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« Sa vie est un roman, sa musique une saga » : Olivier Cachin raconte Michael Jackson

S’attacher à raconter la vie de Michael Jackson ? Même pas peur. Mieux : le journaliste et écrivain Olivier Cachin en remet une couche avec la réédition de sa biographie ultra-exhaustive sur le roi de la pop, Michael Jackson Pop Life. Car l’histoire est dense, complexe, souvent opaque, toujours passionnante. Et que la figure de Jackson, aussi stellaire qu’énigmatique, navigue entre zones d’ombre et lumières incandescentes.

Alors que le biopic Michael vient de sortir en salles, nous avons discuté avec le spécialiste des musiques noires des accusations qui ont sérieusement entaché le mythe « MJ », de son génie musical et de son héritage.  

Pourquoi avez-vous eu envie de vous attaquer à une figure aussi imposante que celle de Michael Jackson ?

Déjà, à la base, parce que j’ai toujours apprécié sa musique, en tout cas depuis sa carrière solo à la fin des années 70 et 80. Et puis parce que c’est un personnage qui, quand on écrit sur la musique, est absolument fabuleux. Sa musique, aussi bien que sa vie, sont passionnantes, remplies d’histoires incroyables, de retournements de situations, de mystères, de succès. Sa vie est un roman, et sa musique est une saga.  

Et pourquoi cette réédition de Michael Jackson Pop Life vous semblait nécessaire en 2026 ?

Parce que le temps passe, et c’est assez vertigineux : Michael Jackson est mort depuis 17 ans. Et ce qui est frappant, c’est que son public aujourd’hui est en grande partie composé de jeunes de 15 à 20 ans, qui n’étaient même pas nés à sa mort.

Depuis, il s’est passé énormément de choses : les théories du type « il n’est pas mort », les documentaires comme Leaving Neverland, les rééditions, les ressorties, et surtout une Jacksonmania qui ne s’est jamais arrêtée – et qui a même été relancée avec le biopic attendu depuis des années.

La réédition permet donc d’intégrer tout ce qui s’est produit depuis la première édition du livre en 2010, d’actualiser le récit, mais aussi de montrer à quel point Michael Jackson continue de produire des récits, des fantasmes et des lectures différentes selon les générations.

Comment raconte-t-on une histoire aussi vertigineuse ?

Le point de départ, c’est évidemment la musique. Même si Michael Jackson est une figure qui dépasse largement la seule question musicale, c’est elle qui structure tout. L’objectif était donc de rassembler un corpus très large : vidéos, articles de presse, ouvrages en anglais, archives diverses, pour reconstituer une chronologie la plus précise possible de sa trajectoire.

Ensuite, il y avait l’envie de ne pas faire une biographie académique ou linéaire. L’idée était d’essayer d’apporter une forme de lecture un peu différente, peut-être plus immersive, plus proche de ce que représente ce personnage dans la culture populaire.

Et puis écrire sur Michael Jackson, c’est aussi entrer dans un mythe déjà très construit. Il y a ce qu’il a fait, mais aussi tout ce qui a été projeté sur lui. L’écriture devient alors une manière d’explorer ce décalage entre l’œuvre, la perception publique et la légende.

Clip de Thriller

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris lors de vos recherches ?

Tout ce qui entoure Thriller. C’est un cas unique, l’album le plus vendu de l’histoire. Il y avait une obsession de la perfection avec son producteur Quincy Jones. L’exemple le plus parlant, ce sont les 99 mixes de Billie Jean. Et au final, ils choisiront… la deuxième version. On peut comparer ça à Stanley Kubrick qui multipliait les prises.

C’est extrême, mais chez des artistes de ce niveau, cette exigence produit quelque chose qui traverse le temps. Thriller est encore vivant plus de 40 ans après sa sortie.

Dans votre livre, vous revenez longuement sur les accusations de violences sexuelles et le procès de 2005. Pourquoi considérez-vous Michael Jackson innocent ?

C’est évidemment un sujet sensible et complexe. Mais il faut rappeler le contexte : il s’agit d’un procès extrêmement médiatisé, très long, très coûteux, avec une pression publique considérable.

