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Ô dela : que vaut le nouveau spectacle de Roman Frayssinet ?

Il y a trois ans, Roman Frayssinet présentait le premier chapitre d’un triptyque humoristique. Avec Ô dedans, le stand-uppeur développait ainsi un show malin et profond. Sans tabou, il évoquait son passé, ses anciennes addictions tout en nous embarquant au sommet d’une montagne corse pour un date foireux, dans un hôtel miteux de Bretagne tenu par une personne de petite taille ou encore dans un after en plein appartement abritant un vivarium.

Révélé grâce à l’émission Clique de Mouloud Achour, l’artiste dévoilait ainsi, durant ce premier chapitre, une véritable paix intérieure tout en offrant une réflexion foudroyante sur notre société. Chirurgie esthétique, réseaux sociaux, apparence… Tout y passait, l’humoriste questionnant avec autant de philosophie que d’absurdité les grands maux du XXIe siècle.

Ô dedans, de Roman Frayssinet.

La drôlerie Frayssinet

De retour en 2025 avec Ô dela, deuxième chapitre de la trilogie Frayssinet, ce dernier continue d’interroger notre monde. Sur la scène de l’Olympia, l’humoriste y déploie ainsi entre humour potache et philosophie poussée, un spectacle drôle et réflexif sur notre société de « gogols », ses contradictions — un sketch sur le mot « dyslexie » est des plus délicieux — tout en prônant le vivre ensemble.

Car Roman Frayssinet a décidé d’écarter le négatif et de tout prendre avec bonne humeur. Un changement de cap bienvenu, souligné par la mise en scène du spectacle diffusé dès ce mercredi 11 février sur Canal+. Filmé dans le noir le plus total, l’artiste s’autorise toutefois des jeux de regards avec la caméra pour encore mieux saisir le fil de pensée de l’artiste et offrir un aspect méta à sa prestation.

Ces mimiques quasi-clownesques renforcent la caractère humoristique de son seul-en-scène, à l’instar d’un débit de paroles mélodiques mais ultra efficace ; véritable marque de fabrique de l’artiste depuis ses débuts avec son spectacle Alors (2018).

Un regard toujours honnête

Malgré l’absurdité d’un spectacle lancé à 1000 à l’heure, l’humoriste n’en oublie une autre de ses signatures : partir d’un constat simple pour en déduire une réflexion brillante sur notre monde « dans lequel on a tous notre place ».

En racontant ainsi sa rencontre lunaire avec un homme cagoulé dans la rue, Roman Frayssinet livre sa pensée sur sa notoriété ; en comparant sa fonction d’humoriste « aux mecs qui font des graffitis », il interroge aussi la place du rire aujourd’hui. « Si c’est bien fait, ça met une petite ambiance. Mais y’aura jamais besoin de nous en urgence » reconnaît-il, sans fausse modestie, appuyé sur le pied du micro.

Avec authenticité, l’humoriste pose un regard sincère et objectif sur notre monde… mais aussi sur lui-même. Dans Ô dela, l’artiste se laisser aller, en effet, à certaines confidences. Il fait ici rentrer sa famille dans son univers et nous présente une « mère dotée d’un sixième sens » après nous avoir embarqué dans son enfance, en région parisienne, sur ses trajets en Noctilien qu’il compare « au bus des vampires ». Surtout, il avoue son incapacité à s’engager, et son infidélité.

À travers une auto-analyse franche, Roman Frayssinet déploie un spectacle d’une lucidité déconcertante. Toujours emmené par une verve dynamique, absurde et puissante, l’humoriste le plus singulier du stand-up français offre avec Ô dela un deuxième chapitre réussi, fidèle à son univers.

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La voisine danoise : faut-il voir la nouvelle série d’Arte ?

Créée par Benedikt Erlingsson (Woman at War), La voisine danoise a été dévoilée en avant-première à Series Mania, avant d’être mise en ligne sur Arte.tv le 29 janvier, puis programmée ce jeudi 5 février en première partie de soirée. Cette mini-série nordique en six épisodes s’inscrit dans le sillage des fictions scandinaves qui interrogent tensions sociales et rapports de pouvoir.

De quoi parle vraiment la série ?

L’intrigue suit Ditte Jensen, ancienne agent des services secrets danois, qui s’installe dans un immeuble résidentiel de Reykjavik avec l’intention de mener une retraite discrète. Très vite, elle se heurte aux frictions ordinaires de la vie en copropriété : voisinage bruyant, conflits familiaux, maltraitance animale ou dérives adolescentes. Autant de situations qu’elle traite à l’aide de procédés hérités de sa carrière dans le renseignement, souvent excessifs et difficilement justifiables.

La voisine danoise

Ce décalage constant entre la trivialité des problèmes et la violence des réponses constitue le ressort principal de la série. Comme le résume Le Monde, « l’asymétrie entre la banalité de la vie quotidienne […] et la radicalité des interventions de la nouvelle arrivante produit un effet comique irrésistible ».

Qu’en pensent les critiques ?

La presse s’accorde sur la portée politique du projet au-delà de son dispositif comique. La Croix voit dans la série « une fable fantaisiste et dérangeante », où Ditte « impose ses vues à ses voisins comme autrefois l’empire danois à ses sujets islandais ». Le Nouvel Obs souligne également « la violence ancestrale des colons scandinaves en Islande ainsi que les effets du passage de l’héroïne dans l’armée danoise sur sa personnalité ».

La voisine danoise

Le Monde insiste pour sa part sur le mécanisme central de la série, qui « moque férocement la propension de son héroïne à faire de chaque contrariété une grande cause », pointant une critique directe des logiques d’ingérence et de surinvestissement moral.

Trine Dyrholm, pilier du dispositif

L’interprétation de Trine Dyrholm est unanimement saluée. « Un superbe personnage de femme tout à la fois tordant et flippant », juge Télérama, confié à « une actrice fantastique ». Le Monde décrit Ditte comme une « Walkyrie maternelle » incarnée avec une « vigueur physique » et une « subtilité comique ». Le Nouvel Obs parle, lui, d’une « actrice exceptionnelle, capable de changer de registre d’une seconde à l’autre ».

Le Nouvel Obs met également en avant « une identité visuelle forte portée par les paysages et les lumières d’Islande ». Le Monde souligne de son côté l’apport des « séquences chantées et dansées […] élégantes, déconcertantes et drôles », qui viennent ponctuer les épisodes et accentuer le décalage du récit.

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Les Lionnes sur Netflix : chronique d’un coup manqué

Après Lupin, Pax Massilia et plus récemment Néro, Netflix poursuit sa stratégie de production de séries françaises. Avec Les Lionnes, la plateforme reste dans le registre du thriller, mais opère un virage vers la comédie d’action. Portée par Olivier Rosemberg (Family Business) et coécrite avec Carine Prévo, la fiction ambitionne de croiser braquage, humour et chronique sociale dans huit épisodes livrés ce 5 février. Une proposition peu inspirée, qui retombe dans les travers classiques des œuvres françaises.

Quelle est l’intrigue des Lionnes ?

Pour quiconque a fréquenté les séries américaines de la plateforme, Les Lionnes évoquera sans doute la création de Jenna Bans, Good Girls. Cette dernière raconte la dérive criminelle de trois mères de famille de la banlieue de Detroit, amenées à braquer un supermarché avant de s’enfoncer dans une spirale de problèmes. Un show efficace dans ses premières saisons, porté par un sarcasme bienvenu et une satire intéressante du patriarcat américain.

Les Lionnes.

Assurément, la comparaison tourne au désavantage de la version française. Le point de départ est pourtant quasi identique : dans une banlieue d’une ville du Sud, quatre femmes – toutes confrontées à des situations de précarité différentes – dévalisent une banque. L’intrigue se greffe à un contexte marqué par la présence d’un maire vil, interprété par François Damiens, qui se pose en champion de la lutte contre la délinquance, et par un caïd du coin, Ézéchiel, incarné par Olivier Rosemberg lui-même.

Une relecture originale manquée

Difficile, dès lors, d’échapper à l’impression de recyclage. La série aurait pourtant pu gagner en épaisseur en se rapprochant davantage d’une histoire réelle, celle d’un gang de femmes surnommées « les Amazones », qui ont braqué sept banques dans le Vaucluse entre 1989 et 1990. Mais rappelons que l’affaire a déjà été portée de multiples fois à l’écran, notamment dans Les braqueuses, de Jean-Paul Salomé, en 1994, puis dans Le gang des Amazones de Mélissa Drigeard en 2025.

