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Studio MinaLima revisite Le petit prince : “On a espoir d’apporter un nouveau regard”

Depuis sa publication en 1943, Le petit prince traverse les générations. Texte fondateur pour certains, livre d’enfance pour d’autres, il est surtout un ouvrage qui se redécouvre sans cesse. Cette année, le Studio MinaLima s’approprie l’histoire d’Antoine de Saint-Exupéry avec une édition illustrée et interactive, qui nous invite à redécouvrir une œuvre que l’on pensait déjà bien connaître. Rencontre.

Revisiter Le petit prince, ça n’est pas rien : comment ce projet est-il arrivé jusqu’à vous ?

Miraphora Mina : Ça faisait des années que l’on parlait aux personnes qui gèrent Le petit prince en leur disant qu’on voulait illustrer le livre. La réponse est venue de la part de Gallimard et de la famille de Saint-Exupéry. Ils nous ont invités à créer une édition spéciale pour célébrer les 80 ans de cet ouvrage.

Est-ce qu’il y a des éléments qui vous ont semblé plus difficiles à adapter visuellement ?

M. M. : L’idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale iconique, qui est extrêmement aimée, à la fois en France et dans le monde entier. On s’est donc demandé comment faire quelque chose de nouveau, de différent, mais qui, on l’espère, sera tout aussi apprécié. C’était un grand défi, et notre idée a été de s’éloigner de l’œuvre originale, visuellement. On nous a donné carte blanche, mais… on a choisi de ne pas utiliser une touche de blanc !

Justement, avec quels outils avez-vous travaillé ?

M. M. : On commence toujours avec des crayons, des croquis, sur du papier. Mais ici, dès le départ, il y a eu une réflexion sur la palette de couleurs utilisée. On a fait le choix d’utiliser des couleurs fortes, puissantes, de donner une identité à chacun des mondes que Le Petit Prince va traverser, à chacune des planètes. On voulait que ces mêmes planètes deviennent vivantes.

Eduardo Lima : Ensuite, on a utilisé des outils numériques comme Photoshop.

Pour mieux comprendre les coulisses de la création : travaillez-vous ensemble ou séparément ?

M. M. : Nous travaillons avec une équipe de cinq à six personnes. Généralement, on donne une direction générale ainsi que des éléments-clés. Ici, par exemple : l’écharpe du Petit Prince, la typographie, etc. Ensuite, c’est un travail d’équipe. Il y a des gens spécialisés dans le développement des personnages, d’autres dans les décors.

E. L. : Par ailleurs, on a déjà revisité 11 classiques, dont Harry Potter : désormais, on a une formule solide.

Cette édition est, comme souvent, très interactive, puisque le livre contient notamment huit pop-up. Y avait-il des scènes dont vous saviez qu’elles seraient parfaites pour une telle animation ?

M. M. : C’est une réflexion qui intervient dans les premières étapes. On a d’abord des envies, des scènes qui nous viennent, mais il faut aussi composer avec le fait qu’il doit y avoir un certain rythme dans le livre, une répartition des pages qui contiennent des animations. Ce cadeau de l’interaction doit être bien rythmé pour le lecteur. C’est un peu comme lorsqu’on construit une maison : on ne peut pas mettre toutes les portes au même endroit. Parfois, il faut faire des compromis et choisir d’animer des scènes qu’on n’avait pas forcément pensé à animer au départ. 

Est-ce qu’il y a malgré tout des scènes qui se sont imposées visuellement plus que d’autres ? Certaines qui étaient non négociables ?

M. M. : Oui, par exemple, la scène avec le renard, qui est une scène très théâtrale. C’est vraiment un élément de création d’univers pour l’auteur à cet endroit-là. Et puis, il y a la scène de la rose qui est comme un cadeau, une révélation.

Est-ce que vous avez caché des détails, des “easter eggs” pour les lecteurs attentifs ?

M. M. : Je ne dirais pas forcément qu’on a caché des éléments, mais nous donnons énormément d’importance à tous les détails. Par exemple, les planètes ont toutes des visages, et elles ne regardent pas n’importe où : on voit bien qu’elles sont en train de veiller sur le Petit Prince. Par exemple, la planète où l’on voit tous les éléphants, l’un d’entre eux n’a pas réussi à atteindre la planète. On s’est donc dit que ce serait drôle, dans un prochain livre, qu’on retrouve cet éléphant-là, en se disant qu’il a fini par atterrir quelque part.