Il y avait aussi un antécédent majeur avec l’affaire Jordan Chandler dans les années 1990, qui n’avait pas débouché sur un procès. Tout cela s’inscrit dans une continuité de suspicion et de controverses qui entourent l’artiste pendant des années.

Dans le procès de 2005, Michael Jackson est finalement acquitté pour l’ensemble des accusations. Pour certains, cela clôt juridiquement le sujet. Pour d’autres, cela ne suffit pas à dissiper les doutes.

L’argument développé ici repose aussi sur une lecture de sa personnalité : une vision de l’enfance très particulière, une forme d’immaturité affective prolongée, souvent rapprochée du syndrome de Peter Pan. Cela ne correspond pas, selon cette lecture, aux schémas classiques du comportement criminel tel qu’il est généralement décrit dans ce type d’affaires.

Comment avez-vous reçu le documentaire très polarisant Leaving Neverland (2019) ?

C’est un documentaire à charge, sans véritable contradictoire, construit sur deux témoignages largement contestés par la suite. Il y a aussi beaucoup d’incohérences et d’éléments qui ne convainquent pas, et l’annonce de révélations massives qui ne se sont jamais matérialisées.

Au final, chacun se fera son opinion, mais ce n’est pas un film qui emporte l’adhésion.

Vous avez participé au débat après la diffusion de ce film sur M6 en 2019. Pourquoi avoir pris position malgré la polémique ?

Parce que le débat est très vite devenu binaire. Il existe des zones d’ombre, des éléments psychologiques complexes, et une lecture du documentaire jugée trop univoque. Le sujet mérite davantage de nuances que ce qu’il propose.

This-is-it-Michael

Quelle idée reçue vouliez-vous corriger dans cette biographie ?

Il ne s’agit pas tant de corriger des erreurs que d’ajouter des éléments qui ont émergé avec le temps.

Un exemple frappant est celui de la brûlure capillaire sur le tournage de la pub Pepsi en 1984, souvent évoquée à l’époque comme un événement spectaculaire mais difficile à vérifier visuellement. Pendant longtemps, on pensait que les images n’existaient pas ou qu’elles resteraient invisibles.

Or, après la mort de Jackson, ces images ont été diffusées, notamment dans des documentaires comme celui de TMZ. Et leur visionnage change la perception de l’événement : c’était réellement un accident extrêmement grave.

Cela permet aussi de mieux comprendre certaines conséquences sur sa santé, notamment son rapport aux médicaments et aux antidouleurs, dans un contexte de douleur physique importante.

Vous avez vu le biopic très attendu Michael, sorti en salle ce 22 avril. Qu’en avez-vous pensé ?

Ce n’est pas le film catastrophe que certains pouvaient anticiper, mais ce n’est pas non plus un film totalement libre.

La production a été très encadrée, notamment par les ayants droit et les proches, ce qui influence forcément le récit. Certains personnages ou figures importantes de sa vie sont absents ou très atténués – par exemple Janet Jackson n’a quasiment aucun rôle, et Diana Ross est totalement absente, ce qui est frappant vu leur importance historique.

Le film fonctionne donc davantage comme une introduction à Michael Jackson pour un public qui découvre son histoire, plutôt que comme une exploration exhaustive ou critique. 

Le récit s’arrête globalement avant les grandes controverses, notamment autour de la période Bad ou Thriller. On est clairement dans une logique de saga en construction : le film se termine d’ailleurs sur une ouverture, laissant entendre qu’une suite pourrait couvrir les années suivantes.

Pourrait-on encore créer une superstar comme Michael Jackson aujourd’hui ?

C’est devenu très difficile. La musique est fragmentée, les audiences aussi. Il existe des stars, mais plus de figure universelle comparable à Michael Jackson.

Michael Jackson a-t-il un héritier ?

Il a évidemment influencé une génération entière d’artistes, notamment dans la pop et le R’n’B. Des figures comme Usher ou Justin Timberlake revendiquent directement cet héritage.

