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Dans la bulle… avec Arlo Parks

En 2021, dès la sortie de son premier album Collapsed in Sunbeams, Arlo Parks a été étiquetée « La voix d’une génération ». Avec ses textes introspectifs profonds ne ressemblant à aucun autres, la jeune Anglaise sortait clairement du lot, orchestrant avec beaucoup de dextérité un R’n’B aérien, une pop légère et un fascinant trip hop.

Cinq ans plus tard, Arlo Parks – qui vit désormais à Los Angeles – signe Ambiguous Desire, un troisième opus aux effluves fortement electro et aux influences on ne peut plus éclectiques.

Dans le cadre intimiste de la Bulle Acoustique de la Fnac Forum des Halles à Paris, espace destiné aux amoureux du son pour tester les meilleures solutions d’écoute musicale, casques premium et enceintes connectées, en partenariat avec Qobuz, le service de streaming et de téléchargement haute qualité, Arlo Parks raconte l’histoire de ce disque qui fait du bien.

Elle évoque une multitude d’influences, plus éclectiques les unes que les autres, ainsi que sa vie dans la Cité des Anges californiennes. Un moment intime et plein de vie saisi par Qobuz dans la Bulle Acoustique de la Fnac.

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Entre les lignes avec Bernard Minier

Bernard Minier : Bonjour, je suis Bernard Minier. Pour cet épisode d’Entre les lignes, je vous parle de ma méthode d’écriture, de mon nouveau roman et je vous donne rendez-vous à la fin de cette vidéo pour un petit concours. Entre les lignes épisode 4 : c’est parti.

Depuis quand écrivez-vous des histoires ?

Ouh là ! En fait, j’ai quasiment toujours écrit depuis que je suis un âge de lire et d’écrire. J’écris des histoires. Alors, d’abord c’était au stylo. Je les passais à mes copains qui lisaient qui se passaient entre eux ensuite. Après on est passé à la machine à écrire et puis beaucoup plus tard est arrivé le traitement texte, parce que je viens d’une époque où il n’y avait pas d’ordinateur, il n’y avait pas de réseaux sociaux, il n’y avait pas d’internet, il n’y avait pas de téléphone portable. Il y avait deux chaînes de télévision et oui, ça a existé. Donc j’ai toujours écrit mais j’ai me suis décidé très tard à publier. Pour quelle raison ? Sans doute parce que je doutais de moi et parce que j’ai rencontré les bonnes personnes qui m’ont convaincu de le faire.

Y’a-t-il eu un déclic, un moment charnière pour démarrer votre carrière ?

Oui, il y en a eu un en fait. Je faisais beaucoup de concours de nouvelles, c’est d’ailleurs une très bonne école parce qu’on se mesure à d’autres et j’ai croisé des talents de plumes formidables dans ces concours. Et un jour à l’occasion d’un de ces concours, j’ai croisé un monsieur qui était amateur de romans policier. On a décidé d’écrire un roman policier à deux mains… ou à quatre mains comme vous voulez. Et j’avais 60 pages qui dormaient dans un tiroir qui était les 60 premières pages de Glacé. Je lui ai montré ça et il m’a dit : « Mais tu peux le faire tout seul, vas-y fonce, c’est formidable. ». Et donc j’ai fini le roman grâce à lui, je l’ai envoyé aux maisons d’édition, grâce à lui, et à partir de là, c’est parti très vite.

Quel est votre rythme de croisière en matière d’écriture ?

Alors maintenant j’ai à peu près un rythme de croisière. Je publie un livre par an en moyenne et personne ne me l’impose. Ce n’est pas mon éditeur qui décide du timing… Même s’il est quand même très content que je publie un livre par an. Avec le métier, j’ai appris à savoir combien de temps ça me prenait. Il y a à peu près 3 mois de documentation et d’enquête, parce que je fais un travail de journaliste, je vais sur les lieux, j’interroge des personnes compétentes etc… Après, il y a à peu près 6 mois d’écriture et c’est 7 jours sur 7, samedi, dimanche et fêtes. Et puis après, il y a les corrections. Ça part chez l’imprimeur. Donc c’est environ 12 mois. En revanche, quand j’ai commencé avec Glacé par exemple, il m’a fallu 2 ans et demi, mais j’avais un métier à côté. Pour Le Cercle, j’avais plus un métier à côté puisque mon éditeur Bernard Fixot m’avait proposé un à-valoir qui me permettait de vivre. Mais ça m’a pris quand même 18 mois, je crois, Le Cercle. Donc, petit à petit, le rythme c’est resserré parce que le métier rentre, parce que je me connais mieux aussi en tant qu’écrivain. Et puis aussi j’ai une discipline assez stricte. Je n’attends pas que la muse descende du ciel. Tous les matins, je suis devant mon ordinateur : Elizabeth George a appelé ça « la colle à cul »… C’est-à-dire qu’on se met devant son écran et on travaille !

Préparez-vous en amont un script que vous respectez à la lettre ?

Oui, ce sont des intercalaires, c’est un classeur avec tout ça dedans. C’est de la matière et je ne faisais pas ça au début. Je partais la fleur au fusil : pour Glacé ou pour Le Cercle, j’étais obligé de revenir en arrière, de réécrire, de changer les choses. Ce qu’en peinture, on appelle des repentirs et je perdais énormément de temps avec ça. Ce roadbook ne veut pas dire que je ne vais pas m’autoriser quelques libertés par rapport à ce que j’ai prévu, que je ne vais pas changer en cours de route. Il y a une phrase de Didier Van Cauwelaert que j’ai souvent citée, que j’aime beaucoup qui dit : « Un plan, c’est comme une route, c’est fait pour être quitté. ». Alors effectivement, j’ai un plan mais de temps en temps je quitte la route parce que moi aussi j’ai besoin de me surprendre.

Quelle est votre routine d’écriture ?

