Le succès de Chainsaw Man ne se dément pas. Tandis que le manga de Tatsuki Fujimoto poursuit son exploration d’un univers toujours plus radical, le tome 21, attendu en France le 6 février chez Crunchyroll Manga, bénéficie d’une édition collector attendue par les lecteurs. Cette édition spéciale se distingue par un contenu visuel. Le coffret comprend une jaquette alternative réversible, illustrée par un visuel, ainsi que cinq ex-libris sous forme de cartes illustrées. L’ensemble est complété par un illustration book de 24 pages en couleur, réunissant plusieurs artworks et visuels promotionnels issus de l’univers de la série.
Sur le plan du récit, le tome 21 s’inscrit dans la deuxième partie de Chainsaw Man, ouverte après la conclusion de la première grande saga. Le volume s’articule autour d’un nouvel affrontement. Le résumé officiel : « Pour échapper au piège du lac éternel, Denji continue de se goinfrer, donnant ainsi à Pochita le pouvoir d’affronter le démon-vieillesse dans le monde réel ! Mais lorsqu’au bord de la saturation il vomit Yoshida pour libérer de la place, ce dernier lui propose… une alliance ! Son plan : attaquer leur adversaire directement via l’estomac de Denji ! »
Pourquoi Chainsaw Man est-il de nouveau sous les projecteurs ?
Le manga a par ailleurs bénéficié récemment d’un regain d’attention, porté par la sortie du film L’arc de Reze, produit par le studio MAPPA, qui a remis la licence au centre de l’actualité anime. Le long-métrage adapte l’un des moments les plus populaires de la première partie du manga, couvrant les chapitres 40 à 52, tomes 6 et 7. Denji y rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux avant de découvrir qu’elle est en réalité le démon bombe, envoyée pour l’éliminer. Sorti comme un prolongement direct de la première saison de l’anime, le film a servi de transition vers les futures adaptations.
Derrière son titre faussement candide, Le premier amour de Nezumidéploie un récit sombre, à la lisière de la romance et du thriller criminel. La série, signée Riku Oseto, est publiée au Japon depuis novembre 2023 dans le Weekly Young Magazine de Kodansha. Toujours en cours, elle compte déjà plusieurs volumes. En France, Panini lance le premier tome ce 4 février.
Le manga suit le parcours de Nezumi, une jeune femme élevée au sein d’un clan de yakuzas qui l’a formée dès l’enfance à devenir tueuse à gages. Coupée du monde extérieur, elle n’a jamais connu d’autre réalité que celle de la violence et de l’obéissance. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre Ao, un jeune homme ordinaire.
Pour Nezumi, cette histoire d’amour devient une première expérience de normalité, la découverte d’un quotidien qui lui était jusque-là inaccessible. La tension dramatique s’installe lorsqu’un dilemme moral s’impose à elle, la poussant à choisir entre ce lien affectif ou la violence qui a structuré son existence.
Qui est Riku Oseto ?
Riku Oseto fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs seinen attirés par des récits sombres et inconfortables. Il se fait remarquer en 2022 avec Eimugai, une série en quatre volumes centrée sur l’enlèvement d’un garçon et la quête de sa sœur pour le retrouver, dans une atmosphère lugubre et angoissante. Son travail se caractérise par une tendance à placer ses personnages face à des situations extrêmes pour explorer les rapports de domination, les dilemmes de loyauté et les mécanismes de survie émotionnelle.
Quelles sont les influences du Premier amour de Nezumi ?
Par sa manière d’articuler sentiment amoureux et violence structurelle, Le premier amour de Nezumi dialogue avec plusieurs figures majeures du seinen contemporain. Le manga évoquera pour certains Tokyo Ghoul, dans sa façon de superposer une existence en apparence ordinaire à un monde souterrain dominé par la brutalité, ou à Les fleurs du mal, pour son approche frontale des tourments intérieurs.
(1) Par-delà les neiges éternelles : l’asphyxie familiale
À la lisière du shōjo et du josei, la mangaka Haruka Chizu s’attache au quotidien de Muku, jeune femme vivant avec sa famille et aidante auprès de son grand-père. Responsabilités familiales, difficultés financières, abandon de ses rêves… La protagoniste porte un fardeau qui s’allège soudain à la faveur d’une rencontre fortuite avec Yuto, un passionné de littérature comme elle.
Par-delà les neiges éternelles.
Publié le 22 janvier aux éditions Delcourt, ce premier tome évite d’utiliser la romance comme simple moteur narratif et s’en sert plutôt pour illustrer un mal-être profond. L’histoire repose en revanche sur un schéma familier – des amis d’enfance séparés depuis dix ans. Le dessin traduit avec justesse l’isolement et la saturation émotionnelle. La métaphore de la noyade traverse l’ensemble de l’œuvre et structure une mise en scène quasi asphyxiante. Fragile dans sa construction, parfois déroutante, cette entrée en matière n’en demeure pas moins singulière.
