Auditionné par la commission d’enquête qui veut dresser l’état des lieux de nos faiblesses en matière digitale, le juge français de la Cour pénale internationale Nicolas Guillou a témoigné de ses huit mois de vie sous la cloche des sanctions américaines.
Auditionné par la commission d’enquête qui veut dresser l’état des lieux de nos faiblesses en matière digitale, le juge français de la Cour pénale internationale Nicolas Guillou a témoigné de ses huit mois de vie sous la cloche des sanctions américaines.
xAI vient de déposer plainte devant un tribunal fédéral du Colorado pour faire annuler le SB 24-205, une loi qui doit entrer en vigueur le 30 juin prochain. Ce texte impose aux développeurs de systèmes d'IA "à haut risque" de mettre en place des garde-fous contre les discriminations algorithmiques.
Sont concernés les outils utilisés pour prendre des décisions dans l'emploi, le logement, l'éducation, la santé et les services financiers. En clair, si votre IA aide à trier des CV ou à accorder un prêt, elle doit prouver qu'elle ne discrimine personne.
Le problème pour xAI, c'est que Grok, son modèle phare, tomberait pile dans cette catégorie. L'entreprise d'Elon Musk estime que la loi l'obligerait à modifier le fonctionnement de son IA pour "refléter les opinions de l'État du Colorado sur la diversité et la discrimination" plutôt que de rester objective.
Le premier amendement comme bouclier
L'argument principal de xAI tient en un mot : liberté d'expression. Dans sa plainte, l'entreprise affirme que la loi du Colorado viole le premier amendement de la Constitution américaine.
Elle reproche au texte d'interdire aux développeurs de créer des systèmes d'IA qui produisent "un discours que l'État du Colorado n'aime pas", tout en les forçant à aligner leur travail sur les préférences de l'État.
C'est un angle juridique assez audacieux. Considérer qu'un modèle d'IA produit du "discours" protégé par la Constitution, ça revient à dire que le code et les réponses générées par une machine sont une forme d'expression. xAI demande au tribunal de déclarer la loi inconstitutionnelle et d'empêcher son application.
Washington contre les États
Derrière cette plainte, il y a un bras de fer plus large entre régulation fédérale et régulation locale. xAI cite des décrets de la Maison Blanche qui critiquent la multiplication des lois étatiques sur l'IA.
L'administration Trump pousse pour un cadre national unique, estimant qu'un patchwork de réglementations état par état freinerait la compétitivité américaine et poserait des problèmes de sécurité nationale.
Le Colorado fait figure de pionnier sur le sujet. Le SB 24-205 est l'une des lois les plus complètes du pays en matière de régulation de l'IA. Elle oblige les développeurs à fournir une documentation détaillée sur les risques de leurs systèmes, à publier un site web résumant leurs pratiques, et à signaler toute discrimination algorithmique découverte au procureur général dans les 90 jours.
xAI, qui a récemment fusionné avec SpaceX, attaque moins de trois mois avant l'entrée en vigueur du texte. Si le tribunal donne raison à Musk, ça pourrait décourager d'autres États de légiférer sur le sujet. À l'inverse, un rejet de la plainte renforcerait la légitimité de ce type de régulation locale.
En tout cas, utiliser le premier amendement pour protéger une IA de toute obligation anti-discrimination, c'est un précédent que beaucoup de juristes vont suivre de près.
YouPrice continue de présenter des forfaits mobile à petit prix. L'opérateur virtuel propose notamment une offre de 200 Go de 5G pour 9,99 euros par mois, avec le réseau Orange.
La lutte contre le piratage sportif et audiovisuel s'intensifie dans l'Hexagone. Le tribunal correctionnel d'Arras vient de condamner deux trentenaires à des peines de prison avec sursis et de fortes amendes pour avoir commercialisé des accès illicites. La Ligue de football professionnel, à l'origine de leur chute, réclame encore des dommages colossaux.
La lutte contre le piratage sportif et audiovisuel s'intensifie dans l'Hexagone. Le tribunal correctionnel d'Arras vient de condamner deux trentenaires à des peines de prison avec sursis et de fortes amendes pour avoir commercialisé des accès illicites. La Ligue de football professionnel, à l'origine de leur chute, réclame encore des dommages colossaux.
