Vue lecture

Luiza pour son premier album : “Chaque jour, je continue à apprendre”

Au printemps 2025, la France se réchauffe au son de Soleil bleu, tube dansant et universel qui impressionne par ses touches de dub et ses influences sud-américaines. Derrière ce carton surprise, de l’aveu même de son autrice, se cache Luiza, une chanteuse que l’on connaissait déjà en filigrane pour ses multiples collaborations avec des artistes de renom. Aux frontières de la musique brésilienne, de la pop française et de l’électro, l’artiste sort le 10 avril 2026 un premier album éponyme dans lequel on découvre de nouvelles facettes de sa personnalité aussi solaire qu’optimiste.

Soleil bleu, de Luiza.

Pouvez-vous nous parler de votre premier souvenir musical, vous qui venez d’une famille où la musique est omniprésente ?

Mon plus vieux souvenir, c’était à 4 ans, je sautais sur tous les canapés de la maison en chantant Ob-La-Di, Ob-La-Da des Beatles, la quatrième piste de l’album. La musique était partout dans la maison, c’était une affinité naturelle. Mon père est musicien et, toute petite, je l’accompagnais à ses concerts, j’écoutais ses disques… La musique est extrêmement présente dans ma vie depuis toujours.

À quel moment, vous êtes-vous dit que vous vouliez également faire de la musique votre métier ? Était-ce au moment du Conservatoire ?

Je dirai que ma formation au Conservatoire m’a avant tout donné tous les outils nécessaires pour faire de la musique. Un ancrage théorique pour m’apporter toute la liberté que j’ai aujourd’hui dans la musique. Grâce à la formation classique, j’improvise maintenant beaucoup plus.

Je me suis dit que je voulais en faire mon métier quand, après le Conservatoire, je suis partie pour l’école d’art, à La Réunion. Il a eu plusieurs années où, avant de chanter professionnellement, je montais sur les scènes des autres tellement j’avais envie de chanter. C’était plus fort que moi, j’attrapais le micro et je commençais à chanter ce que j’avais en tête.

Funambule, de Luiza et Mahom.

Monter sur scène et se mettre à chanter quand on a 20 ans, c’est un peu l’équivalent de sauter sur un canapé quand on a 4 ans…

Oui, tout à fait !

On connaît votre double culture franco-brésilienne, qui se ressent énormément dans votre musique. Quand vous étiez jeune, écoutiez-vous beaucoup de musique brésilienne ?

J’ai grandi en écoutant de la samba, de la MPB, du choro… J’aime profondément cette scène musicale. Le Brésil est un des pays du monde qui écoute le plus sa propre musique ! Ma mère est brésilienne, et c’est quasiment uniquement la musique qu’elle écoute. J’ai eu la chance d’être été bercée par ces mélodies et ces rythmes.

Vos premières apparitions étaient surtout des featurings sur les pistes d’autres artistes : Mahom, Flavia Cohelo, Khoe-Wa… Vous étiez une voix que l’on connaissait sans savoir qui elle était…

C’est grâce à tous les artistes qui m’ont fait confiance, alors que je sortais de nulle part ! Je pense que la plupart des artistes avec lesquels j’ai collaboré sont des artistes dont j’ai squatté la scène. Je suis montée sur scène, j’ai pris un micro, j’ai chanté, et voilà ! La plupart l’ont très bien pris, et ils ont fini par me proposer d’enregistrer avec eux. J’ai eu la chance de faire plusieurs collaborations importantes comme ça.

Sua Pele, de iZem, Flavia Coehlo et Luiza.

Au moment où on a commencé à vous entendre régulièrement, une étiquette est apparue pour décrire votre style : l’électropop tropicale.

Évidemment, je suis de la génération électro ! C’est ce qui cartonnait quand j’étais adolescente. En 2015, à mes débuts, c’était vraiment ce que j’écoutais sans arrêt. Mais, étrangement, maintenant, j’écoute très peu de musique électronique. J’écoute principalement de la musique très organique, qui vient du monde entier.

Ceci étant dit, je n’arrive pas à enlever cet aspect-là de moi et ça se retrouve dans ma musique. J’aime beaucoup pouvoir amener cette énergie sur scène. C’est un aspect de la musique qui me plaît. Je ne peux pas m’en séparer.

La dimension dub et électro est toujours très présente dans votre musique et dans votre premier EP. Vous parliez de 2015, mais votre premier album sort finalement dix ans plus tard. C’est rare, pour une pop star, d’avoir une “première carrière” aussi longue avant de se lancer en solo. C’est quelque chose que l’on voit davantage dans le jazz !

Oui, je fais de la scène depuis 2018 de manière professionnelle et ça fait dix ans que j’enregistre des chansons avec d’autres artistes. Mais, entre mes premiers enregistrements et les tournées que je fais maintenant, il a fallu absolument tout apprendre.

Enregistrer une chanson dans un studio et faire de la scène sont deux choses complètement différentes. Quand j’ai fait mes premières scènes, il y a des années, j’ai découvert qu’il ne fallait pas juste chanter. Chanter devant 20 000 personnes, pour moi, ce n’est pas un problème. Mais il faut aussi faire de l’animation, interagir avec la foule, savoir occuper l’espace… Tout ça me terrifiait !

Luiza.

Alors j’ai eu la chance de pouvoir apprendre ça petit à petit et de progresser. Toutes ces années de travail m’ont bien forgée. Je suis ravie d’avoir pris le temps, aussi, de savoir ce que je voulais. Chaque jour, je continue à apprendre.

Vous chantez en français, en anglais et en portugais, en passant de manière fluide de l’un à l’autre. Avez-vous les mêmes facilités à écrire et à chanter dans les trois langues ?

