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Tsugai – Daemons of the Shadow Realm, premier souffle animé d’une saga incontournable

4 avril 2026 à 07:00

D’emblée, l’image de grands yeux rouges agit comme une signature. Celle de Hiromu Arakawa, pour qui ce motif dépasse la simple esthétique : il suggère une mémoire, une violence latente, quelque chose qui déborde du personnage pour toucher à l’histoire elle-même. Celles et ceux qui connaissent son travail y verront un écho évident à Fullmetal Alchemist, œuvre maîtresse de sa carrière, dans laquelle ce regard rouge – celui du peuple Ishval – concentrait des enjeux politiques et humains. Daemons of the Shadow Realm, adaptation de Yomi no Tsugai lancée ce 4 avril, reprend ce langage dans un autre registre, posant un cadre graphique familier pour ouvrir un récit encore largement à explorer, mais déjà riche en promesses.

Dans le sillage d’une œuvre majeure

Vous l’aurez compris : difficile d’aborder cette adaptation sans penser à ce qui a précédé, tant Arakawa a laissé une empreinte immense sur le shōnen contemporain. Lancé en 2021 dans le Monthly Shōnen Gangan, Tsugai a d’ailleurs rapidement trouvé son public.

Sa réception critique, très positive, tient autant à la richesse de ce nouvel univers qu’à la manière dont il prolonge les thématiques chères à la mangaka : filiation, dualité, responsabilité… L’anime arrive ainsi avec un matériau solide, une base de fans déjà établie et de quoi séduire un public plus large, amateur de récits d’action originaux et d’animes de dark fantasy.

L’histoire suit Yuru, un jeune garçon vivant dans le village isolé d’Higashi ; un environnement coupé du monde, sans trace de modernité, dans lequel sa sœur jumelle, Asa, est enfermée à l’écart pour des raisons obscures. Son monde se fissure avec l’apparition d’un avion traversant le ciel, immédiatement suivie d’une attaque militaire. Les soldats massacrent les habitants sans distinction, Asa est abattue et Yuru se retrouve brutalement confronté à une réalité qui dépasse tout ce qu’il croyait connaître.

Une logique de dualité

En japonais, tsugai désigne deux éléments indissociables dont l’existence ne prend sens qu’une fois réunis. Le terme s’emploie notamment pour un couple d’animaux, pensé comme un duo fonctionnel. Dans l’œuvre, Arakawa façonne cette idée en l’ancrant au cœur de son système narratif. Les tsugai sont des entités surnaturelles liées à un humain, à la frontière entre esprits et créatures. Elles se manifestent toujours par deux, formant un binôme aux fonctions distinctes – l’une attaque, l’autre protège –, attachées intrinsèquement à leur utilisateur.

Daemons of the Shadow Realm.

Dans le premier épisode, Yuru active ce lien dans l’urgence, sans en comprendre encore les règles qui façonneront la suite du récit. On y apprendra notamment que ses deux entités portent les noms de Hidari et Migi – littéralement « gauche » et « droite ». Plus que de simples protecteurs, les tsugai joueront un rôle déterminant dans les rapports de force entre les personnages, détermineront le statut du protagoniste et conditionneront sa place dans ce monde traversé par de profondes tensions.

Une adaptation maîtrisée

Si ce premier épisode ouvre les portes d’un nouvel univers, son esthétique, elle, ne laisse guère de doute. La production, confiée à Bones (My Hero Academia, Mob Psycho 100), prolonge le trait d’Arakawa dans une veine irrémédiablement proche de Fullmetal Alchemist: Brotherhood – que le studio avait déjà porté à l’écran entre 2009 et 2010 –, au point de donner la sensation d’un monde voisin d’Amestris.

Fullmetal Alchemist : Brotherhood.

Cette proximité n’empêche pas une évolution : la mise en scène gagne en ampleur, l’image en finesse. Les déplacements sont plus fluides, les compositions plus dynamiques et l’ensemble bénéficie d’un rendu particulièrement soigné.

Lors des affrontements, le dessin peut se faire plus brut, presque abrasif, avec des impacts qui tranchent dans la continuité graphique. Une approche qui rappelle par moments Fire Force – dans un registre visuel bien différent, certes –, où la violence s’exprime aussi par des variations de style.

