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Mort d’Afrika Bambaataa : comment l’architecte du hip-hop a redessiné la musique

Par :import
10 avril 2026 à 11:55

Le monde de la musique vient de perdre l’un de ses fondateurs les plus déterminants. Afrika Bambaataa, né Kevin Donovan, est mort ce jeudi 9 avril d’un cancer de la prostate à l’âge de 68 ans. Si le hip-hop est aujourd’hui la culture la plus influente et la plus écoutée à travers le monde, il le doit en grande partie à la vision de cet enfant du Bronx des années 1970.

DJ légendaire, créateur de mouvements et infatigable chercheur de sons, Bambaataa laisse derrière lui une empreinte musicale indélébile, bien que son aura ait été lourdement entachée à la fin de sa vie.

Du chef de gang au guide pacificateur

L’histoire d’Afrika Bambaataa est avant tout celle d’une transformation sociale. Dans les années 1970, le sud du Bronx est ravagé par la pauvreté, la drogue et la guerre des gangs. Lui-même leader de la division locale des redoutables Black Spades, Bambaataa décide, à la suite d’un voyage en Afrique et de la perte d’amis proches, de réorienter l’énergie destructrice des rues vers la créativité.

Il fonde alors la Universal Zulu Nation, une organisation qui rassemble de jeunes Afro-Américains et Portoricains autour de quatre piliers fondamentaux : le DJing, le MCing (rap), le B-boying (breakdance) et le graffiti. Le mot d’ordre est clair : « Peace, Unity, Love, and Having Fun » (« Paix, Unité, Amour et S’amuser »). Bambaataa offre une alternative aux armes : désormais, les conflits de territoire se règlent par des batailles de danse ou des joutes de platines.

Planet Rock : le big bang de l’electro-funk

Sur le plan purement musical, Bambaataa, souvent surnommé le « Master of Records » pour sa collection éclectique et sa connaissance encyclopédique de la musique, a repoussé les limites du genre. En 1982, il sort un titre qui va révolutionner l’industrie : Planet Rock.

En samplant habilement les morceaux Trans-Europe Express et Numbers du groupe allemand de musique électronique Kraftwerk, et en y associant des boîtes à rythmes comme la mythique Roland TR-808, il invente l’electro-funk. Ce titre ne s’est pas contenté de propulser le hip-hop dans une nouvelle dimension futuriste, il a redéfini le son des années 80.

Des albums fondateurs et une influence sans frontières

Au-delà de ce single historique, la discographie d’Afrika Bambaataa (souvent accompagné de son groupe Soulsonic Force ou sous le nom de Time Zone) regorge de projets cruciaux. Planet Rock: The Album (1986), bien qu’assemblant ses premiers succès, sert de véritable manuel d’instruction pour la musique électronique urbaine. La même année, Beware (The Funk Is Everywhere) confirme sa volonté de fusionner le hip-hop naissant avec le P-Funk de George Clinton et le rock (notamment avec le titre Kick Out the Jams).

En 1988, avec The Light, il s’ouvre encore davantage sur le monde en collaborant avec des figures inattendues comme Boy George ou UB40, prouvant que le hip-hop n’a pas de frontières.

Les graines plantées par Bambaataa ont donné naissance à des forêts entières dans le paysage musical. Du côté de la scène électronique, la techno de Détroit ne serait pas la même sans lui ; des pionniers comme Juan Atkins, Kevin Saunderson et Derrick May citent Planet Rock comme l’élément déclencheur de leur vocation. Des stars mondiales comme Daft Punk ou les Chemical Brothers sont les héritiers directs de cette fusion homme-machine.

Concernant le rap et le R’n’B, son influence se fait ressentir de l’approche collective du Wu-Tang Clan (inspirée par la structure de la Zulu Nation) aux productions de la Miami Bass. Des figures du hip-hop comme Missy Elliott (qui a abondamment samplé la culture electro-funk dans ses hits) ou les Beastie Boys ont tous puisé dans l’esthétique façonnée par Bambaataa.