Mais il n’y a pas d’héritier unique à son niveau. Il a plutôt ouvert des portes, notamment en imposant la présence massive d’artistes noirs sur MTV et dans la pop mondiale. Son statut reste donc difficilement transférable : il s’agit plus d’une influence diffuse que d’une succession directe.

Quel album représente le mieux son génie selon vous ?

Ce n’est pas très original, mais c’est évidemment Thriller. Parce que c’est presque un univers complet en neuf morceaux. Il y a une variété incroyable, une cohérence artistique très forte, et surtout un impact culturel qui dépasse largement la musique.

C’est aussi un album qui fonctionne avec relativement peu de clips à l’origine – trois principaux – alors que par la suite, chaque morceau ou presque sera mis en images. Malgré cela, l’album a une puissance incroyable.

Cela dit, il y a d’autres albums qui comptent énormément. Off the Wall est fondamental dans son évolution. Bad est très fort également. Dangerous représente une prise de risque incroyable avec un nouveau son. Même HIStory ou Invincible contiennent des choses remarquables.

Mais en termes d’impact, de créativité et de statut, Thriller reste l’album qui définit son passage au rang de superstar mondiale.

Et son album le plus sous-estimé ?

Pour moi, c’est clairement Invincible. C’est un album qui n’a pas eu la chance d’exister pleinement. Il est sorti dans un contexte très conflictuel entre Michael Jackson et Sony, notamment avec Tommy Mottola, et il n’a pas été défendu comme les précédents.

Il n’y a eu que deux clips, dont un considéré comme très faible, et aucune grande tournée pour accompagner la sortie. Or, l’album contient pourtant des morceaux très forts comme Unbreakable, Butterflies ou The Lost Children.

Même la pochette donne l’impression d’un projet bâclé, loin des visuels iconiques qui accompagnaient habituellement ses albums. Tout cela contribue à faire d’Invincible un album sous-estimé. Avec une vraie promotion, une tournée mondiale et des clips spectaculaires comme il en avait l’habitude, il aurait probablement été perçu très différemment. 

Quelle chanson résumerait le mieux le paradoxe Michael Jackson ?

Probablement Billie Jean (1983). D’abord parce que c’est sa chanson signature, reconnaissable dès les premières secondes. Mais aussi parce que son sujet est étonnant pour un tube aussi gigantesque : une accusation de paternité, un procès, une tension psychologique. C’est une chanson assez sombre dans son propos, ce qui contraste avec son succès planétaire.

Il y a aussi des éléments techniques intéressants : le morceau met près de 40 secondes avant de démarrer réellement, ce qui serait aujourd’hui presque impensable pour un single.

Même le clip est relativement minimaliste, avec des contraintes budgétaires qui ont conduit Michael Jackson à adapter sa chorégraphie. Tout cela fait de Billie Jean un tube improbable, devenu pourtant l’un des morceaux les plus emblématiques de l’histoire de la pop. 

Clip de Billie Jean

Il semble qu’il existe encore des inédits de Michael Jackson. Pensez-vous qu’ils verront le jour ?

Probablement oui. Il existe encore des enregistrements, surtout des périodes Thriller et Dangerous. Mais leur sortie est très contrôlée par les ayants droit. Les publications se font au compte-gouttes, avec une stratégie prudente.

Il est donc probable que de nouveaux inédits apparaissent encore, mais sans inondation du marché – plutôt par touches successives, comme cela a déjà été le cas ces dernières années.

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Derrière les arbres, le récit de Frédéric Pommier qui affronte l’indicible

Avec Derrière les arbres publié le 15 avril aux éditions Flammarion, Frédéric Pommier signe un texte à part dans son parcours. Journaliste à France Inter où il anime aujourd’hui la chronique C’est une chanson, il s’écarte de sa casquette de chroniqueur pour livrer un récit autobiographique consacré aux violences sexuelles subies durant son enfance.

Que raconte Derrière les arbres ?

