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Chainsaw Man, tome 21 : que contient l’édition collector tant convoitée ?

Le succès de Chainsaw Man ne se dément pas. Tandis que le manga de Tatsuki Fujimoto poursuit son exploration d’un univers toujours plus radical, le tome 21, attendu en France le 6 février chez Crunchyroll Manga, bénéficie d’une édition collector attendue par les lecteurs. Cette édition spéciale se distingue par un contenu visuel. Le coffret comprend une jaquette alternative réversible, illustrée par un visuel, ainsi que cinq ex-libris sous forme de cartes illustrées. L’ensemble est complété par un illustration book de 24 pages en couleur, réunissant plusieurs artworks et visuels promotionnels issus de l’univers de la série.

Où en est l’histoire dans le manga ?

Sur le plan du récit, le tome 21 s’inscrit dans la deuxième partie de Chainsaw Man, ouverte après la conclusion de la première grande saga. Le volume s’articule autour d’un nouvel affrontement. Le résumé officiel : « Pour échapper au piège du lac éternel, Denji continue de se goinfrer, donnant ainsi à Pochita le pouvoir d’affronter le démon-vieillesse dans le monde réel ! Mais lorsqu’au bord de la saturation il vomit Yoshida pour libérer de la place, ce dernier lui propose… une alliance ! Son plan : attaquer leur adversaire directement via l’estomac de Denji ! »

Pourquoi Chainsaw Man est-il de nouveau sous les projecteurs ?

Le manga a par ailleurs bénéficié récemment d’un regain d’attention, porté par la sortie du film L’arc de Reze, produit par le studio MAPPA, qui a remis la licence au centre de l’actualité anime. Le long-métrage adapte l’un des moments les plus populaires de la première partie du manga, couvrant les chapitres 40 à 52, tomes 6 et 7. Denji y rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux avant de découvrir qu’elle est en réalité le démon bombe, envoyée pour l’éliminer. Sorti comme un prolongement direct de la première saison de l’anime, le film a servi de transition vers les futures adaptations.

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Comment Marie-Antoinette est-elle devenue une icône du manga ?

Dans Sharehouse Nile (qui paraît aux éditions Mangetsu ce 4 février), Marie-Antoinette d’Autriche se réincarne dans une colocation, de nos jours, et tombe amoureuse d’un certain Che Guevara. Une comédie romantique au concept pour le moins loufoque, mais qui a le mérite de soulever une question intéressante : pourquoi diable la dernière reine de l’Ancien Régime français, guillotinée en 1793, est-elle devenue une icône du manga, où elle fait d’innombrables apparitions ? Décryptage historique.

Une popularité qui remonte aux années 1970

La Révolution française fascine les auteurs japonais depuis le XIXᵉ siècle, et pour cause : les relations diplomatiques durables entre la France et le Japon s’établissent formellement en 1858. Cette période coïncide avec l’essor du « roman national » français, alors que l’épopée révolutionnaire irrigue encore largement l’imaginaire des auteurs et des artistes.

Les vastes échanges culturels et diplomatiques entre les deux pays vont largement diffuser les ouvrages sur la Révolution au sein de l’élite artistique nippone. C’est ce qui explique pourquoi, lors de l’essor du manga un siècle plus tard, les lecteurs japonais étaient déjà familiers des grands épisodes de la Révolution, de la prise de la Bastille à l’épopée napoléonienne, en passant par le procès du roi.

Dans les années 1960, on note un pic d’intérêt des spectateurs locaux pour les productions se déroulant lors de cette période : La tulipe noire, un film de 1964 mettant en scène Alain Delon, est par exemple un immense succès au Japon. Rien d’étonnant alors à ce que plusieurs mangakas s’emparent du sujet et commencent à dessiner des histoires se déroulant sous le règne crépusculaire de Louis XVI.

Le plus connu est La rose de Versailles de Riyoko Ikeda, publié à partir de 1972. Aussi connu sous le nom de Lady Oscar chez nous, ce manga qui romançait lourdement l’histoire du chevalier d’Éon mettait en scène un garde du corps de Marie-Antoinette qui cachait sa réelle identité de jeune femme dans un monde d’hommes.