Une entrée en matière solide

Vingt minutes ne suffisent guère à saisir pleinement le potentiel d’une œuvre. Mais, sur le papier, Daemons of the Shadow Realm possède déjà les atouts pour s’imposer parmi les récits à suivre dans les semaines et les mois – voire les années – à venir. Le matériau d’origine, riche d’une douzaine de volumes et toujours en cours, laisse entrevoir un récit appelé à se déployer sur la durée et, à terme, à peser sur la nouvelle génération d’anime.

Shinra dans la saison 1 de Fire Force.

Quels mangas lire en 2026 ? Notre sélection de pépites incontournables

2 avril 2026 à 11:15

Shiba Inu Rooms, d’Esu Oomori, chez Doki Doki

Peut-on guérir de la solitude grâce à l’esprit d’un chien ? C’est le point de départ de Shiba Inu Rooms, une comédie rafraîchissante qui cache une profondeur inattendue. Momose Kori, lycéenne au flegme imperturbable, emménage dans un appartement au loyer dérisoire pour une raison singulière : le logement est hanté par Muu, un esprit de Shiba Inu au caractère bien trempé.

Loin de l’horreur, le récit explore une cohabitation chaotique où les silences de Kori se heurtent à la présence envahissante de ce gardien spectral. Derrière les situations loufoques, l’œuvre interroge avec délicatesse notre rapport aux autres et la difficulté de briser l’isolement social. Véritable phénomène éditorial au Japon – classé septième des recommandations des libraires en 2025 –, ce manga s’impose par sa capacité à transformer un pitch absurde en une fable touchante sur la reconstruction de soi. Une lecture dont on ressort avec un sentiment de réconfort immédiat.

Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, d’Erika Kogiku, chez Moonlight

Avec Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, la collection Moonlight de Delcourt s’éloigne de ses récits adolescents pour proposer une histoire d’amour à un âge plus rare en manga. Seiichi et Mitsuko forment un couple uni depuis plus de 50 ans, dont le quotidien paisible est soudain traversé par une question simple et vertigineuse : comment vivre l’un sans l’autre ? À partir d’un quiproquo et d’événements du quotidien, le récit déroule souvenirs, doutes et instants de complicité avec une grande simplicité. Sans pathos, l’œuvre évoque la fin de vie, la mémoire et l’attachement, en montrant que les interrogations sentimentales ne disparaissent jamais. Une lecture douce et accessible, portée par une vraie justesse émotionnelle.

The Hitman’s Fave, de Rintaro Oshima, chez Kurokawa

Dans la lignée directe de Sakamoto Days ou Spy x Family, The Hitman’s Fave joue sur un décalage savoureux : celui d’un assassin de légende, Owaru Endô, qui prend sa retraite pour se consacrer pleinement à sa passion pour les idoles japonaises. Désormais, son quotidien oscille entre les meet-and-greet et la menace constante de ses anciens employeurs de la pègre, bien décidés à le faire reprendre du service.

Cette comédie d’action propose une immersion rythmée dans la culture des fans, tout en offrant des séquences de combat d’une grande maîtrise graphique. Sous l’absurdité apparente des situations, le récit dessine le portrait d’un homme en quête de rédemption, cherchant simplement à protéger sa nouvelle vie et sa communauté.

The Merman Trapped in My Lake, de R. Ppobi et Mitchu, chez Kotoon

Adaptation papier d’un webtoon à succès, The Merman Trapped in My Lake propose une plongée singulière dans la dark romance gothique. Le récit s’articule autour de Servaine Noxirel, une jeune femme dont le quotidien bascule le jour où son père lui offre Mel, un homme-sirène captif. Ce qui commence comme une curiosité cruelle se transforme en un lien obsessionnel, marqué par une dévotion profonde mais bientôt assombri par la tragédie.

Visuellement, le titre se distingue par des planches aux dominantes bleues et roses qui soulignent l’atmosphère à la fois onirique et pesante du récit. Dépassant les 1,3 million de vues en France, ce dernier explore avec une certaine mélancolie les thèmes de la trahison et du sacrifice. Entre passion et vengeance, l’œuvre s’adresse à un public amateur de récits fantastiques intenses, où les émotions des protagonistes luttent constamment contre la rigueur de leur destin.