E. L. : De la même manière, pour la fin, il y a une illustration où on voit le Petit Prince qui pourrait veiller sur nous depuis sa planète. Pour finir, on a placé au début plusieurs éléments qui suggèrent ce qui pourrait se passer par la suite.

Est-ce qu’il y a des images qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas été retenues ?

M. M. : Au départ, on avait envie d’en mettre beaucoup plus, mais il a fallu se rendre à l’évidence : le livre ne pouvait pas être trop long. Je pense qu’on a réussi à en mettre beaucoup, mais c’est toujours une décision très difficile pour nous de savoir combien il y aura d’illustrations, parce qu’on a toujours envie de tout illustrer.

Est-ce qu’on peut encore surprendre avec une œuvre que tout le monde croit connaître ?

M. M. : J’espère ! Ce sera aux lecteurs de nous le dire. C’est vrai que, lorsqu’on part d’une histoire qui est déjà si connue et qu’on nous donne la liberté d’apporter quelque chose de nouveau, on a espoir d’apporter un regard inédit.

E. L. : Et puis, nous avons déjà l’expérience des classiques, des histoires très connues, vendues à des milliers et des milliers d’exemplaires à travers le monde. Et pourtant, les lecteurs sont toujours intéressés de les redécouvrir avec une nouvelle perspective.  C’est aussi pour nous l’idée d’apporter un nouvel équilibre avec l’essor du digital. Les gens ont envie de pouvoir toucher le papier. Par exemple, ils ont beau connaître l’histoire de Frankenstein, ils sont ravis de pouvoir la découvrir d’une autre façon.

Ce type de livre nous dit également quelque chose du rapport à la lecture…

E. L. : Je pense que cette manière de présenter les livres est aussi une petite révolution. On l’entend beaucoup de la part des enfants et des professeurs. C’est aussi effrayant d’avoir un énorme bloc de texte. On nous dit que ça aide énormément les enfants à appréhender un ouvrage, le fait qu’il y ait une petite surprise à la page suivante. On nous dit aussi que beaucoup d’adultes sont attirés par ces livres-là, et se remettent à lire grâce à ça.

C’est l’éternelle question : Le petit prince est-il un livre pour enfants ou pour adultes ?

M. M. : Évidemment pour tous les âges, et pour les adultes qui ont un cœur d’enfant !

Pour finir, est-ce qu’il y a une réflexion, une phrase du Petit prince qui vous accompagne encore aujourd’hui ?

M. M. : Les adultes sont si étranges. Le Petit Prince n’arrête pas de le répéter pour expliquer qu’on doit regarder le monde d’une façon différente.

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Les stand-up et spectacles d’humour à voir au printemps

(1) Thomas Marty : nouveau spectacle, de Thomas Marty

Thomas Marty confirme sa singularité dans le paysage de la comédie française avec son seul-en-scène détonnant, sobrement nommé Nouveau spectacle faisant suite à un premier show couronné de succès. Star des réseaux sociaux aux millions de vues, l’humoriste parle de sa vie, de son évolution, de son humeur et de son état d’esprit changeant avec les années, gagnant en maturité mais aussi en perspicacité.

Un spectacle authentique et drôle, à voir à Paris au Théâtre de la Gaîté Montparnasse et en tournée dans toute la France.

Thomas Marty : nouveau spectacle de Thomas Marty, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris, du 8 janvier au 26 juin 2026 puis en tournée à travers la France.

(2) Sexe, Grog et Rocking Chair, d’Alex Lutz

Troisième spectacle d’Alex Lutz, Sexe, Grog et Rocking Chair est de retour de janvier à avril 2026 au Cirque d’Hiver à Paris. Entre son travail de comédien et de réalisateur, Alex Lutz retrouve la scène et aborde avec humour et authenticité les thèmes phares de l’époque, le passage du temps, les évolutions techniques et technologiques ainsi que les différentes tendances du moment.

Un seul-en-scène cathartique qui ne cache pas son ambition et sa richesse, jouant avec les styles, les tons et les genres, du drame intense à la comédie sincère.

Sexe, Grog et Rocking Chair d’Alex Lutz, au Cirque d’Hiver de Paris, du 5 janvier au 26 avril 2026 puis en tournée en France en 2026.

