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Reçu hier — 27 février 2026

César 2026 : qui sont les vainqueurs de la 51e cérémonie ?

27 février 2026 à 05:20

Ce jeudi 26 février avait lieu, au cœur de l’Olympia, la 51e cérémonie des César. Présentée par Benjamin Lavernhe — impeccable maître de cérémonie aussi touchant que drôle — cette nouvelle édition a notamment sacré L’attachement de Carine Tardieu en tant que meilleur film. Avant cela, sa réalisatrice avait également reçu le César de la meilleure adaptation aux côtés de ses co-scénaristes Raphaële Moussafir et Agnès Feuvre pour leur travail sur le roman d’Alice Ferney, L’intimité (2020).

Le long-métrage, véritable plongée dans le deuil, a également permis à Vimala Pons de recevoir son tout premier César en tant que meilleure actrice dans un second rôle. En face, Pierre Lottin a créé la surprise en remportant la statuette du meilleur acteur dans un second rôle pour L’étranger de François Ozon. Dans un discours laconique mais fidèle à sa fantaisie, l’acteur révélé par la saga Les Tuche a salué sa famille, regrettant toutefois que Jim Carrey ne soit plus assis au premier rang au moment de son sacre.

Jim Carrey reçoit un César d’honneur

Il faut dire que le comédien canadien était en coulisses et se préparait à recevoir son César d’honneur des mains de la Présidente des César, Camille Cottin et de Michel Gondry avec qui il a travaillé sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004). Moment fort de la cérémonie — également marquée par l’émotion de Benjamin Lavernhe — Jim Carrey est monté sur scène, après une longue standing-ovation. Dans son discours, délivré en français, le géant du cinéma a rendu hommage à ses racines françaises, à sa famille, mais surtout à son père « l’homme le plus drôle du monde ».

Laurent Lafitte, Léa Drucker…

Le film La femme la plus riche du monde, quant à lui, a permis à Laurent Lafitte de décrocher le César du meilleur acteur tandis que Léa Drucker après avoir obtenu le prix pour Jusqu’à la garde (2017), a une nouvelle fois été sacrée, en tant que meilleure actrice pour sa prestation dans Dossier 137 de Dominik Moll.

Côté espoir, Nadia Melliti, brillante interprète de La petite dernière continue son ascension. Après son prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2025, la jeune femme a remporté le César du meilleur espoir féminin. Théodore Pellerin est reparti avec le meilleur espoir masculin pour Nino de Pauline Loquès, quant à elle récompensée dans la catégorie meilleur premier film.

Côté animation, Arco d’Ugo Bienvenu a remporté le César du meilleur long-métrage d’animation. Un sacre qui arrive un peu moins d’un an après celui au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, et à quelques jours d’une potentielle récompense aux Oscars. Le long-métrage a également remporté le César de la meilleure musique originale, tandis que le César du meilleur son a été remis au documentaire Le chant des forêts de Vincent Munier, également sacré, dans la soirée, en tant que meilleur film documentaire.

Les César « plus techniques » sont allés, respectivement à L’inconnu de la grande arche — meilleurs décors, meilleurs effets visuels — et à Nouvelle vague — meilleur montage, meilleure photographie, meilleurs costumes. Recordman des nominations, le long-métrage de Richard Linklater a toutefois permis à son réalisateur de repartir avec le prix du meilleur réalisateur pour son film sur À bout de souffle de Jean-Luc Godard.

Enfin, parmi le reste des lauréats, il faut citer le sacre du court-métrage documentaire, Au bain des dames sur une bande d’octogénaires sur les plages marseillaises, celui d’Une bataille après l’autre pour le César du meilleur film étranger, mais aussi l’exploit de Franck Dubosc, qui a reçu le premier César (meilleur scénario original) de sa carrière pour Un ours dans le Jura, un an après son irrésistible sketch sur les « Césarito ».

Reçu avant avant-hier

Feel So Good Around U : l’album foisonnant de LB aka Labat

26 février 2026 à 07:00

On l’a découvert en Boiler Room sur une réinvention des Black Eyed Peas. Dans cette vidéo, LB aka LABAT soulevait les foules sur un remix de Pump It aussi dansant que brut. Mais aujourd’hui, les remix c’est fini. En puisant dans la culture club, le DJ et producteur français nous présente Feel So Good Around U, un album original à l’univers foisonnant.

Fidèle aux diverses inspirations de l’artiste – entre techno, drum & bass et hyperpop –, ce premier album montre que LB aka LABAT n’hésite pas à brouiller les frontières de la musique électronique et à puiser autant dans l’atmosphère des années 1990 que dans la pop sexy de 2010. En témoigne, le premier titre de l’opus, en featuring avec Skin on Skin, dans lequel les riffs de guitare rock se mélangent à une voix psychédélique et enivrante.

Boiler Room de LB aka Labat.

Le melting-pot de LB aka LABAT

Tout au long de l’album, l’artiste casse les codes. Mais, au-delà du mélange des genres, LB aka LABAT n’hésite pas à dépasser les frontières. Ainsi, son français se mêle à la langue anglaise dans des intertitres authentiques et pleins de vie, tandis que, sur Comète, le DJ invite MJ Nebreda. L’artiste qui partage ses racines entre le Venezuela et le Pérou apporte son énergie, mais aussi sa voix suave et aiguë au titre et rappelle une Rosalía tout droit sortie du dancefloor.

Avec cet album, LB aka LABAT n’hésite pas à convoquer des images fortes, à mesure que chaque son se déploie. Ou plutôt des sensations fortes issues de la club music, de la pop, ou encore du disco. Il faut dire que l’artiste a su s’entourer afin d’offrir un album pluriel et collectif. Le DJ a délaissé les sessions d’enregistrement à la maison pour les studios de Berlin, Londres, Melbourne et Paris ; un nouveau témoignage de melting pot dans lequel a été mitonné Feel So Good Around U.