Quand je change de langue, je deviens immédiatement une autre Luiza. C’est vraiment, physiquement, quelque chose que je ressens dans mon cœur, mon énergie. Quand je chante en portugais, c’est toute la culture du pays que je ressens, c’est fou. C’est aussi parce qu’au-delà de la langue, il y a aussi la musicalité qui est différente. Ça donne un autre rapport à l’écriture. D’ailleurs, c’est beaucoup plus simple pour moi d’écrire en portugais, parce que je m’amuse beaucoup plus avec la percussion des mots et la mélodie de chaque son. C’est une langue très mélodieuse, avec laquelle je peux beaucoup m’amuser.

Manha de Carnavale, de Luiza.

L’écriture de votre premier album a-t-elle été une étape difficile pour vous ?

Il y a des morceaux qui sont venus très naturellement. Certains ont même été enregistrés en une prise ! En revanche, il y en a d’autres qui ne sont même pas sortis quand on a terminé de faire l’album, sur lesquels je galère depuis des années. Donc, je dirais que ça dépend vraiment du morceau et du moment. C’est très spécial d’enregistrer en studio avec un agenda très précis. On te dit : “Voilà, on a deux jours de studio, le 14 et le 15, et il faut que, dans ces deux jours, tu aies impérativement de l’inspiration !”

Mais je trouve que l’inspiration ne se commande pas vraiment, donc c’est un apprentissage aussi de se mettre dans ce processus-là. D’arriver à se dire “Tel jour, on enregistre, il faut que j’aie un éclair d’inspiration.” Il y a une samba célèbre qu’on pourrait traduire par “le pouvoir de la création” qui décrit comment la samba est quelque chose qui te traverse de part en part. C’est quelque chose qui arrive comme ça, comme une lumière qui nous inspire les airs et les mots. Ça nous amène une mélodie, ça nous amène à penser qu’il y a une force plus grande qui nous habite, et qui nous dépasse.

Et même en français, on parle bien d’éclair de génie !

Quelque chose qui vient du ciel, qui traverse tout et qui nous éclaire très fort. Une sorte d’inspiration céleste, tout à fait !

Revenons sur le tube Soleil bleu. On vous a beaucoup accolé une image de “chanteuse estivale”, mais, quand on écoute vos autres morceaux, on découvre des choses très différentes.

Ce côté solaire fait entièrement partie de moi ! Mais j’ai aussi un côté très lune, très cosmique, tourné vers la nuit. Dans l’album, il y a donc des morceaux beaucoup plus planants et beaucoup plus nocturnes. Ça fait entièrement partie de moi, ce sont même les morceaux que j’aime le plus. Donc oui, j’ai ces deux personnalités qui résonnent de manière très vive.

« Le monde est plus beau quand on s’aime. Aujourd’hui, c’est politique de l’affirmer ! »

Luiza

Et ce sont des personnalités qui parlent à un public extrêmement large. Quand on regarde un peu les commentaires sur vos réseaux sociaux, on trouve autant des adolescents que des gens qui disent : “J’ai 80 ans et j’ai retrouvé ma jeunesse.”

Ce qui est fou dans cette histoire, c’est que ça touche les enfants, les grands-parents, les gens de milieux plus aisés, mais aussi ceux qui vivent dans la nature. C’était un immense honneur de découvrir que mes chansons touchent autant de générations et de classes sociales.

À ce propos, vous avez dit dans une interview que votre musique avait un caractère politique, parce qu’elle portait notamment des valeurs d’amour et de bienveillance. Pourtant, on ne vous rattacherait pas spontanément au courant de la protest song. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?

L’amour, la bienveillance, mais aussi le rapport à la nature sont très présents dans mon album et dans tous mes textes. C’est important pour moi d’affirmer cette conscience de notre condition naturelle. Il y a quelque chose que l’on a tendance à oublier. Nous ne sommes pas dans la nature : nous sommes la nature. Une nature qui a sa propre conscience, située sur une planète qui flotte dans le cosmos. C’est important pour moi de reposer ma conscience là-dessus. Quelque part, c’est politique.

L’écologie ne devrait pas être un parti politique, mais une chose partagée par tout le monde. Tout comme les valeurs de bienveillance, d’amour, de solidarité. C’est important de tous se soutenir. Le monde est plus beau quand on s’aime. Aujourd’hui, c’est politique de l’affirmer !

Luiza en tournée.

Quelle est la suite pour vous après ce premier album?

Une TRÈS grosse tournée, déjà. [Rires] Pour la suite, on verra : je suis quelqu’un qui a du mal à regarder en arrière, mais aussi à me projeter vers le futur. Évidemment, je réfléchis déjà à la suite. J’ai déjà recommencé à composer, à retravailler des chansons. Le prochain album, on aimerait l’enregistrer au Brésil, ou même, pourquoi pas, à La Réunion.

Quelle œuvre culturelle vous a récemment marquée ?

La dernière fois que je me suis dit : “Il faut que les gens découvrent ça”, c’est en regardant Sans filtre (2022), le film de Ruben Östlund qui a eu la Palme d’or en 2022. Il a aussi fait The Square (2017), qui était vraiment incroyable.

Enfin, si vous deviez nous recommander un seul artiste brésilien ? Celui que vous emporteriez sur une île déserte ?

C’est dur ! J’ai grandi avec des parents qui écoutaient du jazz et de la musique brésilienne tout le temps, alors c’est dur, j’ai envie d’en citer des dizaines. Déjà, je voudrais inviter tout le monde à écouter de la musique brésilienne, parce que c’est un patrimoine à la fois vivant et monumental. Mais si je devais citer quelqu’un, ça serait tout de même Gilberto Gil.

  •  

Olivia Rodrigo de retour : tout savoir sur son nouvel album

OR3, nom de code du troisième album d’Olivia Rodrigo, faisait l’objet de nombreuses rumeurs depuis plusieurs mois ! Prédominance de la couleur rouge (après le violet des deux premiers disques), ambiance différente et expérimentation dans le style, nouvelles thématiques abordées, nouveau nom de quatre lettres seulement ?

La chanteuse évoquait régulièrement son travail en studio autour de son nouveau disque, sans donner pour autant d’autres informations officielles. Le mystère est enfin résolu : Olivia Rodrigo a révélé sur les réseaux sociaux le nom, la pochette et la date de sortie de son troisième opus musical. You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love (bien loin des titres à  quatre lettres) est ainsi prévu pour le 12 juin 2026.