Les cent vues d’Utagawa, d’Akimi Yoshida, chez Panini

Connue pour Banana Fish, Akimi Yoshida revient avec une chronique de vie délicate située dans le même univers que Kamakura Diary. L’intrigue des Cent vues d’Utagawa se déroule à Kajikazawa, un village thermal où Kazuki Iida travaille aux côtés de la charismatique Tae Ogawa. Bien qu’indépendant de ses œuvres précédentes, ce récit déploie la même maestria narrative pour dépeindre les liens humains et le passage du temps dans un cadre bucolique. À travers un rapport presque mystique à la nature, Yoshida explore les drames familiaux et la solitude des orphelins, tout en conservant une légèreté bienvenue grâce à un humour singulier. Un manga contemplatif et juste, où la mélancolie côtoie la beauté des choses simples.

Eagle (Perfect Édition), de Kaiji Kawaguchi chez Panini

Eagle (Perfect Édition) suit Takashi Jô, un jeune journaliste originaire d’Okinawa qui perd sa mère et se retrouve seul au monde, ignorant tout de son père. Muté à Washington, il doit couvrir la campagne du premier candidat américain d’origine japonaise, sans comprendre pourquoi il a été choisi. Kaiji Kawaguchi mêle dans ce récit politique intrigue familiale, stratégies électorales et manipulations médiatiques, offrant une plongée fascinante dans les coulisses d’une élection présidentielle. Avec sa rigueur documentaire et sa capacité à mêler fiction et réalité, l’auteur, connu pour Zipang et Seizon Life, signe ici une fresque immersive et captivante, à la fois instructive et pleine de suspense, idéale pour (re)découvrir un classique du manga.

La 13e piste, de Kei Sanbe, chez Ki-Oon

La 13e piste, signé Kei Sanbe, nous plonge dans un thriller où le quotidien d’une famille banale bascule brusquement. Toya, jeune père d’un garçon souvent hospitalisé, partage avec lui une passion pour les jeux de piste, jusqu’au jour où de mystérieuses cartes postales apparaissent, prédisant des tragédies à venir. Impliqué malgré lui, Toya doit déchiffrer ces prophéties et tenter de les empêcher, tout en s’interrogeant sur leur auteur et sur son propre rôle dans cette histoire. Avec sa maîtrise des intrigues à tiroirs, l’auteur d’Erased transforme une famille ordinaire en protagonistes d’une course contre le temps, où passé, présent et futur s’entrelacent jusqu’à un dénouement inattendu.

COSMOS, de Ryuhei Tamura, chez Ki-Oon

Dans COSMOS, Ryuhei Tamura délaisse l’humour volcanique de Beelzebub pour une science-fiction plus sobre, ancrée dans le quotidien. Le récit suit Kaede, un lycéen capable de littéralement flairer le mensonge, recruté par Rin, une agente d’une compagnie d’assurance intergalactique. On y découvre que les aliens vivent parmi nous, gérant leurs tracas administratifs et leurs cotisations comme n’importe quel citoyen.

Tamura propose ici une œuvre hybride, alternant entre comédie de situation et réflexions plus mélancoliques sur la solitude, et qui se distingue par sa capacité à transformer l’imaginaire spatial en une chronique sociale délicate. C’est une lecture qui, sous couvert d’absurde, interroge avec justesse notre rapport à la vérité et notre difficulté à créer des liens sincères.

Cats and dragons, d’Izumi Sasaki, Amara et Mai Okuma, chez Doki Doki

Au cœur d’une forêt mystique, un dragon cracheur de feu mène une existence loin des clichés de la fantasy guerrière. Recueilli à sa naissance par une chatte, il a grandi convaincu d’appartenir à la gent féline. Désormais adulte, celui que tous surnomment le « tonton ailé » veille sur des portées successives de chatons aventureux. Cats and Dragon s’inscrit dans la lignée des récits feel good, misant sur la bienveillance et un humour léger.

Derrière la stature imposante du protecteur se cache une méfiance profonde envers l’humanité, héritée d’un passé douloureux. Pourtant, au fil des rencontres provoquées par ses protégés, le dragon réapprend la confiance. Le récit explore avec une certaine mélancolie le décalage entre les apparences et la réalité, tout en mettant en avant la sagesse simple des chats.