Le livre revient sur des viols commis entre ses 4 et 7 ans par plusieurs agresseurs, parmi lesquels un proche de la famille et un ancien responsable politique. Il en explore les effets dans la durée : l’amnésie traumatique, d’abord, puis la réapparition progressive des souvenirs à l’âge adulte. Le texte s’attache moins à la reconstitution factuelle qu’à la manière dont ces événements ont traversé le corps et la mémoire.

« Pendant longtemps, il n’y a pas eu un seul jour où je n’ai pas été hanté plusieurs fois dans la journée par certaines images (…) parce que le corps, il n’oublie pas », explique l’auteur au micro de France Inter.

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

Dans ses premières pages, l’enfant est désigné à distance, à la troisième personne. Ce n’est que plus tard que le « je » apparaît, au moment où les souvenirs se précisent et où la parole se construit. « Sur le papier, les faits sont prescrits, mais les faits ne seront jamais prescrits dans mon livre », affirme l’auteur.

Depuis plus de 20 ans, Frédéric Pommier évolue au sein de Radio France, entre reportages et chroniques. Il s’est imposé par une attention particulière aux récits personnels. « Ce livre, c’est pour rendre justice au petit garçon que j’étais. Et au petit garçon qu’on a bousillé », confie-t-il à l’AFP.

Qu’en pensent les médias ?

Les premiers retours critiques insistent sur la force du texte sans en gommer la dureté. Télérama évoque « un récit précis et déchirant » et « une grande clarté d’écriture », saluant une construction qui relève « moins du témoignage que du récit littéraire ». Dans Libération, l’auteur résume lui-même la persistance du traumatisme : « Le viol, c’est un poison qu’on vous plante dans les veines et qui n’en part jamais. » Le quotidien souligne également la fonction réparatrice de l’écriture, qui permet de « reprendre le pouvoir ».

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Le pain des anges de Patti Smith : que vaut sa nouvelle autobiographie ?

Il a fallu un peu de temps, mais Gallimard s’est enfin décidé à inaugurer une collection de non-fiction, offrant ses lettres de noblesse en France à une littérature du réel née aux États-Unis. Et c’est d’ailleurs une icône américaine qui ouvre le bal d’une première salve de trois livres très attendus, publiés coup sur coup par la maison d’édition historique.

Avant de découvrir le premier récit traduit en France d’Olivia Laing, Lonely City, déambulation à New York d’une Anglaise expérimentant la solitude au contact des artistes qui l’ont représentée, comme Edward Hopper ou Andy Warhol ; avant de plonger dans le livre-confession de la romancière Siri Hustvedt qui, avec Ghost Stories, se confie pour la première fois sur le grand amour de sa vie, le géant des lettres américaines, mort il y a deux ans, Paul Auster ; l’heure est d’abord à la découverte d’un petit livre au titre énigmatique, dont l’ésotérisme symbolise à merveille l’œuvre de son autrice. Une parution qui sera l’un des événements littéraires du printemps, Le pain des anges de Patti Smith.

De reine du punk à reine des lettres

2026 signe, en effet, le grand retour de la reine du punk avec un nouvel opus autobiographique particulièrement attendu au vu de l’accueil élogieux reçu il y a quelques mois de l’autre côté de l’Atlantique. Il faut dire que Patti Smith a érigé un modèle de reconversion littéraire. Après avoir conquis le monde entier avec des tubes planétaires comme Gloria (1975), piqué à Van Morrison, Because The Night (1978), coécrit avec Bruce Springsteen ou encore l’hymne militant People Have The Power (1988), elle s’est progressivement tournée vers l’autre grande obsession de sa vie : l’écriture. Pour retracer, à sa manière, poétique et jamais linéaire, les grandes étapes qui ont marqué sa destinée hors du commun.

Il y a 16 ans, elle publiait Just Kids (2010) et entrait un peu plus dans la légende. Un livre générationnel au succès retentissant, dans lequel elle racontait son ascension au sein de la bohème new-yorkaise et sa relation, belle et chaotique, avec le photographe Robert Mapplethorpe. Avec à la clé des millions de lecteurs et surtout un adoubement de la part de la critique, puisqu’elle est récompensée la même année du très prestigieux National Book Award.