(3) Tom Boudet vous dit quoi, de Tom Boudet

Stand-up personnel et parlant à toute une génération, Tom Boudet vous dit quoi est un spectacle dans lequel l’humoriste incarne plusieurs personnages afin de traiter de la vingtaine, d’évoquer son enfance, ses doutes, ses craintes et ses vérités. En s’adonnant à ce récit introspectif, il crée un lien avec le public et touche les autres grâce à son humour et sa spontanéité.

Tom Boudet vous dit quoi est à découvrir de janvier à juin 2026 au Point Virgule à Paris puis en tournée dans toute la France.

Tom Boudet vous dit quoi, de Tom Boudet, au Point-Virgule, à Paris, du 5 janvier au 29 juin 2026, et en tournée en France du 21 janvier au 29 mai 2026.

(4) Mahé s’installe, de Mahé

Entre sketchs, improvisations et stand-up, Mahé propose un spectacle inventif et drôle dans Mahé s’installe et raconte son parcours semé d’embuches et les obstacles rencontrés dans sa vie, avec une dose importante d’auto-dérision et d’humour. Nouvelle voix importante de la comédie et de l’humour, Mahé est à voir de janvier à avril au Point Virgule, à Paris, puis à L’Européen en juin, mais aussi en tournée dans toute la France de janvier à mai 2026.

Son spectacle promet une dose importante de bonne humeur et de rire, en parlant de situations connues ou rencontrées par tous et toutes.

Mahé s’installe de Mahé, au Point Virgule, à Paris, du 18 janvier au 26 avril 2026, à L’Européen les 3 et 4 juin 2026, et en tournée en France du 17 janvier au 29 mai 2026.

(5) Chantal Ladesou : le retour, de Chantal Ladesou

L’actrice et humoriste Chantal Ladesou revient déjà avec un spectacle inédit intitulé Chantal Ladesou : le retour, en tournée pour quelques dates à travers la France à partir de janvier 2026. Mélange de stand-up, de seule-en-scène et de pièce de théâtre, elle offre une expérience marquée par son caractère, par son tempérament, son franc parlé et sa liberté artistique. À son image, Chantal Ladesou : le retour est un show aussi drôle qu’incisif.

Chantal Ladesou : le retour de Chantal Ladesou, en tournée à travers la France, du 17 janvier au 22 mai 2026.

(6) Heureuse, de Camille Tissot

Camille Tissot présente son spectacle Heureuse. Un stand-up aussi absurde que tendre, dans lequel l’humoriste et maman partage ses angoisses, sa vision du couple et de la maternité avec une énergie étonnante. L’humoriste, connue sur les réseaux sociaux, est actuellement en tournée dans toute la France. À la rentrée de septembre 2026, elle investira le Théâtre de Dix Heures à Paris.

Heureuse, de Camille Tissot, en tournée à travers la France du 10 avril 2026 au 27 mai 2027, et du 23 septembre au 22 octobre 2026, au Théâtre de Dix Heures, à Paris.

(7) Grandira plus tard, d’Édouard Deloignon

Dans son seul-en-scène, l’ancien basketteur Édouard Deloignon se confie sur ses pérégrinations hilarantes de la Normandie à Netflix. Dans Grandira plus tard, l’humoriste évoque son intimité avec imprévisibilité et humour, nourrissant son spectacle du quotidien et de son expérience. Un spectacle immanquable entre improvisation et écriture pointue.

Grandira plus tard, d’Édouard Deloignon, en tournée à travers la France du 10 avril 2026 au 28 janvier 2028, et du 17 avril au 20 juin 2026, au Théâtre Fontaine, à Paris.

(8) Le spectacle de Léandre

Dans son premier spectacle, Léandre raconte son parcours à travers l’alopécie. Dans ce seul-en-scène, l’humoriste raconte, en effet, le jour où il a tout perdu : ses cheveux, ses sourcils et tous ses poils. Entre humour et émotion, l’artiste narre une trajectoire atypique, évoque sa famille mais aussi ses amis. Avec autodérision, il offre un spectacle plein de résilience.

Léandre, du 17 avril au 20 juin 2026, au Palais des Glaces, à Paris puis en tournée à travers la France du 15 janvier au 10 avril 2027.

(9) Full contact, de Guigui Pop

Dans son premier spectacle, Guigui raconte avec absurdité le quotidien et les méandres de la trentaine. Couple, vie de famille, rupture… L’humoriste explore plusieurs thèmes très personnels avec une authenticité brute. Entre improvisation et observation, l’artiste offre un spectacle riche et drôle, à découvrir ce printemps.