Alors oui, j’ai une routine. Effectivement, ce n’est pas un rituel parce que parfois on parle de rituel, ça n’a rien de magique. C’est très c’est très organisé. Donc dès le petit-déjeuner, pour me mettre dedans, je relis ce que j’ai écrit la veille. Mingo disait qu’il faut laisser de l’eau au fond du puit. Donc je reprends ce que j’ai fait la veille, je corrige et ça me ça me met dans le « mood » comme on dit aujourd’hui. Ensuite, je suis à ma table de travail, chez moi, entouré de ma bibliothèque. Enfin il y a des bibliothèques partout chez moi. De toute façon, toute la maison est en bureau. Donc il y a des livres dans tous les coins. Je connais des auteurs formidables qui sont, pour certains, des potes qui sont capables d’écrire dans le train, dans l’avion, à l’hôtel. Moi, je suis incapable de faire ça. J’ai besoin d’être chez moi, dans ma tanière, avec mes dictionnaires, avec mes objets fétiches et dans le silence. Mais je fais des pauses justement pour se rafraîchir mentalement. Donc c’est du silence mais chaque pause c’est un café et la musique à fond et puis ça dure 5 minutes et on repart. Voilà ma méthode.

Comment dosez-vous le niveau de peur que vous distillez dans vos thrillers ?

Déjà, il faut secouer le lecteur un peu. Oscar Wilde disait qu’un livre ne doit jamais laisser intact son lecteur. Donc il y a cette idée-là, il faut lui proposer des choses un peu un peu choquantes, un peu perturbantes. Alors ce n’est pas tout le livre, loin de là, juste quelques scènes dans le roman. Il faut le tenir en haleine évidemment, mais ça va de soi. Donc il faut un côté addictif. Je ne veux surtout pas qu’il s’endorme. Je ne suis pas là pour endormir le lecteur, même s’il y en a beaucoup qui me lisent avant de dormir. C’est du feeling en fait. Je sais à peu près jusqu’où je peux aller. Je sais là où je dois m’arrêter. Je suis fan de films d’horreur, donc les scènes dans ce genre ça me vient assez facilement mais je sais que je ne peux pas leur proposer ce que je vois dans certains films que personnellement j’adore mais qui sont juste impossibles à regarder pour les gens qui n’ont pas les nerfs solides.

Vous avez créé deux personnages récurrents, Martin Servaz et Lucia Guerrero. Était-ce prévu dès le départ ?

Au départ c’était pas du tout mon intention d’avoir des personnages récurrents. En tout cas pour Martin Servaz, quand j’ai écrit Glacé, je ne savais même pas si j’allais écrire un deuxième roman derrière celui-là. Ni même un deuxième roman policier. Encore moins si je le terminerais, c’est quand même c’est 800 pages en poche, 500 à 600 pages en grand format. Quand je l’ai envoyé aux maisons d’édition, j’ai été obligé de le faire en deux volumes. Vous imaginez une maison d’édition qui reçoit un manuscrit d’un auteur totalement inconnu et qui font deux volumes de 400 pages chacun. Vous voyez le la tête de la personne qui va ouvrir l’enveloppe. Ça se passait dans les Pyrénées. Donc soit c’était un policier de la police judiciaire toulousaine, soit c’était un gendarme de la section de recherche de Pau. J’ai coupé la poire en deux. On a les deux dans Glacé. On a à la fois Martin Servaz et Irène Ziegler. C’est un personnage qui s’est construit en plus au fil de l’intrigue. Au début, il était un peu indéfini. Puis il est sorti du brouillard petit à petit. Je lui ai mis comme attribut la musique de Mahler puisqu’il adore ce compositeur classique. Je lui ai mis les citations latines. J’en ai fait quelqu’un d’un peu érudit mais tout est venu progressivement. Et à la fin de Glacé, je me suis dit que ce personnage n’était pas mal. Il a peut-être encore des choses à dire. Je vais le garder quelques temps et je l’ai gardé tellement longtemps qu’il est encore là.

En revanche pour Lucia, Lucia Guerrero, mon autre personnage qui est apparu beaucoup plus tard, enquêtrice à la Guardia civile, je savais qu’elle allait revenir. L’idée était déjà d’en faire une série dès le premier tome. C’était un peu le contrepoint ou le contrepoids à Servaz. D’un côté, on a un homme un peu de ma génération, de l’autre côté, on a une femme enquêtrice beaucoup plus jeune. Donc voilà, je savais quand j’ai créé Lucia, que c’était une deuxième série qui allait exister en parallèle de la première. 

Qu’avez-vous mis de vous dans ces deux personnages ?

Vous vous en doutez, j’ai mis beaucoup plus de moi dans Servaz que dans Lucia évidemment parce qu’il lit beaucoup comme moi. C’est quelqu’un qui a forcément toujours le même point de vue sur le monde que moi, mais globalement, c’est un peu moi qui parle à travers lui. En revanche, Lucia, quand je l’ai créée, je voulais justement faire un personnage très différent. Donc une nouvelle génération plus jeune, une femme espagnole alors que Servaz, il est français. Il y avait beaucoup de choses qui changeaient et qui sont quand même assez éloignées de ce que je suis. Donc la solution que j’ai trouvée c’est un modèle. J’ai pris une femme dans la quarantaine, qui a l’âge de Lucia, qui a le même caractère, bien trempé, qui est espagnole, qui a des tatouages et je me suis inspiré et j’ai même un peu absorbé cette personne-là pour la mettre sur le papier, la transformer en Lucia. Après, ce n’est pas Lucia non plus. Il faut que l’imagination passe. Il faut toujours faire preuve d’imagination quand on est auteur. C’est surtout ma première lectrice. Donc ça me permet aussi d’être sûr de pas raconter trop de bêtises sur mon personnage parce que ce personnage effectivement, comme je l’ai dit, ce n’est pas moi. Mais pas du tout ! Et je veux être sûr qu’elle est crédible, quand on suit les enquêtes de de Lucia, on croit en ce personnage.

Servaz et Guerrero pourraient-ils se rencontrer un jour, au détour d’une enquête ?

Question qu’on m’a posée pas mal de fois… Ce n’est pas prévu. Ce n’est pas dans les tuyaux. Ça arrivera peut-être un jour mais pour l’instant c’est quelque chose qui n’est pas planifié.

Quel est le secret pour maintenir le lien entre un personnage et les lecteurs ?