Les Lionnes tente bien d’imposer une identité visuelle, entre couleurs saturées et ambiance néon, mais le résultat reste superficiel. La série joue sur des clichés et s’appuie sur une vulgarité supposée comique, tout en esquissant des réalités socioéconomiques complexes. Précarité financière, emprise du crime organisé, condition des mères célibataires… Autant d’enjeux effleurés et relégués au rang de simple toile de fond, au service du thriller.

Les Lionnes.

En choisissant la comédie, Les Lionnes cherchait sans doute à se distinguer d’autres polars, comme Pax Massilia ou Soleil noir, plus sombres, plus réalistes et plus crédibles. Cependant, le ressort humoristique ne fonctionne pas, la satire reste grossière et l’invraisemblance du récit s’accentue à mesure que les braquages s’enchaînent.

Des interprétations correctes, mais sans relief

S’il fallait retenir un axe intéressant, ce serait celui de la sororité. La série ambitionne de montrer des trajectoires féminines marquées par la solidarité, l’entraide et les sacrifices. Une dimension qui traverse les classes sociales, notamment à travers le personnage de Chloé, incarné par Pascale Arbillot, épouse battue du maire, figure de domination masculine.

Les Lionnes.

Mais là encore, l’exécution reste inégale. Le récit se focalise principalement sur Rosalie, interprétée par Rebecca Marder (récemment vue dans L’étranger), qui offre une performance un peu surjouée. C’est Naidra Ayadi qui s’impose comme l’interprète la plus convaincante du casting, dans le rôle d’une mère célibataire menacée de perdre la garde de ses enfants, avec un jeu plus incarné et dramatique. Zoé Marchal, la fille bipolaire qui sert de ressort comique un peu trop appuyé, finit malgré tout par tirer son épingle du jeu.

Les Lionnes.

Côté masculin, on retrouve Jonathan Cohen dans un registre éloigné de ses rôles habituels, mais sans grande intensité. François Damiens compose un antagoniste volontairement caricatural – qu’il parvient à rendre crédible dans l’excès. Sami Outalbali, vu dans Sex Education, propose un policier nuancé, plutôt touchant, mais qui manque de développement.

Une occasion manquée

Thriller sans surprise, comédie peu inspirée, personnages sous-exploités… Les Lionnes échoue à transformer son sujet en véritable œuvre politique ou sociale. Faute de regard singulier, la série s’ajoute à la (longue) liste des productions françaises rapidement consommées, tout aussi vite oubliées. Une œuvre fonctionnelle, mais sans aspérité, qui ne parvient ni à faire rire ni à faire réfléchir.

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Muriel Robin, Élodie Poux… Une seconde édition des Auguste de l’humour féminine

La première édition des Auguste de l’humour avait eu lieu en février 2025. Son objectif ? Faire « reconnaître l’humour comme une discipline artistique à part entière » en lui consacrant une cérémonie unique à l’image des César, des Victoires de la Musique ou bien des Molières.

Ainsi, les Auguste célèbrent la légèreté, la drôlerie de l’art vivant ainsi que du seul(e)-en-scène dans toute sa diversité et ses formats (scène, radio, web et réseaux sociaux…). Reconnue désormais comme un rendez-vous incontournable, la deuxième édition a eu lieu le lundi 2 février 2026, à Lille, présentée par Marianne James.

Si la première édition avait vu Manu Payet et Florence Foresti repartir avec un prix, cette année, le palmarès a largement fait la part belle aux femmes et aux comédiennes, tout en saluant la carrière de Muriel Robin.

L’actrice et humoriste de 70 ans, s’est, en effet, vue remettre un Auguste d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Présentée par les organisateurs comme « la première femme à s’imposer comme une star de la discipline », « pionnière du seule-en-scène mêlant humour et émotion » l’artiste récemment à l’affiche de La chambre des merveilles (2023) et La pire mère au monde, a estimé que ce prix était un « encouragement » pour continuer à faire rire, comme le rapporte Le Monde.

Quel est le palmarès des Auguste ?

Élodie Poux a remporté l’Auguste de l’Humoriste de l’Année tandis que Constance est repartie avec l’Auguste du Spectacle de l’Année pour InConstance. L’humoriste était également nommée dans la catégorie Autrice de Texte d’Humour, mais le prix est finalement allé à Marion Mezadorian saluée pour son seule-en-scène, Craquage. Étaient également nommés dans cette catégorie, David Castello-Lopes, Panayotis Pascot, et Guillermo Guiz.

Marine Leonardi, véritablement sensation des réseaux sociaux, qui à travers ses vidéos dynamite les diktats autour de la féminité et de la maternité a, quant à elle, remporté l’Auguste de Vidéos Web. Côté révélation, les comédiennes Ines et Mégan Brouillard ont remporté ex-aequo le prix de la Révélation Scène Francophone Étranger, tandis que l’Auguste de la Révélation Scène a été remis à Hugo Pêcheur.

La deuxième cérémonie des Auguste a donc mis en lumière principalement des humoristes féminines. Un beau symbole quand on sait que les nominations avaient été décriées au moment de leur annonce en décembre 2025. Plus de trente artistes, dont seulement huit femmes, étaient nommés dans huit catégories. Un constat rapidement commenté par les organisateurs qui avaient alors « regretté le manque de parité » tout en assumant la liste.

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Les Bodin’s ouvrent un gîte : c’est quoi ce programme inédit sur la famille déjantée ?

Le succès des Bodin’s ne s’estompe pas. Après un film ayant réuni au cinéma près d’un million de spectateurs en 2025 (Les Bodin’s partent en vrille), la famille déjantée retrouve le petit écran avec une émission inédite,  intitulée Les Bodin’s ouvrent un gîte.

Dans ce show de deux heures, Maria et Christian font un constat amer : ils n’arrivent plus à s’occuper de leur ferme et croulent sous les dettes et les factures. Pour essayer de s’en sortir, ils décident de faire du lieu un gîte touristique, prônant un retour à la nature, à un mode de vie plus simple et au contact avec la terre.

Seulement, leur conception des vacances, du repos et du confort n’est pas forcément la même que celle de leurs clients. Entre l’arrivée d’un inspecteur peu coopératif et les installations bricolées à la va-vite, rien ne se passera comme prévu.

Les Bodin’s ouvrent un gîte joue une nouvelle fois avec le décalage entre le duo de fermiers excentriques et les autres, source du succès de la saga et de sa longévité depuis plus de 30 ans.

Quels invités attendre ?

De par la nature du programme et le postulat de l’histoire, les Bodin’s ne seront pas seuls pendant deux, et de nombreux invités sont prévus. Bénabar, Pascal Obispo, Karina Marimon, Alexandre Pesle, Rebecca Hampton, Antoine Duléry ou encore Philippe Lellouche seront ainsi de passage, et le programme devrait aussi contenir son lot de surprises non annoncées. Les Bodin’s ouvrent un gîte s’inscrit dans la suite des nombreuses émissions des Bodin’s diffusées à la télévision, qui rencontrent chaque fois un important succès, allant jusqu’à 4 millions de téléspectateurs pour certains primes.

La soirée du 30 janvier 2026 est placée sous le signe des Bodin’s, puisqu’après le prime time inédit, une courte émission intitulée Les Bodin’s ouvrent un gîte : la suite, animée par Élodie Gossuin, est prévue, revenant sur la singularité du duo, avec, là aussi, différents invités.

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Free Bert : c’est quoi cette série plébiscitée sur Netflix ?

Avec son humour frontal et son image de stand-upper excessif, Bert Kreischer s’offre une nouvelle vitrine sur Netflix. Free Bert, comédie américaine mise en ligne le 22 janvier, propose une fiction librement inspirée de sa vie, dans laquelle il incarne une version romancée de lui-même.

Connu outre-Atlantique pour ses spectacles provocateurs, ses podcasts à succès et son personnage outrancier, Kreischer s’essaie ici à l’autofiction dans une série qui cherche autant à faire rire qu’à explorer les failles de son propre mythe.

De quoi parle vraiment la série ?

Après un dérapage public, Bert est écarté d’une émission de télévision et se retrouve contraint de passer plus de temps chez lui. Dans le même temps, ses deux filles intègrent une école privée très sélective de Beverly Hills. Toute la famille bascule alors dans un univers social ultracodifié, dominé par des parents riches, influents et obsédés par les apparences.