Full contact, de Guigui Pop, du 23 avril au 9 juillet 2026 au Petit Palais des Glaces, à Paris et en tournée à travers la France du 16 avril 2026 au 22 avril 2027.

(10) C’est compliqué, je t’expliquerai, de Lisa Perrio

Ente humour et introspection, Lisa Perrio propose de découvrir une galerie de personnages hauts-en-couleurs. Sur scène, elle incarne une série d’individus qu’elle croise dans son quotidien ou qu’elle imagine. Ces personnages sont souvent un peu « borderline » ou caricaturaux, mais toujours portés par une précision de jeu héritée de sa formation classique (Cours Florent, Conservatoire). Mais derrière l’humour se cache une vérité plus intime : celle de l’absence d’un père et une difficulté à communiquer.

Avec son sourire et une énergie communicative, l’humoriste s’amuse de nos absurdités, de nos contradictions et de nos maladresses. Brillamment écrit et sensible, ce spectacle met en lumière une artiste singulière.

C’est compliqué, je t’expliquerai, de Lisa Perrio, du 15 avril au 27 mai 2026, à la Nouvelle Seine, à Paris, puis en tournée à travers la France du 2 juin au 25 septembre 2026.

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Comment voir en direct le festival Coachella en France ?

Le festival Coachella donnera son coup d’envoi, ce vendredi 10 avril. Dès la fin de la semaine, et durant deux week-ends, les plus grandes stars internationales se produiront dans le désert californien. Considéré comme l’un des rendez-vous musical majeurs du printemps aux États-Unis, Coachella accueillera pour son édition 2026 Sabrina Carpenter, Justin Bieber, mais aussi Karol G.

The xx, The Strokes ou encore Iggy Pop ainsi que le phénomène Katseye seront également les têtes d’affiches du festival. Côté français, Oklou se produira, les dimanches 12 et 19 avril tandis que Chloé Caillet performera les 10 et 17 avril prochains. Un événement marquant pour tous ces artistes qu’il sera possible de voir en direct en France.

Comment assister au festival Coachella 2026 ?

Pour celles et ceux qui ne voudraient pas manquer leur prestation, ainsi que celles des autres artistes, il sera possible d’assister à Coachella… depuis chez soi. En effet, le festival mettra en ligne via sa chaîne Youtube, ou bien via l’application Coachella Livestream, disponible sur Android et iOS, ses nombreux concerts prévus tout au long du week-end.

Une innovation, toutefois : la Coachella TV. Youtube, diffuseur exclusif du festival lancera, en effet, une chaîne 24h/24 qui diffusera en continu des extraits du festival, des coulisses et des archives.

Les concerts, débuteront ce vendredi 10 avril à 16h15 heure locale, soit aux alentours d’une heure du matin en France. Par ailleurs, ce dispositif sera reconduit pour le second week-end de festival, prévu à partir du 17 avril. En 2024, et comme l’explique 20 minutes, le dispositif avait permis aux festivaliers virtuels de profiter d’une fonction Chat sur Youtube, mais aussi de gagner via un QR code plusieurs goodies estampillés Coachella Festival. De quoi rendre l’expérience particulièrement immersive.

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La femme de : Mélanie Thierry en plein dilemme dans ce nouveau drame sensible

Neuf ans après L’ordre des médecins (2017), David Roux est de retour au cinéma avec La femme de. Porté par Mélanie Thierry, le film suit l’histoire de Marianne, épouse d’un riche industriel. Mais à presque 40 ans elle est sur le point de tout envoyer valser : elle s’aperçoit, complice de sa propre condition, que le confort de la vaste maison familiale ne lui convient plus. Quand une figure de son passé ressurgit, notre héroïne comprend qu’une autre vie est possible, loin des obligatoires conjugales. Mais à quel prix ?

La bande-annonce de La femme de.

Un histoire de femme

Imaginé comme un récit d’apprentissage, La femme de filme la libération d’une mère et d’une épouse fatiguée de répondre aux exigences de sa belle-famille. Avec ce nouveau long-métrage, David Roux offre ainsi une œuvre féministe tout en soulignant la difficulté morale et parfois même physique de s’extirper de cette condition. Pour cela, le réalisateur a fait appel à la magnétique Mélanie Thierry dont le personnage est contraint d’évoluer dans un monde d’hommes : son mari attend d’elle de l’exemplarité, son beau-père la désigne d’office comme sa nouvelle infirmière tandis que le beau-frère y voit, avant tout, sa maîtresse.