Ça se fait tout seul ça. Quand j’écris, je ne pense ni au lecteur ni à l’éditeur. Surtout pas l’éditeur, mais au lecteur non plus. Je l’ai souvent dit, je cuisine le plat que j’ai envie de manger. Je mets dans mon thriller tous les ingrédients que moi, en tant que lecteur de thriller, j’ai envie de trouver dans ce genre de de livre. Il semblerait que j’ai réussi quelque chose puisque mes lecteurs et mes lectrices sont très attachés à Servaz. Ils ressentent beaucoup de choses pour Servaz, ils ont une forme d’empathie ou de sympathie pour ce personnage-là qui est due forcément à tout ce que j’ai mis dans ce personnage mais quand je l’ai fait je ne pensais pas à eux. Ça s’est fait naturellement et tant mieux. S’ils sont attachés à ce personnage, ça prouve que j’ai réussi à le faire exister quelque part. Il est un peu sorti des pages : quand je vais dans des festivals ou des salons, tout le monde me parle de Martin Servaz. Tout le monde veut savoir s’il sera dans le prochain livre. Maintenant ça commence à venir avec Lucia aussi. Chacun a son Servaz, le voit différemment physiquement : c’est ça qui est extraordinaire. Ce n’est pas un test de Rorschach, mais presque ! Chacun y met ce qu’il a envie de d’y trouver. Ça c’est génial.

Quel lecteur êtes-vous ?

Assidu, oui ! Mais après je ne suis pas forcément un lecteur rapide. Moi, j’ai des lectrices, des lecteurs que je croise parfois qui lisent un livre par jour ou tous les deux jours. Moi, je suis incapable de faire ça. Je lis à la vitesse d’un escargot dopé en gros… C’est-à-dire que ça ne va pas très vite. Mais oui, je n’ai jamais cessé de lire, j’ai toujours lu. De toute façon, c’est un métier qui consiste à beaucoup lire et beaucoup écrire pour s’améliorer pour plein de raisons. C’est comme un musicien qui jouerait de la guitare ou n’importe quel instrument sans jamais écouter ce qui se fait à côté.

Que pensez-vous de la lecture numérique ?

Je ne suis pas un lecteur numérique comme je l’ai dit, je suis un peu comme Martin Servaz, mon personnage, de ce point de vue-là, je suis un peu technophobe donc il ne faut pas trop m’en demander. Je suis encore avec les livres papiers et Dieu sait que c’est problématique dans le cas de déménagements, c’est arrivé il y a peu. Les déménageurs ont compris ce que c’était que déménager une bibliothèque entière. Je trouve que tous les vecteurs de lecture sont bons à apprendre. Tout ce qui peut inciter les gens à lire, les inviter à lire, les encourager à lire est bon à prendre, que ça soit le livre audio, la lecture numérique, le livre papier, peu importe le médium, peu importe le vecteur, pour moi c’est le même exercice.

Pouvez-vous nous pitcher en quelques phrases Ruptures, votre nouveau livre ?

Alors déjà, ça s’appelle Ruptures, au pluriel parce qu’il y a plusieurs formes de ruptures à l’intérieur du livre. Il y a une rupture qui est globale qu’on connaît tous aujourd’hui, quasiment civilisationnelle. C’est une enquête de Lucia Guerrero. Donc on va retourner en Espagne, mais pas seulement. On va aussi voyager. Et sans le pitcher, l’un des personnages principaux, disons le principal adversaire de Lucia dans cet opus, c’est quelqu’un qui envoie des fusils récupérables dans l’espace, qui inonde le monde de voiture électrique qui s’appelle Volta, qui détient des orbites basses de satellites qui s’appellent Star Hub. Bon, ça vous fait sans doute penser à quelqu’un, c’est normal.

Le livre que vous avez lu 1000 fois ?

Malpertuis de Jean Ray qui est un chef-d’œuvre de la littérature fantastique. Celui-là, je l’ai lu un paquet de fois. Oui. Vies minuscules de Pierre Michon, mais on va peut-être en reparler. C’est un texte merveilleux, une beauté incroyable. Après, il y a aussi des essais que je lis assez régulièrement. Je pense à Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, à des choses comme ça. J’ai plutôt tendance à relire des essais parce qu’en fait, il y a du Stabilo partout pour les idées, les concepts importants ou les phrases importantes. Moi, je ne relie que les parties stabilotées.

Le livre qui vous a le plus fichu la frousse en tant que lecteur ?

Waouh ! Je ne suis pas quelqu’un de très impressionnable. Déjà pour écrire Un œil dans la nuit, j’ai regardé 200 films d’horreur à peu près en 6 mois, autour de minuit en général. Donc autant vous dire que pour m’impressionner, il faut en faire beaucoup quand même. Mais il y a un bouquin qui m’a vraiment effrayé, c’est celui de Bret Easton Ellis, American Psycho, qui est vraiment terrifiant parce c’est un narrateur, c’est un psychopathe qui décrit ce qu’il fait à ses victimes dans les moindres détails : c’est d’une froideur absolue. Il n’y a aucun état d’âme, il n’y a aucun sentiment, c’est glacial. Quand je l’ai lu, Bret Easton Ellis n’était pas aussi connu qu’aujourd’hui. Je me suis dit, mais quel est le cinglé qui a écrit ce truc-là ?

Le personnage de fiction que vous auriez aimé inventer ?

Il y en a plein. Bon, déjà Harry Hole de Jo Nesbo. Je trouve que Nesbo est un des plus grands auteurs de thriller vivant. C’est incroyablement riche. C’est tout le contraire de du polar déshydraté pour lecteur paresseux et pressé. Ça déborde de partout, il y a plein de choses dedans. Son personnage est au départ un cliché absolu, celui du flic alcoolique, borderline, enfin tout. Mais il a poussé les curseurs tellement loin, il le réinvente sans arrêt. C’est un personnage fabuleux. Mais il y en a d’autres. Évidemment, j’aurais aimé inventer Sherlock Holmes. Qui n’aurait pas aimé avoir inventé Sherlock Holmes ? Qui est quand même très inspiré de Dupin, l’enquêteur d’Edgar Alan Poe. On est à la limite du plagiat parce que toutes les caractéristiques de Holmes sont déjà chez Dupin. Et puis Hannibal Lecter évidemment ou dans le genre grand méchant Dracula… Il y en a plein.  

