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Reçu aujourd’hui — 11 février 2026

Rupture amoureuse et reconstruction : cinq livres pour penser l’après

11 février 2026 à 15:00

(1) Après l’amour, de Line Papin

La fin d’une relation ne produit pas un récit continu mais des morceaux éclatés : souvenirs disjoints, phrases interrompues, sensations de nostalgie ou de regret… C’est à partir de cette matière instable que se construit Après l’amour, le texte hybride signé Line Papin. Paru en avril 2023 aux éditions Stock, l’ouvrage tient autant du récit autobiographique que de la méditation.

La fragmentation épouse l’état intérieur de la narratrice, confrontée au manque. Loin d’être un simple témoignage, elle avance et analyse, tentant de saisir ce qui se défait quand le lien amoureux disparaît. L’écriture agit ici comme un outil de clarification : elle ne répare pas mais rend l’épreuve intelligible.

(2) Tressaillir, de Maria Pourchet

Quitter, tenter de s’émanciper, puis vaciller. Dans Tressaillir, publié le 20 août dernier chez Stock, Maria Pourchet met en scène une femme qui choisit la séparation, persuadée d’y trouver un espace de liberté. Le roman suit la trajectoire de cette décision et les conséquences imprévues.

Ce qui devait ouvrir un champ nouveau devient le révélateur d’une fragilité plus profonde. L’autrice interroge les discours sur la libération individuelle et montre combien la rupture ne se laisse pas réduire à un acte de volonté.

(3) Comment guérir du mal d’amour, de Patricia Delahaie

Face à la désorientation qui suit une rupture, certains lecteurs recherchent moins une représentation littéraire qu’un cadre méthodique. C’est la voie choisie par Patricia Delahaie dans Comment guérir du mal d’amour, publié en août 2023. Spécialiste des relations de couple, l’autrice adopte une perspective issue de la psychologie appliquée.

L’ouvrage revient sur les étapes post-séparation : reconnaître la douleur, comprendre les mécanismes à l’œuvre, restaurer l’estime de soi… Témoignages et conseils soutiennent cette progression et proposent un accompagnement pour placer l’événement dans une dynamique de reconstruction.

(4) Celle qui fugue, de Cécile Tlili

Une séparation peut être un choc, mais aussi un moment de réajustement. Dans Celle qui fugue, publié en 2023 aux éditions Calmann-Lévy, Cécile Tlili raconte ce temps où tout vacille. Alice, quittée par son mari, traverse la confusion et la perte de repères qui suivent la rupture.

La rencontre avec une adolescente en fuite ouvre une nouvelle perspective. Peu à peu, la rupture n’apparaît plus seulement comme une fin mais comme le début d’un déplacement intérieur. Dans une langue simple et précise, Tlili décrit la manière dont l’absence oblige à se redéfinir et à envisager autrement la suite.

(5) Roman de plages, de Arnaud Cathrine

Ici, l’auteur aborde la rupture par un autre biais : celui du retrait. Le narrateur, quitté brutalement, se réfugie sur une île de l’Atlantique pour traverser le choc. Là, face à la mer et à l’immobilité du paysage, il entreprend de mettre en récit ce qui lui arrive.

D’un côté, le roman observe l’état de sidération, la répétition des pensées, la tentation de se raconter autrement pour rendre l’événement supportable. De l’autre, il introduit une dimension quasi métafictionnelle : écrire sur la rupture devient une manière de reprendre la main sur le réel. La séparation n’est ni héroïsée ni « psychologisée » : elle est envisagée comme un temps suspendu, où l’identité vacille puis se recompose.

Reçu avant avant-hier

Sexualité, jeunesse dorée et parentalité  : « LOL » est-il toujours aussi culte 17 ans après ?

Par :import
7 février 2026 à 07:00

De la jeunesse des années 2000 que j’ai vécue émerge une constellation de marqueurs : les Converse en lambeaux, les agressions auditives des wizz de MSN, l’iPod nano tant convoité (sur lequel Linkin Park aurait rimé avec replay), ce sentiment si adolescent d’être incompris… Et le souvenir un peu flou d’un film de 2009 qui agrégeait tout ça : LOL (Laughing Out Loud). Alors, quand, 17 ans plus tard, la réalisatrice Lisa Azuelos a annoncé lui donner une suite (LOL 2.0), un pic de nostalgie a été détecté chez un pan de la génération Y, ainsi qu’une crise de doutes : c’était vraiment bien, LOL ?