Arden Myrin et Bert Kreischer dans Free Bert.

Bert tente de s’adapter à ce nouvel environnement en réprimant ce qui faisait jusque-là sa marque de fabrique : son humour outrancier, son franc-parler et son goût pour la provocation. Ses efforts maladroits pour « rentrer dans le rang » nourrissent la mécanique comique de la série.

Quel casting ?

Bert Kreischer est entouré d’Arden Myrin, qui interprète son épouse LeeAnn. Les deux filles du couple sont incarnées par Ava Ryan (Georgia) et Lilou Lang (Ila). Autour de ce noyau familial gravitent plusieurs personnages secondaires, notamment des parents d’élèves issus de la haute société de Beverly Hills, incarnés par Chris Witaske et Mandell Maughan. La série s’autorise également quelques apparitions de personnalités médiatiques, dont Rob Lowe (À la maison blanche), dans son propre rôle.

Arden Myrin, Bert Kreischer, Chris Witaske et Mandell Maughan dans Free Bert.

Free Bert est une création originale développée par Kreischer avec Jarrad Paul et Andy Mogel, qui assurent à la fois l’écriture et la réalisation. Tous trois occupent également le rôle de producteurs exécutifs, aux côtés de LeeAnn Kreischer. La série est produite par Counterpart Studios, un studio spécialisé dans les comédies scénarisées pour plateformes.

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Les stand-up et spectacles d’humour à voir en hiver

(1) Thomas Marty : nouveau spectacle, de Thomas Marty

Thomas Marty confirme sa singularité dans le paysage de la comédie française avec son seul-en-scène détonnant, sobrement nommé Nouveau spectacle faisant suite à un premier show couronné de succès. Star des réseaux sociaux aux millions de vues, l’humoriste parle de sa vie, de son évolution, de son humeur et de son état d’esprit changeant avec les années, gagnant en maturité mais aussi en perspicacité.

Un spectacle authentique et drôle, à voir à Paris au Théâtre de la Gaîté Montparnasse et en tournée dans toute la France.

Thomas Marty : nouveau spectacle de Thomas Marty, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris, du 8 janvier au 26 juin 2026 puis en tournée à travers la France.

(2) Fille de joie, de Thaïs

Nouvelle prolongation pour le seule-en-scène sans tabou de Thaïs. Au Théâtre du Gymnase de janvier à mars 2026, Fille de joie permet à l’humoriste d’imaginer un repas de famille totalement chaotique, évoquant avec humour et cynisme de nombreux thèmes d’actualité, avec une énergie débordante et une grande liberté de ton, faisant la force de son écriture.

Phobie sociale, célibat, véganisme, allergies, secrets de famille, trahisons, surprises… Fille de joie est un spectacle introspectif hilarant.

Fille de joie de Thaïs, au Théâtre du Gymnase, à Paris du 2 janvier au 28 mars 2026.

(3) Sexe, Grog et Rocking Chair, d’Alex Lutz

Troisième spectacle d’Alex Lutz, Sexe, Grog et Rocking Chair est de retour de janvier à avril 2026 au Cirque d’Hiver à Paris. Entre son travail de comédien et de réalisateur, Alex Lutz retrouve la scène et aborde avec humour et authenticité les thèmes phares de l’époque, le passage du temps, les évolutions techniques et technologiques ainsi que les différentes tendances du moment.

Un seul-en-scène cathartique qui ne cache pas son ambition et sa richesse, jouant avec les styles, les tons et les genres, du drame intense à la comédie sincère.

Sexe, Grog et Rocking Chair d’Alex Lutz, au Cirque d’Hiver de Paris, du 5 janvier au 26 avril 2026 puis en tournée en France en 2026.

(4) La promesse d’un soir, d’Alison Wheeler

Phénomène incontournable des plateaux TV, Alison Wheeler poursuit également avec succès sa carrière d’actrice et celle, plus récente, d’humoriste sur les planches. Son spectacle, intitulé La promesse d’un soir est joué quatre soirs seulement au Grand Rex de Paris en janvier 2026. Ce seul-en-scène inventif et audacieux permet à l’humoriste de revenir sur son quotidien de trentenaire désabusée et naïve, confrontée à la mélancolie et à la désillusion.

La promesse d’un soir est le premier seule-en-scène d’Alison Wheeler et augure d’un nouveau genre à succès pour l’artiste touche-à-tout.

La promesse d’un soir d’Alison Wheeler, au Grand Rex de Paris les 6, 7, 8 et 9 janvier 2026.

(5) Tom Boudet vous dit quoi, de Tom Boudet

Stand-up personnel et parlant à toute une génération, Tom Boudet vous dit quoi est un spectacle dans lequel l’humoriste incarne plusieurs personnages afin de traiter de la vingtaine, d’évoquer son enfance, ses doutes, ses craintes et ses vérités. En s’adonnant à ce récit introspectif, il crée un lien avec le public et touche les autres grâce à son humour et sa spontanéité.

Tom Boudet vous dit quoi est à découvrir de janvier à juin 2026 au Point Virgule à Paris puis en tournée dans toute la France.

Tom Boudet vous dit quoi, de Tom Boudet, au Point-Virgule, à Paris, du 5 janvier au 29 juin 2026, et en tournée en France du 21 janvier au 29 mai 2026.

(6) Bombus Terrestris V2, de Rémi Boyes

Après un premier spectacle joué à guichets fermés en tournée, Rémi Boyes est de retour au Point-Virgule à Paris, lieu dans lequel il a donné pendant plus d’un an et demi son précédent show.

Avec Bombus Terrestris V2, il parle de la trentaine, de la nature, des autres, de lui-même et livre un stand-up décapant, au ton décalé, marqué par son écriture incisive et sa bonne humeur communicative.

Bombus Terrestris V2 de Rémi Boyes, au Point-Virgule à Paris, du 31 décembre 2025 au 2 mai 2026.

(7) Mahé s’installe, de Mahé

Entre sketchs, improvisations et stand-up, Mahé propose un spectacle inventif et drôle dans Mahé s’installe et raconte son parcours semé d’embuches et les obstacles rencontrés dans sa vie, avec une dose importante d’auto-dérision et d’humour. Nouvelle voix importante de la comédie et de l’humour, Mahé est à voir de janvier à avril au Point Virgule, à Paris, puis à L’Européen en juin, mais aussi en tournée dans toute la France de janvier à mai 2026.

Son spectacle promet une dose importante de bonne humeur et de rire, en parlant de situations connues ou rencontrées par tous et toutes.

Mahé s’installe de Mahé, au Point Virgule, à Paris, du 18 janvier au 26 avril 2026, à L’Européen les 3 et 4 juin 2026, et en tournée en France du 17 janvier au 29 mai 2026.

(8) 60 minutes avec Kheiron: Dragon, de Kheiron

De janvier à mars 2026, Kheiron poursuit son seul-en-scène à l’Apollo Théâtre de Paris. Tout en gardant sa liberté de ton et son imprévisibilité, Kheiron décrit la scène comme étant un repaire sacré ; un lieu qui permet de rire de tout et d’aborder tous les sujets.

Dans 60 minutes avec Kheiron: Dragon, tout peut arriver et le public ne sait jamais à quel moment il sera impliqué par l’humoriste dans son seul-en-scène !

60 minutes avec Kheiron: Dragon de Kheiron, au Apollo Théâtre de Paris, du 3 janvier au 28 mars 2026.

(9) Chantal Ladesou : le retour, de Chantal Ladesou

L’actrice et humoriste Chantal Ladesou revient déjà avec un spectacle inédit intitulé Chantal Ladesou : le retour, en tournée pour quelques dates à travers la France à partir de janvier 2026. Mélange de stand-up, de seule-en-scène et de pièce de théâtre, elle offre une expérience marquée par son caractère, par son tempérament, son franc parlé et sa liberté artistique. À son image, Chantal Ladesou : le retour est un show aussi drôle qu’incisif.

Chantal Ladesou : le retour de Chantal Ladesou, en tournée à travers la France, du 17 janvier au 22 mai 2026.

(10) L’harmonie des genres, de Noémie De Lattre

Dans L’harmonie des genres, Noémie De Lattre traite de la masculinité à l’époque #MeToo et du rapport entre les hommes et les femmes. En prenant comme thème un sujet difficile, l’humoriste aborde tout : la question du couple, de la sexualité, de la représentation des genres, ou encore de la différence entre la sphère publique et la sphère privée.