Dans la pile à lire Bernard Minier, il y a…

Alors, parmi les livres que j’ai choisis, puisqu’il fallait en retenir quelques-uns, ce n’était pas évident étant donné que je suis un lecteur omnivore et que je lis à peu près de tout… il y a Lovecraft. Lovecraft, c’est l’évidence. C’est parmi les premières lectures qui m’ont appris l’usage de la peur. Et Dieu sait que j’en fais usage dans mes romans. La peur de l’ombre, des ténèbres, de tout ce qui est de l’inconnu aussi, de tout ce qu’on ne comprend pas, de tout ce qui est étranger au sens d’étrange, c’est-à-dire de d’extérieur à soi. Comme tous les gamins de mon âge, on lisait à peu près la même chose parce qu’on avait deux tourniquets de livres dans la maison de la presse. Et ça a été vraiment le premier grand choc peut-être.

Malpertuis, c’est d’un auteur belge de fantastique qui est pour moi un des plus grands maîtres du fantastique et qui est malheureusement très oublié aujourd’hui. Plus personne ne lit Jean Ray. C’est les Contes noirs du golf, c’est les Contes du whisky et c’est ce chef d’oeuvre absolu qu’est Malpertuis. Moi, je le place dans les 10 plus grandes œuvres fantastiques de tous les temps. C’est à la fois une atmosphère incroyable. Ça se passe dans une ville, ce qu’on appelle une ville hanséatique, c’est-à-dire un de ces ports de la côte belge hollandaise de l’époque. Ce sont les anciens dieux qui continuent à survivre dans une sorte de maison, une demeure qui s’appelle Malpertuis et c’est une écriture fabuleuse. C’est un très très grand écrivain et malheureusement, il est aussi très oublié.

Retrouvez La pile à lire de Bernard Minier sur fnac.com

Le jeu concours Kobo by Fnac par Bernard Minier

Jusqu’au 15 avril, imaginez une histoire qui commence par la phrase :

« Elle aimait avoir peur, mais en réalité, elle n’avait jamais eu vraiment peur, du moins jusqu’à cette nuit-là. »

Votre texte doit faire un paragraphe d’une dizaine de lignes maximum, il peut être écrit à la première ou à la troisième personne. Pour participer, il vous suffit de cliquer ici. À gagner, une liseuse Kobo Clara Color et son étui de protection signé par Bernard Minier ainsi que l’ebook Ruptures.

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« Plus fort que moi » : comment Robert Aramayo s’impose comme la révélation de l’année

John est un jeune Écossais « normal » : il a des amis, il est sportif, va à la pêche, fait un petit boulot de livreur pour se faire un peu d’argent de poche. Jusqu’au jour où sa vie va basculer. Son corps est soudainement secoué de spasmes, son visage déformé par les grimaces et des jurons involontaires. « Ça tire dans le cou, ça se contracte », tente-t-il d’expliquer pour justifier ces tics aussi incontrôlables qu’inappropriés.

Autour de lui, c’est la consternation. On l’accuse de « faire le pitre ». Mais non, John ne fait pas « l’intéressant » : il est atteint du syndrome de Gilles de la Tourette. Et chacune de ses confrontations avec le monde extérieur va se transformer en expérience douloureuse, émaillée de moqueries et d’incompréhensions. Jusqu’à ce que John, au terme d’une longue errance médicale et d’un isolement social, rencontre des anges gardiens qui accepteront son trouble, l’entoureront et s’efforceront d’adoucir sa vie. 

Bande-annonce de Plus fort que moi (I Swear)

Cette histoire poignante, c’est celle de John Davidson, devenu militant pour la reconnaissance du syndrome de Gilles de la Tourette,n encore trop méconnu. Raconté en mode dramédie, dans la plus pure tradition du cinéma britannique, alternant moments tragiques et séquences cocasses, Plus fort que moi joue les équilibristes, sans jamais céder au misérabilisme, aux clichés lourdingues ou au pathos grossier. 

Le réalisateur Kirk Jones (Nanny McPhee) s’emploie à mettre l’accent sur la personnalité attachante de John, sa résilience et ses jolies rencontres. Et parvient à nous faire sourire – voire franchement rire – de situations pourtant inconfortables. Un feel-good movie à la fois émouvant et instructif, porté par la prestation sidérante de Robert Aramayo.

Nous avons rencontré le comédien de 33 ans, qui a coiffé au poteau les grands favoris comme Timothée Chalamet, Michael B. Jordan et Leonardo DiCaprio lors des BAFTA (l’équivalent des Oscars britanniques) en février dernier.      

Nous vous avons vu dans des sagas épiques comme Les Anneaux du pouvoir (Elrond) et Game of Thrones (le jeune Ned Stark). Qu’est-ce que cela fait de passer à un rôle aussi ancré dans la réalité ?

C’était vraiment amusant. J’ai adoré l’idée d’essayer de raconter son histoire de la manière la plus authentique possible. Mon objectif principal ? Réfléchir à chaque élément pour interpréter ce personnage : l’authenticité, la façon dont nous pouvions rendre cela le plus ancré et le plus réel possible. C’était très important d’essayer de représenter la vie de John de manière très réaliste.

Comment évite-t-on la caricature lorsqu’on traite d’un sujet aussi sensible ?

Pour moi, il s’agissait simplement de me concentrer sur l’attitude de John (Davidson, dont est inspiré le film – Ndlr), sur son émotionnalité et sur son parcours émotionnel. Je me suis concentré là-dessus et pas sur autre chose. À la fin, je ne pensais même plus vraiment au syndrome de la Tourette. Je pensais davantage à ce que ressentait John et j’essayais toujours de revenir à cela.

Comment avez-vous travaillé les tics sans qu’ils paraissent « mécaniques » ?

La réalité, c’est que n’importe quoi peut être un tic. Il ne s’agissait pas vraiment de trouver comment faire un tic. C’était plutôt : qu’est-ce qu’un tic ? D’où cela vient-il ? Pour moi, il s’agissait d’essayer de comprendre l’origine de cela.

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Avez-vous travaillé avec des coachs ?

Oui, j’avais un coach en motricité. Nous avons étudié la manière dont John se déplace dans l’espace d’une manière très particulière, avec un centre de gravité très bas. Et très rapidement, nous avons arrêté de travailler sur les tics, car ce n’est pas la chose la plus importante chez John. C’est son empathie, sa vulnérabilité, sa connaissance, son sens de l’humour.

Avez-vous construit des « chorégraphies » très précises pour le personnage ou laissé de la place à la spontanéité sur le plateau ?