Treize morceaux sont actuellement annoncés et la couverture du disque montre l’artiste sur une balançoire, la tête en bas, avec une couleur qui tend vers le bleu-gris, et non pas le rouge prédit par les fans.

Avec ce titre doux-amer, Olivia Rodrigo pourrait encore parler d’amour… avec peut-être une certaine mélancolie ?

Comme elle le confie pourtant à British Vogue, la mélancolie est loin d’être son état d’esprit actuel. Heureuse et en couple, l’artiste de 23 ans enchaîne les succès, entre sa vie aux États-Unis et à Londres. La tournée de Guts a en effet permis à Olivia Rodrigo de confirmer son appétence pour la scène et pour le rock rétro. On se souvient de son concert à Glastonbury et du moment partagé avec Robert Smith, le chanteur de The Cure.

You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love, toujours d’après British Vogue, sera donc un album rempli de « chansons d’amour tristes », écrites par une jeune femme qui connaît l’amour et qui a simplement peur de le perdre. Après la tristesse et le chagrin de Sour, puis la rage et l’émancipation de Guts, You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love est décrit comme l’album le plus expérimental d’Olivia Rodrigo.

Bientôt un concert à Paris ?

La promotion de You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love a commencé et Olivia Rodrigo pourrait dévoiler, au compte goutte, tout ce qui entoure son prochain album. C’est en tout cas ce que laissent présager ses récentes vidéos Instagram. À Los Angeles, Londres, Paris et dans le New Jersey, l’artiste s’est filmée en train d’accrocher un cadenas à l’effigie de son disque sur des ponts.

Simple façon de communiquer autour de la sortie imminente de sa nouvelle œuvre ou message caché concernant des événements à venir dans les endroits montrés ? Olivia Rodrigo va-t-elle annoncer quelques concerts pour accompagner la sortie de You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love dans une poignée de villes, avant, probablement, une tournée plus conséquente ? Réponse dans les semaines et mois qui viennent.

  •  

Arlo Parks : « Ambiguous Desire », son retour planant et introspectif

Depuis Collapsed In Subeams, son premier album paru en 2021, la chanteuse britannique Arlo Parks a attiré l’attention des médias et du public par son attitude subversive, ses paroles fortes et son éclectisme artistique – aussi à l’aise en reprenant Radiohead au piano qu’en collaborant avec la Belgo-Congolaise Lous and The Yakuza.

2026 est l’année de son retour avec un nouvel et ambitieux album, Ambiguous Desire, qui sort ce 3 avril.

Un voyage sonore immersif

Sur ces 12 titres, l’ambiance globale se revèle plutôt planante et en mid-tempo. Arlo Parks est capable de coups de génie comme sur Beams, titre aux harmonies et à la mélodie imparables, où les cordes tiennent une place importante. Une rythmique hip-hop avec des claviers aériens qui n’est pas sans rappeler une certaine Dido.

Sur South Seconds, la chanteuse opte pour l’acoustique dépouillée qui met en valeur voix et textes. Amour, désir, amitié, découverte de soi : tels sont les thèmes abordés ici. Une guitare électrique, le temps d’un interlude, ouvre sur Nightswimming. Là encore, l’atmosphère éthérique se déploie, apaisante, avec des incrustations éeectro. Un morceau lumineux, redoutable dans sa construction.

Son ami Sam Alpha apporte une vraie valeur ajoutée au titre Senses. Le Londonien, connu pour ses ambiances romantiques et sa musique émotive, habille à merveille les inspirations de la poétesse. Floette, quant à lui, est une merveille de douceur tout en retenue, avec sa rythmique drum & bass et un travail de sons et de samples particulièrement original.

Dans l’ensemble, Ambiguous Desire repose sur de terribles breakbeats, porté par de belles mélodies et des sonorités intimistes.

Des collaborations prestigieuses pour un son ciselé

Pour atteindre ce résultat, Arlo Parks s’est entourée de références en matière de production et de qualité de son, à commencer par Paul Epworth. Le génial producteur britannique de 50 ans, à l’origine de nombreux hits d’Adele, de Rihanna ou de Florence And The Machine, se surpasse ici pour trouver l’équilibre entre pop et tendances spécialisées pour un public branché. Blue Disco illustre bien le propos.

La présence de Buddy vise le même objectif. Le musicien a œuvré aux côtés de Franck Ocean et Vampire Weekend – maîtrisant aussi bien le R’n’B que la pop alternative indé. Tout cela aboutit à un album plus intuitif, vibrant et intimiste. La chanteuse de 25 ans le reconnaît d’ailleurs volontiers : « Il est difficile de se livrer, mais quand j’y parviens, cela donne des titres essentiels et forts. »

Ambiguous Desire est le disque parfait pour les fins de soirée ou pour une écoute méditative à la maison. Se perdre dans la nuit ou dans les clubs, puis refaire surface la tête pleine d’émotions et de désirs ambigus : c’est ainsi que ces 12 titres ont été pensés. L’exploration des genres, de la sexualité et de la santé mentale sont des sujets sérieux et profonds qui requièrent une atmosphère calme et sereine. 

  •  

Dans la bulle… avec Arlo Parks

En 2021, dès la sortie de son premier album Collapsed in Sunbeams, Arlo Parks a été étiquetée « La voix d’une génération ». Avec ses textes introspectifs profonds ne ressemblant à aucun autres, la jeune Anglaise sortait clairement du lot, orchestrant avec beaucoup de dextérité un R’n’B aérien, une pop légère et un fascinant trip hop.

Cinq ans plus tard, Arlo Parks – qui vit désormais à Los Angeles – signe Ambiguous Desire, un troisième opus aux effluves fortement electro et aux influences on ne peut plus éclectiques.