« Une parfaite comédie romantique subtilement superficielle », selon Télérama. « Une comédie bourge à haute teneur sarkozyste », selon Libération. Dans les critiques à sa sortie, la chronique de l’adolescence divise. Dans la cour du collège, ses punchlines et le miroir qu’il nous offre fédèrent une partie de mes camarades, notamment les filles.

Quelques 3 600 000 spectateurs le découvrent au cinéma, et nombre d’autres, moi compris, le rattraperont sur la télévision ou le PC parental. Mais, excepté quelques bribes musicales, Little Sister en tête, et la trace d’un bon moment, peu de souvenirs de mon côté. Et surtout une peur en le revoyant une fois adulte : que le film « culte » pour toute une génération ait vieilli comme les Skyblogs de l’époque. 

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Le teen movie à la française des années 2010

Trigger warning aux esthètes et puristes du 7e art : si vous n’avez pas d’adolescent à la maison, et que vous n’avez pas disséqué un cœur de porc en SVT dans les derniers mois (ce qui est mon cas), LOL n’a peut-être pas sa place dans votre watchlist Letterboxd. Le jeu d’acteur peut paraître maladroit, les dialogues clichés, la playlist Rolling Stones-Marie Laforêt un poil anachronique pour des millenials… Mais sont-ce vraiment là les critères de jugement d’un jeune spectateur quand il lance un teen movie ?

Si les amourettes de Lola (incarné par Christa Théret) et ses amies du lycée ont constitué un « choc culturel » pour Lena Haque, en classe de 4e à la sortie du film, c’est parce que c’était la première fois que la jeune fille se reconnaissait autant à l’écran dans une production française. « J’ai revu le film adulte et il n’est pas très bon, avoue celle devenue journaliste cinéma depuis. Mais quand tu le regardais jeune, il y avait un truc de miroir très fort. Dans la façon de parler, dans les vêtements, dans le rapport aux parents… Et émotionnellement, c’était une représentation très fidèle des ados de l’époque ».

Il faut avouer qu’entre les salles de classe décrépies, le voyage scolaire en Angleterre, les messages MSN pour ne rien dire et les coiffures défiant les lois de la gravité, l’attachement générationnel reste fort pour un certain nombre de lycéens des années 2000. Et puis, pourquoi revoir un film d’ado une fois adulte, si ce n’est pour la nostalgie ? Malgré quelques dérapages à la American Pie (droguer sa grand-mère pour que la soirée puisse battre son plein), la capsule temporelle de toute une jeunesse demeure assez juste. Mais pas n’importe quelle jeunesse. 

La liberté « sexe, drogue et rock and roll » d’une jeunesse dorée

Quand Lola peut organiser une beuverie sans parents pour son anniversaire, je comprends que j’aie pu l’envier. Même chose pour Maël (joué par le stylé Jérémy Kapone), qui remplit des salles avec son groupe de rock. Jusqu’à leur style vestimentaire (lunettes wayfarer vissées au nez), ils avaient l’air de cool kids. Et surtout d’ados si libres dans un Paris si attrayant pour le petit jeune du Grand Est que j’étais. « Ça correspondait exactement à la vie que j’aurais voulu avoir ado, se rappelle Kenza, qui avait regardé le DVD à ses 12 ans jusqu’à le rayer. Ils font un peu ce qu’ils veulent, moi j’avais des parents beaucoup plus stricts. Ils ont quand même une vie “sexe, drogue et rock and roll”. »

Mais maintenant que la Bretonne devenue Parisienne en a 29, le revisionnage a été assez « cringe ». Cette liberté tant enviée semble surtout l’apanage de la jeunesse dorée du XVIe arrondissement représentée dans le film… Sans être vraiment explicitée. « On ne te fait pas comprendre dans le film qu’ils sont super riches, alors que c’est une classe sociale qui n’est pas du tout la nôtre », ajoute Kenza. Car quel lycéen lambda peut s’acheter une guitare en voyage scolaire, jouer au poker jusqu’à 5 heures du matin en semaine et porter autant de fringues de marque ?

