Luiza pour son premier album : “Chaque jour, je continue à apprendre”
Au printemps 2025, la France se réchauffe au son de Soleil bleu, tube dansant et universel qui impressionne par ses touches de dub et ses influences sud-américaines. Derrière ce carton surprise, de l’aveu même de son autrice, se cache Luiza, une chanteuse que l’on connaissait déjà en filigrane pour ses multiples collaborations avec des artistes de renom. Aux frontières de la musique brésilienne, de la pop française et de l’électro, l’artiste sort le 10 avril 2026 un premier album éponyme dans lequel on découvre de nouvelles facettes de sa personnalité aussi solaire qu’optimiste.
Pouvez-vous nous parler de votre premier souvenir musical, vous qui venez d’une famille où la musique est omniprésente ?
Mon plus vieux souvenir, c’était à 4 ans, je sautais sur tous les canapés de la maison en chantant Ob-La-Di, Ob-La-Da des Beatles, la quatrième piste de l’album. La musique était partout dans la maison, c’était une affinité naturelle. Mon père est musicien et, toute petite, je l’accompagnais à ses concerts, j’écoutais ses disques… La musique est extrêmement présente dans ma vie depuis toujours.
À quel moment, vous êtes-vous dit que vous vouliez également faire de la musique votre métier ? Était-ce au moment du Conservatoire ?
Je dirai que ma formation au Conservatoire m’a avant tout donné tous les outils nécessaires pour faire de la musique. Un ancrage théorique pour m’apporter toute la liberté que j’ai aujourd’hui dans la musique. Grâce à la formation classique, j’improvise maintenant beaucoup plus.
Je me suis dit que je voulais en faire mon métier quand, après le Conservatoire, je suis partie pour l’école d’art, à La Réunion. Il a eu plusieurs années où, avant de chanter professionnellement, je montais sur les scènes des autres tellement j’avais envie de chanter. C’était plus fort que moi, j’attrapais le micro et je commençais à chanter ce que j’avais en tête.
Monter sur scène et se mettre à chanter quand on a 20 ans, c’est un peu l’équivalent de sauter sur un canapé quand on a 4 ans…
Oui, tout à fait !
On connaît votre double culture franco-brésilienne, qui se ressent énormément dans votre musique. Quand vous étiez jeune, écoutiez-vous beaucoup de musique brésilienne ?
J’ai grandi en écoutant de la samba, de la MPB, du choro… J’aime profondément cette scène musicale. Le Brésil est un des pays du monde qui écoute le plus sa propre musique ! Ma mère est brésilienne, et c’est quasiment uniquement la musique qu’elle écoute. J’ai eu la chance d’être été bercée par ces mélodies et ces rythmes.
Vos premières apparitions étaient surtout des featurings sur les pistes d’autres artistes : Mahom, Flavia Cohelo, Khoe-Wa… Vous étiez une voix que l’on connaissait sans savoir qui elle était…
C’est grâce à tous les artistes qui m’ont fait confiance, alors que je sortais de nulle part ! Je pense que la plupart des artistes avec lesquels j’ai collaboré sont des artistes dont j’ai squatté la scène. Je suis montée sur scène, j’ai pris un micro, j’ai chanté, et voilà ! La plupart l’ont très bien pris, et ils ont fini par me proposer d’enregistrer avec eux. J’ai eu la chance de faire plusieurs collaborations importantes comme ça.
Au moment où on a commencé à vous entendre régulièrement, une étiquette est apparue pour décrire votre style : l’électropop tropicale.
Évidemment, je suis de la génération électro ! C’est ce qui cartonnait quand j’étais adolescente. En 2015, à mes débuts, c’était vraiment ce que j’écoutais sans arrêt. Mais, étrangement, maintenant, j’écoute très peu de musique électronique. J’écoute principalement de la musique très organique, qui vient du monde entier.
Ceci étant dit, je n’arrive pas à enlever cet aspect-là de moi et ça se retrouve dans ma musique. J’aime beaucoup pouvoir amener cette énergie sur scène. C’est un aspect de la musique qui me plaît. Je ne peux pas m’en séparer.
La dimension dub et électro est toujours très présente dans votre musique et dans votre premier EP. Vous parliez de 2015, mais votre premier album sort finalement dix ans plus tard. C’est rare, pour une pop star, d’avoir une “première carrière” aussi longue avant de se lancer en solo. C’est quelque chose que l’on voit davantage dans le jazz !
Oui, je fais de la scène depuis 2018 de manière professionnelle et ça fait dix ans que j’enregistre des chansons avec d’autres artistes. Mais, entre mes premiers enregistrements et les tournées que je fais maintenant, il a fallu absolument tout apprendre.
Enregistrer une chanson dans un studio et faire de la scène sont deux choses complètement différentes. Quand j’ai fait mes premières scènes, il y a des années, j’ai découvert qu’il ne fallait pas juste chanter. Chanter devant 20 000 personnes, pour moi, ce n’est pas un problème. Mais il faut aussi faire de l’animation, interagir avec la foule, savoir occuper l’espace… Tout ça me terrifiait !