Dans le cadre intimiste de la Bulle Acoustique de la Fnac Forum des Halles à Paris, espace destiné aux amoureux du son pour tester les meilleures solutions d’écoute musicale, casques premium et enceintes connectées, en partenariat avec Qobuz, le service de streaming et de téléchargement haute qualité, Arlo Parks raconte l’histoire de ce disque qui fait du bien.

Elle évoque une multitude d’influences, plus éclectiques les unes que les autres, ainsi que sa vie dans la Cité des Anges californiennes. Un moment intime et plein de vie saisi par Qobuz dans la Bulle Acoustique de la Fnac.

  •  

Zaho : date de sortie de Versatile, tournée, la chanteuse prépare son retour

Discrète ces dernières années, Zaho opère un grand retour avec Versatile, son cinquième album studio. Zahera Darabid, de son vrai nom, réinvestit le paysage musical avec un projet pensé comme une nouvelle étape, à la croisée de ses influences passées et d’une écriture plus personnelle. L’album s’accompagne d’une tournée sur toute l’année 2026.

Que révèle Versatile sur son évolution artistique ?

Pensé comme un album de synthèse, le nouvel opus explore une large palette sonore. Zaho y mêle R&B contemporain, pop urbaine et chanson française, enrichis d’influences méditerranéennes et internationales.

Les morceaux alternent entre titres rythmés, conçus pour la scène, et compositions plus introspectives. Amour propre s’inscrit dans cette veine personnelle, tandis que Comme Caroline, en duo avec MC Solaar, propose une relecture contemporaine d’un classique du rap français. D’autres collaborations jalonnent le disque, notamment avec Amadou & Mariam, La Fouine ou Alonzo.

Quelles sont les dates clés de la tournée ?

Entamée en février, la tournée se poursuit au printemps avec une nouvelle série de concerts, notamment à Bordeaux ce 31 mars, puis à Lille le 3 avril. Elle se prolongera durant l’été avec plusieurs festivals, dont le 27 juin à Paris (Solidays) et le 5 juillet à Arras (Main Square Festival).

À la rentrée, elle reprendra avec une série de dates en salle, notamment le 18 septembre à Amnéville, les 25 et 26 septembre à Strasbourg, ou encore les 15, 16 et 17 octobre entre Bar-le-Duc, Ludres et Metz. Le point culminant est prévu le 14 novembre au Zénith de Paris.

Qui est Zaho et d’où vient son succès ?

Née à Alger et ayant grandi au Canada, Zaho s’est imposée dans les années 2000 avec l’album Dima. Le public découvre une artiste capable de mêler pop, R&B et influences urbaines, portée par des titres comme C’est chelou, La roue tourne ou Je te promets. Au fil des années, elle construit un parcours entre carrière solo, collaborations (notamment avec Céline Dion, pour qui elle écrit plusieurs titres) et projets transversaux, comme la comédie musicale La légende du roi Arthur.

  •  

Paul McCartney : nouvel album inédit en 2026, tout ce qu’il faut savoir

Le mythique Paul McCartney est de retour. L’artiste a annoncé la sortie imminente de son nouvel album (le 18e en solo après plus de 60 ans de carrière dans la musique) pour le 29 mai 2026.

Intitulé The Boys of Dungeon Lane, le disque reviendra sur ses jeunes années passées à Liverpool et sur sa rencontre avec George Harrison et John Lennon, bien avant qu’ils décident de former les Beatles. Avec mélancolie et émotion, Paul McCartney devrait revenir sur ces années charnières, tout en explorant de nouveaux genres musicaux. L’artiste prépare ce disque depuis plus de cinq ans et devrait jouer plusieurs instruments dessus.

Annoncé comme un opus éclectique et différent, The Boys of Dungeon Lane devrait parler d’amour, d’amitié et de nostalgie, tout en abordant une thématique précise : qui était Paul McCartney avant qu’il rencontre la célébrité et le succès planétaire. À 83 ans, l’artiste continue d’expérimenter. Son retour dans les bacs six ans après McCartney III en 2020 et ne passera pas inaperçu.

Un premier single dévoilé

Pour accompagner l’annonce de cette sortie imminente, Paul McCartney a dévoilé le premier single du disque intitulé Days We Left Behind. Dans cette ballade touchante, le chanteur évoque ses souvenirs, parle de l’éphémérité de la vie et du fait que tout change constamment. Une chanson qui donne la note d’intention de l’album entre authenticité et voyage mélancolique à travers les souvenirs.

Les 13 autres pistes de l’album seront révélées le 29 mai 2026. De quoi relancer une « Beatlesmania » ou plutôt une « McCartneymania » qui n’a jamais réellement disparu, quelques mois après la sortie de la bande-dessinée Paul (Casterman) de Hervé Bourhis et avant la sortie en 2028 des quatre biopics consacrés aux Beatles réalisés par Sam Mendes, dans lesquels Paul McCartney sera interprété par Paul Mescal.

  •  

Raye, This Music May Contain Hope : pourquoi signe-t-elle le meilleur album de l’année ?

Raye est de retour avec un nouvel album. Dans This Music May Contain Hope, la chanteuse britannique livre un album aussi surprenant que virtuose dans lequel elle explore diverses inspirations musicales. Du hip hop à la soul en passant par la pop et le RnB, Raye n’a aucune limite pour faire passer son message.

Porté par le tube WHERE IS MY HUSBAND!, ce nouvel opus nous embarque dans la vie d’une femme moderne entre doutes et espoirs. Pourtant, la chanteuse ne tombe jamais dans le pathos ou la tragédie. Elle préfère y apporter toute sa lumière. « Everything going to be alright/Tout va bien se passer » peut-on entendre sur le nouveau morceau iconique de l’album, Click Clack Symphony, imaginé aux côtés du compositeur Hans Zimmer. Entre hip hop, slam et musique orchestrale, Raye offre une composition virtuose et puissante. Surtout, elle montre à quel point l’ensemble orchestral a toujours joué un rôle primordial dans sa carrière, après être passée du côté du Montreux Jazz Festival en 2024.