K-Pop Demon Hunters – Pour les fans et Le livre officiel de posters, chez Les livres du dragon d’or

Difficile d’avoir échappé au raz-de-marée K-Pop Demon Hunters. Après avoir conquis des millions de spectateurs sur Netflix, l’univers de Rumi, Mira et Zoey se décline désormais en librairie avec les premiers ouvrages officiels de la franchise. Pop-stars le jour et chasseuses de démons la nuit, les héroïnes s’exposent dans un album aux illustrations très mignonnes qui reprennent les codes et les personnages du film à succès.

En complément, un livre de posters rassemble 35 visuels iconiques, dont la célèbre couverture du Time de décembre 2025. Ces publications inaugurent une collection destinée à s’étoffer, permettant de prolonger l’immersion dans cette esthétique vibrante qui mêle chorégraphies et action surnaturelle.

Là où les étoiles filantes tombent, de Manmulsang, chez Kotoon

Sous le pinceau de Manmulsang (Lee Seul Gi), le monde de Tabel s’anime d’une poésie rappelant les productions du studio Ghibli. Dans ce royaume où chaque pluie d’étoiles filantes célèbre la naissance d’une sorcière, la jeune Effie fait figure d’exception : son familier n’est jamais apparu. Sa rencontre fortuite avec Monsieur Bibi, un chat ayant égaré sa propre compagne magique, lance un récit de quête identitaire empreint de merveilleux.

L’autrice de l’acclamé Les chaussettes du gobelin puise ses influences aussi bien dans les contes classiques que dans la littérature française, citant volontiers Jean-Claude Mourlevat comme source d’inspiration pour son pseudonyme (signifiant « le magasin où l’on trouve de tout », ce dernier est inspiré des échoppes présentes dans le roman La rivière à l’envers). Ce webtoon se parcourt comme une fable onirique, une exploration libre où la douceur du trait sublime la solitude des protagonistes en quête de leur moitié. Une lecture à la fois tendre et profonde, qui confirme le talent de Manmulsang pour bâtir des univers d’une grande richesse visuelle.

Rai Rai Rai, de Yoshiaki, chez Ki-Oon

Mélange détonnant entre la comédie de mœurs à la Ranma 1/2 et l’action brute de Kaiju n°8, Rai Rai Rai s’impose par son rythme frénétique. Dans un monde post-invasion où les humains gèrent les restes de la faune extraterrestre, Sumire occupe un emploi ingrat de dératisation alien. Son quotidien bascule lorsqu’elle se retrouve fusionnée malgré elle avec un guerrier parasite assoiffé de sang.

Le récit décolle vraiment lorsque, après une décapitation spectaculaire du parasite par une unité d’élite, Sumire doit apprendre à cohabiter avec ce colocataire corporel encombrant. Entre gags absurdes et combats dantesques, ce titre parvient à renouveler le genre de la science-fiction d’action avec une fraîcheur bienvenue. Salué au Japon pour son inventivité, le manga séduit par son équilibre entre humour noir et adrénaline, porté par une héroïne qui tente désespérément de préserver son humanité.

Par-delà les neiges éternelles, de Haruka Chizu, chez Moonlight

À la lisière du shōjo et du josei, la mangaka Haruka Chizu s’attache au quotidien de Muku, jeune femme vivant avec sa famille et aidante auprès de son grand-père. Responsabilités familiales, difficultés financières, abandon de ses rêves… La protagoniste porte un fardeau qui s’allège soudain à la faveur d’une rencontre fortuite avec Yuto, un passionné de littérature comme elle.

Ce premier tome évite d’utiliser la romance comme simple moteur narratif et s’en sert plutôt pour illustrer un mal-être profond. L’histoire repose en revanche sur un schéma familier – des amis d’enfance séparés depuis dix ans. Le dessin traduit avec justesse l’isolement et la saturation émotionnelle. La métaphore de la noyade traverse l’ensemble de l’œuvre et structure une mise en scène quasi asphyxiante. Fragile dans sa construction, parfois déroutante, cette entrée en matière n’en demeure pas moins singulière.