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« Le film ne passerait pas le test de la diversité, affirme Célia Sauvage, coautrice pour Les teen movies (Virin, 2011). Au sein de cet univers très blanc, bourgeois, hétéronormé, il faudrait repenser toute la représentation du couple gay, de l’unique personnage racisé (Mehdi) et de l’unique personnage handi totalement infantilisé et cliché lors du voyage en Angleterre. » Malgré la nuée de stéréotypes et la réalité socio-économique très marquée du film, la docteure en études audiovisuelles tient à en souligner un élément novateur : « La centralité de l’expérience féminine ». 

Enfin une héroïne féminine… mais dans un monde sexiste

Quand j’ai lancé un appel à témoignages pour cet article, un motif récurrent s’est dégagé de la vague de réponse : 90 % d’entre elles venaient de femmes. Ou plutôt d’anciennes adolescentes nées dans les années 1990. À la sortie de LOL, nombre d’entre elles s’étaient réjouies de pouvoir enfin s’identifier aux relations familiales, amicales, amoureuses… mais aussi sexuelles du personnage principal d’une comédie française. Avec, par exemple, une libido digne de Sex Education chez Charlotte, une amie de Lola : « Le film rend visible la sexualité et le désir féminin au point de s’attacher lourdement à démontrer qu’il ne s’agit pas d’une obsession masculine, contrairement aux clichés du genre », analyse Célia Sauvage. 

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Ce cocktail sentimental a abreuvé l’éducation affective de toute une génération de jeunes filles. Comme Mara, 26 ans, qui fait un « transfert total » sur Lola. « Je me suis forgé mon idée de l’adolescence, de l’entrée dans la sexualité, de la relation mère-fille avec Twillight, Le Dico des filles, et ce film-là », se remémore-t-elle. Mais, quand elle le revoit une dizaine d’années plus tard, c’est une « petite trahison ». Au-delà de sa qualité cinématographique inégale, le fond lui paraît « catastrophique : il n’y a pas un dialogue qui ne parle pas de mec ou de sexualité entre les copines, même avec sa mère, se désole-t-elle. Tout passe par le regard masculin. Et les garçons insultent les filles tout le temps. »

Il est vrai que je ne m’étais pas préparé à ce que le compteur du mot « pute » – ou sa variante « pouffe » pour les adultes – s’emballe autant (première occurrence dès 1:31). Un trope toxique parmi tant d’autres, comme le discours anti-sexe de la maman, le slutshaming de la camarade De Peyrefitte (qui n’a même pas de prénom), le harcèlement de l’ex de Lola… Mais malheureusement assez justes sur l’époque. « Ça montre la violence de l’adolescence des années 2010, avant que des sujets comme le consentement ou le harcèlement se démocratisent plus chez les jeunes, avance Lena Haque. Et le film n’a pas essayé d’édulcorer ça. » Même si certains passages, tel le fantasme élève-prof, peinent à passer le filtre post-#MeToo.

“C’était un peu la première fois qu’on se voyait dans un film avec ma mère”

Dernière surprise, et non des moindres, lors de ma projection de 2026 : une bonne moitié des personnages s’étaient évaporée de ma mémoire – les parents. Pourtant, parmi les scènes qui restent parfois justes, parfois touchantes, celles réunissant adultes et ados s’en tirent étonnamment bien. La périlleuse ouverture des bulletins, les déchirantes punitions de sortie… Et une mention spéciale au père de Maël, dont la violence s’apaise enfin lorsqu’il voit son fils sur scène. « Le film est bien plus axé sur le lien intergénérationnel, presque invisible dans les teen movies américains », confirme Célia Sauvage en rappelant le casting judicieux de l’ex-jeune première de La Boum (1980), Sophie Marceau, pour devenir la mère de Lola.

Grâce à ce coup de projecteur sur les relations mère-fille, LOL a pu attirer de nouveaux spectateurs avec le temps. Comme Anouk, 33 ans, qui le redécouvre un vendredi soir des années 2020 en compagnie de sa mère. La Parisienne de naissance avait fait un « rejet » de ce film à sa sortie.