« Allow me to set the scene »

This Music May Contain Hope marque également par la capacité de Raye à nous embarquer dans un univers défini. Bien qu’elle explore les genres, l’artiste née à Londres en 1997 donne à entendre la trajectoire sorore et féministe d’une jeune femme moderne dans un album particulièrement parlé et cinématographique. En témoigne l’introduction avec Girl Under The Grey Cloud dans laquelle la chanteuse fait coexister poésie, slam et langage cinématographique. « Allow me to set the scene/Permettez-moi de planter le décor » nous indique Raye ouvrant ainsi son album avec un récit aussi émouvant que percutant.

Car la force de l’album se retrouve à la fois dans la facilité de Raye à développer des images saisissantes, immédiatement perceptibles tout en offrant à chaque morceau des surprises musicales. C’est le cas notamment sur le titre particulièrement libérateur I Know You’re Hurting qui oscille entre piano-voix et une explosivité désarmante. Si on pensait que le morceau viendrait marquer une pause ; un moment suspendu et doux pour l’album, Raye va finalement à contre-sens et offre un titre puissant porté par ses incroyables vocalises.

Entre contraste et légèreté

À travers ses 17 pistes, Raye retrace sa propre histoire dans un album introspectif, sensible et pourtant universel. Tout en contant sa trajectoire, elle s’empare de sujets fédérateurs avec vitalité. Life Boat sur lequel elle chante « I am not giving up/je n’abandonne pas » propose des sonorités dansantes, tout droit inspirées de la house et de la musique électronique. Des sons qui rappellent les débuts musicaux de Raye puisque la chanteuse a travaillé en 2019 avec David Guetta sur le titre Stay (Don’t Go Away).

Si la chanteuse cultive le contraste entre paroles et thèmes, celui-ci se retrouve aussi à travers la construction de l’album. Une preuve supplémentaire ? Raye passe de Life Boat à I Hate The Way I Look Today, un morceau tout droit inspiré du jazz — une autre de ses racines musicales — et du scat. Un mélange amusant qui permet de vraiment s’investir dans l’album.

Le clip de Click Clack de Raye en featuring avec Hans Zimmer.

Une légèreté bienvenue que l’on retrouve également dans les paroles de Raye que ce soit avec The WhatsApp Shakeapeare, Goodbye Henry aux côtés du fantastique Al Green ou encore dans Beware…The South London Lover Boy, un morceau tout droit sorti des cabarets qui flotte vaguement avec le Lady Marmelade (Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?) de LaBelle.

Autant d’explorations des genres qui permettent à Raye de parler d’amour, de relations amoureuses, de rupture aussi et de solitude. Pour évoquer tous ces sujets, la chanteuse déploie des vibrations musicales impressionnantes, en témoigne le percutant Nightingale Lane.

Le clip de WHERE IS MY HUSBAND! de Raye.

Avec This Music May Contain Hope, Raye offre un album ambitieux explorant les diverses sources musicales qui ont marqué sa carrière. Un choix artistique qui en fait une chanteuse versatile dans le monde de la musique. R’n’B, soul, jazz, house, orchestre, country (sur le très beau Fields)… Ce nouvel album est une véritable consécration pour la performeuse britannique qui entre langage cinématographique et musical raconte des histoires puissantes, drôles, émouvantes, sans oublier optimistes.

Pistes après pistes, This Music May Contain Hope nous surprend. Le rythme de l’album ne faiblit jamais, Raye nous embarquant dans une œuvre lumineuse et audacieuse, à son image. « This Music May Contain Hope/Cette musique pourrait contenir de l’espoir » conclut la chanteuse sur une dernière chanson rappelant les plus belles comédies musicales. Mais pour nous, plus que de l’espoir, cette musique est avant tout le reflet de l’immense talent de Raye.

  •  

Jeunes, stylés et ultra-doués : The Molotovs électrisent le rock britannique

Leur nom de groupe sonne comme une déflagration, la promesse d’un cocktail forcément abrasif Et ça tombe bien : Wasted On Youth, leur premier album, est une petite bombe. The Molotovs, ce sont Issey et Matthew Cartlidge. Elle a 19 ans, lui à peine 18. Deux gamins biberonnés aux vinyles de leurs parents, qui, après avoir fait leurs armes dans les rues de Londres, ont fini par attirer l’attention du label Marshall Records. Jusqu’à s’imposer comme l’une des sensations musicales les plus excitantes de 2026.

Il est 11h du matin lorsque les deux têtes blondes elfiques de The Molotovs surgissent sur notre écran Zoom. Ce matin, Issey et Matthew ont troqué leurs flamboyantes sapes vintage pour des T-shirts noirs, l’air un peu ensommeillé mais la répartie affûtée. 

Et si au cours de l’interview, Matt rejettera le terme « rock » pour qualifier leur musique (« Trop large », avancera-t-il), force est de constater que ces deux post-ados s’inscrivent dans une tradition anglaise diablement vivante, fortement inspirée par le punk, le mod revival et le garage rock des années 60–80. Guitares nerveuses, chansons compactes et percutantes et attitude de dandys insolents, tout dans la fratrie Cartlidge évoque cette nouvelle génération brit qui parvient à fusionner urgence et nostalgie avec une facilité déconcertante. Rencontre.  

À quel moment avez-vous réalisé que jouer ensemble en tant que frère et sœur pouvait devenir quelque chose de sérieux ?

Issey : Je pense que c’est arrivé assez vite, dès qu’on a senti que ça fonctionnait bien. On a commencé en jouant un peu partout dans les rues de Londres, notamment dans les quartiers de Brixton, Camden – qui est un endroit emblématique pour le rock – mais aussi à Soho, Oxford Street… Quand tu joues dans la rue, personne n’a payé pour te voir, donc tu es presque une intrusion dans la journée des gens, pas un divertissement choisi. Mais quand les gens s’arrêtent, restent, écoutent vraiment, ça veut dire quelque chose.