En voyageant aux quatre coins du globe, l’artiste a su tirer le meilleur des cultures internationales tout en s’entourant d’une équipe d’élite, notamment des producteurs newgen comme Baugruppe90, Heartstring, Sam Alfred, Crush3d, Memphis LK, Skin on Skin, Lucas V, Amne ou Notinbed, grâce à qui Feel So Good Around U navigue entre les genres avec une fluidité instinctive et des rythmes puissants, immédiatement évocateurs.

« J’ai découvert une nouvelle façon de travailler en m’ouvrant à d’autres producteurs, précise LB aka LABAT dans le dossier de presse. Je n’y étais pas fermé, mais l’idée ne m’avait jamais effleuré. Nous étions des dizaines sur cet album, entre les producteurs bien plus techniques que moi et les featurings. […] Cette manière de produire est incroyablement excitante. »

Un goût de liberté

Il en ressort un opus fédérateur et dansant sur lequel l’artiste ne fait jamais de compromis entre l’accessibilité à un large public et son amour pour les clubs techno. Du son vibrant de Take me Home au groove aérien de I Never Party in Paris, en passant part le sexy Fixated, LB aka LABAT parvient à construite un univers aussi abondant que lucide.

Chaque piste représente ainsi l’opportunité pour l’artiste d’explorer une nouvelle facette de la musique électronique. Beats répétitifs, clubing disco et sonorités brut se mélangent, avec comme fil conducteur des voix féminines hypnotisantes. Car, si l’artiste multiplie les collaborations, il fait surtout la part belle aux artistes femmes, tels des vecteurs de liberté.

C’est d’ailleurs cela qu’il faudra avant tout retenir de Feel So Good Aroud U : la liberté, ainsi que la générosité d’un artiste qui n’a pas peur de s’aventurer au-delà des genres et des frontières. De cette façon, LB aka LABAT incarne la nouvelle vague du clubbing et montre, avec ce premier opus disponible dès le 27 février, qu’il a tout pour devenir l’un des DJ les plus versatiles de la scène musicale et électronique.

Bradley Cooper dissèque une nouvelle fois le couple dans Is This Thing On ?

25 février 2026 à 09:30

Bradley Cooper est de retour à la réalisation. Trois ans après son Maestro (2023) sur Netflix — exploration du couple formé par le compositeur Leonard Bernstein et sa femme Felicia Montealegre Cohn Bernstein — l’artiste américain présente, ce mercredi 24 février, dans les salles obscures françaises, Is This Thing On ?

Pour l’occasion, l’acteur américain délaisse le premier rôle et offre la partition principale à l’excellent Will Arnett. Le comédien, connu pour son rôle de frère totalement à la ramasse dans la série Arrested Development (2003), incarne ici Alex dont le mariage avec Tess (Laura Dern) ne tient plus qu’à un fil. En pleine crise de la cinquantaine, ce père de famille à la dérive va alors tenter de redonner du sens à sa vie. Pour cela, il décide de se lancer dans le milieu du stand-up new-yorkais ; une thérapie originale à travers laquelle l’humoriste amateur livre ses pensées sur la co-parentalité, le divorce, ou encore sa nouvelle vie sexuelle.

Will Arnett dans Is This Thing On ?, de Bradley Cooper.

Avec Is This Thing On ?, Bradley Cooper — qui prête ses traits à un acteur raté préférant s’enfermer dans la défonce plutôt que d’affronter ses propres problèmes de couple — change d’échelle. Au souffle et aux envolées magistrales de A Star is Born (2018) avec Lady Gaga et de Maestro, le cinéaste préfère ainsi le cadre plus circonscris, tamisé et intime des comedy clubs. Une démonstration qui colle parfaitement avec sa mise en scène.

Au moyen de plans resserrés et d’une caméra embarquée à l’épaule, Bradley Cooper scrute son personnage et nous embarque, à ses côtés, dans les entrailles effervescentes des comedy clubs de Manhattan, rappelant certains effets visuels et sonores de Birdman (2014) d’Alejandro González Iñárritu. Ce mécanisme permet également au réalisateur de déployer une mise en scène plus personnelle, capable de sonder l’âme de son héros.

Car si Will Arnett s’est fait connaître du grand public pour son pouvoir comique — il est aussi la voix culte du LEGO Batman — le comédien offre ici une interprétation bluffante et sensible. Père un peu gauche et époux maladroit, l’acteur et scénariste — il a imaginé l’histoire et co-écrit le film avec Cooper — se révèle écrasant d’émotion, notamment à travers les séquences de dévoilement sur scène dans lesquelles on retiendra finalement plus son regard, sa gêne et sa tristesse que ses punchlines drolatiques.

Will Arnett et Laura Dern dans Is This Thing On ?

Le stand-up devient ainsi l’occasion pour notre héros de se livrer avec autodérision sur son mariage. Cet art est également un terreau fertile pour Bradley Cooper qui disséque une nouvelle fois le couple. Thème central de la filmographie du réalisateur à travers, cette fois-ci, la redoutable épreuve du divorce, Is Thing This On ?, fait toutefois le pari de la comédie et de la légèreté, là où des longs-métrages comme A Star is Born ou Maestro apparaissaient comme des films plus noirs.

Plus intime et loin du drame qui amplifiait les précédentes œuvres de Bradley Cooper, Is This Thing On ? interroge les nouvelles formes d’amour et cultive un optimiste bienvenu grâce à son duo d’acteurs. Laura Dern, après avoir joué une redoutable avocate spécialisée en divorce dans Marriage Story (2019), trouve ici une partition plus humaine, notamment lorsque son personnage se questionne sur les sacrifices qu’elle a dû faire pour sa famille.