Entre sketchs et moments musicaux, l’humoriste arrive à dire beaucoup de choses sur la période sans jamais oublier son envie de faire rire. Après un succès éclatant en 2025, Noémie De Lattre revient au Théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris, de janvier à avril 2026.

L’harmonie des genres de Noémie De Lattre, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris, du 2 janvier au 10 avril 2026.

(11) Y’a de la joie !, de Michaël Hirsch

Après Pourquoi ?, Je pionce donc je suis et Le montespan, Michaël Hirsch présente Y’a de la joie ! au Théâtre de l’Œuvre à Paris dans lequel l’artiste nous dévoile sa quête du bonheur. À la fois drôle, touchant et sensible, Y’a de la joie ! revient sur son parcours fait de rencontres étonnantes et de recherches afin de découvrir la joie de vivre.

Présenté à Paris depuis le 20 janvier 2026 et ce jusqu’au 31 mars prochain, Y’a de la joie ! nous invite au-delà des clichés d’Instagram et du développement personnel.

Y’a de la joie ! de Michaël Hirsch, au Théâtre de l’Œuvre à Paris, du 20 janvier au 31 mars 2026, et le 16 mai 2026 à la Salle Polyvalente de Biarrotte.

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AuX sources du fun N° 1 : retrouver le fun dans les inutilitaires graphiques

Après un épisode 000 sur les logiciels inutiles et donc indispensables autour de l'ASCII art, cette dépêche entre dans la fin du XX° siècle avec les inutilitaires ayant des interfaces graphiques.

Sommaire

Introduction : poétique de l’inutile et regard de Xeyes

En ce passage vers une nouvelle année, c’est l’occasion d’inviter à de nouveaux regards, notamment à travers les inutilitaires avec interface graphique dans le domaine du libre, de la même manière que l’interface graphique a étendu leurs possibilités. Il s’agit d’une revisite de ces logiciels qui ont marqué, qui constituent les traces de l’histoire informatique et qui ouvrent à une perception renouvelée, traversés par des souffles multiples, à la fois historiques, poétiques, ludiques et philosophiques, et étendus dans le village global de 2026. Ainsi, nous les aborderons sous ces différentes modalités, à l’aune de ces différentes lumières.

Pour inviter à porter ce regard sur ces angles multiples, nous présenterons les inutilitaires graphiques dans une perspective plurielle, à la fois ludique, poétique et philosophique. En effet, ces équivalents dotés d’une interface graphique (GUI) de leurs homologues en ASCII ART, loin de toute logique de consommation, offrent un espace où le regard peut vagabonder, où l’expérience naît aussi de l’inattendu et de la contemplation. Ce changement de point de vue se manifeste notamment dans des exemples comme le petit programme Xeyes. Aussi inutile soit-il, il est installé par défaut dans la plupart des distributions : il se contente d’afficher des yeux qui suivent la souris, participant ainsi, à son échelle, au déplacement de la perception dans le logiciel libre. Il ne s’agit pas d’affirmer que Xeyes est intrinsèquement dépourvu d’usages utiles possibles, mais de le considérer ici dans une poétique du just for fun à l’instar de Linus Torvalds qui proclamait à Amsterdam que « The most important design issue… is the fact that Linux is supposed to be fun… ». Ainsi Xeyes est vu comme un objet ludique et réflexif, en outre sa page de manuel elle-même adopte un ton d’humour noir explicite : « Xeyes watches what you do and reports to the Boss. »

Bien entendu, Xeyes ne contient aucune backdoor destinée à transmettre des données à un quelconque supérieur — d’où son inutilité revendiquée (OUF). Avec le recul, on pourrait néanmoins y voir une préfiguration ironique des révélations de Snowden, infiniment plus utiles, quant à elles, pour dénoncer des pratiques bien réelles de surveillance. Là où Xeyes se contente d’en proposer une parodie, il rappelle, par le jeu et le décalage, que le logiciel libre sait aussi penser le regard et l’interface autrement que sous l’angle de l’efficacité, participant ainsi, à sa façon, à cette autre poétique. Les yeux malicieux de Xeyes ont aussi été transportés sur d'autres OS

xeyes

De cette contemplation découle également une autre réflexion. Dans son essai « Sauvons le Beau : L’esthétique à l’ère numérique », le philosopheByung-Chul Han (Pyŏng-ch’ŏl Han 한병전) regarde le monde d’aujourd’hui, saturé d’images lisses et parfaites, façonnées par un productivisme qui aplanit l’expérience personnelle. Tout est policé, séduisant, immédiatement consommable, mais dépourvu de profondeur. L’expérience esthétique se consomme comme un fruit sans chair, et le regard se laisse séduire sans se laisser transformer.

À travers Jeff Koons et le corps pornographié, il montre que l’expérience esthétique perd sa rugosité, son mystère, sa personnalisation et sa capacité à surprendre et à bouleverser. Elle devient un reflet étincelant dont l’intérieur sonne creux. Face à cet appauvrissement, Han appelle à se tourner vers l’altérité. Il invite à arracher l’individu à son narcissisme, à le détourner du miroir aux alouettes trop lisse, mais qui ne renvoie qu’une image vide. Voir l’altérité, c’est ramener le spectateur hors de lui-même, le confronter à une expérience esthétique qui change son regard, née de l’inattendu, de la divergence, de ce qui déstabilise. Dans cette rencontre, l’expérience esthétique cesse d’être un simple objet de consommation et redevient un souffle qui questionne, qui surprend et qui bouleverse.

Cette attention au surprenant trouve un écho pour le moins inattendu dans le monde du logiciel libre. Dans The Cathedral and the Bazaar, Eric S. Raymond écrit : « Every good work of software starts by scratching a developer’s personal itch. » Ainsi, chaque programme, chaque création naît d’un désir ou d’un besoin vécu, d’une singularité que l’on cherche à exprimer et à explorer. Ensuite, il ajoute également : « The next best thing to having good ideas is recognizing good ideas from your users. Sometimes the latter is better. » Parfois, ce n’est pas l’idée initiale, mais la rencontre avec ce qui vient d’ailleurs, qui enrichit et change la perception. Le logiciel libre, via la rencontre avec l’altérité et de par ses pratiques open source, amènent une approche mêlant une esthétique de la participation, qui constitue une proposition à la critique esthétique d’Han, laquelle, de manière tout à fait surprenante, s’incarne dans le processus de participation à travers le projet libre Gource, intégrant l’approche décrite par Eric S. Raymond et une esthétique du libre dans une danse poétique lumineuse sous forme de constellation spatiale globale.

Entre Xeyes et Gource s’étale une certaine diversité d’inutilitaires que nous parcourons comme une mini-rétrospective, mêlant parfois la grande histoire de l’actualité informatique avec la petite histoire des inutilitaires, souvent inattendue, encourageante, conviviale et poétique. De cette mosaïque émergeront certaines réflexions sur les inutilitaires sous forme d’abandonware, notamment à travers « le voyage de Necko et la retraite de Kodo ». Ces réflexions sont aussi l’occasion de redécouvrir des inutilitaires abandonnés à explorer, véritables parties prenantes de la grande aventure du logiciel libre, de son processus participatif en open source et de son invitation à une ouverture d’esprit et du code.

xeyes

Les décoratifs graphiques

Xjokes

MxIco

Xtacy

Cette quête de l’émerveillement et de la profondeur, au cœur du quotidien hypermoderne, nous mène aussi vers un autre temps, hors de l’aliénante productivité : celui d’un second Han, l’ermite Han Shan 寒山, sur les monts froids de la Chine des Mings. Là, dans la solitude et l’oisiveté attentive, l’expérience ne se cherche pas, elle advient. La légende dit que ses poèmes surgissaient sur les murs, les rochers, les arbres. Poète ch’an, ancêtre du zen japonais, Han Shan demeurait sous les pins, au bord d’un torrent, oublieux de lui-même, contemplant un papillon sans savoir s’il rêvait le papillon ou si le papillon le rêvait, comme chez Zhuang Zi. Puis, puis, dans un élan soudain, il grave quelques vers dans la pierre et s’en retourne en riant vers son ermitage comme tout maitre ch’an , énigmatique et joyeux.

une fois à Han Shan les dix mille affaires cessent
plus aucune pensée fugace ne s’accroche au cœur
oisif, sur un rocher j’inscris des poèmes,
accordé au flux, comme une barque sans amarre.