Il voulait juste "tester" son chatbot — il s'est retrouvé avec le RAID à sa porte. Cette mésaventure strasbourgeoise rappelle brutalement que vos conversations avec une IA ne sont jamais vraiment privées.
Zone-Téléchargement est désormais visé par un blocage de la justice française. Mais est-ce vraiment la fin pour l’un des sites de téléchargement illégaux les plus populaires ?
If you’ve used office suites on Linux, you’ve probably come across LibreOffice, OnlyOffice, or OpenOffice. While these are powerful open-source options, there’s another popular alternative worth considering: WPS Office — a polished, Microsoft Office–like suite with strong compatibility and a modern interface.
For many users, especially those switching from Windows, the biggest challenge on Linux isn’t finding software — it’s finding software that feels familiar. WPS Office addresses this directly by offering a layout and workflow that closely mirrors Microsoft Office, reducing the learning curve significantly.
Trop, c’est trop. Quelques semaines après que Netflix a officialisé une énième hausse des prix, une association de consommateurs (Movimento Consumatori) vient de remporter une victoire importante au tribunal de Rome. Un jugement rendu le 1er avril dernier oblige de fait Netflix à rembourser jusqu’à 500 € aux abonné·es les plus fidèles. Mais c’est surtout une longue bataille judiciaire qui se dessine à l’horizon.
De quoi est accusé Netflix ?
Alerté par l’association de consommateurs italienne, le tribunal de Rome a rendu la semaine dernière un jugement historique qui souligne le caractère « abusif » des hausses de prix successives opérées quasi annuellement par Netflix. Depuis 2017, ce sont pas moins de cinq augmentations de prix qui ont été imposées aux client·es, et ce, sans justification suffisante, estiment les juges italiens.
« Le professionnel ne peut modifier unilatéralement les clauses du contrat ni les caractéristiques du produit ou du service à fournir, sans motif valable indiqué dans le contrat lui-même », lit-on dans le Code de la consommation italien servant de base au jugement rendu la semaine dernière à Rome (Euronews). En clair, Netflix n’a pas donné aux consommateurs et consommatrices des gages suffisants pour justifier la hausse de ses tarifs, et va devoir non seulement rembourser certain·es abonné·es, mais également abaisser ses prix.
Les personnes abonné·es à Netflix Premium depuis 2017 de façon continue peuvent prétendre à un remboursement de 500 €, contre 250 € pour les abonné·es à la formule Standard. Le jugement stipule également que la plateforme doit abaisser le prix de ses abonnements « d’un montant équivalent aux augmentations illégales », soit jusqu’à 8 € par mois pour la formule Premium.
Naturellement, Netflix fait appel
Le géant américain ne va pas se laisser faire. C’est son modèle économique qu’il défend, ainsi que son droit à augmenter, annuellement, ses tarifs à l’avenir. De plus, ce jugement ferait office de jurisprudence, qui pourrait inviter d’autres associations de consommateurs partout dans le monde à l’attaquer en justice pour obtenir réparation. Un château de cartes qui s’effondre, qui ne serait pas bon pour les affaires.
« Nous prenons très au sérieux les droits des consommateurs et estimons que nos conditions générales ont toujours été conformes à la législation et aux pratiques italiennes », commente un porte-parole de Netflix lors de l’annonce par l’entreprise de sa volonté de faire appel pour contester le jugement. Le président de l’association Movimento Consumatori, Alessandro Mostaccio, ne baisse pas la garde : « Si Netflix ne baisse pas immédiatement ses tarifs et ne rembourse pas ses clients, nous engagerons une action collective afin de garantir à tous les utilisateurs le remboursement des sommes indûment versées. »
Un procès qui pourrait donc prendre une nouvelle ampleur, maintenant que tous les projecteurs sont braqués sur le tribunal de Rome. À qui le tour ? Disney ? Microsoft ? Amazon ?
Trop, c’est trop. Quelques semaines après que Netflix a officialisé une énième hausse des prix, une association de consommateurs (Movimento Consumatori) vient de remporter une victoire importante au tribunal de Rome. Un jugement rendu le 1er avril dernier oblige de fait Netflix à rembourser jusqu’à 500 € aux abonné·es les plus fidèles. Mais c’est surtout une longue bataille judiciaire qui se dessine à l’horizon.
De quoi est accusé Netflix ?