De graves accusations de violences sexuelles

Toutefois, l’histoire d’Afrika Bambaataa comporte une part d’ombre. À partir de 2016, plusieurs hommes, menés par le témoignage initial de l’activiste politique Ronald Savage, sont sortis du silence pour l’accuser de violences sexuelles et de pédocriminalité. Les faits dénoncés remonteraient aux années 1970 et 1980, ciblant de jeunes garçons vulnérables qui gravitaient autour de lui et de la Zulu Nation dans le Bronx.

Ces graves accusations, bien que Bambaataa les ait toujours niées, ont provoqué une onde de choc immense. Sous la pression, il a été contraint de quitter ses fonctions à la tête de son organisation la même année, laissant une marque indélébile sur son image de figure paternelle et protectrice. En 2025, une action civile engagée contre lui avait été jugée en sa défaveur après son absence à l’audience.

Une œuvre fondatrice

Il est impossible de raconter l’histoire du hip-hop, de la musique électronique et de la culture urbaine sans placer Afrika Bambaataa à son épicentre. Il a été l’étincelle qui a permis à une génération marginalisée de trouver une voix et de l’exporter à l’international. Si la fin de sa vie et les révélations de ses accusateurs auront définitivement fracturé le mythe du « parrain », les fondations culturelles qu’il a posées et l’onde de choc de ses expérimentations musicales continueront d’imprégner la création contemporaine.

Werenoi : qui étaient les rappeurs présents au concert hommage ?

26 mars 2026 à 11:10

C’était un concert très attendu par des milliers de fans. Le 25 mars 2026, l’Accor Arena de Paris a proposé une soirée hommage au rappeur Werenoi, décédé le 17 mai 2025. Plusieurs artistes étaient attendus sur la scène emblématique, la liste des chanteurs présents n’ayant pas été dévoilée avant le show.

L’Accor Arena avait simplement indiqué que le monde du rap français allait se retrouver sur scène pour rendre hommage à l’une des figures emblématiques de ce genre musical.

Le petit Omar, fils de Werenoi, a bouleversé les 15 000 spectateurs présents à l'Accor Arena pour le concert hommage au rappeur disparu

Hamza, Fianso… De nombreux rappeurs ont participé à l'événement, mais certains manquaient à l'appel

➡ https://t.co/rbrW2rppMh pic.twitter.com/VmocBz8ZnB

— Le Parisien (@le_Parisien) March 26, 2026

Plus d’une dizaine d’artistes se sont donc retrouvés, dont Dosseh, KeBlack, Hamza, La Mano 1.9, Dinos, DJ Milane, Niro, Mac Tyer, Vacra, ou encore Six, Fianso, Timar et Youssoupha. Le fils de Werenoi, Omar, a aussi foulé la scène de l’Accor Arena, acclamé par le public.

Tout au long de la soirée, les artistes se sont donc succédé pour interpréter leurs propres morceaux et ceux de Werenoi. Un extrait inédit du documentaire sur le chanteur disparu, en cours de production, a également été diffusé dans la salle.

Un ressenti mitigé ?

Sur les réseaux sociaux et dans les retours de la presse, le concert a visiblement déçu. Une partie du public regrette des absents de taille, comme SDM ou Ninho. Certains reprochent aussi une instrumentalisation du décès du chanteur – avec la venue de son fils sur scène –, alors que les conflits internes autour de la succession de Werenoi alimentent les débats, comme le révèle Le Parisien. La mère de Werenoi était notamment hors de l’enceinte de l’Accor Arena, se plaignant de ne pas avoir été conviée et critiquant le producteur de son fils (en fuite, car condamné à de la prison), persuadée qu’il ne reversera pas les bénéfices du concert à la famille du rappeur.

Du côté de la presse, Le Figaro évoque « un hommage raté », alors que Le Parisien trouve que la « soirée est allée crescendo et [que] l’émotion était palpable au fil du show ». Certains spectateurs ont plus eu l’impression d’assister à un festival (avec les artistes interprétant surtout leurs propres morceaux), mais le public présent a vanté une émotion indéniable autour de l’œuvre de Werenoi, reprenant en cœur les morceaux les plus emblématiques du rappeur.

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