On proposait un son qui allait puiser dans les années 70, le punk, et même plus loin dans les années 60 avec des groupes comme The Kinks ou The Who, toute la vague mod revival. Et comme ce genre de son n’était pas revenu depuis un moment, les gens avaient l’impression de découvrir quelque chose de nouveau. C’est à ce moment-là qu’on a compris que ça pouvait devenir sérieux.

N’est pas un peu agaçant que l’on parle invariablement de votre précocité ?

Issey : Pas vraiment. C’est juste un élément parmi d’autres. Le fait qu’on soit jeunes fait partie de nous, mais ce n’est pas ce qui définit le projet. On n’est pas là parce qu’on est jeunes comme dans un télé-crochet, c’est simplement une donnée.

Vous dites que vous faites « une musique jeune, faite par des jeunes pour des jeunes ». 

Matthew : Disons qu’aucun de nous n’a 20 ans. Donc forcément, on écrit depuis ce point de vue-là. Je ne peux pas écrire comme quelqu’un de 40 ans ou même de 25. Nos chansons sont inspirés par ce que l’on vit aujourd’hui. D’ailleurs, on a beaucoup de fans entre 13 et 22 ans et ils se reconnaissent dans notre musique.

Issey : Quand tu es jeune, tu simplifies des choses complexes. Tu es moins désabusé, plus optimiste. Les solutions les plus simples te paraissent les plus évidentes. C’est cette énergie-là qu’on met dans notre musique : quelque chose de passionné et d’optimiste.

Votre musique touche également des générations plus âgées. Parvenir à fédérer, réalisez-vous que c’est un petit miracle pour un premier album ?

Issey : Oui, on a vraiment pour ambition de rassembler les gens. La musique et la culture sont des outils incroyables pour ça. À nos concerts, il y a un mélange de publics : hommes, femmes, jeunes, personnes plus âgées. Celles et ceux qui ont connu le punk ou le mod revival retrouvent une sensation, et les plus jeunes découvrent ça pour la première fois. Chacun vient pour une raison différente, mais ça prouve que ce type de musique ne disparaît jamais.

Que pensent vos parents de votre groupe ?

Matthew : Ils adorent. Ils disent qu’on est le meilleur groupe du pays – et je ne plaisante pas.

Issey : Ils nous soutiennent énormément. Au début, notre père nous emmenait partout en voiture pour jouer. Ils ont toujours été derrière nous.

Avez-vous arrêté vos études ?

Matthew : Oui, on a quitté l’école assez tôt, avant même les examens. On voulait faire de la musique et l’école ne nous aidait pas dans ce sens. Pour moi c’était simple : soit tu continues, soit tu fais vraiment ce que tu veux.

Issey : On a fait ce choix. Le groupe, c’est toute notre vie. Ce n’est même pas un travail, c’est un mode de vie. Tout ce qu’on fait nourrit le groupe, donc il n’y avait plus de place pour les études.

TheMolotovs - Credit Derek Bremner

Le format duo est exigeant – impossible de se planquer. Pourquoi ce choix ?

Matthew : Au départ, on était deux, puis trois avec notre batteur Will Fooks, et ça fonctionne bien comme ça. On n’a jamais ressenti le besoin d’être plus nombreux.

Issey : C’est vraiment une dynamique de power trio. Personne n’est en retrait, tout le monde apporte quelque chose. Et puis, honnêtement, c’est déjà assez intense comme ça (rires).

Avez-vous des désaccords musicaux ?

Issey : Oui, en permanence. Mais c’est plutôt sain. C’est une sorte de débat musical continu, et ça fait avancer les choses.

Quel est le premier album qui vous a donné envie de faire de la musique ?

Matthew : Je ne me souviens plus exactement, mais j’écoutais beaucoup Green Day : je voulais être Billie Joe Armstrong (le chanteur de Green Day – Ndlr) quand j’étais plus jeune. 

Issey : Moi, je piochais surtout dans la collection de mes parents, notamment The Jam. Leur énergie et leur manière de canaliser la colère dans la musique m’ont marquée.

Quelles sont vos principales influences ?

Matthew : Je dirais The Undertones, The Jam. Ensuite j’ai Oasis, puis les Kinks et Small Faces.

Issey : J’adore The Libertines, Dexys Midnight Runners, The Beautiful South, The Housemartins… Un genre de pop politique, jungle pop, optimiste, très mélodique, des harmonies brillantes. Ça me fait vraiment vibrer.

Qu’est-ce qui définit le son du rock britannique selon vous ?

Issey : Il y a une forme d’arrogance, mais aussi beaucoup de style. Et surtout, un sens de la retenue : savoir s’arrêter au bon moment.

Matthew : La musique américaine est souvent plus théâtrale, plus démonstrative. Les Britanniques sont plus dans une forme de classicisme, de contrôle.

Comment rendre actuel un son inspiré du passé ?

Matthew : Juste parce qu’on est jeunes. Ça sort comme ça, naturellement. On a grandi avec 60 ans de musique derrière nous, donc forcément, même si on s’inspire du passé, ça passe par notre filtre.

Issey : Les grandes mélodies sont intemporelles. La soul, les groupes des années 60… Tout ça traverse les époques. Nous, on reprend ces éléments et on les fait passer à travers notre vision actuelle, dans les années 2020.

Votre look dandy rock est très travaillé. Comment l’avez-vous conçu ?

Issey : Dès le début, on voulait se démarquer, même quand on jouait dans la rue. On voyait beaucoup de styles influencés par le grunge américain, avec des fringues larges, un peu négligées. Nous, on voulait l’inverse : quelque chose de structuré, intentionnel. Des lignes nettes, des couleurs fortes, une vraie esthétique inspirée du pop art. Matthew est devenu plus preppy, style années 50 européen.

Matthew : Je mélange des influences des années 60, 80, 90, et de la mode européenne vintage.

Issey : S’habiller avec intention, ça change ton attitude. Ça donne une forme de fierté. On voulait aller à l’encontre de la nonchalance dominante.

Vous fréquentez les friperies pour créer vos silhouettes ?