(2) Tani & Suzuki : une nouvelle romance lycéenne
À contre-courant des shōjo fondés sur la tension romantique, Tani & Suzukis’intéresse moins à la naissance d’un amour qu’à sa construction. Kocha Agasawa reprend les codes du genre pour mieux en déplacer l’enjeu : ici, la question n’est pas tant « Comment se rencontrer ? » que « Comment apprendre à être ensemble ? ».
Tani & Suzuki.
Paru le 7 janvier aux éditions Nobi Nobi, le manga observe les premières étapes d’une relation amoureuse entre deux adolescents aux tempéraments radicalement opposés. Les micro-émotions prennent le pas sur les grands rebondissements : hésitations, malaises, maladresses, peur de ne pas être à la hauteur…
Sans chercher la rupture formelle,le titre trouve sa force dans une forme de légèreté sincère. Le dessin est simple et chaleureux, et accompagne un récit qui avance à hauteur de lycéens. Rien de révolutionnaire, mais une douceur communicative, qui aborde des thématiques familières avec un regard renouvelé. La série bénéficie par ailleurs d’une adaptation animée, disponible sur Crunchyroll depuis janvier.
(3) Divines : fable céleste
Quelques planches suffisent pour reconnaître la signature graphique de Kamome Shirahama. Les visages ciselés, les décors foisonnants, la composition élégante : Divines s’inscrit pleinement dans l’univers esthétique de l’autrice de L’atelier des sorciers. Cette nouvelle édition, parue le 14 janvier aux éditions Pika, offre à ce diptyque un écrin particulièrement soigné.
Le récit met en scène une ange et une démone, liées par une relation d’amitié teintée de rivalité, plongées dans le monde des humains où leurs interventions produisent des effets inattendus. Le ton oscille constamment entre humour et mélancolie, et les situations cocasses dissimulent une forme de gravité. Somptueux, Divines déploie un merveilleux réflexif où le fantastique devient un miroir des contradictions humaines.
(4) Graaal ! : la Table ronde à l’épreuve du shōnen
Graaal ! assume sans détour son projet : réinvestir la légende arthurienne à travers les codes du shōnen d’action. Luciano Damiano, mangaka italien, convoque chevaliers, pouvoirs surnaturels et batailles titanesques dans un récit qui privilégie le mouvement, la confrontation et l’escalade spectaculaire. Le premier tome est paru le 16 janvier aux éditions Vega.
Graaal !.
Le rythme est soutenu, voire frénétique. Les scènes de combat s’enchaînent avec efficacité, portées par un dessin énergique. Le manga remplit parfaitement sa promesse de divertissement, enchaînant affrontements, rivalités et révélations. Derrière l’efficacité formelle, l’univers peine toutefois à imposer une véritable singularité. L’hybridation entre mythologie occidentale et manga donne une impression de collage d’influences, sans véritable réinvention.
(5) No Name : une dystopie politique
Et si l’identité n’était plus un droit, mais un dispositif ? Dans No Name, les noms sont attribués à la naissance et déterminent les pouvoirs surnaturels de chaque individu, dans un monde où l’État administre littéralement les existences. Le manga de Rafal Jaki, scénariste polonais connu pour son travail sur The Witcher 3: Wild Hunt et Cyberpunk 2077 chez CD Projekt Red, suit deux enquêteurs chargés de retrouver un enfant disparu.
No Name.
Plus qu’un simple polar, le récit glisse vers une critique systémique : bureaucratie tentaculaire, normalisation des identités, contrôle politique des corps… L’univers nordique, froid, presque clinique, installe une atmosphère oppressante. Parus le 25 janvier aux éditions Kurokawa, les deux tomes composent une dystopie dense et efficace, aux accents de Psycho-Pass par sa portée politique.
(6) Idol Escape : célébrité et désastre
L’histoire s’ouvre sur une rencontre : celle d’Ainosuke, jeune homosexuel marginalisé, et de Karen Asahina, célèbre idol. Lui rêve d’être quelqu’un d’autre, elle rêve de ne plus être regardée. Le récit explore un territoire sombre, celui de la fuite, de la solitude et de l’identité empêchée.
Idol Escape.
Le manga, publié le 21 janvier aux éditions Glénat, glisse progressivement vers le thriller psychologique, abordant frontalement des thèmes lourds. Le rythme est parfois instable, notamment dans la rapidité avec laquelle le lien entre les deux personnages se noue, mais l’ensemble intrigue par son audace thématique, laissant toutefois une impression trouble.