寒山詩

一住寒山萬事休
更無雜念掛心頭
閑書石壁題詩句
任運還同不繫舟

han shan

xjokes

Dans le logiciel libre, Xjokes se fait l’écho de cette suspension de l’utilité. Ainsi, un trou noir engloutit l’écran, des figures clignent de l’œil, l’écran peut disparaître tout entier. Comme le Boing Ball de l’Amiga ou MxIco fait tourner de simples polyèdres , ces logiciels laissent le regard vagabonder. Oisifs, ces logiciels offrent un espace où le temps semble suspendu, accordé au flux du geste, comme un souffle qui traverse l’espace simplement.

mxico

Un autre poète inconnu sous Xtacy (ecstasy) écrira lui aussi sur le même thème :

Retrouve dans ta tête
Ton âme de poète
Souviens-toi comme c´est chouette
La parfum des violettes
Un soir de pâquerettes

poesie

xtacy

Ainsi Xtacy le fera chanter avec ses couleurs changeantes, ses fractales, ses quadrilatères rebondissants et ses vagues sinusoïdales décalées, invite au vertige .


Les animaux virtuels et autres éléments virtuels de companies

gkrellm-bfm

Ce programme de monitoring dispose d'un canard qui sert… de compagnon?
Un plugin de monitoring de charge pour GKrellM, inspiré de wmfishtime et bubblemon. Il met en scène des poissons pour illustrer le trafic réseau, des bulles pour l’utilisation du processeur et un canard… pour représenter un canard.

Xteddy

Xteddy, en tant qu’inutilitaire, a eu des usages inattendus, allant bien au‑delà de sa fonction de simple peluche virtuelle de premier abord.L’auteur originel de Xteddy, Stefan Gustavson, raconte sur le site archivé :

« I created Xteddy way back in 1994 as a spare time hack for fun. The reception I got from my colleagues was so heart-warming I was encouraged to distribute him world-wide. Much to my surprise, the response was overwhelming. By now, I have received hundreds of friendly messages of appreciation from all over the world, and they keep dropping in even this long after the release. To all of you teddy bear lovers out there: thanks! »

Ce simple projet ludique, conçu pour le plaisir, a rapidement touché et fédéré une communauté internationale. Un utilisateur raconte sur le site xteddy.org :

« Ever since I found out about the Xteddy Unix program, I ran it on my workstations when I was doing my University assignments, as it helped me think. »

Pour certains utilisateurs, dont celui qui a partagé son expérience et mis a disposition le site Xteddy.org, Xteddy a eu un impact bien au‑delà du divertissement : il a servi de soutien émotionnel et d’aide à la réflexion, apportant réconfort et motivation dans des périodes marquées par l’anxiété sociale ou les troubles paniques. Touché par l’influence positive de ce logiciel, cet utilisateur a pris contact et a ensuite créé le site xteddy.org, à la fois espace de témoignage personnel et lieu de mémoire pour la communauté.

« I still get feedback at least once a year thanking me for what I’ve written here, so it > shall remain. I hope others find this interesting and helpful. »

Son engagement s’inscrit également dans une démarche plus large de contribution au logiciel libre, puisqu’il participe activement à divers projets open source, prolongeant ainsi l’esprit collaboratif et de soutien qui entoure Xteddy.
Aujourd’hui, bien que le site de l’auteur original ne soit plus accessible, l’héritage de ce programme se perpétue grâce aux nombreuses distributions

xteddy

XSnow

La neige, avec son blanc immaculé et sa douceur fragile, a inspiré le poète coréen Kim Sowol dans son célèbre poème 눈 오는 저녁 (Snowy Evening). Comme lui, certains pensent à leur amour lointain en observant la neige tomber, tandis que d’autres n’ont pas eu la chance de voir le Père Noël. Cette neige qui s’éparpille au vent mais ne fond qu’au contact des flammes rappelle la fragilité et la profondeur du cœur humain. Aujourd’hui, même ceux qui n’ont pas la chance de contempler la neige réelle peuvent retrouver cette magie grâce à XSnow, un programme qui fait tomber la neige virtuelle sur le bureau, recréant une mini ambiance hivernale dans le silence d’un monde immobile. Sous le ciel pâle, les pensées s’immobilisent, lentes et blanches, tandis que la nuit écoute le pas léger de l’hiver, et que la neige continue de transformer le quotidien en souvenir poétique, et observer par intermittence le traineau du Père Noël defiler sur son ecran. Un classique qui ajoute une touche de fraîcheur aux sessions de travail.

xsnow

xsnow

XPenguins : La Marche des Rêveurs Polaires

Dans le paysage immaculé de votre écran, là où ne règnent que l'ordre et la logique, une troupe inattendue fait son apparition. XPenguins, œuvre de l'esprit créatif de Robin Hogan, est une douce folie, un souffle d'air vif des terres australes. Inspirés des graphismes espiègles du jeu Pingus, ces petits pingouins pixelisés arpentent l'impossible. Ils cheminent le long des précipices de vos fenêtres, se faufilent entre les barres de menus comme entre des séracs de glace, transformant votre bureau en un iceberg numérique où règne une joyeuse absurdité. Ils défilent, pattent, courts et déterminés, dans une marche tranquille et hypnotique, offrant un ballet burlesque contre la rigueur austère de l'interface. Mais leur magie ne s'arrête pas aux confins de votre moniteur. Avec un clin d’œil à XBill, il se poursuit dans le jeu Pingus.

xpenguins

Doggo

Doggo est une IA de chien, développée en Python avec Pygame. Le chien se déplace aléatoirement sur l’écran, change de direction et d’état, et sa couleur de pelage varie de manière aléatoire. Les changements d’état suivent une chaîne de Markov. Ce projet est né de l’envie d’un collègue de l’auteur, qui ne pouvait pas avoir de chien, de créer un compagnon virtuel tout en explorant les chaînes de Markov.

doggo

Xroach

Xroach est un jeu classique qui consiste à afficher des cafards répugnants sur votre fenêtre principale. Ces petites créatures se déplacent frénétiquement jusqu'à trouver une fenêtre sous laquelle se cacher. À chaque fois que vous déplacez ou réduisez une fenêtre, les cafards se précipitent à nouveau pour se mettre à l'abri.

Xfishtank

Un vieil étang (haïku)

Un vieil étang
Une grenouille saute
Des sons d’eau

Aussi bref que ce célèbre haïku de Matsuo Bashō, et rapide qu’un « plouf » dans l’étang, Xfishtank nous transporte directement devant un aquarium où l’on peut contempler la diversité de la faune et de la flore marines, comme on contemple le poème de Bashō.

Xfishtank


Les inutilitaires liés à l’actualité et à l’histoire de l’informatique

Est-ce que Windows est un virus ? XBill

Dans les années 1990, le procès USA Department of Justice (DOJ) vs Microsoft a largement dominé les médias, révélant au grand public les pratiques monopolistiques jugées déloyales de diffusion du système d’exploitation de la firme de Redmond sur les marchés mondiaux. L’accord conclu entre Microsoft et le DOJ n’ayant pas été respecté, de nouvelles poursuites ont été engagées. Ces événements ont nourri les réflexions des autorités européennes de la concurrence et préparé le terrain pour le futur procès contre Microsoft, qui interviendra plus tard, dans les années 2000, au sein de l’Union européenne.

Le mini-jeu XBill, créé dans ces années 1990, illustre ces pratiques de diffusion de manière caricaturale et a suscité des réflexions humoristiques sur une question récurrente : Microsoft Windows n’est-il pas un virus finalement ?

Ainsi, le livre PC GAGS, qui réunit les perles humoristiques de l’époque frappant les plateformes MS-DOS, Windows 3.1 et Windows 95, nous donne à voir cet état d’esprit décalé.

“ Une rumeur persistante circule dans les milieux informatiques, selon laquelle Windows lui-même ne serait rien d’autre qu'un virus plus ou moins bien camouflé (leitmotiv : pour les uns, c’est un système d’exploitation, pour les autres, c’est le plus long virus du monde).