La bande-annonce VOSTFR de Is This Thing On ?

ll en ressort un film d’auteur personnel, drôle, dans la lignée de la filmographie de son réalisateur. Car malgré une mise en scène plus compressée, et outre la dissection du couple, Bradley Cooper déploie également un propos sur le dévoilement que permet la scène. Après la musique country et la musique classique, c’est au tour du stand-up d’agir comme un révélateur d’humanité pour ses personnages. Et on ne pouvait pas rêver plus fort que Will Arnett pour l’incarner.

Giorda pour Hypn’ose : “Dans mon spectacle, j’assume toutes mes couleurs : l’humour, l’émotion, le spectaculaire”

21 février 2026 à 07:00

Pourquoi l’hypnose ? Comment êtes-vous entrée dans cet univers ?

Je suis comédienne de formation. Avant, je ne connaissais pas l’hypnose de spectacle. En revanche, j’avais été initiée très jeune à la sophrologie et à l’autohypnose : j’étais en sport-études, donc très sensibilisée aux techniques de concentration et de performance. Le déclic arrive à Paris. Je joue une comédie dans un théâtre où se produit aussi un mentaliste. Curieuse, je vais voir son spectacle. Pendant une quinzaine de minutes, il propose une séquence d’hypnose. Je suis à la fois fascinée et sceptique. Je me dis : “Ce n’est pas possible.” Je retourne voir le spectacle plusieurs fois pour m’assurer qu’il ne s’agit pas de complicité. Les volontaires changent chaque soir. Là, je comprends que quelque chose de réel se joue. Je lui pose mille questions. Il m’initie aux bases, m’encourage à me former. Et me lance un défi : si je m’y mets sérieusement, je pourrais devenir la première femme hypnotiseuse de spectacle en France. Le challenge me parle. J’aime la scène, j’aime les gens et, soudain, j’entrevois une manière de concilier les deux !

À quel moment décidez-vous d’y mêler l’humour ?

Je suis naturellement spontanée et joueuse. Je n’avais aucune envie de me travestir en figure froide et démonstrative. Dans mon spectacle Hypn’ose, j’assume toutes mes couleurs : l’humour, l’émotion, le spectaculaire. Certains retiendront la performance, d’autres le rire, d’autres encore un moment plus intime. J’avais envie d’un spectacle humain, qui crée du lien. Chaque soir est différent. Je ne sais jamais combien de personnes monteront sur scène, ni leur degré de réceptivité. C’est un saut dans le vide permanent. Longtemps, cette incertitude m’a terrorisée. Aujourd’hui, j’essaie d’en faire une force. J’ai le trac, bien sûr, mais je préfère savourer la chance d’être sur scène plutôt que de redouter l’échec.

Giorda.

Quels retours avez-vous du public ?

Ce qui me touche le plus, c’est quand on me dit : “Merci, je me sens capable.” Beaucoup de spectateurs m’écrivent après le spectacle pour me dire qu’ils ont osé se lancer dans un projet, reprendre un rêve d’enfance, dépasser une peur. Je ne prétends pas transformer des vies en une soirée. Mais si le spectacle déclenche une prise de conscience, une impulsion, c’est déjà énorme. Mon message est simple : rien n’est un échec. On apprend, on ajuste, on avance.

« L’hypnose repose sur la confiance. Sans les volontaires, il n’y a pas de spectacle. »

Giorda

Peut-on alors parler de développement personnel ?

Il y a une dimension de développement personnel, oui, mais elle ne se vit pas de la même manière pour tout le monde. Chacun reçoit le spectacle selon sa sensibilité. Mon moteur, c’est l’audace. Oser être soi. Oser passer à l’action. Oser montrer ses fragilités. Sur scène, je ne triche pas. Parfois, ça fonctionne à merveille, parfois moins. Mais c’est vivant. Et j’aimerais que les spectateurs repartent en se disant : “Moi aussi, je peux.”

Giorda sur scène.

Et comment avez-vous eu le déclic de ce spectacle et de l’hypnose ?

Une adolescente, montée sur scène lors d’une tournée, vient me voir après le spectacle. Elle pleure. Je pense d’abord à une décharge émotionnelle classique. Mais elle me dit : “Je me sens heureuse. Je n’ai pas l’habitude.” Ce moment a été un électrochoc. À la suite de ça, je me suis formée à l’hypnose thérapeutique pour approfondir ma pratique. Si je peux conjuguer la lumière, les applaudissements – dont je rêve depuis mes 7 ans – et le fait de faire du bien aux gens, alors j’ai trouvé ma voie. 

Vous arrive-t-il d’être débordée par l’émotion sur scène ?

Oui, et je l’accepte. C’est du spectacle, mais c’est avant tout de l’humain. Il m’est arrivé de pleurer sur scène, d’interrompre un numéro pour accompagner quelqu’un qui vivait une émotion forte. Je tiens à ce que tout soit consenti. Personne n’est forcé de rester sur scène. Mon rôle n’est pas de ridiculiser, mais de valoriser. Si une personne préfère retourner à sa place, je respecte. Si je sens qu’une expérience peut lui faire du bien, je lui propose, jamais je n’impose. L’hypnose repose sur la confiance. Sans les volontaires, il n’y a pas de spectacle.

Vous commencez le spectacle en évoquant la petite fille que vous étiez, qui rêvait de faire de la scène. Si vous pouviez lui parler aujourd’hui, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais : “Tu as eu raison d’y croire.” Je viens du Sud-Est, j’ai rêvé très tôt de scène, de lumière, d’applaudissements. Aujourd’hui, des salles se remplissent, des spectateurs m’attendent à la sortie, lisent mes livres. Oui, j’en serais fière. Mais je lui dirais aussi que le chemin continue. Je suis heureuse et, en même temps, toujours en mouvement. L’humilité fait partie de l’aventure.

Et quel est le prochain rêve ?