Marie-Antoinette, dépeinte de manière très négative dans la version japonaise de La tulipe noire.

Dire que La rose de Versailles a été un succès est un euphémisme : on compte plus de 20 millions d’exemplaires vendus et un nombre incalculable d’adaptations à l’écran et au théâtre. Ce triomphe tient à l’immense popularité de Marie-Antoinette auprès des lectrices. Elle est ici transformée en héroïne tragique à la moralité grise et à la psychologie subtile, sous la plume d’une dessinatrice par ailleurs engagée au sein de la mouvance communiste japonaise.

Parfois héroïne, parfois antagoniste

Le succès de la Rose de Versailles va déclencher une véritable Marie-Antoinette-mania dans le monde de la pop culture japonaise. Des dizaines de récits se déroulant à la même période sont créés, certains avec un certain succès international (à l’image de La Seine no Hoshi, version animée de La tulipe noire diffusée en 1975). Marie-Antoinette y est d’ailleurs parfois dépeinte de manière plus sombre que dans le manga d’Ikeda, où sa moralité demeurait ambiguë.

Marie-Antoinette, la jeunesse d’une reine.

La figure de la reine se prête d’ailleurs bien à un exercice de renversement de perspective : selon la lecture qui est faite de l’histoire, elle peut être perçue comme la victime tragique des circonstances, ou, à l’inverse, comme une souveraine cruelle et distante, indifférente aux malheurs de son peuple. C’est par exemple l’approche du manga documentaire Marie-Antoinette de Mamoru Kurihara et Natsuko Wada, qui tentait d’aborder les deux facettes du personnage pour démystifier sa légende.

D’autres œuvres vont par ailleurs utiliser l’immense popularité du personnage pour évoquer la vie quotidienne à cette époque et dépeindre l’ambiance de la France prérévolutionnaire. Et ce, afin de proposer une approche plus vraisemblable, à l’image de Marie-Antoinette, la jeunesse d’une reine de Fuyumi Soryo, qui tentait une narration davantage basée sur des sources documentaires que sur la vision romancée et clichée de la vie de la monarque.

Une figure historique avec laquelle les mangakas aiment jouer

Néanmoins, plus la figure de Marie-Antoinette gagne en notoriété au Japon et plus elle se détache de sa réalité historique. Si des mangas récents reviennent encore sur des aspects authentiques et ancrés dans des événements réels (des titres comme Innocent ou Le troisième Gédéon), la reine va aussi devenir une icône kitsch réduite à quelques clichés simplistes : la décapitation, les fastes de la cour, son histoire d’amour tumultueuse avec Axel de Fersen, ou encore la fameuse citation apocryphe « qu’ils mangent de la brioche ».

On voit alors fleurir depuis une vingtaine d’années des œuvres aux concepts rocambolesques : dans Versailles of the Dead, le jumeau maléfique de la reine prend sa place pour orchestrer l’invasion de la cour par des zombies affamés. Dans Power Antoinette, elle devient une body-buildeuse dotée de superpouvoirs.

Le personnage est devenu si connu et populaire qu’il a intégré le casting du jeu Fate/Grand Order mettant en scène des combats entre de grands personnages de l’histoire. On y voit la reine atomiser ses adversaires à coup de tours de magie – voire de ballons de beach-volley.

Comme le souligne un abondant dossier du site La boîte de mangas, la popularité du personnage est désormais telle qu’elle est officiellement utilisée par des acteurs du tourisme en France et au Japon pour attirer des visiteurs à Paris. Il semble que la figure iconique ait fini par effacer le véritable personnage historique, comme en témoigne l’arrivée d’œuvres aussi décalées que Sharehouse Nile. Des mangas amusants, certes, et poussant parfois très loin l’excentricité dans la représentation de la reine, mais qui n’en rendent que plus précieuses des œuvres précises, documentaires et instructives, comme celle de Fuyumi Soryo.