Tani & Suzuki, de Kocha Agasawa, chez Nobi Nobi

À contre-courant des shōjo fondés sur la tension romantique, Tani & Suzuki s’intéresse moins à la naissance d’un amour qu’à sa construction. Kocha Agasawa reprend les codes du genre pour mieux en déplacer l’enjeu : ici, la question n’est pas tant « Comment se rencontrer ? » que « Comment apprendre à être ensemble ? ». Le manga observe les premières étapes d’une relation amoureuse entre deux adolescents aux tempéraments radicalement opposés. Les micro-émotions prennent le pas sur les grands rebondissements : hésitations, malaises, maladresses, peur de ne pas être à la hauteur…

Sans chercher la rupture formelle,le titre trouve sa force dans une forme de légèreté sincère. Le dessin est simple et chaleureux, et accompagne un récit qui avance à hauteur de lycéens. Rien de révolutionnaire, mais une douceur communicative, qui aborde des thématiques familières avec un regard renouvelé. La série bénéficie par ailleurs d’une adaptation animée, disponible sur Crunchyroll depuis janvier.

Divines, de Kamome Shirahama, chez Pika

Quelques planches suffisent pour reconnaître la signature graphique de Kamome Shirahama. Les visages ciselés, les décors foisonnants, la composition élégante : Divines s’inscrit pleinement dans l’univers esthétique de l’autrice de L’atelier des sorciers. Cette nouvelle édition, parue le 14 janvier aux éditions Pika, offre à ce diptyque un écrin particulièrement soigné.

Le récit met en scène une ange et une démone, liées par une relation d’amitié teintée de rivalité, plongées dans le monde des humains où leurs interventions produisent des effets inattendus. Le ton oscille constamment entre humour et mélancolie, et les situations cocasses dissimulent une forme de gravité. Somptueux, Divines déploie un merveilleux réflexif où le fantastique devient un miroir des contradictions humaines.

Graaal !, de Luciano Damiano, chez Vega Dupuis

Graaal ! assume sans détour son projet : réinvestir la légende arthurienne à travers les codes du shōnen d’action. Luciano Damiano, mangaka italien, convoque chevaliers, pouvoirs surnaturels et batailles titanesques dans un récit qui privilégie le mouvement, la confrontation et l’escalade spectaculaire.

Le rythme est soutenu, voire frénétique. Les scènes de combat s’enchaînent avec efficacité, portées par un dessin énergique. Le manga remplit parfaitement sa promesse de divertissement, enchaînant affrontements, rivalités et révélations. Derrière l’efficacité formelle, l’univers peine toutefois à imposer une véritable singularité. L’hybridation entre mythologie occidentale et manga donne une impression de collage d’influences, sans véritable réinvention.

No Name, de Jaki Rafal et Machine Gamu, chez Kurokawa

Et si l’identité n’était plus un droit, mais un dispositif ? Dans No Name, les noms sont attribués à la naissance et déterminent les pouvoirs surnaturels de chaque individu, dans un monde où l’État administre littéralement les existences. Le manga de Rafal Jaki, scénariste polonais connu pour son travail sur The Witcher 3: Wild Hunt et Cyberpunk 2077 chez CD Projekt Red, suit deux enquêteurs chargés de retrouver un enfant disparu.

Plus qu’un simple polar, le récit glisse vers une critique systémique : bureaucratie tentaculaire, normalisation des identités, contrôle politique des corps… L’univers nordique, froid, presque clinique, installe une atmosphère oppressante. Parus le 25 janvier aux éditions Kurokawa, les deux tomes composent une dystopie dense et efficace, aux accents de Psycho-Pass par sa portée politique.

Idol Escape, de Kira Ito, chez Glénat

L’histoire s’ouvre sur une rencontre : celle d’Ainosuke, jeune homosexuel marginalisé, et de Karen Asahina, célèbre idol. Lui rêve d’être quelqu’un d’autre, elle rêve de ne plus être regardée. Le récit explore un territoire sombre, celui de la fuite, de la solitude et de l’identité empêchée. Le manga glisse progressivement vers le thriller psychologique, abordant frontalement des thèmes lourds. Le rythme est parfois instable, notamment dans la rapidité avec laquelle le lien entre les deux personnages se noue, mais l’ensemble intrigue par son audace thématique, laissant toutefois une impression trouble.

Saint Seiya : est-on sur le point d’assister à un nouveau revival ?

Tel le phénix renaissant inlassablement de ses cendres, le mangaka Masami Kurumada semble déterminé à ne jamais vouloir tourner la page de son œuvre phare. Rien que dans son format papier, la série compte d’innombrables dérivés qui gravitent autour du canon de la licence Saint Seiya. Loin de se limiter à la bataille du Sanctuaire ou aux arcs de Poséidon et Hadès, le mythe des Chevaliers du zodiaque s’est perpétué entre les mains d’autres mangakas, toujours sous la supervision du maître. Mais de nouvelles étoiles viennent d’apparaître au firmament de la galaxie Saint Seiya, confirmant un élan très positif pour la franchise.