Un brassage patriarcal dont notre héroïne va tenter de se défaire quand revient dans sa vie le personnage de Jérémie Renier. L’acteur qui tenait le rôle principal dans L’ordre des médecins réapparaît ici devant la caméra de David Roux dans un rôle sensible et doux face à une Mélanie Thierry impeccable.

Avec délicatesse, cette dernière porte le film sur ses épaules — à l’image de sa belle famille — et représente la dualité d’un personnage féminin en proie à un questionnement moral. Une interrogation que l’on retrouvait déjà chez l’actrice dans Connemara (2025) aux côtés de Bastien Bouillon.

La femme de.

Fidèle au registre qu’on lui connaît, Mélanie Thierry incarne une nouvelle fois une femme prête à renoncer au confort pour vivre une vie à laquelle elle aspire véritablement. Un symbole féministe et puissant mais qui lasse rapidement par la démonstration formelle du film. En effet, La femme de ne parvient pas à convaincre tant pour son scénario stagnant qu’un rythme beaucoup trop lent.

Le long-métrage semble, par ailleurs, s’enfermer dans une mise en scène rigide et terne. Il en ressort un drame sans réelle incandescence malgré le dilemme qui s’impose à son personnage. En définitif, La femme de manque d’épaisseur pour vraiment nous happer par la force de ses sentiments. Son ADN, emprunté au cinéma d’auteur français, semble nous maintenir toujours à l’écart afin d’être pleinement investis dans la trajectoire de Marianne. Restera au moins l’interprétation de son actrice, Mélanie Thierry.

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Vrais voisins, faux amis saison 2 avec Jon Hamm : braquage réussi ?

Seulement un an après son premier coup, Andrew Cooper est de retour sur Apple TV dans la saison 2 de Vrais voisins, faux amis. Attendue ce 3 avril sur la plateforme de streaming, cette nouvelle salve d’épisodes reprend directement après les événements de la précédente saison : Coop (Jon Hamm) a été lavé de tout soupçon après que sa maîtresse l’a accusé du meurtre de son ex-mari ; ses enfants lui adressent enfin la parole, tout comme son ex-femme (Amanda Peet). Surtout, il a pu réintégrer son précieux country-club.

James Marsden dans la saison 2 de Vrais voisins, faux amis.

Rien ne semble pouvoir désormais se mettre en travers du « bonheur » de Coop et des braquages qu’il organise de temps à autre dans son voisinage pour braver l’ennui. Car, si les nécessités financières dictaient ses premiers actes dans la saison 1, c’est désormais l’adrénaline qui guide les actions de notre héros. Alors, quand Owen Ashe (James Marsden), un nouveau voisin, débarque dans le quartier, difficile pour Coop de ne pas y voir une nouvelle cible qui pourrait arrondir ses fins de mois.

Une nouvelle recrue

Sauf que l’iconique Cyclope des X-Men est loin des rôles de jeunes premiers qu’il campait dans N’oublie jamais (2004) ou Il était une fois (2007). Ici, il campe un homme d’affaires ayant fait fortune dans l’import-export, aussi mystérieux que redoutable, capable de mettre en danger la vie de Cooper ainsi que celle de sa famille quand il découvre les manigances de son voisin. De super-héros, le voilà donc propulsé dans un rôle de « super-vilain des beaux quartiers ». Une interprétation mordante, parfois drôle et dangereuse, qui rappelle ce que l’acteur américain offrait dans la série Dead to me (2019), alors qu’il campait tour à tour les frères Wood, des jumeaux que tout opposait.

Dans Vrais voisins, faux amis, James Marsden trouve son alter ego en la personne de Coop. Deux hommes « compliqués » comme se plaît à le rappeler Owen, et dont la rivalité au sein du quartier apporte une touche de fraîcheur et de suspense à cette nouvelle saison. Car, si les nouveaux épisodes ne semblent pas réinventer la recette des précédents, les dynamiques de groupe évoluent et complètent la farce qui se jouait dans la première saison.