Continuer à faire grandir le spectacle. Et, un jour, jouer à L’Olympia. Comme pour beaucoup d’artistes, c’est un symbole fort. J’aimerais aussi développer des conférences et des ateliers autour de l’hypnose, sur la manière de dépasser ses peurs et ses croyances limitantes. Et pourquoi pas imaginer, à terme, un nouveau spectacle ? L’hypnose s’appuie sur l’imagination. Or, notre seule limite, c’est celle que l’on se fixe. À moi d’ouvrir le champ des possibles.

Hypn’ose, de Giorda, à L’Européen du 28 février au 27 juin 2026, à Paris et en tournée dans toute la France du 26 février 2026 au 6 mars 2027.

Jim Carrey, les favoris… Tout savoir sur les César 2026

20 février 2026 à 13:15

Dans moins d’une semaine, les César célébreront le cinéma français. Attendue le 26 février prochain, la 51e édition, présidée par Camille Cottin, se déroulera au cœur de l’Olympia et mettra en lumière les longs-métrages de 2025. Parmi eux, Nouvelle Vague de Richard Linklater, recordman des nominations avec 10 citations, mais aussi L’inconnu de la grande arche, La petite dernière, Dossier 137 ou encore L’attachement.

La présence de Jim Carrey et de David Cronenberg aux César

Présenté par Benjamin Lavernhe, cette nouvelle édition aura plusieurs particularités. La première : elle se déroulera un jeudi, contrairement aux traditionnels prime time du vendredi. La raison en cause ? Un décalage dans le programme télévisuel dû à la diffusion le vendredi 27 février du concert des Enfoirés dans le but de ne pas faire d’ombre à l’action caritative. La seconde : les César rendront hommage au comédien canado-américain, Jim Carrey.

L’acteur de The Mask (1994), The Truman Show (1998), ou encore de The Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) sera présent dans la salle de l’Olympia afin de recevoir un César d’honneur ; l’occasion pour l’Académie de saluer le parcours aussi comique que dramatique d’un des acteurs les plus versatiles de sa génération.

Seront également présents lors de cette 51e édition des César, David Cronenberg, Isabelle Huppert ou encore Alexandra Lamy, d’après Le Parisien. Tous ces artistes viendront remettre un prix durant la cérémonie retransmise en clair et en exclusivité sur Canal+, le 26 février. Si on ignore quels prix ils remettront, nul doute que la venue de Cronenberg, réalisateur canadien connu pour La mouche (1986), A History of Violence (2005) ou Cosmopolis (2012), devrait également être l’un des événements de la soirée.

Qui sont les favoris aux César ?

Côté nominations, Nouvelle Vague apparaît comme le grand favori dans la course aux César avec 10 nominations. Toutefois, avec huit nominations respectives L’inconnu de la grand arche de Stéphane Démoustier, L’attachement de Carine Tardieu, mais aussi Dossier 137 de Dominik Moll pourraient être de sérieux compétiteurs.

Par ailleurs, on parle de Leïla Bekhti pour Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, Isabelle Huppert pour La femme la plus riche du monde, et de Léa Drucker pour Dossier 137 pour le César de la meilleure actrice. En face, Benjamin Voisin pour L’étranger et Pio Marmaï pour L’attachement apparaissent comme les grands favoris de la compétition.

Enfin côté espoir, Nadia Melliti, déjà prix d’interprétation féminine au Festival Cannes pour La petite dernière a de grandes chances de l’emporter dans la catégorie Révélation. Face à elle, le nom de Guillaume Marbeck pour son interprétation fascinante de Jean-Luc Godard dans Nouvelle Vague est largement cité.

Ceci étant dit, il faudra patienter encore quelques jours afin de découvrir le palmarès complet des César 2026, avant la cérémonie des Oscars qui se tiendra, quant à elle, le 16 mars 2026.

Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard en duo flamboyant dans Le rêve américain

17 février 2026 à 16:00

Après L’amour ouf (2024) de Gilles Lellouche, les voilà réunis dans Le rêve américain. Cette fois, Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard tiennent les premiers rôles, ceux de Bouna et Jéremy. Passionnés depuis toujours par le basket, ils nourrissent depuis des années le rêve d’un jour devenir agents de NBA.

Inspiré d’une histoire vraie, Anthony Marciano (Les gamins, Play…) raconte la trajectoire inédite de ces outsiders français qui ont traversé l’Atlantique. De leurs débuts à l’arrière d’une laverie en banlieue jusqu’au premier rang de la NBA Draft, en passant par leur endettement massif ou leur relationnel avec les joueurs, le réalisateur filme le parcours de ces acharnés.

Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard dans Le rêve américain.

À la manière d’À la recherche du bonheur (2006) avec Will Smith, Anthony Marciano développe un récit aussi émouvant que flamboyant. Si, parfois, le long-métrage fait (trop) preuve de bons sentiments, cette histoire inédite autour du sport fonctionne globalement bien, notamment grâce à l’alchimie entre ses deux acteurs.

Un film de duo

Car, outre un long-métrage sur le sport et ses coulisses – il est d’ailleurs assez fascinant de découvrir le basket et la NBA à travers le regard du cinéma français –, Le rêve américain est avant tout un film de duo. En effet, en réunissant devant sa caméra Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard, Anthony Marciano offre les premiers rôles à deux des acteurs les plus en vogue du 7e art hexagonal actuel, et leur donne (enfin) la lumière.

Bien évidemment, JP Zadi et Quenard s’étaient déjà illustrés dans des projets solos salués par la critique. Le premier en écrivant, produisant et jouant dans Tout simplement noir (2020), comédie absurde qui lui vaudra le César du meilleur premier film en 2021. Le second dans Chien de la casse (2023), qui lui offrirait, trois ans seulement après sa costar, le trophée de la meilleure révélation masculine.

Le rêve américain.

En les filmant ensemble dans une comédie dramatique en forme de biopic sportif, le réalisateur donne à voir une dynamique intéressante, que l’on avait pu entrevoir déjà dans L’amour ouf. Sauf qu’ici, Zadi et Quenard se la jouent plus sobres. Le premier troque l’absurdité qui a fait son succès contre un rôle mature et inspirant, tandis que le second laisse de côté ses envolées lyriques signatures pour une partition de « numéro 2 ».