Issey : Tout le temps ! Je fouille constamment dans des endroits vintage : les boutiques locales, les friperies caritatives, et on trouve aussi de très bons vinyles là-bas. J’ai récemment déniché 20 Golden Greats des Hollies. Un album brillant, l’une des meilleures compilations, du moins des années 60.

On travaille tous les deux avec beaucoup de marques de mode indépendantes vraiment chouettes. Récemment, j’ai collaboré avec un type, Stuart Trevor. Il a déjà travaillé avec All Saints. Son concept tourne autour de la réutilisation de vêtements vintage. Un véritable aspect de durabilité environnementale que je soutiens. La mode vintage est intemporelle.

Quelle est la chose la plus punk que vous ayez faite récemment ?

Matthew : Organiser des concerts dans des bibliothèques pour des jeunes, gratuitement.  Je dirais que c’est très DIY, très punk dans l’esprit.

Issey : Le parrain du punk, Paul Cook des Sex Pistols, est venu à l’un de nos concerts. Il est monté sur scène avec nous en jouant God Save the Queen à la batterie. C’était un peu comme être anobli.e par le roi.

Le rock est-il une réponse aux angoisses actuelles ?

Issey : On vit une époque très polarisée, notamment à cause des réseaux sociaux. Les gens sont pris dans une sorte de toile. On leur sert des contenus qu’ils soutiennent à fond, ou au contraire auxquels ils s’opposent complètement. Au final, on finit par voir tout le monde soit comme un ami, soit comme un ennemi. Ça place les gens dans deux camps opposés.

Récemment, on a fait notre plus gros concert en tête d’affiche à Londres au Electric Ballroom et je portais une robe avec le drapeau britannique. Ce drapeau est devenu un symbole associé au racisme. Alors que ce n’est pas ça à la base : c’est le drapeau du Royaume-Uni. C’est censé représenter l’unité.

Donc nous, on veut mettre en avant ce qui nous rassemble vraiment : la musique, les arts, la culture, ces lieux où les gens se rencontrent. C’est là que les gens créent du lien. Et c’est sur ça qu’il faut se concentrer : nos points communs plutôt que nos différences.

Comment avez-vous appris à être aussi à l’aise sur scène ?

Matthew : J’essaie toujours copier mes héros. Je pique notamment des trucs aux groupes que j’ai mentionnés plus tôt : les fringues, les guitares que je joue, les coupes de cheveux, les mouvements sur scène, ce genre de choses.

Issey : Je pense que pour Matt, tout est venu très naturellement. Tu as toujours été un performeur né. Moi, ça a pris plus de temps.

Et puis j‘ai vu une femme nommée Flavia Couri qui est chanteuse et guitariste dans un excellent groupe appelé The Courettes. Elle était là, sur scène, tenant sa guitare comme une mitraillette, fauchant la foule, avec une attitude d’assurance absolue. Voir cette femme si sûre d’elle a tout changé pour moi. Je pense que si on comparait nos performances aujourd’hui, on pourrait crier au plagiat !

Vous repreniez régulièrement des titres d’Oasis quand vous jouiez dans la rue. Votre album se clôture par la chanson Today’s Gonna Be Our Day, comme un écho aux paroles de leur tube Wonderwall. Est-ce une forme de passage de relais ?

Issey : Nous sommes de grands fans d’eux donc je ne vais pas rejeter cette étiquette. Nous les avons vus en concert pour leur reformation au stade de Wembley l’an dernier et notre nom est même sorti dans la presse comme suggestion des groupes qui devraient accompagner Oasis en première partie.

Si l’on devait résumer les années 90, alors Oasis serait celui qui resterait en mémoire. J’espère que nous deviendrons aussi gros qu’eux.

La musique française vous est-elle familière ?

Matthew : Pas énormément côté musique, mais la culture oui : traîner à la terrasse des cafés, fumer clope sur clope, prendre le temps…

Issey : J’aime Jacques Dutronc, le tube de Stone, C’est ma vie, ou encore des morceaux de Brigitte Bardot. On a aussi découvert pas mal de groupes garage rock français brillants recommandés par des DJs.

Allez-vous revenir bientôt en France ?

Issey : On a récemment fait un concert pour Arte à l’occasion des 10 ans de la mort de David Bowie, aux côtés de The Horrors, les Libertines, Anna Calvi – qui est fantastique. Mais oui, on prépare des choses en France cette année, promis.

  •  

Jeremy Kapone : “Il faut oser traverser l’ombre pour trouver sa propre lumière”

Le grand public vous a découvert en 2008 avec le film LOL. En quoi cette aventure a-t-elle changé votre vie ?

Du jour au lendemain, des millions de gens connaissaient mon visage. J’avais 18 ans, je ne me sentais ni prêt, ni vraiment entouré pour gérer une telle situation. Surtout, je ne me suis jamais considéré comme une célébrité, je suis avant tout un artiste. Mon objectif a toujours été d’explorer : le monde, mon âme, la créativité. Je ne voulais pas m’enfermer dans le microcosme du showbiz. J’ai donc pris mes distances durant ma vingtaine. Je suis parti un an au fin fond de l’Amazonie ; j’ai fait des choix d’explorateur plutôt que de carriériste.

Vous avez néanmoins repris votre rôle dans la suite du film. Était-ce une évidence pour vous de revenir saluer ce rôle ?

C’était surtout une évidence pour la réalisatrice de me rappeler. Je l’ai vu comme une belle occasion de faire un clin d’œil à tous ceux qui aiment le personnage de Maël. C’est un peu mon avatar. C’était aussi une façon symbolique de clôturer ce chapitre. Pour moi, j’ai définitivement raccroché les gants de LOL.

Cette étiquette de LOL a-t-elle été difficile à porter ?