Une satire sociale toujours convaincante

En effet, Vrais voisins, faux amis continue de dresser un portrait au vitriol de ses personnages. C’est d’ailleurs ce qui fait principalement la force de la série depuis son lancement, et plus particulièrement de cette seconde saison. Avec ces nouveaux épisodes, Vrais voisins, faux amis continue de tendre un miroir à la société américaine capitaliste.

Symbole des excès et des contradictions d’une classe, le programme séduit par son aspect satirique et social. Ainsi, si certains y voient un Desperate Housewives version grand casse, d’autres pourraient aussi la voir comme la petite sœur de The White Lotus.

De Don Draper à Andrew Cooper

Moins trash ou frontale que l’œuvre de Mike White, Vrais voisins, faux amis saison 2 continue de gratter le vernis pour notre plus grand plaisir. Si l’intrigue piétine parfois – elle semble tourner en rond dans l’écriture des personnages, voire vis-à-vis de son suspense –, la série peut compter sur le talent de son acteur principal, Jon Hamm, pour être notre guide à travers cette mascarade banlieusarde.

Le vétéran de Mad Men trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, en père de famille prêt à flirter avec la criminalité pour maintenir son train de vie. Loin d’être le voleur parfait, l’acteur surprend à la fois par sa sensibilité, son magnétisme et sa franchise. Sans aucun doute l’un des points forts de cette deuxième saison.

James Marsden et Jon Hamm dans Vrais voisins, faux amis, saison 2.

En fin de compte, Vrais voisins, faux amis, en épousant son aspect grinçant, parvient à nous captiver et c’est quand elle filme des personnages au bord de la crise de nerfs que la série séduit. Toutefois, là où la saison 1 faisait des éclats – notamment durant ses premiers épisodes –, force est de constater qu’avec cette seconde salve, la démonstration est moins brillante. Le rythme ralentit, le suspense a du mal à prendre, tandis que, visuellement, le show n’a pas grand-chose à offrir.

Jon Hamm et James Marsden composent un duo intéressant, parfois irrésistible. Ensemble, ils fondent le réel intérêt de cette nouvelle saison, là où les personnages secondaires manquent parfois de finesse ou de profondeur. Avec Vrais voisins, faux amis saison 2, la plateforme Apple TV aurait-elle été trop gourmande ? À l’image de son personnage principal, il faut croire que oui. Le braquage n’est en tout cas pas vraiment réussi.

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The Drama avec Zendaya et Robert Pattinson : jusqu’où peut-on aimer quelqu’un ?

À l’occasion de la sortie en salle de The Drama, le réalisateur Kristoffer Borgli et ses deux costars, Zendaya et Robert Pattinson, ont répondu à nos questions, ainsi qu’à celles de journalistes du monde entier. Un échange inévitablement traversé par la question centrale du film : jusqu’où peut-on aimer quelqu’un ? Quelques semaines après la sortie de son plus gros succès, Marty Supreme, A24 remet une troisième fois le couvert avec le cinéaste norvégien.

The Drama suit un couple bienheureux, sur le point de se marier. Une idylle de jeunes trentenaires, racontée par fragments au fil d’allers-retours temporels, où tout semble d’abord parfaitement en place. Zendaya, loin de ses débuts sur Disney Channel et après ses rôles dans le Dune de Villeneuve ou la série Euphoria, séduit par son impertinence, sa vivacité camouflant une forme de fragilité. Face à elle, Robert Pattinson déploie une douceur trouble, faite de maladresse et d’introspection, dans la lignée de ses rôles récents dans High Life (2018) ou Mickey 17 (2025). Deux trajectoires, deux énergies s’imbriquant avec une évidence presque suspecte. Car Borgli ne filme cette harmonie que pour mieux la fissurer.

L’amour et la morale

Au cours d’un dîner avec les témoins de leur mariage, Emma, la future épouse, lâche une révélation qui sidère l’assemblée. La bande-annonce l’annonçait sans jamais la dévoiler : qu’est-ce qui se cache derrière ce drame ? Quelle confession peut suffire à faire vaciller un couple en apparence si solide ? Et surtout, cette révélation peut-elle être à la hauteur des attentes qu’elle suscite chez le spectateur, au point de porter tout un film ?