Les deux acteurs dévoilent ainsi une nouvelle palette de jeu et donnent corps à cette histoire d’amitié. Car outre, le biopic sportif, Anthony Marciano se sert avant tout du récit extraordinaire de Bouna et Jérémy pour raconter le lien entre deux hommes, la relation quasi fraternelle qui les unit. Une démonstration qui rappelle les précédents travaux du réalisateur qui, toujours sous un angle « comique », s’emploie à analyser les relations humaines avec beauté, légèreté et émotion.

Jean-Pascal Zadi dans Le rêve américain.

Des hommes de l’ombre

En filmant la trajectoire de deux agents de basket, Anthony Marciano montre le combat des hommes de l’ombre ; des passionnés qui dealent les contrats, s’essaient au réseautage, repèrent les joueurs… Avec le réalisateur, le biopic sportif prend une tout autre forme dans Le rêve américain. Plutôt que de se concentrer sur les basketteurs de façon flamboyante, le metteur en scène le parcours du combattant des recruteurs et agents sans qui rien ne serait possible.

Il en ressort un film émouvant sur l’acharnement, le travail et le rêve. Une trajectoire bluffante qui, grâce à une reconstitution plaisante des années 1990-2000 et une bande originale convaincante, nous plonge dans l’univers du basket de façon originale.

Par ailleurs, si Le rêve américain est un biopic sportif, loin des projets hollywoodiens (trop) grandioses, c’est aussi et avant tout un récit social, humain et éblouissant sur deux hommes qui ont fait le pari de sortir de leur condition et de rêver au-delà des frontières. Panier !

Ásgeir : le chanteur dévoile son nouvel album folk, Julia

16 février 2026 à 10:00

Le 13 février, le chanteur islandais Ásgeir a dévoilé son dernier album. Baptisé Julia, ce cinquième opus studio marque un tournant dans la carrière de l’artiste. Non seulement, car c’est la première fois qu’il écrit ses propres textes — après avoir longtemps travaillé sur la poésie de son père et sa traduction — mais aussi car l’album est l’accomplissement « d’une franchise cathartique ».

En effet, à travers les 10 titres qui composent cette nouvelle création, Ásgeir développe des thèmes personnels et se dévoile comme il l’a rarement fait auparavant. À travers une pop-folk raffinée, l’artiste dévoile un univers mélancolique et poignant.

Que vaut le nouvel album d’Ásgeir ?

Porté par une voix vibrante et fragile, Julia permet à Ásgeir de dévoiler la fragilité de son répertoire et de son univers tout en offrant des titres prenants et rythmés tels que Against The Current, mais aussi des morceaux plus sobres et atmosphériques comme Sugar Clouds. Avec Julia, Ásgeir offre un album réussi, doux et poétique. Plus intimiste que ses précédentes œuvres, ce nouvel opus séduit par son charme éthéré, parfois même céleste.

On retiendra de cette pépite musicale venue tout droit de l’Islande Ferris Wheels, mélodie lumineuse et lyrique envoûtante, mais aussi la douce ballade Into the Sun qui vient conclure avec authenticité l’album.

Le clip de Against the Current d’Asgeir.

Grâce à un univers folk et une voix sensible, l’artiste est parvenu à bâtir un univers intime et profond qui résonne aujourd’hui avec une grande beauté à travers l’album Julia. Personnage servant de fil conducteur à l’opus, cette figure permet à Ásgeir d’explorer des thématiques personnels entre regrets et espoirs, à travers une composition aussi douce que réussie.

Coutures : le nouveau film d’Angelina Jolie tire-t-il son épingle du jeu ?

16 février 2026 à 07:00

De prime abord, Coutures creuse la veine des backstage movies qui brossent un portrait au vitriol de l’industrie du spectacle, souvent truffés de blagues d’initiés, à la manière des comédies musicales hollywoodiennes de l’âge d’or. Un récit à l’ombre des feux de la rampe où les têtes d’affiche fraient avec les petites mains du showbusiness. Le nouveau film d’Alice Winocour promet cette incursion de l’autre côté du rideau. En l’espèce, dans l’effervescence d’une maison de mode à quelques jours du lancement de la Fashion Week de Paris. 

Détricotant les coutures qu’elle scrutait dans son précédent ouvrage, Revoir Paris (2022), récit de cicatrisation post-attentat à travers le prisme d’une rescapée du 13-Novembre, la réalisatrice prétend, cette fois, embrasser son objet d’étude d’un regard totalisant – ambition honorable, mais présomptueuse – par une narration diffractée. Le scénario, que Winocour cosigne avec son fidèle acolyte Jean-Stéphane Bron, s’articule autour de trois « visages de la mode » amenés à se croiser dans cet écheveau narratif.

Louis Garrel et Angelina Jolie dans Coutures.

Les trois visages de la mode

Le premier, c’est Maxine Walker (Angelina Jolie), une cinéaste indépendante américaine spécialisée dans les films de genre fauchés, qu’une maison de couture recrute pour réaliser le spot d’ouverture de son défilé. Suit, dans l’ordre d’introduction, une étudiante en pharmacie venue du Soudan du Sud, Ada (Anyier Anei), happée par le tourbillon du mannequinat. Puis, vient Angèle (Ella Rumpf), une maquilleuse française taraudée par l’envie d’écrire sur les « corps sans parole » qu’elle peinturlure à longueur de journée. Penchée sur son métier à tisser, Alice Winocour s’ingénie à triturer les fils de ces trois destins intrinsèquement liés par l’expérience du féminin. 