« Tout le monde pensait un peu que c’était ça notre vie à Paris, je devais débunker que non, nous n’avons pas tous des lofts sur deux étages », se souvient-elle. Mais quand elle le revoit avec sa maman, l’émotion les submerge : « C’était un peu la première fois qu’on se voyait dans un film, le fait qu’elles se disputent, qu’elles se réconcilient… On était vraiment complices et ce n’était pas forcément des choses représentées à la télévision. »

La trentenaire prendra-t-elle donc sa place pour la suite de « leur film doudou » ? « Si c’est avec sa mère, c’est sûr », sourit-elle. Du côté des fans de la première heure, la déception du revisionnage les fait encore douter. « Ça m’aurait peut-être intéressée de retrouver Lola dans sa trentaine », reconnaît Lena Haque, mais les ami·es, les amours, les emmerdes de sa petite sœur teasées dans la bande-annonce l’intéressent moins. « Et puis, je ne sais pas si la réalisatrice va réussir à garder ce point de vue de non-jugement qu’elle avait dans le premier, qui était très chouette », ajoute la journaliste. Verdict le 11 février. 

Bande-annonce de LOL 2.0

Heated Rivalry : cette série gay et torride est-elle à la hauteur de sa réputation ?

6 février 2026 à 08:00

Vous les avez forcément aperçus quelque part. Ces dernières semaines, les minois de Hudson Williams et Connor Storrie ont envahi les réseaux sociaux. Les acteurs de Heated Rivalry sont devenus les nouvelles coqueluches de la pop culture, objets de memes et d’édit enflammés sur TikTok, invités aux derniers Golden Globes ou porteurs de la flamme des Jeux d’hiver 2026 de Milan-Cortina. Ils sont partout !

Tout a commencé au Canada, quand la plateforme Crave a diffusé fin 2025 sa nouvelle série originale. Adaptée des romans Game Changers de Rachel Reid par le showrunner Jacob Tierney, Heated Rivalry suit sur plusieurs années une liaison secrète entre deux joueurs professionnels rivaux de hockey sur glace, le Canadien Shane Hollander (Hudson Williams) et le Russe Ilya Rozanov (Connor Storrie).

Keanu Reeves et Patrick Swayze, nouvelle génération

Pour une production comme celle-ci, dont le succès repose en grande partie sur la tension sexuelle entre les deux acteurs principaux, il s’agissait de ne pas se louper côté casting. Scénariste et réalisateur des six épisodes, Jacob Tierney a déniché deux nouveaux venus, Hudson Williams et Connor Storrie, dont l’alchimie crève l’écran.

Hollywood raffole de nouveaux visages, d’autant plus quand ceux-ci évoquent des gloires anciennes : c’est le cas de ces deux apollons, Internet ayant fait son travail en comparant leurs physiques avec ceux de Keanu Reeves et Patrick Swayze dans leur jeunesse.

La ressemblance est en effet frappante. Au-delà de leur physique avantageux, les deux acteurs brillent dans leur partition respective. Connor Storrie, Américain, a étudié la langue russe et travaillé son accent pour ses dialogues en anglais. Il incarne à la perfection Ilya Rozanov, un jeune homme en apparence arrogant et qui va peu à peu ouvrir son cœur à Shane.

Dans un rôle plus introverti, Hudson Williams, qui a confié que son personnage était sur le spectre de l’autisme, est tout aussi convaincant. Ensemble, les deux comédiens font des étincelles, exploitant toutes les micro-expressions de leur visage pour retranscrire l’émotion et le désir que leurs attachants personnages éprouvent l’un pour l’autre.

Des scènes de sexe révolutionnaires

On n’avait pas vu un couple aussi bien assorti depuis Robert Pattinson et Kristen Stewart dans la franchise Twilight. La comparaison avec la très prude romance vampirique s’arrête ici. Heated Rivalry joue dans une autre catégorie en ce qui concerne ses scènes intimes. Après une montée en tension maîtrisée durant la première moitié du premier épisode, Ilya et Shane ont un premier rapprochement sexuel, annonciateur de bien d’autres.

Heated Rivalry.

D’abord filmées de façon léchée, en clair obscur sur une lumière rouge tamisée, puis de façon de plus en plus intime, les scènes de sexe entre les deux athlètes évoluent au fil de la relation et sont l’une des grandes réussites de la série. Elles sont plus explicites et variées (avec ou sans pénétration) que dans les séries qui proposent des romances LGBTQ+, comme Heartstopper ou Sex Education, sans l’être nécessairement plus que certaines romances hétérosexuelles, comme Normal People ou Bridgerton. Si à l’écran, ces scènes paraissent « naturelles », elles ont en réalité demandé un travail très précis aux acteurs. Tantôt hot, tantôt émouvantes, parfois les deux en même temps, elles ont été chorégraphiées avec la coordinatrice d’intimité Chala Hunter.

Heated Rivalry.