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Mauvaise nouvelle pour les fans d’anime : Crunchyroll augmente le prix de tous ses forfaits

Crunchyroll augmente une nouvelle fois le prix de ses abonnements en 2026, quelques semaines après la suppression de son offre gratuite avec publicité. Une évolution qui s’inscrit dans la stratégie de concentration menée par Sony, devenu l’acteur ultra-dominant de l’anime en France comme à l’international.

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Le premier amour de Nezumi : c’est quoi ce manga prometteur ?

Derrière son titre faussement candide, Le premier amour de Nezumi déploie un récit sombre, à la lisière de la romance et du thriller criminel. La série, signée Riku Oseto, est publiée au Japon depuis novembre 2023 dans le Weekly Young Magazine de Kodansha. Toujours en cours, elle compte déjà plusieurs volumes. En France, Panini lance le premier tome ce 4 février.

De quoi ça parle ?

Le manga suit le parcours de Nezumi, une jeune femme élevée au sein d’un clan de yakuzas qui l’a formée dès l’enfance à devenir tueuse à gages. Coupée du monde extérieur, elle n’a jamais connu d’autre réalité que celle de la violence et de l’obéissance. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre Ao, un jeune homme ordinaire.

Pour Nezumi, cette histoire d’amour devient une première expérience de normalité, la découverte d’un quotidien qui lui était jusque-là inaccessible. La tension dramatique s’installe lorsqu’un dilemme moral s’impose à elle, la poussant à choisir entre ce lien affectif ou la violence qui a structuré son existence.

Qui est Riku Oseto ?

Riku Oseto fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs seinen attirés par des récits sombres et inconfortables. Il se fait remarquer en 2022 avec Eimugai, une série en quatre volumes centrée sur l’enlèvement d’un garçon et la quête de sa sœur pour le retrouver, dans une atmosphère lugubre et angoissante. Son travail se caractérise par une tendance à placer ses personnages face à des situations extrêmes pour explorer les rapports de domination, les dilemmes de loyauté et les mécanismes de survie émotionnelle.

Quelles sont les influences du Premier amour de Nezumi ?

Par sa manière d’articuler sentiment amoureux et violence structurelle, Le premier amour de Nezumi dialogue avec plusieurs figures majeures du seinen contemporain. Le manga évoquera pour certains Tokyo Ghoul, dans sa façon de superposer une existence en apparence ordinaire à un monde souterrain dominé par la brutalité, ou à Les fleurs du mal, pour son approche frontale des tourments intérieurs.

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Nos lectures manga du mois de janvier 2026

(1) Par-delà les neiges éternelles : l’asphyxie familiale

À la lisière du shōjo et du josei, la mangaka Haruka Chizu s’attache au quotidien de Muku, jeune femme vivant avec sa famille et aidante auprès de son grand-père. Responsabilités familiales, difficultés financières, abandon de ses rêves… La protagoniste porte un fardeau qui s’allège soudain à la faveur d’une rencontre fortuite avec Yuto, un passionné de littérature comme elle.

Par-delà les neiges éternelles.

Publié le 22 janvier aux éditions Delcourt, ce premier tome évite d’utiliser la romance comme simple moteur narratif et s’en sert plutôt pour illustrer un mal-être profond. L’histoire repose en revanche sur un schéma familier – des amis d’enfance séparés depuis dix ans. Le dessin traduit avec justesse l’isolement et la saturation émotionnelle. La métaphore de la noyade traverse l’ensemble de l’œuvre et structure une mise en scène quasi asphyxiante. Fragile dans sa construction, parfois déroutante, cette entrée en matière n’en demeure pas moins singulière.

(2) Tani & Suzuki : une nouvelle romance lycéenne

À contre-courant des shōjo fondés sur la tension romantique, Tani & Suzuki s’intéresse moins à la naissance d’un amour qu’à sa construction. Kocha Agasawa reprend les codes du genre pour mieux en déplacer l’enjeu : ici, la question n’est pas tant « Comment se rencontrer ? » que « Comment apprendre à être ensemble ? ».

Tani & Suzuki.