Toujours à la spontanéité. Sur ce projet, je pense que tout le monde a travaillé d’une manière qu’il n’avait jamais connue auparavant. Tout était mis en place pour encourager le naturel. Les plans étaient assez larges : des choses pouvaient se produire dans le cadre et surprendre tout le monde. Le son était conçu d’une manière très old school, avec des dialogues qui pouvaient se chevaucher. C’est ça aussi, l’approche brillante de Kirk (Jones, le réalisateur).

Vous avez aussi partagé le quotidien de John. 

Oui, j’étais surtout dans une phase de recherche car je ne voulais pas tomber dans la pure imitation. Pour beaucoup d’éléments liés à John, je ne voulais pas simplement essayer de le reproduire ou de le mimer. Je voulais trouver où se trouvait John en moi, puis m’approprier le rôle.

J’ai donc passé beaucoup de temps avec lui, j’aimais aller au centre communautaire avec lui. Et j’ai adoré découvrir Galashiels, qui est une très belle région d’Écosse. Je suis vraiment tombé amoureux de cet endroit et j’adore y retourner, aussi pour voir la famille de John, Dottie, Murray… 

À la fin de la journée, était-il difficile de redevenir vous-même après avoir incarné John aussi intensément ?

Oui, c’est toujours assez compliqué car mon travail sur ce rôle a été très intense. C’est le rôle le plus difficile que j’aie jamais joué. J’ai appris énormément en tant qu’acteur. Pas seulement grâce à l’histoire et au travail sur la vie de John, mais aussi grâce aux acteurs avec lesquels j’ai travaillé. Ce n’est pas souvent que l’on peut travailler avec Shirley Henderson, Maxine Peake, Peter Mullan et tous ces incroyables acteurs. Je me sens très chanceux d’avoir fait partie de ce projet.

Les tics moteurs et verbaux deviennent une sorte de moteur dramatique, permettant à l’histoire d’osciller entre humour et tragédie. Pour vous, est-ce une comédie ou une tragédie ?

Pour John, c’est simplement sa vie. Certains moments sont drôles, et John lui-même les trouve drôles. D’autres moments ne le sont pas. Mais beaucoup de moments ne le sont pas. Je voulais me concentrer sur sa vie émotionnelle, sur sa compréhension intellectuelle de ce qui se passait, et sur son évolution. Je pense que Kirk a trouvé cet équilibre parfait entre humour et émotion.

Le film peut faire rire à des moments très inconfortables. Rions-nous parfois au mauvais moment ?

Je ne sais pas. Comme pour n’importe quel film, chacun peut avoir sa propre réaction. John dit lui-même : sentez-vous libres de rire, sentez-vous libres de pleurer. Sa vie a été à la fois très drôle et très tragique. Il veut simplement encourager les gens à vivre l’expérience qu’ils souhaitent.

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Le titre du film en anglais est I Swear (« Je jure »), qui fait référence aux jurons incontrôlables, mais aussi à une forme de promesse. Comment l’interprétez-vous ?

Seulement 10 à 20 % des personnes atteintes du syndrome de Tourette ont la coprolalie, c’est-à-dire les jurons incontrôlables. Mais oui, il y a aussi l’idée de promesse. John est une personne très engagée. On ne peut pas le rencontrer sans être inspiré. Il pense qu’il reste beaucoup à apprendre sur le syndrome de Tourette et qu’il reste beaucoup à faire pour améliorer la compréhension, notamment auprès des jeunes. J’espère que le film fera partie de ce travail d’éducation.

La cérémonie des BAFTAs a mis en lumière le film et la condition, mais aussi suscité une controverse (John Davidson a crié une insulte raciste involontaire pendant que Michael B. Jordan et Delroy Lindo étaient sur scène, et la BBC l’a diffusée sans la couper -ndlr). Comment l’avez-vous vécue ?

Il est important de dire que les tics peuvent avoir un impact sur les autres. Cela peut être difficile, parfois blessant, même physiquement. Et cela montre qu’il reste encore beaucoup à faire dans notre compréhension du syndrome de Tourette et dans la manière dont la société peut aider les personnes qui vivent avec.

Plus fort que moi, un film de Kirk Jones

Avec Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake

Sortie le 1er avril 2026.

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Jeunes, stylés et ultra-doués : The Molotovs électrisent le rock britannique

Leur nom de groupe sonne comme une déflagration, la promesse d’un cocktail forcément abrasif Et ça tombe bien : Wasted On Youth, leur premier album, est une petite bombe. The Molotovs, ce sont Issey et Matthew Cartlidge. Elle a 19 ans, lui à peine 18. Deux gamins biberonnés aux vinyles de leurs parents, qui, après avoir fait leurs armes dans les rues de Londres, ont fini par attirer l’attention du label Marshall Records. Jusqu’à s’imposer comme l’une des sensations musicales les plus excitantes de 2026.

Il est 11h du matin lorsque les deux têtes blondes elfiques de The Molotovs surgissent sur notre écran Zoom. Ce matin, Issey et Matthew ont troqué leurs flamboyantes sapes vintage pour des T-shirts noirs, l’air un peu ensommeillé mais la répartie affûtée. 

Et si au cours de l’interview, Matt rejettera le terme « rock » pour qualifier leur musique (« Trop large », avancera-t-il), force est de constater que ces deux post-ados s’inscrivent dans une tradition anglaise diablement vivante, fortement inspirée par le punk, le mod revival et le garage rock des années 60–80. Guitares nerveuses, chansons compactes et percutantes et attitude de dandys insolents, tout dans la fratrie Cartlidge évoque cette nouvelle génération brit qui parvient à fusionner urgence et nostalgie avec une facilité déconcertante. Rencontre.  

À quel moment avez-vous réalisé que jouer ensemble en tant que frère et sœur pouvait devenir quelque chose de sérieux ?

Issey : Je pense que c’est arrivé assez vite, dès qu’on a senti que ça fonctionnait bien. On a commencé en jouant un peu partout dans les rues de Londres, notamment dans les quartiers de Brixton, Camden – qui est un endroit emblématique pour le rock – mais aussi à Soho, Oxford Street… Quand tu joues dans la rue, personne n’a payé pour te voir, donc tu es presque une intrusion dans la journée des gens, pas un divertissement choisi. Mais quand les gens s’arrêtent, restent, écoutent vraiment, ça veut dire quelque chose.