Difficile d’en dire plus sans trahir ce qui constitue le tournant du film. Ce fameux « drama » pourra en laisser certains sur leur faim, mais il agit comme un prétexte, un déclencheur pour le véritable propos du film. « On va évidemment beaucoup s’intéresser à la révélation d’Emma, mais il s’agit de bien plus que ça, explique Zendaya. Ce que traversent Charlie et Emma met à l’épreuve l’amour qu’il y a entre eux, ce que chacun est prêt à accepter chez l’autre, et ce qu’on est prêt à faire au nom de l’amour. »

Zendaya dans The Drama.

« Aimer quelqu’un, c’est le connaître, estime Kristoffer Borgli. Avec les gens dont on est le plus proche, on devrait pouvoir tout partager. Le film parle de la puissance du sentiment amoureux, un état qu’on ne contrôle pas, et qui se complique lorsque les sentiments se heurtent à la raison. » Habitué des comédies sociales acides, à l’image de son homologue scandinave Ruben Östlund, le cinéaste norvégien poursuit ici son observation des comportements humains.

Analyse sociale

Dans Sick of Myself (2022), son premier long-métrage, une jeune femme cherchait l’attention des réseaux sociaux en se défigurant. Dream Scenario (2023) contait, quant à lui, l’histoire d’un père de famille, incarné par Nicolas Cage, qui devenait une obsession collective en infiltrant malgré lui les rêves de millions de personnes. Deux fables sociales grinçantes interrogeant la quête de reconnaissance, la morale et les dérives d’une époque.

Comme dans ses précédents films, Borgli installe une tension à partir de situations banales, fait émerger le malaise, observe plus qu’il ne juge. Fils d’anthropologue, il ne laisse entrevoir ses personnages que par bribes, au travers de leurs réactions plus que par leur passé. Une forme d’extériorité qui pourrait désengager, mais que viennent compenser Zendaya et Pattinson, dont le duo maintient en permanence le spectateur à hauteur d’émotion.

Avec The Drama, Kristoffer Borgli pointe les incohérences de discours et de comportements, les idéaux qui vacillent et la place mouvante de la morale dans une relation. Ses personnages, ancrés dans un cadre petit-bourgeois de Boston, habitués à échanger autour d’un verre de vin ou d’un simili-Starbucks, naviguent entre le besoin de comprendre et le réflexe de juger. La révélation agit comme un révélateur : elle sidère, fracture, oblige chacun à se positionner.

Robert Pattinson et Zendaya dans The Drama.

En filigrane, Borgli épingle ceux qui jouent un rôle, sourire figé pour la photo, ceux persuadés que leurs fautes comptent moins que celles des autres ou que leurs ressentis prévalent. Un nouveau conte social, dans lequel le cinéaste observe, sans malveillance, des individus pris dans leurs contradictions, dépeignant l’humanité dans ce qu’elle a de parfois absurde ou pathétique.

Le film, lui, refuse de trancher. Il distille juste assez d’éléments pour laisser le spectateur combler les vides. « L’histoire est intéressante, car elle montre que la moralité est subjective et dépend du milieu dans lequel on est. Votre morale personnelle dépend aussi de celle et ceux qui vous entourent », souligne Robert Pattinson. Le couple devient alors un prisme : à travers lui se dessinent les obsessions, les incohérences et les angles morts d’une société entière.

La bande-annonce de The Drama avec Zendaya et Robert Pattinson.

En un sens, Borgli y interroge, sans jamais rien asséner, la banalité du mal, la psychose collective, les logiques de groupe comme les dérives individuelles, la façon dont les humains peuvent s’aimer, se faire du mal et évoluer, ainsi que les raisons qui les poussent à agir ainsi. Une comédie romantique déviée vers le drame, traversée d’angoisses et de tensions morales, dont ressort une grande liberté d’interprétation : « Le film incite le spectateur à débattre sur l’opposition entre le cœur et l’esprit, explique le réalisateur. Il n’y a pas de conclusion morale clairement définie. Chaque spectateur peut s’emparer de ces questions et décider par lui-même de sa propre position. »

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Raye, This Music May Contain Hope : pourquoi signe-t-elle le meilleur album de l’année ?

Raye est de retour avec un nouvel album. Dans This Music May Contain Hope, la chanteuse britannique livre un album aussi surprenant que virtuose dans lequel elle explore diverses inspirations musicales. Du hip hop à la soul en passant par la pop et le RnB, Raye n’a aucune limite pour faire passer son message.