Quelques spécialistes d’Internet ont examiné à la loupe cette théorie. Voici leurs conclusions :
1. Les virus se répandent rapidement. Okay, Windows en fait autant
2. Les virus consomment de précieuses ressources du système et ralen­tissent ainsi le travail de l’ordinateur. Okay, Windows fait la même chose.
3. Les virus anéantissent parfois le disque dur. Okay, Windows est également connu par certains utilisateurs comme se livrant à ce genre d'exaction.
4. Les virus sont souvent glissés dans un ensemble de programmes utiles sans que l’utilisateur le sache, ou bien sont transmis directement avec l’ordinateur. Okay, Windows se propage également de cette manière.
5. Les virus sont parfois responsables de ce que l’utilisateur trouve son système trop lent et s’en achète un autre. Okay, cela arrive aussi avec Windows.
Jusqu’ici, il semble bien que Windows soit effectivement un virus !

Mais il existe trois différences fondamentales :
1. Les virus fonctionnent sur presque tous les ordinateurs.
2. Leur programmation est efficace et leur taille petite.
3. Plus ils se développent, plus ils font des progrès.
Windows ne satisfaisant pas à ces conditions de base, il faut se rendre l’évidence : Windows n’est pas un virus ! ”

Dans ce contexte, XBill s’inspire de cette critique pour caricaturer la propension de Bill Gates à installer Windows partout. Cette caricature interactive montre, d’une part, le CEO de Microsoft, qui installe Windows sur tous les ordinateurs qu’il rencontre, et, d’autre part, Windows lui-même se répandre via les réseaux se multiplier à l’instar d’un virus informatique, infectant les ordinateurs et supprimant les autres systèmes d’exploitation et en s y installant confortablement à leurs places.

xbill

XLennart

Une version dérivée de ce jeu, XLennart, reprend le concept pour caricaturer la controverse autour de Lennart et son init, en montrant son installation remplaçant tous les init des autres systèmes sur les machines Unix-like, poursuivant ainsi l’esprit satirique de XBill appliqué à l’univers des systèmes libres. (N.D.R. : pour éviter de nourrir les trolls, on constate l’existence de cet inutilitaire sans prendre position sur la question de fond.)

xlennart

xlennart

X026 : l’héritage des cartes perforées Hollerith

Bien avant les claviers et les écrans, l’informatique reposait sur des cartes perforées Hollerith, inventées à la fin du XIXᵉ siècle par Herman Hollerith. D’abord utilisées pour accélérer le recensement américain de 1890, elles sont devenues pendant des décennies le support central du stockage des données et des programmes. Dans les années 1950 à 1970, des machines comme le poinçon IBM 026 permettaient de transformer texte et chiffres en trous soigneusement alignés sur des cartes de 80 colonnes. Chaque caractère était codé en BCD-H, un système directement lisible par les ordinateurs de l’époque. Programmer en FORTRAN signifiait alors saisir chaque ligne sur une carte distincte : la moindre erreur impliquait de refaire la carte au format binaire BCD, ce qui imposait une grande rigueur. Le langage herita de ces syntaxes et exigeait ses règles strictes à cause du support physique : colonnes, indentation, numéros de lignes… bref, le code avait autant de contraintes que les joueurs de Tetris les plus acharnés !

L’émulateur X026 redonne vie à cette pratique. En simulant fidèlement l’IBM 026, il permet d’expérimenter concrètement la lenteur, la précision et la discipline qu’exigeait la saisie des données à l’ère des cartes perforées. Plus qu’un simple outil, X026 est une plongée dans l’histoire de l’informatique.

x026

Xabacus

Xabacus est un émulateur de boulier qui illustre les origines du calcul manuel. Il complète bien des inutilitaires comme X026 en experimentant avec ce qui existait avant même l’ère des cartes perforées. Il reproduit le fonctionnement d’un boulier (souvent de type chinois suanpan 算盤 ou japonais soroban 算盤(そろばん) .

xabacus


Assistant virtuel

Les assistants virtuels sont des personnages qui sont l'équivalent humain ou anthropomorphe des animaux virtuels et qui ont soit une fonction esthétique, soit parfois une fonction anecdotique.

Macopix

MaCoPiX (Mascot Constructive Pilot for X) est l'application de mascottes ultime pour les systèmes UNIX et X Window. Vous pouvez y créer des petites créatures qui se posent sur vos fenêtres, des mascottes fixes qui s'installent confortablement sur votre bureau, et même des mascottes horloges pour vous tenir compagnie tout en affichant l'heure. De quoi rendre votre bureau un peu plus vivant et amusant !

macopix

XClock Cat

Issu d’un imaginaire ancien du chat souriant, malicieux et légèrement surréaliste, popularisé dès 1865 par Lewis Carroll avec le Chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles, puis codifié visuellement par l’animation et le design américains des années 1920–1930 (grands yeux expressifs, sourire exagéré, animation souple de type rubber hose), cet archétype trouve une incarnation emblématique avec le Kit-Cat Klock au début des années 1930, célèbre horloge animée aux yeux roulants et à la queue oscillante, avant d’être réinterprété par Disney en 1951 dans Alice in Wonderland ; c’est dans cette continuité culturelle et graphique que s’inscrit Xclock catclock, une variante à base de motifs (motif-based) du programme xclock du X Window System, développée à la fin des années 1980 par des ingénieurs issus du MIT, de DEC, de BBN et de l’université de Berkeley, et remise en ligne sur GitHub à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de X10 : cette version ajoute un mode animant yeux et queue à l’écran avec une option de suivi du tempo musical permettant de synchroniser les mouvements du chat avec la musique, Ce chat de Cheshire des temps moderne illustre la rencontre entre histoire de l’informatique, culture visuelle du cartoon et design ludique rétro.

xclockcat

Viguor : le Clippy qui agace… encore plus que Clippy

Pour ceux qui ont connu la torture du traitement de texte Microsoft Word et de son assistant Clippy dans les années 90, Viguor, sur le ton de l’humour noir, permet de retrouver cette expérience frustrante… mais en pire. Cette caricature de l’assistant agaçant n’a qu’un seul objectif : vous faire sourire… ou doucement sombrer dans le désespoir numérique. Bien sûr, il vous demandera ironiquement de signer un impossible EULA/CLUF avant d’interagir avec lui.

vigor

KDE Amor

Amor est une interface permettant de gérer des animations virtuelles sous KDE. Cette application permet d'interagir avec différents personnages de bureau, ajoutant un peu de vie et d’interactivité à l’environnement de travail. Le store KDE fournie de nouvelles versions en ligne

Amor Config


Les écrans de veille : XScreensaver

Dans les temps anciens, lorsque les écrans affichaient une image fixe trop longtemps, ils pouvaient être endommagés par un phénomène appelé combustion interne du phosphore. Pour prévenir ce problème, des utilitaires appelés « économiseurs d'écran » ont été créés. Bien que cette fonction soit aujourd'hui obsolète, les écrans de veille sont devenus des artefacts artistiques en soi, souvent appréciés pour leur côté créatif. Aujourd'hui, tous les bons environnements de bureau en proposent, tandis que les mauvais ont tendance à les retirer de leur offre.

Ainsi, malgré leur origine pratique, les économiseurs d’écran ont évolué et continuent d’offrir une valeur ajoutée au-delà de leur utilité initiale. C’est précisément dans ce contexte que XScreenSaver s'inscrit comme un exemple parfait de réinvention. En 2022, il a célébré son trentième anniversaire, prouvant qu'un bon logiciel peut traverser le temps et les générations. Lancé en 1992, il est rapidement devenu un incontournable pour les systèmes Linux et Unix utilisant le système de fenêtres X11. En plus de proposer une vaste collection d’économiseurs d’écran, XScreenSaver devient une sorte de musée de l’informatique montrant les screensaver les plus vieux (comme la boule rouge et blanche d’Amiga) jusqu’aux effets de demos récentes, offrant une rétrospective de ce qui s'est fait aux différents âges de l’informatique. En somme, XScreenSaver est bien plus qu’une simple collection d’écrans de veille : c’est une courte contemplation, rétrospective esthétique de l’évolution de l’informatique comme peinture animée.

xscreensaver amiga

xscreensaver


Les inutilitaires de « Passage »

Les inutilitaires suivants nous permettent de percevoir le passage, la spatialité et la transition entre les espaces et dimensions sous des angles multiples.