On proposait un son qui allait puiser dans les années 70, le punk, et même plus loin dans les années 60 avec des groupes comme The Kinks ou The Who, toute la vague mod revival. Et comme ce genre de son n’était pas revenu depuis un moment, les gens avaient l’impression de découvrir quelque chose de nouveau. C’est à ce moment-là qu’on a compris que ça pouvait devenir sérieux.

N’est pas un peu agaçant que l’on parle invariablement de votre précocité ?

Issey : Pas vraiment. C’est juste un élément parmi d’autres. Le fait qu’on soit jeunes fait partie de nous, mais ce n’est pas ce qui définit le projet. On n’est pas là parce qu’on est jeunes comme dans un télé-crochet, c’est simplement une donnée.

Vous dites que vous faites « une musique jeune, faite par des jeunes pour des jeunes ». 

Matthew : Disons qu’aucun de nous n’a 20 ans. Donc forcément, on écrit depuis ce point de vue-là. Je ne peux pas écrire comme quelqu’un de 40 ans ou même de 25. Nos chansons sont inspirés par ce que l’on vit aujourd’hui. D’ailleurs, on a beaucoup de fans entre 13 et 22 ans et ils se reconnaissent dans notre musique.

Issey : Quand tu es jeune, tu simplifies des choses complexes. Tu es moins désabusé, plus optimiste. Les solutions les plus simples te paraissent les plus évidentes. C’est cette énergie-là qu’on met dans notre musique : quelque chose de passionné et d’optimiste.

Votre musique touche également des générations plus âgées. Parvenir à fédérer, réalisez-vous que c’est un petit miracle pour un premier album ?

Issey : Oui, on a vraiment pour ambition de rassembler les gens. La musique et la culture sont des outils incroyables pour ça. À nos concerts, il y a un mélange de publics : hommes, femmes, jeunes, personnes plus âgées. Celles et ceux qui ont connu le punk ou le mod revival retrouvent une sensation, et les plus jeunes découvrent ça pour la première fois. Chacun vient pour une raison différente, mais ça prouve que ce type de musique ne disparaît jamais.

Que pensent vos parents de votre groupe ?

Matthew : Ils adorent. Ils disent qu’on est le meilleur groupe du pays – et je ne plaisante pas.

Issey : Ils nous soutiennent énormément. Au début, notre père nous emmenait partout en voiture pour jouer. Ils ont toujours été derrière nous.

Avez-vous arrêté vos études ?

Matthew : Oui, on a quitté l’école assez tôt, avant même les examens. On voulait faire de la musique et l’école ne nous aidait pas dans ce sens. Pour moi c’était simple : soit tu continues, soit tu fais vraiment ce que tu veux.

Issey : On a fait ce choix. Le groupe, c’est toute notre vie. Ce n’est même pas un travail, c’est un mode de vie. Tout ce qu’on fait nourrit le groupe, donc il n’y avait plus de place pour les études.

TheMolotovs - Credit Derek Bremner

Le format duo est exigeant – impossible de se planquer. Pourquoi ce choix ?

Matthew : Au départ, on était deux, puis trois avec notre batteur Will Fooks, et ça fonctionne bien comme ça. On n’a jamais ressenti le besoin d’être plus nombreux.

Issey : C’est vraiment une dynamique de power trio. Personne n’est en retrait, tout le monde apporte quelque chose. Et puis, honnêtement, c’est déjà assez intense comme ça (rires).

Avez-vous des désaccords musicaux ?

Issey : Oui, en permanence. Mais c’est plutôt sain. C’est une sorte de débat musical continu, et ça fait avancer les choses.

Quel est le premier album qui vous a donné envie de faire de la musique ?

Matthew : Je ne me souviens plus exactement, mais j’écoutais beaucoup Green Day : je voulais être Billie Joe Armstrong (le chanteur de Green Day – Ndlr) quand j’étais plus jeune. 

Issey : Moi, je piochais surtout dans la collection de mes parents, notamment The Jam. Leur énergie et leur manière de canaliser la colère dans la musique m’ont marquée.

Quelles sont vos principales influences ?

Matthew : Je dirais The Undertones, The Jam. Ensuite j’ai Oasis, puis les Kinks et Small Faces.

Issey : J’adore The Libertines, Dexys Midnight Runners, The Beautiful South, The Housemartins… Un genre de pop politique, jungle pop, optimiste, très mélodique, des harmonies brillantes. Ça me fait vraiment vibrer.

Qu’est-ce qui définit le son du rock britannique selon vous ?

Issey : Il y a une forme d’arrogance, mais aussi beaucoup de style. Et surtout, un sens de la retenue : savoir s’arrêter au bon moment.

Matthew : La musique américaine est souvent plus théâtrale, plus démonstrative. Les Britanniques sont plus dans une forme de classicisme, de contrôle.

Comment rendre actuel un son inspiré du passé ?

Matthew : Juste parce qu’on est jeunes. Ça sort comme ça, naturellement. On a grandi avec 60 ans de musique derrière nous, donc forcément, même si on s’inspire du passé, ça passe par notre filtre.

Issey : Les grandes mélodies sont intemporelles. La soul, les groupes des années 60… Tout ça traverse les époques. Nous, on reprend ces éléments et on les fait passer à travers notre vision actuelle, dans les années 2020.

Votre look dandy rock est très travaillé. Comment l’avez-vous conçu ?

Issey : Dès le début, on voulait se démarquer, même quand on jouait dans la rue. On voyait beaucoup de styles influencés par le grunge américain, avec des fringues larges, un peu négligées. Nous, on voulait l’inverse : quelque chose de structuré, intentionnel. Des lignes nettes, des couleurs fortes, une vraie esthétique inspirée du pop art. Matthew est devenu plus preppy, style années 50 européen.

Matthew : Je mélange des influences des années 60, 80, 90, et de la mode européenne vintage.

Issey : S’habiller avec intention, ça change ton attitude. Ça donne une forme de fierté. On voulait aller à l’encontre de la nonchalance dominante.

Vous fréquentez les friperies pour créer vos silhouettes ?

Issey : Tout le temps ! Je fouille constamment dans des endroits vintage : les boutiques locales, les friperies caritatives, et on trouve aussi de très bons vinyles là-bas. J’ai récemment déniché 20 Golden Greats des Hollies. Un album brillant, l’une des meilleures compilations, du moins des années 60.