Porté par le tube WHERE IS MY HUSBAND!, ce nouvel opus nous embarque dans la vie d’une femme moderne entre doutes et espoirs. Pourtant, la chanteuse ne tombe jamais dans le pathos ou la tragédie. Elle préfère y apporter toute sa lumière. « Everything going to be alright/Tout va bien se passer » peut-on entendre sur le nouveau morceau iconique de l’album, Click Clack Symphony, imaginé aux côtés du compositeur Hans Zimmer. Entre hip hop, slam et musique orchestrale, Raye offre une composition virtuose et puissante. Surtout, elle montre à quel point l’ensemble orchestral a toujours joué un rôle primordial dans sa carrière, après être passée du côté du Montreux Jazz Festival en 2024.

« Allow me to set the scene »

This Music May Contain Hope marque également par la capacité de Raye à nous embarquer dans un univers défini. Bien qu’elle explore les genres, l’artiste née à Londres en 1997 donne à entendre la trajectoire sorore et féministe d’une jeune femme moderne dans un album particulièrement parlé et cinématographique. En témoigne l’introduction avec Girl Under The Grey Cloud dans laquelle la chanteuse fait coexister poésie, slam et langage cinématographique. « Allow me to set the scene/Permettez-moi de planter le décor » nous indique Raye ouvrant ainsi son album avec un récit aussi émouvant que percutant.

Car la force de l’album se retrouve à la fois dans la facilité de Raye à développer des images saisissantes, immédiatement perceptibles tout en offrant à chaque morceau des surprises musicales. C’est le cas notamment sur le titre particulièrement libérateur I Know You’re Hurting qui oscille entre piano-voix et une explosivité désarmante. Si on pensait que le morceau viendrait marquer une pause ; un moment suspendu et doux pour l’album, Raye va finalement à contre-sens et offre un titre puissant porté par ses incroyables vocalises.

Entre contraste et légèreté

À travers ses 17 pistes, Raye retrace sa propre histoire dans un album introspectif, sensible et pourtant universel. Tout en contant sa trajectoire, elle s’empare de sujets fédérateurs avec vitalité. Life Boat sur lequel elle chante « I am not giving up/je n’abandonne pas » propose des sonorités dansantes, tout droit inspirées de la house et de la musique électronique. Des sons qui rappellent les débuts musicaux de Raye puisque la chanteuse a travaillé en 2019 avec David Guetta sur le titre Stay (Don’t Go Away).

Si la chanteuse cultive le contraste entre paroles et thèmes, celui-ci se retrouve aussi à travers la construction de l’album. Une preuve supplémentaire ? Raye passe de Life Boat à I Hate The Way I Look Today, un morceau tout droit inspiré du jazz — une autre de ses racines musicales — et du scat. Un mélange amusant qui permet de vraiment s’investir dans l’album.

Le clip de Click Clack de Raye en featuring avec Hans Zimmer.

Une légèreté bienvenue que l’on retrouve également dans les paroles de Raye que ce soit avec The WhatsApp Shakeapeare, Goodbye Henry aux côtés du fantastique Al Green ou encore dans Beware…The South London Lover Boy, un morceau tout droit sorti des cabarets qui flotte vaguement avec le Lady Marmelade (Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?) de LaBelle.

Autant d’explorations des genres qui permettent à Raye de parler d’amour, de relations amoureuses, de rupture aussi et de solitude. Pour évoquer tous ces sujets, la chanteuse déploie des vibrations musicales impressionnantes, en témoigne le percutant Nightingale Lane.

Le clip de WHERE IS MY HUSBAND! de Raye.

Avec This Music May Contain Hope, Raye offre un album ambitieux explorant les diverses sources musicales qui ont marqué sa carrière. Un choix artistique qui en fait une chanteuse versatile dans le monde de la musique. R’n’B, soul, jazz, house, orchestre, country (sur le très beau Fields)… Ce nouvel album est une véritable consécration pour la performeuse britannique qui entre langage cinématographique et musical raconte des histoires puissantes, drôles, émouvantes, sans oublier optimistes.

Pistes après pistes, This Music May Contain Hope nous surprend. Le rythme de l’album ne faiblit jamais, Raye nous embarquant dans une œuvre lumineuse et audacieuse, à son image. « This Music May Contain Hope/Cette musique pourrait contenir de l’espoir » conclut la chanteuse sur une dernière chanson rappelant les plus belles comédies musicales. Mais pour nous, plus que de l’espoir, cette musique est avant tout le reflet de l’immense talent de Raye.

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