Passage du pixel art au jeu poétique

Poète symboliste influencé par Verlaine et Rimbaud, Antonio Machado privilégie la suggestion, le souffle du rythme et l’émotion intérieure plutôt que la description réaliste. Cette sensibilité se retrouve aussi dans Passage, qui n’est pas un simple jeu libre mais un jeu-art à forte dimension poétique. Comme dans la poésie symboliste, le sens n’est jamais donné explicitement : il se construit à travers des images simples, presque abstraites, et une atmosphère mélancolique. Le pixel art, volontairement épuré, agit comme un symbole, à l’image des paysages intérieurs de Machado, où le temps, le souvenir et le chemin de la vie sont suggérés plus que racontés. À la manière d’Antonio Machado, qui cherchaient à « faire sentir » plutôt qu’à expliquer, Passage invite le joueur à une expérience sensorielle et méditative, proche d’un poème visuel en mouvement.

Divulgachage / Spoiler Alert / Des vidéos de spoiler de Passage existent sur YouTube, mais nous ne vous déconseillons de les regarder avant d’y jouer. Comme dans la poésie symboliste d’Antonio Machado, le sens de l’œuvre naît de l’expérience personnelle et de la découverte progressive. Regarder le jeu à l’avance enlèverait une grande partie de son impact émotionnel, car Passage repose sur la surprise, le temps vécu et l’interprétation intime. À l’image d’un poème que l’on doit lire et ressentir soi-même, ce jeu-art ne se comprend pleinement qu’en étant parcouru, pas observé de l’extérieur

passage

Du réalisme logiciel au réalisme magique… en labyrinthe

XEarth, XMountains et XWorld

Dans la cité-monde numérique, XEarth, XMountains et XWorld, véritables ancêtres de Google Earth et OpenStreetMap, incarnent une approche réaliste de l’exploration. XEarth reproduit la topographie et les climats d’une planète tangible, XMountains offre des chaînes de reliefs et de vallées à arpenter, et XWorld articule ces espaces en un réseau interconnecté reflétant un village global cohérent. Dans ces univers, la navigation est ordonnée et structurée : chaque élément a sa place, chaque espace peut être cartographié et compris, malgré leur grandeur presque infinie, rappelant la logique combinatoire finie mais immense décrite dans la Bibliothèque de Babel de Borges. Ces environnements offrent une immersion classique, vue extérieure, où l’utilisateur agit comme un arpenteur rationnel dans un monde cartographié et cohérent.

xearth

xmountain

xworld

FSV2 et GopherVR

Dans FSV2 et GopherVR, chaque déplacement transforme l’espace en un labyrinthe vivant. En parcourant répertoires et sites, l’utilisateur croise des chemins qui se multiplient, se bifurquent et se recroisent, révélant des angles inattendus et des perspectives surprenantes à chaque pas. On ne se contente plus de « voir » : on ressent l’infini et l’ordre simultanément, chaque choix de parcours offrant un condensé d’informations et de points de vue au-delà de la perception 2D habituelle. Explorer ses fichiers dans FSV2 devient un acte poétique et intellectuel, presque rituel. GopherVR, quant à lui, transforme l’accès à la base de données en une exploration tridimensionnelle digne du Gibson dans le film Hackers

fsv

gophervr

Pour ceux qui souhaitent une simulation du voyage dans le Gibson, XScreenSaver, cité précédemment, en offre cette expérience immersive. Comme dans La Demeure d’Astérion, chaque couloir, chaque recoin est à la fois familier et mystérieux, invitant l’utilisateur à se perdre pour mieux se retrouver, à savourer la surprise de chaque bifurcation et à redécouvrir l’ordinateur comme un espace à la fois tangible et imaginaire.

Gibson xscreensaver

fsv linux gibson

Le voyage de Neko et la retraite de Kodo

Réflexion sur les inutilitaires en tant qu’abandonwares libres et sur ceux sans équivalents libres

Dans notre exploration des inutilitaires graphiques libres, nous avons remarqué un contraste frappant entre deux situations. Cela nous a conduits à une réflexion sur le rapport entre abandonware et logiciel libre, que nous appellerons « le voyage de Neko et la retraite de Kodo », comme un conte philosophique oriental illustrant certains paradoxes numériques.

Le voyage de Neko

neko

Il hante nos écrans d’un pas de velours numérique, ce petit chat blanc échappé des brumes des années 80. Neko… Son nom, qui signifie simplement « chat » en japonais, est bien plus qu’un mot : c’est une présence tranquille dans le paysage froid de la machine. Ce félin graphique est né sur les NEC PC-9801 en 1988 par Naoshi Watanabe (若田部 直), un programme propriétaire mais doté d’une grâce qui franchirait les décennies. Il a été le compagnon discret de nos révolutions numériques, suivant la danse des curseurs à travers les âges du silicium. Son ballet est hypnotique : il poursuit le pointeur avec la grâce d’un félin mythique, s’arrête parfois pour une pause, s’enroule sur lui-même, et succombe à un sommeil paisible, un sphinx pixelisé attendant le prochain mouvement.

  • 1989 : Sur Macintosh, Neko devient un accessoire de bureau signé Kenji Gotoh, toujours propriétaire mais distribué gratuitement, avec ses fameuses animations de sommeil.

  • Années 90 : Il parcourt Windows 3.x (WNEKO et Neko Runs Free), IBM OS/2 et NEXTSTEP, restant à chaque fois propriétaire et distribué, mais non modifiable.

  • 1991 (System 7) : Sur Mac, la version System 7 permet de modifier le pointeur avec divers jouets pour chat, ajoutant un charme ludique aux interactions.

  • 1991 (Xneko) : Masayuki Koba (古場正行) réécrit Neko pour Unix/X11, lui donnant la liberté du code. Il devient alors un logiciel libre, partageable et modifiable.

  • Toujours em 1991 : Oneko par Tatsuya Kato transpose Xneko sur Linux et BSD, introduisant d’autres animaux. Son esprit libre pénètre les jardins de GNU/Linux

  • 1997 : Sur Amiga, Neko devient Ameko, adaptation freeware mais sans code source ouvert. Pas encore de port pour Aros. Fin des années 90, un port fermé existe pour BeOS (Replicat).

  • Des années 2000 à aujourd’hui : Neko continue de danser sur nos écrans, que ce soit dans Tux Paint. On le retrouve notamment avec Neko on Desktop (Mac, 2000), webneko en JavaScript (2004), Neko in Java (2010), une version tactile sur Arduino (2010), Neko x64 pour Windows (2010) et enfin sur Android via le repot libre F-Droid avec Aneko

Ainsi, le voyage de Neko s’écrit des contrées privatives aux archipels du libre : un petit chat de pixels, doux fantôme du passé, qui rappelle que la magie réside parfois dans les choses les plus simples.
Cependant, ce voyage soulève une question : combien d’autres fantômes numériques, d’inutilitaires propriétaires, sont restés prisonniers de leurs époques et de systèmes fermés, incapables de franchir le miroir ? De nombreux petits programmes sur Amiga, Atari ST,Amstrad CPC, OS/2, Acorn, Sinclair QL, Commodore 64, ZxSpectrum, MS-DOS, DR DOS Windows 3.1 Windows 95 et toutes les familles Unix proprietaires… ont disparu avec les systèmes d’exploitation qui les portaient, abandonnés à jamais.

onkeo

La retraite de Kodo

En parallèle, on trouve Kodo ou Kodometer, né libre mais ayant connu un retrait de parcours.Kodomètre était une application KDE qui mesurait la distance parcourue par le curseur de la souris sur le bureau. Son interface imitait un compteur kilométrique et permettait de suivre la distance totale ainsi que des trajets précis, en unités métriques ou américaines.À l’origine basé sur le programme VMS/Motif Xodometer de Mark H. Granoff, il a été porté vers KDE/C++ par Armen Nakashian, qui l’a découvert sur le bureau d’un collègue. L’application restait surtout ludique, permettant d’observer ses habitudes d’utilisation. Avec le temps, Kodomètre a été abandonné : il ne figurait plus dans les paquets KDE.