La série aux mille et une constellations

Grâce à sa production ininterrompue de spin-offs, les lecteurs français n’ont jamais cessé de garder un lien avec la saga grâce à des dérivés tels que Saint Seiya: Episode G, The Lost Canvas, Saintia Shô ou Dark Wing. Souvent clivants, mais toujours audacieux, ces projets se sont accompagnés d’autres initiatives venues du monde entier, comme la bande dessinée Saint Seiya: Time Odyssey qui compte déjà quatre tomes signés par les Français Arnaud Dollen et Jérôme Alquié.

L’histoire de Saint Seiya: Next Dimension s’est-elle vraiment conclue avec la sortie du tome 16 ?

Entre-temps, l’auteur original s’était plongé dans le développement de Saint Seiya: Next Dimension – Le mythe d’Hadès, une suite officielle entièrement colorisée, dont la publication française s’est achevée l’année dernière avec la parution du tome 16. Mais Masami Kurumada n’en a toujours pas fini avec les chevaliers d’Athéna, préparant doucement la transition vers une nouvelle renaissance.

Requiem comme vraie conclusion à Saint Seiya: Episode G ?

En parallèle de la publication de l’édition définitive du manga original (Saint Seiya: Final Edition chez Kana) et en attendant la suite de Saint Seiya: Dark Wing aux éditions Kurokawa, la franchise refait parler d’elle dès le 1er avril avec le retour du spin-off le plus déconcertant de toute la saga.

Saint Seiya: Episode G Requiem lance le troisième et dernier arc de la saga, après le segment Assassins.

Reprenant la direction artistique audacieuse des deux premiers arcs, Saint Seiya: Episode G Requiem permet à Megumu Okada de clore son manga avec une troisième partie qui fait suite à Episode G: Assassins. Le style si particulier du dessinateur illustre l’affrontement épique entre le chevalier Seiya et les dieux primordiaux, bien résolus à exterminer l’humanité.

Les enjeux de Saint Seiya: Episode G Requiem gravitent autour des divinités primordiales.

Saint Seiya: Episode G Requiem compte déjà neuf volumes reliés au Japon. Le premier tome arrive enfin le 1er avril en français chez Panini, précédant de quelques mois la sortie du tome 2 le 24 juin. Crépusculaire, ce manga isole le chevalier Pégase de ses compagnons, convoquant Pontos et ses cyclopes comme ultime menace à terrasser. Il est intégralement colorisé.

Un mystérieux interlude baptisé Saint Seiya: THEN

Encore inédit en dehors du Japon, le récit de Saint Seiya: THEN fait directement suite à Next Dimension. Le créateur original de la franchise est lui-même à l’origine de ce court manga édité depuis 2024 dans le magazine Weekly Shônen Champion RED. Et si le nom de Saint Seiya: THEN revient sur le devant de l’actualité, c’est à cause de la publication du tout dernier chapitre en version japonaise.

Le dernier chapitre de Saint Seiya: THEN vient d’être publié dans le Weekly Shônen Champion.

Il apparaît désormais que ces trois chapitres de huit pages chacun ne constituaient en réalité qu’un interlude avant le lancement d’un projet inédit de bien plus grande envergure. Et ceux qui avaient cru deviner derrière le sous-titre THEN la contraction de Tenkai-HEN (qui signifie « chapitre du Monde Céleste » en japonais) semblent avoir eu raison, au vu de la prochaine étape annoncée par l’auteur dans le cadre de la saga.

Le manga Saint Seiya: Tenkai-hen officiellement annoncé

Le troisième et dernier chapitre de Saint Seiya: THEN étant accompagné du message « tenkai e no michi » (soit « le chemin vers le Monde Céleste »), il établit un lien direct avec le nouveau projet de Masami Kurumada. Le créateur de la série semble enfin prêt à s’attaquer à la bataille des chevaliers d’Athéna contre les dieux de l’Olympe dans une nouvelle saga baptisée Saint Seiya: Tenkai-hen (Saint Seiya : le chapitre du Monde céleste).