Présente durant le tournage pour préparer en amont tous les mouvements prévus lors des scènes d’intimité, pour mettre les acteurs à l’aise et leur fournir des accessoires adaptés (comme des sous-vêtements rembourrés), elle explique dans une interview accordée à Elle.com : « Les scènes ont été écrites avec une grande précision, fidèles au livre. Jacob a vraiment mis en scène l’action dans le scénario. Représenter la joie et la sexualité queer sans les insinuer ni les suggérer à l’écran est rare. La sexualité, la joie et l’amour queer sont encore trop peu représentés dans les médias. Le sexe est un élément essentiel du parcours émotionnel, physique et psychologique de ces personnages. Il reflète fidèlement l’expérience humaine. »

Pourquoi les femmes adorent-elles (autant) Heated Rivalry ?

Les scènes de sexe de Heated Rivalry ont le grand mérite d’être à la fois très très hot et dans le consentement. Plus expérimenté que Shane, Ilya met son partenaire à l’aise. Si la communication des émotions entre les deux hommes représente un enjeu phare de la deuxième partie de la saison, leurs diverses parties de jambes en l’air passent par la verbalisation de leur consentement.

Heated Rivalry.

Certains médias se sont demandé pourquoi les femmes, grandes fans de la série (le roman original est écrit par une femme), s’intéressent à une fiction où elles ne sont pas représentées – ou seulement à travers le prisme de la meilleure amie avec laquelle on tente de coucher pour réaliser que ce n’est pas possible ? Réponse : pas seulement pour l’excellente reprise du hit lesbien de Tatu, All the Things she Said, présent dans la bande-son.

Heated Rivalry.

D’une part, tout comme les hommes gays ont appris à se projeter dans les héroïnes de comédies romantiques, les femmes queers et hétérosexuelles ont appris à se projeter dans les personnages masculins, majoritaires dans la fiction. D’autre part, la relation entre Shane et Ilya est pleine de désir, de communication et absolument dénuée de misogynie. Voilà qui est reposant et qui fait rêver beaucoup de femmes hétérosexuelles. Heated Rivalry propose des représentations de masculinités attractives, loin du retour des machos de l’ère Trump.

Une série sexy et politique

Si on peut lui reprocher une mécanique un peu trop bien huilée, avec des ellipses de temps à vous donner le vertige (l’histoire se déroule entre 2008 et 2017) et quelques occasions manquées (les JO en Russie méritaient plus de développement), Heated Rivalry est dans l’ensemble une réussite artistique. Avec sa bande-son pop et électro et ses séquences sportives aux allures de préliminaires, elle s’inscrit dans le renouveau de la romance sportive, initié en 2024 par le très sexy et queer Challengers de Luca Guadagnino. Il est clair que la compétition de haut niveau et la tension sexuelle font bon ménage… Probablement l’adrénaline.

Heated Rivalry.

L’intrigue de Heated Rivalry peut paraître légère au premier abord – une romance très physique sur fond de hockey –, mais l’orientation sexuelle de ses personnages change tout et en fait une série politique, dans notre société où les athlètes gay restent au placard toute leur carrière et subissent une homophobie de vestiaire quotidienne.

C’est particulièrement vrai dans la série pour Ilya, sportif bisexuel russe qui entretient une relation compliquée avec sa famille. Il a beau subvenir aux besoins de son frère, ce dernier ne cache pas sa biphobie, conduisant Ilya à devoir choisir entre être lui-même et conserver des liens avec sa famille.

Heated Rivalry.

Ce personnage nous permet de comprendre à quoi peut ressembler la vie d’une personne LGBTQ+ dans un pays comme la Russie, où règne une homophobie d’État. La jeunesse russe s’est empressée de télécharger Heated Rivalry et se la passe sous le manteau, la série devenant ainsi un symbole de résistance. La représentation compte. En abordant le sujet de l’homophobie dans le milieu du sport, sans violence – notamment à travers le très bel épisode 3 centré sur le parcours d’un hockeyeur gay au placard, plus âgé que Shane et Ilya – Heated Rivalry a inspiré des sportifs de la vraie vie. Le hockeyeur américain Jesse Kortuem a effectué son coming-out, en remerciant la série d’exister. Cette semaine, un arbitre de foot a demandé son compagnon en mariage pendant un match du FC Cologne. Qui a dit que le sexe et l’amour ne pouvaient pas changer le monde ?

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