Alors j’ai eu la chance de pouvoir apprendre ça petit à petit et de progresser. Toutes ces années de travail m’ont bien forgée. Je suis ravie d’avoir pris le temps, aussi, de savoir ce que je voulais. Chaque jour, je continue à apprendre.
Vous chantez en français, en anglais et en portugais, en passant de manière fluide de l’un à l’autre. Avez-vous les mêmes facilités à écrire et à chanter dans les trois langues ?
Quand je change de langue, je deviens immédiatement une autre Luiza. C’est vraiment, physiquement, quelque chose que je ressens dans mon cœur, mon énergie. Quand je chante en portugais, c’est toute la culture du pays que je ressens, c’est fou. C’est aussi parce qu’au-delà de la langue, il y a aussi la musicalité qui est différente. Ça donne un autre rapport à l’écriture. D’ailleurs, c’est beaucoup plus simple pour moi d’écrire en portugais, parce que je m’amuse beaucoup plus avec la percussion des mots et la mélodie de chaque son. C’est une langue très mélodieuse, avec laquelle je peux beaucoup m’amuser.
L’écriture de votre premier album a-t-elle été une étape difficile pour vous ?
Il y a des morceaux qui sont venus très naturellement. Certains ont même été enregistrés en une prise ! En revanche, il y en a d’autres qui ne sont même pas sortis quand on a terminé de faire l’album, sur lesquels je galère depuis des années. Donc, je dirais que ça dépend vraiment du morceau et du moment. C’est très spécial d’enregistrer en studio avec un agenda très précis. On te dit : “Voilà, on a deux jours de studio, le 14 et le 15, et il faut que, dans ces deux jours, tu aies impérativement de l’inspiration !”
Mais je trouve que l’inspiration ne se commande pas vraiment, donc c’est un apprentissage aussi de se mettre dans ce processus-là. D’arriver à se dire “Tel jour, on enregistre, il faut que j’aie un éclair d’inspiration.” Il y a une samba célèbre qu’on pourrait traduire par “le pouvoir de la création” qui décrit comment la samba est quelque chose qui te traverse de part en part. C’est quelque chose qui arrive comme ça, comme une lumière qui nous inspire les airs et les mots. Ça nous amène une mélodie, ça nous amène à penser qu’il y a une force plus grande qui nous habite, et qui nous dépasse.
Et même en français, on parle bien d’éclair de génie !
Quelque chose qui vient du ciel, qui traverse tout et qui nous éclaire très fort. Une sorte d’inspiration céleste, tout à fait !
Revenons sur le tube Soleil bleu. On vous a beaucoup accolé une image de “chanteuse estivale”, mais, quand on écoute vos autres morceaux, on découvre des choses très différentes.
Ce côté solaire fait entièrement partie de moi ! Mais j’ai aussi un côté très lune, très cosmique, tourné vers la nuit. Dans l’album, il y a donc des morceaux beaucoup plus planants et beaucoup plus nocturnes. Ça fait entièrement partie de moi, ce sont même les morceaux que j’aime le plus. Donc oui, j’ai ces deux personnalités qui résonnent de manière très vive.
« Le monde est plus beau quand on s’aime. Aujourd’hui, c’est politique de l’affirmer ! »
Luiza
Et ce sont des personnalités qui parlent à un public extrêmement large. Quand on regarde un peu les commentaires sur vos réseaux sociaux, on trouve autant des adolescents que des gens qui disent : “J’ai 80 ans et j’ai retrouvé ma jeunesse.”
Ce qui est fou dans cette histoire, c’est que ça touche les enfants, les grands-parents, les gens de milieux plus aisés, mais aussi ceux qui vivent dans la nature. C’était un immense honneur de découvrir que mes chansons touchent autant de générations et de classes sociales.
À ce propos, vous avez dit dans une interview que votre musique avait un caractère politique, parce qu’elle portait notamment des valeurs d’amour et de bienveillance. Pourtant, on ne vous rattacherait pas spontanément au courant de la protest song. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?
L’amour, la bienveillance, mais aussi le rapport à la nature sont très présents dans mon album et dans tous mes textes. C’est important pour moi d’affirmer cette conscience de notre condition naturelle. Il y a quelque chose que l’on a tendance à oublier. Nous ne sommes pas dans la nature : nous sommes la nature. Une nature qui a sa propre conscience, située sur une planète qui flotte dans le cosmos. C’est important pour moi de reposer ma conscience là-dessus. Quelque part, c’est politique.
L’écologie ne devrait pas être un parti politique, mais une chose partagée par tout le monde. Tout comme les valeurs de bienveillance, d’amour, de solidarité. C’est important de tous se soutenir. Le monde est plus beau quand on s’aime. Aujourd’hui, c’est politique de l’affirmer !

Quelle est la suite pour vous après ce premier album?
Une TRÈS grosse tournée, déjà. [Rires] Pour la suite, on verra : je suis quelqu’un qui a du mal à regarder en arrière, mais aussi à me projeter vers le futur. Évidemment, je réfléchis déjà à la suite. J’ai déjà recommencé à composer, à retravailler des chansons. Le prochain album, on aimerait l’enregistrer au Brésil, ou même, pourquoi pas, à La Réunion.
Quelle œuvre culturelle vous a récemment marquée ?
La dernière fois que je me suis dit : “Il faut que les gens découvrent ça”, c’est en regardant Sans filtre (2022), le film de Ruben Östlund qui a eu la Palme d’or en 2022. Il a aussi fait The Square (2017), qui était vraiment incroyable.
Enfin, si vous deviez nous recommander un seul artiste brésilien ? Celui que vous emporteriez sur une île déserte ?
C’est dur ! J’ai grandi avec des parents qui écoutaient du jazz et de la musique brésilienne tout le temps, alors c’est dur, j’ai envie d’en citer des dizaines. Déjà, je voudrais inviter tout le monde à écouter de la musique brésilienne, parce que c’est un patrimoine à la fois vivant et monumental. Mais si je devais citer quelqu’un, ça serait tout de même Gilberto Gil.
(@luizamusic__)




(@raye)