Oui, c’était pénible. J’avais le sentiment que tout ce que je proposais en dehors de ce film n’intéressait pas les gens, alors que j’avais plein de choses à faire et à proposer. Au-delà de l’étiquette LOL, le monde du cinéma me voyait comme le jeune mec beau gosse qui n’a rien à raconter. Alors que je suis aux antipodes de tout ça. J’ai pris mon mal en patience. J’ai utilisé toute ma vingtaine pour me construire, pour devenir l’homme que je voulais être, loin de la lumière.

Durant cette période, vous n’avez jamais cessé de créer et vous avez notamment composé plusieurs albums…

Exactement. J’ai fait beaucoup de dessin, j’ai sorti deux livres d’art, Carnet de visage, qui compilent des portraits que j’ai pu réaliser lors de mes voyages. J’ai fait des expositions, d’autres expériences de tournages, deux albums en français, d’autres en anglais… J’ai beaucoup produit, mais de façon plus anonyme et posée. Le fait de trop prendre la lumière me met mal à l’aise. Ce qui compte pour moi, c’est d’être vrai avec soi-même et de faire ce qui compte vraiment. Que l’œuvre touche 100 personnes ou un million, ça ne change rien à sa valeur.

Votre nouvel album, Libelula, sort ce 26 mars. Quel a été l’élément déclencheur de ce projet ?

C’est la conjoncture de plusieurs événements. D’abord, l’installation d’un studio d’enregistrement en Corse, qui m’a permis d’ouvrir un nouveau chapitre musical de ma vie. Ensuite, une grande histoire d’amour, bouleversante, où je me suis perdu et retrouvé. Enfin, le destin m’a rappelé en me demandant d’écrire un morceau pour la suite de LOL. Tout cela m’a poussé à m’enfermer en studio pour écrire et travailler.

L’amour occupe effectivement une place centrale dans Libelula. La musique est-elle une forme de thérapie et un moyen de mettre des mots sur des émotions que vous n’arriviez pas à saisir ?

Complètement. L’art sert à transcender des sentiments qui nous dépassent. J’ai conçu cet album comme un voyage imaginaire vers soi-même, pour reconnecter avec ses doutes, ses fêlures et sa lumière, afin d’aller vers une forme de réincarnation.

Avez-vous la sensation d’être aligné avec vous-même, aujourd’hui ?

Carrément. C’est une longue quête, mais ça passe par tout ce travail qu’on fait dans l’ombre : chercher, essayer, tomber, se relever, encore et encore, et prendre des risques pour être soi-même. J’ai la sensation que la société nous empêche d’être qui l’on veut vraiment être. On nous pousse à entrer dans des boîtes. Il faut beaucoup de courage, de volonté et de sacrifices pour aller à l’encontre de tout ça.

Dans une interview, vous parlez d’une musique “obsessionnelle” et “intuitive”. Quel est votre processus créatif ?

J’écoute tout le temps de la musique. Quand je n’en écoute pas, j’en fais, quand je n’en fais pas, elle me trotte dans la tête. Elle est intuitive dans le sens où elle est connectée à mon instinct. Une chanson ne naît pas après avoir passé une journée avec quatre compositeurs. J’ai tellement emmagasiné de sons, de tentatives ratées et de recherches, qu’aujourd’hui, je peux me poser avec un instrument et une intention, et laisser sortir ce que je vis dans l’instant présent. Je raconte simplement ce que je suis en train de vivre. Je le dis à travers la musique. Je travaille vraiment à l’ancienne : je peux passer dix heures sur une mélodie jusqu’à ce que l’intention soit juste.

Quelles ont été vos influences musicales pour cet album ? J’ai parfois eu l’impression d’entendre des airs de Ben Harper, mais aussi des Kooks…

C’est un mélange de tout ce que j’ai écouté au fil des années. On peut effectivement y entendre des échos de Ben Harper, des Kooks ou de Neil Young. J’ai aussi beaucoup écouté Tom Waits, Jimi Hendrix, de la bossa nova ou de la musique brésilienne. Il y a même des accents hip-hop dans les rythmiques ; Kendrick Lamar m’a beaucoup marqué récemment.

On sent également une forte influence littéraire dans vos textes. Quelles sont vos inspirations ?

La poésie, sans aucun doute. Pour moi, toute personne qui écrit doit s’intéresser au travail d’Arthur Rimbaud, c’est le Mozart de la rime. Sa musicalité est révolutionnaire. J’ai aussi beaucoup lu Allen Ginsberg, René Char ou encore Blaise Cendrars. La poésie est la forme d’art la plus libre qui existe : quelques mots sur du papier peuvent provoquer des prises de conscience bien plus profondes que la philosophie. Elle n’a pas de cadre.

Vous l’avez dit : vous avez enregistré cet album en Corse. L’espace qui vous entoure a-t-il un impact sur votre manière de créer ?

Totalement. Il a un impact majeur. Un musicien a besoin de silence pour que la musique résonne en lui. À Paris, avec le brouhaha et les sirènes, je n’y arrive pas. J’ai besoin d’espace. C’est cette lumière du Sud et ce sentiment d’aventure que j’ai voulu mettre dans l’album.

La pochette de votre album est sublime. Avez-vous à cœur de faire le lien entre le son et l’image ? De poursuivre l’histoire racontée à travers votre musique, dans le visuel ?

Merci beaucoup ! Je l’ai conçue avec la graphiste Stéphanie Desjeunes. J’ai toujours du mal à me mettre en photo sur les pochettes. J’ai l’impression que ça ne raconte rien. Je voulais un artwork qui révèle une histoire, une métaphore du voyage avec cette île en forme de mains qui se caressent. C’est une symbolique de l’amour et du destin. Je voulais aussi apporter une touche de couleur dans ce monde. On prépare d’ailleurs un clip dans l’esprit de Miyazaki pour le titre Libellula Ryde, qui a été conçu par la même personne.

Si le public ne devait retenir qu’un seul message de cet album ?

La vie est un chemin. Il faut oser traverser l’ombre pour trouver sa propre lumière, ne jamais abandonner et avoir le courage de devenir qui l’on est vraiment, malgré les boîtes dans lesquelles la société veut nous enfermer.

  •