Diagnostiquée d’un cancer du sein foudroyant par un oncologue (Vincent Lindon, ausculteur attitré du cinéma français), Maxine doit prolonger son séjour en France pour subir une double mastectomie et se résoudre à mettre sa vie entre parenthèses, sans certitude de la retrouver intacte. Ada hésite entre le sage retour au pays réclamé par sa famille et une carrière éphémère mais pailletée sur les catwalks, de Milan à Shenzhen. Écrivaine frustrée, Angèle désespère de trouver un éditeur intéressé par son premier roman, tentative de raconter un milieu fait de splendeurs et de misères (cachées). « Ce n’est pas parce que c’est vrai que c’est intéressant », la sermonne-t-on. S’il échappe à cet écueil avec une certaine grâce, Coutures souffre de sa trop grande versatilité. Winocour se perd sur une ligne de crête entre la pure œuvre documentaire et la fiction inspirée de faits réels. 

Coutures d’Alice Winocour.

Vampire, vous avez dit vampire ?

Un grand film de genre(s) sommeille dans cette œuvre hantée par la figure du vampire, âme condamnée à se repaître du sang des vivants. Maxine la conjugue au féminin dans son court-métrage à l’esthétique inspirée des productions gothiques de Roger Corman, quand Winocour la convoque timidement dans un réseau d’images (le sang menstruel sur la jambe d’Ada) et de symboles (les mannequins sucés jusqu’à la moelle par les créateurs). 

Porté par Angelina Jolie, cheville ouvrière du projet à plus d’un titre, dont celui de productrice, le film occulte (sciemment ?) le mariage de raison entre haute couture et cinéma, le premier vampirisant l’imaginaire du second jusqu’à le phagocyter et en faire à son tour une industrie du luxe – on ne peut s’empêcher alors de penser à l’excellent article que Murielle Joudet a consacré au « Capital Gaze » pour Hors-Série. Qu’on pense à la Jeanne du Barry (2024) de Maïwenn habillée en Chanel ou plus récemment aux Linceuls (2024) de David Cronenberg manufacturés par Yves Saint Laurent… 

La bande-annonce de Coutures d’Alice Winocour.

Brièvement mannequin à l’adolescence, la seule star du film d’Alice Winocour a cédé son image à des marques de luxe (Guerlain, Louis Vuitton) après avoir prêté son visage à Gia Carangi dans un téléfilm HBO retraçant la trajectoire éclair de la supermodel fauchée par le sida au mitan des années 1980. Au carrefour de ces mythologies, Coutures s’égare dans une voie sans issue, laissant l’amère impression d’assumer son autocritique dans la description oxymorique que Maxine donne de la mode, objet « inutile et nécessaire ».

Marty Supreme avec Timothée Chalamet : smash gagnant ?

15 février 2026 à 16:00

L’heure est enfin venue de découvrir Marty Supreme en salle. À l’affiche depuis mi-décembre outre-Atlantique, le film événement a connu plusieurs retards dans sa distribution internationale. Entre-temps, il est devenu le plus grand succès de l’histoire du studio A24, devant Everything Everywhere All at Once (2022) et Civil War (2024) d’Alex Garland. Porté par une promotion d’envergure – ballon dirigeable au-dessus d’Hollywood, vestes portées par des célébrités et autres happenings étonnants –, le long-métrages’annonce même comme l’un des favoris pour les Oscars, avec neuf nominations.

Marty Supreme est la première réalisation solitaire de Josh Safdie, jusqu’ici connu pour ses collaborations avec son frère Benny (Heaven Knows What, Good Time, Uncut Gems). Depuis leur séparation, chacun s’est lancé dans son propre biopic sportif : The Smashing Machine (2025) pour Benny, consacré à un champion de MMA interprété par Dwayne Johnson, et donc Marty Supreme pour Josh. Une biographie inspirée de la vie du joueur de tennis de table Marty Reisman, ici rebaptisé Mauser, incarné par la superstar Timothée Chalamet – que l’on n’avait pas vu sur grand écran depuis son Un parfait inconnu (2025) dans lequel il prêtait ses traits (encore) à une figure bien connue de l’Amérique, Bob Dylan.

Timothée Chalamet dans Marty Supreme.

Timothée Chalamet en anti-héros

Au milieu des années 1950, Marty Mauser est un pongiste doté d’un talent rare, que seuls les Japonais et leurs techniques venues d’ailleurs semblent capables de faire vaciller. Le décor : un New York grouillant, cher à son réalisateur, qui aime filmer ses tumultes, ses commerces et ses marges. Mais la véritable histoire se joue en coulisses. Car Marty est arrogant, excessif, intrépide, parfois amusant, mais profondément égocentrique. Avide de reconnaissance, il évolue dans une Amérique où le tennis de table reste marginal. Compétiteur se refusant à devenir une bête de foire, Marty se donne les moyens de réussir dans son sport à tout prix. Quitte à en devenir ignoble.

Son égoïsme le conduit inexorablement à la souffrance : la sienne, mais surtout celle de ceux qui l’entourent. Narcissique, convaincu d’avoir un destin plus grand que ceux qui tentent de l’aider sans jamais rien recevoir en retour. Les personnages féminins, interprétés par Gwyneth Paltrow – ici une actrice déchue, femme d’un milliardaire – et Odessa A’Zion – son amour d’enfance –, en portent la trace : elles peinent à exister, à l’image de la place que Marty consent à leur laisser.

Gwyneth Paltrow dans Marty Supreme.

Sans jamais faire sombrer ses personnages dans la caricature, Josh Safdie pointe aussi la détresse de son antihéros. Marty est un individu biberonné à la culture du chacun pour soi, persuadé que l’ascension vers la gloire justifie tout. Un parcours à l’image de « l’American dream », souvent voué à l’échec. Marty est infect, mais se fait aussi le représentant d’une classe sans autre capital que son honneur et son rêve, aussi superficiel soit-il. Face à lui, ceux qui détiennent le pouvoir ont déjà tout, et sauront s’en servir pour l’humilier. Le ping-pong devient un outil politique, aussi montré comme indissociable de la géopolitique du XXe siècle : Safdie évoque les camps de concentration, mais aussi les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.