Une volonté qui s’explique par son insatisfaction vis-à-vis du cinquième film d’animation Tenkai-hen Josô (Overture), réalisé en 2004 par Shigeyasu Yamauchi au sein du studio Toei. Comme une revanche, Masami Kurumada s’apprête à proposer sa vision véritable du chapitre du Monde céleste, avec un début de publication prévu dès le 14 mai au Japon.

La fin de Saint Seiya: THEN marque la transition vers le chapitre du Monde céleste.

Cette histoire prolongera encore le segment relaté dans Next Dimension en devenant officiellement la troisième série principale signée de la main de Kurumada. Et le maître n’a pas manqué de partager son enthousiasme en ces termes dans le Weekly Shônen Champion : « Plus de 40 ans se sont écoulés depuis la naissance de Saint Seiya et j’écris enfin le chapitre du Monde céleste. En tant que mangaka originaire du pays du Soleil levant, je continuerai à faire de mon mieux, alors, s’il vous plaît, continuez de m’accorder votre soutien indéfectible ! »

Croquis issus du site officiel KurumadaPro.

Il faut espérer que cette nouvelle série connaisse une publication rapide en langue française et que l’éditeur n’omettra pas de proposer aussi les trois chapitres complets de Saint Seiya: THEN. De cette manière, la transition à partir du volume 16 de Next Dimension pourra s’effectuer naturellement. Même si, comme toujours dans la galaxie Saint Seiya, mieux vaut être à jour sur l’ensemble de la saga pour espérer retrouver rapidement ses repères.

Assassination Classroom : Our Time : le film est-il à la hauteur de la série ?

27 mars 2026 à 09:00

Il y a dix ans déjà se concluait l’adaptation du manga de Yūsei Matsui, Assassination Classroom. Prépublié dans le célèbre Weekly Shonen Jump, le titre avait trouvé son public auprès des amateurs de shōnen de comédie et d’action. Qu’ils se tiennent d’ailleurs prêts : le célèbre poulpe jaune est de retour, cette fois sur grand écran. Les 28 et 29 mars, certains cinémas français accueilleront Assassination Classroom the Movie : Our Time, un format de 90 minutes pensé comme un intermède pour les fidèles de la classe 3-E.

Attention, spoilers des saisons 1 et 2.

Une fin respectée

Difficile de revenir à Assassination Classroom sans penser à son final. Diffusé en juin 2016, le 47e et dernier épisode, au terme de deux saisons, a offert une conclusion solide, fidèle au manga. Les élèves allaient jusqu’au bout de leur mission : tuer Koro-sensei, malgré la découverte de son origine humaine. Entouré des siens, Nagisa portait le coup final et l’épilogue montrait le protagoniste devenu professeur à son tour, quelques années plus tard. Ne vous y trompez pas : le film ne cherche pas à revenir sur cette fin. Il choisit plutôt de remonter le temps, retrouvant la classe quelques semaines avant le dénouement.

Fragments de classe, portraits en creux

Our Time ne propose pas de nouvelle histoire à proprement parler. Le film enchaîne des séquences indépendantes, pensées comme autant de souvenirs. Sans véritable fil conducteur, l’ensemble prend une forme éclatée, plus proche de la compilation d’OAVs que du long-métrage.

Assassination Classroom

Dans ces fragments, certains personnages secondaires trouvent enfin un espace. Sugaya et son rapport au dessin, Kataoka confrontée à une forme de harcèlement, Maehara et ses déboires sentimentaux… : autant de situations qui apportent un peu d’épaisseur à des figures jusque-là en retrait. Même des profils plus périphériques, comme l’assassin Seeker, viennent ponctuellement enrichir cet ensemble.

Un plaisir de retrouvailles aux limites assumées

Pour résumer, le film repose largement sur le plaisir de retrouver un groupe. Nagisa, Karma, Kayano, Asano… : les dynamiques sont intactes, tout comme cet humour léger, presque adolescent, qui contraste toujours avec la violence de la mission centrale. Les doutes des élèves face à leur mission, leur attachement à Koro-sensei, reviennent par touches.

Mais cette fidélité a un coût. Sans véritable enjeu narratif, le film ne dépasse pas le simple exercice de nostalgie et accumule les moments sans construire de progression. Pour les fans, l’expérience fonctionne comme une extension douce de la série. Pour les autres, elle laissera une impression d’inachevé, comme un simple retour en arrière.

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