On travaille tous les deux avec beaucoup de marques de mode indépendantes vraiment chouettes. Récemment, j’ai collaboré avec un type, Stuart Trevor. Il a déjà travaillé avec All Saints. Son concept tourne autour de la réutilisation de vêtements vintage. Un véritable aspect de durabilité environnementale que je soutiens. La mode vintage est intemporelle.

Quelle est la chose la plus punk que vous ayez faite récemment ?

Matthew : Organiser des concerts dans des bibliothèques pour des jeunes, gratuitement.  Je dirais que c’est très DIY, très punk dans l’esprit.

Issey : Le parrain du punk, Paul Cook des Sex Pistols, est venu à l’un de nos concerts. Il est monté sur scène avec nous en jouant God Save the Queen à la batterie. C’était un peu comme être anobli.e par le roi.

Le rock est-il une réponse aux angoisses actuelles ?

Issey : On vit une époque très polarisée, notamment à cause des réseaux sociaux. Les gens sont pris dans une sorte de toile. On leur sert des contenus qu’ils soutiennent à fond, ou au contraire auxquels ils s’opposent complètement. Au final, on finit par voir tout le monde soit comme un ami, soit comme un ennemi. Ça place les gens dans deux camps opposés.

Récemment, on a fait notre plus gros concert en tête d’affiche à Londres au Electric Ballroom et je portais une robe avec le drapeau britannique. Ce drapeau est devenu un symbole associé au racisme. Alors que ce n’est pas ça à la base : c’est le drapeau du Royaume-Uni. C’est censé représenter l’unité.

Donc nous, on veut mettre en avant ce qui nous rassemble vraiment : la musique, les arts, la culture, ces lieux où les gens se rencontrent. C’est là que les gens créent du lien. Et c’est sur ça qu’il faut se concentrer : nos points communs plutôt que nos différences.

Comment avez-vous appris à être aussi à l’aise sur scène ?

Matthew : J’essaie toujours copier mes héros. Je pique notamment des trucs aux groupes que j’ai mentionnés plus tôt : les fringues, les guitares que je joue, les coupes de cheveux, les mouvements sur scène, ce genre de choses.

Issey : Je pense que pour Matt, tout est venu très naturellement. Tu as toujours été un performeur né. Moi, ça a pris plus de temps.

Et puis j‘ai vu une femme nommée Flavia Couri qui est chanteuse et guitariste dans un excellent groupe appelé The Courettes. Elle était là, sur scène, tenant sa guitare comme une mitraillette, fauchant la foule, avec une attitude d’assurance absolue. Voir cette femme si sûre d’elle a tout changé pour moi. Je pense que si on comparait nos performances aujourd’hui, on pourrait crier au plagiat !

Vous repreniez régulièrement des titres d’Oasis quand vous jouiez dans la rue. Votre album se clôture par la chanson Today’s Gonna Be Our Day, comme un écho aux paroles de leur tube Wonderwall. Est-ce une forme de passage de relais ?

Issey : Nous sommes de grands fans d’eux donc je ne vais pas rejeter cette étiquette. Nous les avons vus en concert pour leur reformation au stade de Wembley l’an dernier et notre nom est même sorti dans la presse comme suggestion des groupes qui devraient accompagner Oasis en première partie.

Si l’on devait résumer les années 90, alors Oasis serait celui qui resterait en mémoire. J’espère que nous deviendrons aussi gros qu’eux.

La musique française vous est-elle familière ?

Matthew : Pas énormément côté musique, mais la culture oui : traîner à la terrasse des cafés, fumer clope sur clope, prendre le temps…

Issey : J’aime Jacques Dutronc, le tube de Stone, C’est ma vie, ou encore des morceaux de Brigitte Bardot. On a aussi découvert pas mal de groupes garage rock français brillants recommandés par des DJs.

Allez-vous revenir bientôt en France ?

Issey : On a récemment fait un concert pour Arte à l’occasion des 10 ans de la mort de David Bowie, aux côtés de The Horrors, les Libertines, Anna Calvi – qui est fantastique. Mais oui, on prépare des choses en France cette année, promis.

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Inside the Systemd Age Verification Debate: Developer Responds to Criticism

Dylan M. Taylor is not a household name in the Linux world. At least, he wasn’t until recently.

The software engineer and longtime open source contributor has quietly built a respectable track record over the years: writing Python code for the Arch Linux installer, maintaining packages for NixOS, and contributing CI/CD pipelines to various FOSS projects.

But a recent change he made to systemd has pushed him into the spotlight, along with a wave of intense debate.

At the center of the controversy is a seemingly simple addition Dylan made: an optional birthDate field in systemd’s user database.

The change, intended to give Linux distributions a lightweight, optional mechanism to comply with emerging US state laws on age verification, was immediately met with fierce resistance from parts of the Linux community. Critics saw it not merely as a technical addition, but as a symbolic capitulation to government overreach. A crack in the philosophical foundation of freedom that Linux is built on.

What followed went far beyond civil disagreement. Dylan revealed that he faced harassment, doxxing, death threats, and a flood of hate mail. He was forced to disable issues and pull request tabs across his GitHub repositories.

He has shared his opinions in a blog post that the change is not "age verification":

A common misconception about this change is that it introduces "age verification" to Linux. It doesn't. None of the PRs I submitted involve ID checks, facial recognition, or third-party verification services. You can enter any value, including January 1st, 1900.

So, we interacted with Dylan over email to ask him about the controversy, the code change, and the personal toll it has taken.

Q: A lot of backlash isn't about the code change, but about what it represents. Do you (also) think this is the first step toward OS-level surveillance, even if unintended?

A: Moving towards OS-level surveillance is definitely not the intention. This field is almost completely inconsequential for surveillance because the signal reported in most cases will be “yes, this user is 18+”. One interesting thought I’ve had is actually that if we strip this signal to websites/apps and do not report an age range at all, but the vast majority of users DO, that actually gives us a more unique and trackable browser fingerprint. Privacy-wise, it’d be wise to “blend in” and always report the most common value. Tor browser thinks this way to make users less fingerprintable. Also, most users have something much more trackable and sensitive on their computer stored in a way that is usually unencrypted: their browser cookies.