Abandonware et logiciel libre : fragilité des inutilitaires

Ainsi, certains inutilitaires propriétaires ont été définitivement abandonnés, tandis que d’autres, semblent glisser progressivement vers ce statut. D’autres encore n’ont jamais franchi « l’autre côté du miroir », à l’image du voyage de Neko, c’est-à-dire le passage d’un modèle propriétaire vers une version libre. Bien que cela n’altère pas leur valeur ludique, artistique ou philosophique, cela compromet leur avenir : privés de sources accessibles, ils perdent toute possibilité d’évolution et de renouvellement. Pour ceux qui ne sont pas passés de l’autre côté du miroir, l’émulation ou la virtualisation restent souvent les seuls moyens de les préserver de l’oubli. Toutefois, en tant qu’inutilitaires peu connus, ils risquent de disparaître lentement de la mémoire collective. L’approche préservation d’abandonware tente d’apporter une réponse, mais elle demeure contraignante : rares sont ceux qui installeront un système complet, en dual-boot ou en machine virtuelle, au seul fin de retrouver la poésie singulière de ces inutilitaires obscures. Dans le cas de la mise en retrait de Kodo, ou de l’abandonware dans le logiciel libre, Eric S. Raymond rappelait un principe fondamental :

« When you lose interest in a program, your last duty to it is to hand it off to a competent successor. »

Comme il le souligne dans The Cathedral and the Bazaar, la vitalité d’un logiciel dépend non seulement de l’engagement de ses créateurs initiaux, mais aussi de leur capacité à le transmettre à ceux qui sauront le faire vivre et évoluer.
Cette dualité met en lumière la fragilité des « inutilitaires » numériques : les logiciels propriétaires abandonnés demeurent prisonniers de leur époque, tandis que certains logiciels libres sombrent également dans l’oubli faute de suivi ou de communauté active.

Nous en arrivons désormais à Gource, afin de percevoir ce que représente une communauté vivante, participative et active : la face la plus connue du logiciel libre, celle que tous les community managers aspirent à montrer et que tous les participants souhaitent expérimenter, à l’inverse des logiciels abandonnés.

Gource en guise de conclusion pour 2025 et de Passage en 2026

Gource ou la danse du libre dans le village global contemporain

En passant à la nouvelle année 2026, notre ère actuelle de la participation collaborative, portée par les projets libres et open source, Gource déploie l’histoire d’un projet logiciel comme un poème en mouvement : des points de lumière naissent, se rapprochent, se séparent, traçant dans l’obscurité la mémoire vivante du code. Chaque commit devient une bifurcation du temps, et l’écran se fait constellation où l’effort collectif palpite. À la manière d’Octavio Paz, cette visualisation n’explique pas : elle révèle. Elle suspend le regard entre le flux et la forme, entre l’instant et la durée, rappelant le mouvement circulaire de son texte Piedra de sol (1957), où le temps n’avance pas en ligne droite mais revient, se replie et se réinvente. De la même façon, Gource ne raconte pas le développement comme une simple succession de versions, mais comme un présent perpétuel où passé et devenir coexistent à l’écran.

Chaque apparition de fichier ou de contributeur agit comme un « instant éclair », où le flux se condense et devient visible. La visualisation devient alors un espace de dialogue — entre individus, entre traces, entre silence et action — faisant écho à Blanco (1967), poème de l’espace et de la relation, ouvert à des lectures multiples, sans centre unique. Comme chez Paz, le sens ne naît pas de la juxtaposition de signes, mais de leur mise en relation.

Cette pluralité en mouvement rejoint la vision cosmopolite de Himno entre ruinas, où les voix du monde se croisent sans se dissoudre. Gource matérialise cette dynamique en montrant le développement comme une constellation d’acteurs dispersés sur la planète, unis par un même espace symbolique. Ici, l’interconnexion n’est pas un simple outil technique : elle est la condition même de l’existence du projet. C’est en cela que Gource rejoint la pensée de Marshall McLuhan, pour qui le « village global » ne désigne pas une uniformisation du monde, mais une intensification des relations, où chaque geste local résonne immédiatement à l’échelle planétaire.

Enfin, à l’image de Viento entero, où le présent se construit à partir de fragments hérités et réassemblés, Gource fait émerger une œuvre collective à partir de traces, de modifications successives, de strates de mémoire. Dans cette cité-monde interconnectée que McLuhan entrevoyait, la réflexion ne commence plus à partir d’un centre stable, mais du réseau lui-même. Gource en offre une figuration sensible : un village global de code et de lumière, où la création naît du passage, de l’échange et de la rencontre, et où l’interconnexion devient le point de départ de toute pensée commune.

Chaque contribution devient un souffle, chaque fichier une étoile, et le code collectif se déploie comme un poème en mouvement, où passé et présent, technique et humain, local et global s’entrelacent. C’est ainsi que nous sommes invités à percevoir nos vies numériques au cœur de nos interactions et de nos commits au sein de ce projet planétaire.

Ainsi, à travers Gource, l’esthétique du processus de collaboration globale propre au logiciel libre apporte une réponse concrète au questionnement du philosophe Byung-Chul Han (Pyŏng-ch’ŏl Han 한병전), qui déplorait la perte de profondeur au profit de surfaces lisses, brillantes et réflexives, mais fondamentalement creuses. Gource, par sa cartographie en constellations des processus collaboratifs du logiciel libre, démontre qu’il est possible d’évoluer au sein d’une constellation scintillante sans renoncer à la profondeur, celle-ci étant incarnée par le code source, l’historique des contributions et le processus open source d’élaboration collective du logiciel libre.

Contrairement aux œuvres de Jeff Koons, dont la brillance tend à masquer le vide, la visualisation proposée par Gource repose sur un socle profond, multiple et participatif. La surface lumineuse n’y est jamais autonome : elle renvoie toujours à une réalité sous-jacente faite de travail, de temporalité, de négociations, et de coopérations. En ce sens, Gource peut être considéré comme un exemple paradigmatique d’un reflet brillant issu d’un modèle profondément structuré, à l’exact opposé de l’esthétique lisse et creuse dénoncée par Han.

Par ailleurs, Gource incarne de manière exemplaire un espace de l’altérité, rendu visible par la contribution de chacun. Chaque contributeur y apporte sa perspective singulière, sa sensibilité propre et sa touche personnelle, participant ainsi à une œuvre collective en perpétuel devenir. Cette dynamique rejoint l’analyse d’Eric S. Raymond dans The Cathedral and the Bazaar, lorsqu’il souligne que « The next best thing to having good ideas is recognizing good ideas from your users », rappelant que la richesse du logiciel libre réside précisément dans la reconnaissance et l’intégration des apports de l’autre.

Enfin, à l’instar des poèmes de Han Shan surgissant sur les rochers ou les murs, Gource fait apparaître un ciel constellé, où chaque contribution éclaire fugitivement la galaxie vivante du projet, révélant la fluidité d’un processus créatif libre et en mouvement.

gource

gource2

Conclusion

L’histoire des inutilitaires se déploie comme une poésie vivante, du calcul solitaire à l’intelligence collective. Sur son chemin, des instants inattendus surgissent : Xteddy, simple peluche virtuelle, montre que l’inutile peut étonner, émerveiller et tisser des liens, éveillant réflexion et imagination.

Les communautés libres insufflent vie à ces créations, leur offrant la force de survivre, d’évoluer et de voyager librement de plateforme en plateforme, à l’instar de Neko.

Dans un monde de codes et de réseaux, chaque contribution devient une étoile dans le « village global » de McLuhan, où frontières et distances s’effacent. Gource, FSV2 et GopherVR transforment l’exploration numérique en chorégraphie de lumière et de mémoire, révélant l’élan vivant et créatif des communautés du logiciel libre. L’informatique cesse alors d’être purement utilitaire : elle devient poésie, labyrinthe et voyage.

Mais la survie d’un logiciel ne repose pas seulement sur l’ouverture de son code : elle exige transmission, engagement communautaire et capacité à évoluer. Nous espérons que de plus en plus d’abandonwares et d’inutilitaires suivront le voyage de Neko, passant de l’ombre à la lumière du libre, enrichissant sans cesse l’espace vivant du logiciel. Il est tout aussi crucial que les logiciels déjà libres ne soient pas abandonnés, afin que l’histoire de l’informatique continue de s’écrire dans une dynamique collective et créative, où chacun reste acteur de son informatique, à l’inverse des monopoles évoqués dans XBill.

Et qu’un jour, nous puissions nous voir dans une de ces constellations cartographiques telle que Gource nous le montre, pour contempler, émerveillés, que dans cette poésie numérique, nous y avons tous participé.

Bonne année 2026 !

Pour aller plus loin ensemble en traineau

Il existe peu de livres consacrés aux inutilitaires, car, comme le pensait IBM (à l’inverse, par exemple, de l’Amiga) et sous son influence sur le domaine, l’informatique était considérée comme une affaire sérieuse. Pourtant, certains ouvrages ont documenté et inspiré ces créations décalées et humoristiques, notamment :

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