeune ?

Énormément. À l’école, je devais travailler deux fois plus pour obtenir les mêmes résultats que les autres. Je travaillais beaucoup à perte, je faisais beaucoup de crises d’angoisse. L’université a été très difficile pour moi de ce point de vue là. C’est pourquoi je pense qu’il est très important d’en parler. Ça permet, aussi, de créer des solutions pour réadapter le monde et la société à ces types de personnes, et de ne pas les laisser tomber. Parce que les laisser à la dérive peut avoir des conséquences dramatiques, comme l’addiction.

Le film aborde des thèmes très intimes – rupture, amitié, doutes, échecs personnels et professionnels. Quelle scène vous a le plus marquée d’un point de vue émotionnel ?

La scène du concert m’a bouleversée. Théo Delincak, qui joue le rôle de Joseph, est un ami très proche. Je le connais depuis la sortie du premier LOL. J’étais donc en CM2 ! Il a eu un grave accident il y a six ans, il est resté dans le coma pendant 12 jours, on a cru qu’il allait mourir… Le voir aujourd’hui devant une caméra, monter sur scène et chanter après avoir frôlé la mort, c’est incroyable. On se disait : “We made it”, on s’en est sortis. J’étais en larmes.

Isaline Prévost, Thaïs Alessandrin et Théo Augier dans LOL 2.0.

Avez-vous ressenti des attentes ou une forme de pression en revenant dans un film culte, aux côtés d’acteurs tout aussi iconiques, comme Sophie Marceau ?

Tout le monde me demande : “Ça fait quoi de rejouer avec Sophie Marceau ?”, mais, à 9 ans, je ne me rendais pas compte de ce que cela impliquait de partager le plateau avec des acteurs aussi impressionnants. Je n’avais pas encore vu les films de Sophie et je n’avais pas d’idoles ni de comédiens que j’admirais particulièrement. Là, je l’ai vécu comme une première fois. Jouer avec des artistes que j’admire au plus haut point, comme Sophie Marceau, Alexandre Astier ou encore Françoise Fabian était très touchant. D’autant plus que je les voyais interpréter des répliques que j’avais écrites.

En revanche, j’étais ultrastressée. J’ai passé deux ans à me mordre les doigts comme ce n’est pas permis, à douter, à faire des crises d’anxiété en me disant : “Les gens vont juste se rendre compte que c’est nul, ils vont détester ce film et se dire ‘Mais c’est qui cette fille de qui prend de la place pour faire de la merde ?’” Je me suis dit toutes les choses les plus négatives possibles à propos de moi-même.

D’un point de vue objectif et extérieur, ce deuxième film est très réussi, il résonne énormément en nous et le thème de la rupture est particulièrement bien traité !

C’est une thématique universelle, qui touche tout le monde ! J’ai mis beaucoup de moi dans ce film. Par exemple, le moment où Louise explose les écrans avec une batte de baseball s’inspire de ma propre expérience, quand mes copines m’ont emmenée dans une rage room après ma rupture, parce que j’avais emmagasiné trop de colère en moi durant des mois. C’est un des moments les plus satisfaisants de ma vie. [Rires]

Mais, honnêtement, je pense que cette peur de décevoir a été un moteur, pour ma mère et moi. Chaque fois, on se disait : “Il faut faire mieux, pour les fans du premier film.” On a beaucoup retravaillé le scénario, encore et encore, pour leur offrir la meilleure suite possible. Donc, ces deux ans de stress en valaient la peine.

Sophie Marceau et Thaïs Alessandrin dans LOL 2.0.

Comment avez-vous travaillé avec Sophie Marceau pour faire exister cette relation mère-fille à l’écran, qui fait écho au duo iconique formé autrefois avec Christa Theret ?

Sophie Marceau est une actrice exceptionnelle. Elle est tellement talentueuse. En une seconde, elle vous fait ressentir une chaleur maternelle incroyable. Avant de jouer la première scène, j’avais une appréhension : celle de ne pas réussir à installer l’intimité physique que j’ai avec ma mère – on est très tactiles, on se fait beaucoup de câlins, on n’a pas peur de se toucher – avec Sophie. Ma mère lui en a parlé en douce – parce qu’elle fait tout dans mon dos ! – et Sophie, adorable, est venue me faire un énorme câlin avant qu’on commence à jouer. Ça m’a rassurée et ça m’a permis d’oser la toucher.

Vous l’avez dit : la réalisatrice du film est votre mère, Lisa Azuelos. Comment trouve-t-on l’équilibre entre relation familiale et relation artistique sur un plateau, en tant qu’actrice et coscénariste ?

C’est ce qui a été le plus dur. Il fallait gérer le rapport actrice-réalisatrice, mère-fille et coscénaristes, car nous réécrivions les scènes jusqu’à la dernière seconde. Notre relation mère-fille a un peu disparu et ça nous a manqué. D’habitude, nous sommes le bureau des plaintes l’une de l’autre. Ma mère, c’est la personne que j’appelle tout le temps : quand j’ai une peine de cœur, quand j’ai une peine de travail… Mais, par peur d’ajouter de la pression à l’autre, on n’osait plus se confier.

Au bout d’un mois de tournage, on a explosé et je lui ai dit : “J’ai besoin de ma mère.” Elle m’a répondu : “J’ai besoin de ma fille.” On a décidé d’arrêter de faire semblant d’être juste des collègues et de se rappeler qu’on était une équipe. À partir de là, tout s’est débloqué.

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