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Reçu aujourd’hui — 14 avril 2026

Étude, chiffres : que nous apprend le CNL sur les jeunes Français et la lecture ?

14 avril 2026 à 10:55

« L’écran est en train de cannibaliser la lecture. » La formule résume le constat dressé par la nouvelle étude du Centre national du livre (étude menée avec Ipsos BVA auprès de 1 500 jeunes âgés de 7 à 19 ans). À l’approche du Festival du livre de Paris, qui commence le 17 avril, l’établissement public du ministère de la Culture alerte à nouveau sur une tendance à l’œuvre depuis 2016 : la lecture continue de perdre du terrain chez les jeunes, concurrencée par l’omniprésence des écrans.

Le temps de lecture est-il en chute libre ?

Dans le cadre des loisirs, la diminution du temps consacré aux livres confirme cette évolution. Les jeunes lisent en moyenne 2h04 par semaine, soit 18 minutes par jour. En quatre ans, ce volume a reculé de 40 minutes hebdomadaires. La lecture quotidienne recule également : moins d’un tiers des jeunes lisent tous les jours, soit un recul de sept points depuis 2022.

La pratique reste majoritaire dans le cadre scolaire : 84 % des jeunes déclarent lire pour l’école ou les études, un niveau stable par rapport à 2024, mais en recul de six points sur dix ans. « On observe un paradoxe, ajoute Étienne Mercier, directeur du pôle santé et affaires publiques chez Ipsos BVA. On pourrait penser qu’avec l’âge, la lecture devient plus aisée, mais c’est l’inverse qui se produit. » Le décrochage est net : 93 % des 13-15 ans lisent pour leur apprentissage, contre 65 % des 16-19 ans.

L’étude met également en évidence un écart net entre filles et garçons. Dans les loisirs, 86 % des filles lisent, contre 76 % des garçons. L’écart se creuse à l’adolescence : à partir de 16 ans, 78 % des filles continuent de lire, contre seulement 56 % des garçons.

Quel est le rôle des écrans dans ce recul ?

De fait, les écrans occupent une place croissante dans la vie des jeunes. Ils y consacrent en moyenne 3h01 par jour pour leurs loisirs, avec une hausse marquée jusqu’à plus de 5 heures quotidiennes chez les 16-19 ans.

Au-delà du volume, c’est la manière de lire qui évolue. 41 % des jeunes déclarent faire autre chose en même temps qu’ils lisent. Cette proportion atteint 67 % chez les 16-19 ans, signe d’une lecture morcelée, mise en concurrence avec les messages, les vidéos ou les réseaux sociaux. « La fragmentation abîme une activité qui devrait relever du plaisir », souligne Régine Hatchondo, présidente du CNL.

Quels genres résistent encore ?

Malgré ce recul général, certains formats continuent de séduire. Les bandes dessinées, mangas et comics dominent largement, avec 75 % de lecteurs. Les albums de BD progressent encore (+2 points) tandis que les romans gagnent du terrain (+4 points), passant devant les mangas.

Les réseaux sociaux jouent, à la marge, un rôle de prescripteur : 10 % des jeunes déclarent avoir déjà eu envie de lire un livre après l’avoir vu mis en avant en ligne, une proportion qui atteint 17 % chez les 16-19 ans. Près d’un jeune sur deux (48 %) utilise d’ailleurs les plateformes pour s’informer sur les livres, principalement sur YouTube (33 %) et TikTok (26 %).

Comment maintenir le lien avec le livre ?

Face à cette érosion, les institutions publiques cherchent à réinsérer concrètement la lecture dans le quotidien. Le Centre national du livre porte notamment le Quart d’heure de lecture, un dispositif qui consiste à consacrer 15 minutes à la lecture, pour recréer une habitude simple et régulière.

Dans cette continuité, les acteurs culturels prennent aussi le relais. La Fnac participe à cet effort à travers plusieurs initiatives, dont le prix Goncourt des lycéens, qui invite chaque année des milliers d’élèves à lire une sélection de romans, à en discuter et à élire leur lauréat. L’enseigne organise également le Prix du roman Fnac et propose régulièrement des rencontres avec des auteurs en magasin, sous forme de dédicaces ou d’échanges.

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