Ont suivi d’autres récits, au carrefour de l’art et de la vie. Notamment M Train (2015), référence au métro new-yorkais, « carte de son existence » dévoilée au fil des stations, ou Dévotion (2017), une plongée dans son processus d’écriture. Des livres fascinants, parce qu’intimement liés à la figure géniale de Patti Smith, mais qui manquaient du souffle originel, de cette transe ressentie dans Just Kids, une expérience quasi sensorielle qui avait largement contribué à rendre tout le monde accro. Alors, la publication de cette nouvelle autobiographie s’accompagnait d’un espoir. Le pain des anges signe-t-il le retour à la magie ?

Enfance, rébellion et amour

N’imaginez surtout pas Le pain des anges comme une suite. Signe d’une autrice qui refuse la linéarité et qui se plaît à saisir sa vie comme une photographe, collectionnant les instantanés, le livre est à la fois un prequel et un sequel de Just Kids. Une œuvre comme un reflet déformant, ou plutôt un contrepoint qui s’immisce dans d’autres strates de la vie de l’artiste et s’étend de son enfance à aujourd’hui, alors qu’elle s’apprête à souffler ses 80 bougies.

Autre préambule, autre avertissement. Pour ceux qui n’auraient jamais lu la plume de Patti Smith, il y a un pli à prendre. C’est foutraque, parfois un peu répétitif, les images convoquées peuvent dérouter, mais tout est une question de laisser-aller. Finalement, l’écriture est à l’image de celle qui est en train de la composer. Avec son côté évanescent et ésotérique, cette poésie singulière, lumineuse, mais tourmentée, elle en dit presque autant que toutes les histoires qui nous sont racontées.

Le pain des anges Patti Smith

Dans Le pain des anges, il est beaucoup question de l’enfance. Celle de Patti Smith se déroule entre Philadelphie et le New Jersey, à la suite d’un père, vétéran traumatisé de la Seconde Guerre mondiale, qui se démène pour faire vivre sa petite famille, et aux côtés d’une fratrie soudée, de précieux alliés dans les années de dèche familiale. Dans cette fresque romantisée de ses jeunes années, l’autrice raconte la tuberculose qui a gâché quelques années et remonte aux sources de la rébellion, entre insubordination à l’école et découverte d’Arthur Rimbaud. Elle revient surtout sur un épisode douloureux de l’adolescence – sa grossesse à 19 ans et ce bébé confié à l’adoption juste avant de rejoindre le New York bohème qu’elle raconte dans Just Kids.

Sa relation avec Sam Shepard, le triangle amoureux qu’elle laisse deviner entre elle, l’actrice Maria Schneider et le milliardaire Paul Getty, le coup bas que lui aurait fait Bob Dylan un soir juste avant un concert : il y a aussi de quoi rassasier les lecteurs curieux qui viennent d’abord chercher dans ces mémoires des petites histoires avec les grandes gloires de l’époque. Mais s’il y a une figure qui brille plus que les autres au cœur du Pain des anges, comme une étoile qui veille là-haut, c’est le guitariste Fred Smith, « l’homme de [sa] vie, le meilleur sauvage », décédé subitement des suites d’une crise cardiaque en 1994. Rencontré en 1979, lors d’un des pires moments de sa carrière, alors qu’elle s’est repliée sur elle-même, il lui donne une force nouvelle. Elle devient mère, elle se réinvente.

Chez Patti Smith, l’art et la vie se répondent en écho. Et si ce récit semble plus intime encore que les autres parce qu’il laisse deviner une femme qu’on avait peu vue jusque-là, il n’en délaisse pas pour autant la fibre artistique unique de celle qui demeure l’une des figures les plus inspirantes de ces 50 dernières années. L’autopsie de son rapport contrarié à la scène fascine. Cet espace où elle se libère, mais où les démons l’assaillent. Surtout, la déclaration d’amour à l’écriture touche en plein cœur. Fidèle alliée dans les tumultes de la vie, Patti Smith vit parce qu’elle écrit et, comme pour lui rendre la pareille, elle écrit ce qu’elle vit. Finalement, elle est peut-être là, la magie.

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