Q. You say this is "just attestation, not verification" but we know that infrastructure always gets repurposed later. This is where the legit fear lies. Today it's birthDate. Tomorrow could it be location, identity, or verification tokens? I understand that you are providing a workaround but where should we draw the line between compliance and resistance?

A. Funny you mention that, location is already a field in userdb. Like birthDate, this field is also trivially nullable, stored locally, and can be set to anything. As long as we are talking about a user self-attesting a date - especially with the ability to enter any value we want - we aren't in the realm of identity tracking. I draw the line at when a third party internet-connected service is doing validation of ID. Let’s be honest though, I strongly believe such a thing isn’t possible on a FOSS operating system environment unless they could control what was bootable on the device at a firmware level, enforce signatures to ensure that you couldn’t boot something unrestricted, remove the ability to be root, and block LD_PRELOAD so signals couldn’t be faked. There’s probably more ways to circumvent that. What I’m trying to say is real ID verification on Linux would be awfully hard to implement, and I guarantee you, nobody would put up with it. They’d fork to a version that doesn’t have it immediately as a protest. Right now, we’re considering implementing something akin to the date pickers that were ubiquitous when signing up for internet services in the early 2000s where it’s just an honor system. Things like actual ID checks and/or facial scanning + age estimation would be just too incompatible with Linux where we have the freedom to change whatever we want to.

Q. Let's be direct. Should FOSS projects adapt to laws they fundamentally disagree with? Because these kinds of laws are certainly in conflict with what a lot of Linux users believe in.

A. Unfortunately, in a lot of cases, the answer is yes – at least for any distribution with corporate backing. The small independent distributions are much more flexible to refuse as a protest. If we ignore regulations entirely, we risk Linux being something that companies are not willing to contribute to, and Linux may be shipped on less hardware. I’m talking about things like Valve and System76 (despite them very vocally hating these laws). That does not help us; it just lowers the quality of software contributions due to less investment in the platform and makes Linux less accessible to the average person. We need Linux and other free operating systems to remain a viable alternative to closed systems.

Q. Do you think regulations like these will reshape desktop Linux in the next 5-10 years where we might have "compliant Linux" and "Freedom-first Linux"?

A. Unfortunately, yes, to some degree this is likely. I imagine the split will be mostly along the lines of independent distributions and those with corporate backing. We’re already seeing it as far as which distributions plan on implementing some sort of age verification and which ones are not, and that sucks. I’d rather nobody have to deal with this mess at all, but this is the reality of things now. As I said in the previous response, the corporate-backed distributions really have no choice in the matter. Companies are notoriously risk-adverse, but something like Artix or Devuan? Those are small and independent enough where the individual maintainers may be willing to take on more risk. I was actually thinking about what this would look like if we added it to Calamares and chatting about that with the maintainers before that thread got brigaded by bad actors posting personal information and throwing around insults. I completely support the freedom for the distro maintainers to choose their risk tolerance. If the distribution is based out of Ireland or something (like Linux Mint) without these silly laws in the jurisdiction the developer operates in, I think that we should leave it up to them to make a choice here. If we add a date picker to the installer (and I think we should), it has to be built in a way that at build time there is a flag to enable or disable the feature. We can even default it to off, and corporate distributions using Calamares or those not willing to take the risk could flip it on if they need to. That way if maintainers of the distributions do not wish to collect the birth date, they won’t have to, and no forking is required to patch it out. I do strongly feel we need to enable the user to modify their own system as they see fit.

Q. Were you surprised by the intensity of the backlash? Did the criticism make you rethink your decision?

A. I understood that the change was not going to be popular, but I was expecting civil discourse and a level-headed response. Things like death threats and harassment are not okay, especially when it negatively impacts unrelated third parties. However, the doxxing (and I am NOT just talking about my name, email and resume – that stuff is on my website, and is reasonably public. I don’t commit with a pseudonym and I think it’s reasonable to critique my contributions), hate mail, racism, homophobia, anti-semetism, editing of my photo, turning my profile picture into memes and making fun of my appearance, etc. made me lose a bit of faith in the FOSS community. I’m really disappointed at the reaction. We should do better than this. There are plenty of people I strongly disagree with. Reacting in this manner is childish and uncalled for. If you’re trying to convince someone they are wrong, being aggressive about it and trolling is not exactly compelling. It will make them feel even more justified in some cases.

Q. How are you personally dealing with being at the center of a controversy like this?

A. Honestly, not super well. The death threats are extremely unwelcome and trying to get my social security number, phone number, and address taken down from pastebins and anonymous imageboards is not exactly how I planned to spend my time, to put it lightly. I am just trying to filter out the noise and focus on addressing the constructive feedback, but people have been posting my information and harassing me on basically any repo I have on GitHub, in the issues/PR tabs. I’ve had to disable those. I find it disgusting that people are willing to place takeout orders with my information which makes businesses waste food, and it really wasn’t funny sending Mormon missionaries to my house. They pay for their own gas, and that nonsense isn’t fair to them. It’s not fun to see the nasty side of humanity, and people were saying some pretty unhinged stuff to me and about me. Nobody appreciates that. On a positive note, I know a good bit of other maintainers and developers in the Linux community and all of them were super supportive and reached out to see if I was doing okay. I appreciate that. Shoutouts to those of you from the Arch Linux project and Universal Blue/Bazzite who made sure I was doing well. Thank you for that.

Q. Would this backlash demotivate you from continuing your contribution to Linux and open source in the future?

A. I still love Linux and free and open source software, and would like to stay involved. Whenever I find something that is personally useful to me and I identify a way I can improve it or add functionality, I love to contribute back to the original authors and the community. It’s great to be able to be involved, and I still plan on doing so. It’s very obvious that those harassing me are a very small but vocal part of the FOSS community and I try to see the better side of people. I would really appreciate if the personal attacks stopped though. It’s childish and unconstructive.

Closing Thoughts

Wherever you stand on age verification laws or Dylan's code change, the response he received is unwarranted. Harassment, doxxing, and death threats have no place in any community, let alone one that prides itself on openness and collaboration. There are more civilized ways to disagree.

Dylan's answers reveal the real dilemma: how does an open source ecosystem, built on the principals of freedom and decentralization, respond to legal pressure from the real world? His position is that corporate-backed distributions may have no practical choice. That is rational, even if it is uncomfortable for many to hear.

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