Safdie Supreme ?

Manière de rappeler que si le tennis de table n’est qu’un jeu, ce qui s’y projette, comme dans bien des sports, dépasse largement ce cadre. Si la reconnaissance commerciale, voire institutionnelle semble déjà acquise – Timothée Chalamet ayant remporté le Golden Globe et le Critics Choice Award pour sa performance –, Marty Supreme ne doit rien à l’effet de mode. Le film s’inscrit dans une trajectoire artistique rigoureuse, questionnant la réussite individuelle, la masculinité, la pression du capitalisme urbain…

Tout au long du film, le réalisateur distille ses obsessions et son savoir-faire. Dès le générique d’ouverture, où le microscopique raconte déjà une histoire – comme dans Uncut Gems –, jusqu’à ce scénario conçu comme une accumulation de désastres. Chez Safdie, lorsqu’une rédemption semble possible, elle est toujours annihilée aussitôt. Et dès que le rythme retombe, un nouvel uppercut vient relancer la machine. Dans les matchs comme dans les scènes de poursuite, la caméra épouse la frénésie du personnage, accentuant une tension parfois suffocante.

La bande-annonce de Marty Supreme.

Film plaisant et résolument pop (en témoigne une bande originale anachronique convoquant notamment Alphaville), Marty Supreme n’en reste pas moins un film d’auteur. À l’image de son anti-héros, aussi haletant qu’irritant ou déstabilisant, le premier long-métrage solo de Josh Safdie ne saurait se réduire à un simple divertissement. Marty Supreme s’impose comme une œuvre cohérente, confirmant Safdie comme l’un des cinéastes les plus intrigants du cinéma américain contemporain.


Maigret et le mort amoureux : 3 bonnes raisons de voir le film sur l’inspecteur

14 février 2026 à 08:00

(1) Denis Podalydès dans le rôle de Maigret

Pour se glisser dans la peau de Maigret, Pascal Bonitzer a fait appel à Denis Podalydès, qu’il retrouve après l’avoir dirigé dans Rien sur Robert (1999). L’acteur, sociétaire de la Comédie-Française, incarne un inspecteur étonnant. D’une redoutable intelligence, il porte également en lui une certaine poésie. Avec charisme et humour, le comédien donne à voir une nouvelle facette du célèbre Commissaire.

Denis Podalydès incarne le Commissaire Maigret.

Protagoniste central des romans noirs de Georges Simenon, Maigret trouve avec Podalydès une incarnation inédite, loin de l’aspect bourru des précédentes. L’acteur délivre une prestation amusante, parfois tendre. Oscillant entre interprétation unique et hommage au personnage légendaire, Denis Podalydès (que l’on retrouve à l’affiche de la série Mitterand confidentiel) parvient avec cette nouvelle adaptation — tirée du livre Maigret et les vieillards, écrit en 1960 — à offrir une incarnation maîtrisée et plaisante.

(2) Un cosy mystery à la française

Après avoir adapté Agatha Christie avec Le grand alibi (2008), Pascal Bonitzer renoue avec le film-enquête. En choisissant, cette fois-ci, un personnage clé de la littérature policière francophone le réalisateur nous plonge dans son univers à la manière d’un cosy mystery. Toutefois, le metteur en scène a choisi d’ancrer son récit dans un réalisme français — celui des années 2000, ainsi que dans le Paris du 7e arrondissement — délaissant les codes de la littérature anglophone pour une proposition cinématographique plus sombre et naturaliste.

En s’appropriant l’œuvre de Simenon, Pascal Bonitzer offre sa propre vision du personnage de Maigret tout revisitant les codes du cosy mystery.

(3) Deux mondes en un

Si la mise en scène de Pascal Bonitzer peut parfois paraître déroutante, c’est parce que le réalisateur ne fait jamais le choix d’adopter un cadre stricte pour son histoire. En effet, Maigret semble évoluer entre le réel et l’irréel ; entre le début du XXIe siècle et une France dépassée.

D’un côté, on découvre les contours du poste de police et de sa hiérarchie. De l’autre, on se laisse embarquer dans l’enquête à travers laquelle notre héros se confronte à l’univers de la diplomatie. Le film confronte le modernisme des années 2000 à l’héritage presque conservateur du XXe siècle. Le long-métrage flotte ainsi entre deux univers, comme la représentation de la dualité de son personnage principal.

La bande-annonce de Maigret et le mort amoureux.

Ô dela : que vaut le nouveau spectacle de Roman Frayssinet ?

11 février 2026 à 09:15

Il y a trois ans, Roman Frayssinet présentait le premier chapitre d’un triptyque humoristique. Avec Ô dedans, le stand-uppeur développait ainsi un show malin et profond. Sans tabou, il évoquait son passé, ses anciennes addictions tout en nous embarquant au sommet d’une montagne corse pour un date foireux, dans un hôtel miteux de Bretagne tenu par une personne de petite taille ou encore dans un after en plein appartement abritant un vivarium.

Révélé grâce à l’émission Clique de Mouloud Achour, l’artiste dévoilait ainsi, durant ce premier chapitre, une véritable paix intérieure tout en offrant une réflexion foudroyante sur notre société. Chirurgie esthétique, réseaux sociaux, apparence… Tout y passait, l’humoriste questionnant avec autant de philosophie que d’absurdité les grands maux du XXIe siècle.

Ô dedans, de Roman Frayssinet.

La drôlerie Frayssinet

De retour en 2025 avec Ô dela, deuxième chapitre de la trilogie Frayssinet, ce dernier continue d’interroger notre monde. Sur la scène de l’Olympia, l’humoriste y déploie ainsi entre humour potache et philosophie poussée, un spectacle drôle et réflexif sur notre société de « gogols », ses contradictions — un sketch sur le mot « dyslexie » est des plus délicieux — tout en prônant le vivre ensemble.