Paru le 7 janvier aux éditions Nobi Nobi, le manga observe les premières étapes d’une relation amoureuse entre deux adolescents aux tempéraments radicalement opposés. Les micro-émotions prennent le pas sur les grands rebondissements : hésitations, malaises, maladresses, peur de ne pas être à la hauteur…

Sans chercher la rupture formelle, le titre trouve sa force dans une forme de légèreté sincère. Le dessin est simple et chaleureux, et accompagne un récit qui avance à hauteur de lycéens. Rien de révolutionnaire, mais une douceur communicative, qui aborde des thématiques familières avec un regard renouvelé. La série bénéficie par ailleurs d’une adaptation animée, disponible sur Crunchyroll depuis janvier.

(3) Divines : fable céleste

Quelques planches suffisent pour reconnaître la signature graphique de Kamome Shirahama. Les visages ciselés, les décors foisonnants, la composition élégante : Divines s’inscrit pleinement dans l’univers esthétique de l’autrice de L’atelier des sorciers. Cette nouvelle édition, parue le 14 janvier aux éditions Pika, offre à ce diptyque un écrin particulièrement soigné.

Le récit met en scène une ange et une démone, liées par une relation d’amitié teintée de rivalité, plongées dans le monde des humains où leurs interventions produisent des effets inattendus. Le ton oscille constamment entre humour et mélancolie, et les situations cocasses dissimulent une forme de gravité. Somptueux, Divines déploie un merveilleux réflexif où le fantastique devient un miroir des contradictions humaines.

(4) Graaal ! : la Table ronde à l’épreuve du shōnen

Graaal ! assume sans détour son projet : réinvestir la légende arthurienne à travers les codes du shōnen d’action. Luciano Damiano, mangaka italien, convoque chevaliers, pouvoirs surnaturels et batailles titanesques dans un récit qui privilégie le mouvement, la confrontation et l’escalade spectaculaire. Le premier tome est paru le 16 janvier aux éditions Vega.

Graaal !.

Le rythme est soutenu, voire frénétique. Les scènes de combat s’enchaînent avec efficacité, portées par un dessin énergique. Le manga remplit parfaitement sa promesse de divertissement, enchaînant affrontements, rivalités et révélations. Derrière l’efficacité formelle, l’univers peine toutefois à imposer une véritable singularité. L’hybridation entre mythologie occidentale et manga donne une impression de collage d’influences, sans véritable réinvention.

(5) No Name : une dystopie politique

Et si l’identité n’était plus un droit, mais un dispositif ? Dans No Name, les noms sont attribués à la naissance et déterminent les pouvoirs surnaturels de chaque individu, dans un monde où l’État administre littéralement les existences. Le manga de Rafal Jaki, scénariste polonais connu pour son travail sur The Witcher 3: Wild Hunt et Cyberpunk 2077 chez CD Projekt Red, suit deux enquêteurs chargés de retrouver un enfant disparu.

No Name.

Plus qu’un simple polar, le récit glisse vers une critique systémique : bureaucratie tentaculaire, normalisation des identités, contrôle politique des corps… L’univers nordique, froid, presque clinique, installe une atmosphère oppressante. Parus le 25 janvier aux éditions Kurokawa, les deux tomes composent une dystopie dense et efficace, aux accents de Psycho-Pass par sa portée politique.

(6) Idol Escape : célébrité et désastre

L’histoire s’ouvre sur une rencontre : celle d’Ainosuke, jeune homosexuel marginalisé, et de Karen Asahina, célèbre idol. Lui rêve d’être quelqu’un d’autre, elle rêve de ne plus être regardée. Le récit explore un territoire sombre, celui de la fuite, de la solitude et de l’identité empêchée.

Idol Escape.

Le manga, publié le 21 janvier aux éditions Glénat, glisse progressivement vers le thriller psychologique, abordant frontalement des thèmes lourds. Le rythme est parfois instable, notamment dans la rapidité avec laquelle le lien entre les deux personnages se noue, mais l’ensemble intrigue par son audace thématique, laissant toutefois une impression trouble.

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