Car Roman Frayssinet a décidé d’écarter le négatif et de tout prendre avec bonne humeur. Un changement de cap bienvenu, souligné par la mise en scène du spectacle diffusé dès ce mercredi 11 février sur Canal+. Filmé dans le noir le plus total, l’artiste s’autorise toutefois des jeux de regards avec la caméra pour encore mieux saisir le fil de pensée de l’artiste et offrir un aspect méta à sa prestation.

Ces mimiques quasi-clownesques renforcent la caractère humoristique de son seul-en-scène, à l’instar d’un débit de paroles mélodiques mais ultra efficace ; véritable marque de fabrique de l’artiste depuis ses débuts avec son spectacle Alors (2018).

Un regard toujours honnête

Malgré l’absurdité d’un spectacle lancé à 1000 à l’heure, l’humoriste n’en oublie une autre de ses signatures : partir d’un constat simple pour en déduire une réflexion brillante sur notre monde « dans lequel on a tous notre place ».

En racontant ainsi sa rencontre lunaire avec un homme cagoulé dans la rue, Roman Frayssinet livre sa pensée sur sa notoriété ; en comparant sa fonction d’humoriste « aux mecs qui font des graffitis », il interroge aussi la place du rire aujourd’hui. « Si c’est bien fait, ça met une petite ambiance. Mais y’aura jamais besoin de nous en urgence » reconnaît-il, sans fausse modestie, appuyé sur le pied du micro.

Avec authenticité, l’humoriste pose un regard sincère et objectif sur notre monde… mais aussi sur lui-même. Dans Ô dela, l’artiste se laisser aller, en effet, à certaines confidences. Il fait ici rentrer sa famille dans son univers et nous présente une « mère dotée d’un sixième sens » après nous avoir embarqué dans son enfance, en région parisienne, sur ses trajets en Noctilien qu’il compare « au bus des vampires ». Surtout, il avoue son incapacité à s’engager, et son infidélité.

À travers une auto-analyse franche, Roman Frayssinet déploie un spectacle d’une lucidité déconcertante. Toujours emmené par une verve dynamique, absurde et puissante, l’humoriste le plus singulier du stand-up français offre avec Ô dela un deuxième chapitre réussi, fidèle à son univers.

Urchin : un coup d’essai réussi pour Harris Dickinson ?

11 février 2026 à 07:00

Dévoilé grâce à la Palme d’or Sans filtre (2022) de Ruben Östlund, Harris Dickinson était de retour en 2025 au Festival de Cannes afin de présenter son premier film en tant que réalisateur. Cette fois-ci, l’acteur britannique était en compétition dans la catégorie Un certain regard afin de présenter Urchin.

On y suit Mike (Frank Dillane), un SDF qui tente de joindre les deux bouts. Violences, vols et drogues rythment son quotidien, mais le jeune homme est bien décidé à reprendre sa vie en main grâce à l’aide des services sociaux britanniques. Nouveau foyer, petit boulot, justice restauratrice… Mike est prêt à tout pour s’en sortir, mais ses vieux démons risquent de rapidement le ramener en enfer.

Urchin.

Entre ombre et lumière

Pour son premier long-métrage, Harris Dickinson offre une œuvre profondément personnelle. En effet, l’artiste londonien s’est inspiré de son propre parcours alors qu’il évoluait en tant que bénévole au sein d’une communauté locale en soutenant des personnes sans domicile fixe et des toxicomanes. Des rencontres qui ont forgé le point de vue humaniste et nuancé du film. À travers les pérégrinations de Mike, Harris Dickinson donne à voir le parcours semé d’embûches d’un homme perdu, tourmenté et addict. Une démonstration cinématographique sans jugement sur son personnage et bourré d’empathie.

Entre ombre et lumière, Harris Dickinson filme ainsi le chemin vers la sobriété de Mike, mais aussi son envie de s’en sortir malgré une santé mentale fragile et des traumatismes latents. Car la mise en scène de Dickinson passe avant tout par un fort pouvoir de suggestion. Jamais le cinéaste ne fait le choix de la facilité. Il offre une mise en scène aussi puissante que réflexive.

Urchin.

Malgré des passages trop expérimentaux et dénués de lien avec le scénario, Harris Dickinson parvient avec intensité et émotion à retranscrire la dualité de son personnage. En témoigne une poignante scène de karaoké, belle, drôle et déchirante. En effet, le cinéaste mélange les genres dans un film d’auteur qui préfère, par moments, la légèreté à la gravité.

Un film personnel et bouleversant

Pour délivrer une palette aussi vive d’émotions, Harris Dickinson a fait appel à Frank Dillane, connu pour avoir incarné Nick Clark dans la série spin-off de The Walking Dead, The Fear of The Walking Dead (2014). Également remarqué dans les séries The Girlfriend Experience (2016), The Essex Serpent (2022) ou encore Joan (2024), l’acteur n’hésite pas à se mettre à nu et porte en lui une authenticité troublante qui fait toute la force d’Urchin. Face à lui, Megan Northam, révélée par la série française de Cédric Klapisch Salade grecque (2023), incarne Andrea, une jeune femme rêveuse et douce.

La bande-annonce d’Urchin par Harris Dicksinson.

Urchin filme également la prise en charge des personnes invisibilisées par la brutalité de la rue. Comprendre comment des gens peuvent en arriver jusque-là, la bataille contre l’addiction ou les aides mises en place par l’administration est aussi au cœur du long-métrage.

Avec son premier film, Harris Dickinson offre ainsi un film personnel aussi bouleversant qu’humain. Un coup d’essai prometteur pour l’acteur et réalisateur que l’on retrouvera prochainement devant la caméra de Sam Mendes, dans la peau de John Lennon, pour la série de biopics sur les Beatles face à d’autres talents du nouvel Hollywood : Paul Mescal, Barry Keoghan et Joseph Quinn.

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