Alerté par l’association de consommateurs italienne, le tribunal de Rome a rendu la semaine dernière un jugement historique qui souligne le caractère « abusif » des hausses de prix successives opérées quasi annuellement par Netflix. Depuis 2017, ce sont pas moins de cinq augmentations de prix qui ont été imposées aux client·es, et ce, sans justification suffisante, estiment les juges italiens.
« Le professionnel ne peut modifier unilatéralement les clauses du contrat ni les caractéristiques du produit ou du service à fournir, sans motif valable indiqué dans le contrat lui-même », lit-on dans le Code de la consommation italien servant de base au jugement rendu la semaine dernière à Rome (Euronews). En clair, Netflix n’a pas donné aux consommateurs et consommatrices des gages suffisants pour justifier la hausse de ses tarifs, et va devoir non seulement rembourser certain·es abonné·es, mais également abaisser ses prix.
Les personnes abonné·es à Netflix Premium depuis 2017 de façon continue peuvent prétendre à un remboursement de 500 €, contre 250 € pour les abonné·es à la formule Standard. Le jugement stipule également que la plateforme doit abaisser le prix de ses abonnements « d’un montant équivalent aux augmentations illégales », soit jusqu’à 8 € par mois pour la formule Premium.
Naturellement, Netflix fait appel
Le géant américain ne va pas se laisser faire. C’est son modèle économique qu’il défend, ainsi que son droit à augmenter, annuellement, ses tarifs à l’avenir. De plus, ce jugement ferait office de jurisprudence, qui pourrait inviter d’autres associations de consommateurs partout dans le monde à l’attaquer en justice pour obtenir réparation. Un château de cartes qui s’effondre, qui ne serait pas bon pour les affaires.
« Nous prenons très au sérieux les droits des consommateurs et estimons que nos conditions générales ont toujours été conformes à la législation et aux pratiques italiennes », commente un porte-parole de Netflix lors de l’annonce par l’entreprise de sa volonté de faire appel pour contester le jugement. Le président de l’association Movimento Consumatori, Alessandro Mostaccio, ne baisse pas la garde : « Si Netflix ne baisse pas immédiatement ses tarifs et ne rembourse pas ses clients, nous engagerons une action collective afin de garantir à tous les utilisateurs le remboursement des sommes indûment versées. »
Un procès qui pourrait donc prendre une nouvelle ampleur, maintenant que tous les projecteurs sont braqués sur le tribunal de Rome. À qui le tour ? Disney ? Microsoft ? Amazon ?
La procureure générale des Etats-Unis Pam Bondi, en poste depuis plus d’un an, vient d’être limogée de l’administration Trump. En 2020, elle était devenue une membre de la garde rapprochée du président en ayant rejoint la défense de Donald Trump, dans son premier procès en destitution lancée par le Parti démocrate.
Après l’'annonce du projet d’infrastructure commune Euro-3C déjà présenté sur LinuxFR.org, une nouvelle annonce dans le domaine bureautique commun au niveau européen vient d’être faite en cette fin de mois à Berlin.
Une coalition d’entreprises européennes du logiciel libre lance Euro-Office, une suite bureautique souveraine et open source.
Euro-Office est un outil d’édition bureautique en ligne conçu pour être intégré dans des plateformes existantes comme des solutions de partage de fichiers ou de gestion de projet. Contrairement aux suites complètes, il ne gère pas l’ensemble de l’environnement de travail mais se concentre sur l’ouverture, l’édition et la coédition de documents, avec une interopérabilité affichée avec les formats Microsoft.
Portée par Ionos, Nextcloud, XWiki, OpenProject, Eurostack, Soverin, Proton, Abilian et BTactic, l’initiative publie une préversion technique disponible immédiatement sur GitHub, avec une première version stable annoncée pour l’été.
Le projet s'appuie sur le code d’OnlyOffice, qui a une base Open Source, sous licence AGPL.
Elle intervient au moment précis où Onlyoffice met fin à son offre cloud, contraignant des milliers d’organisations à chercher une alternative.
Office suites are essential tools on any desktop system. Most Linux distributions ship with LibreOffice by default, but users still create documents with other alternatives such as LibreOffice, OnlyOffice, or Apache OpenOffice, depending on their workflow and compatibility requirements.
Une coalition d'entreprises européennes vient de lancer Euro-Office, une suite bureautique open source qui ambitionne de concurrencer Microsoft 365. Le problème, c'est que le projet est un fork d'OnlyOffice, et ce dernier accuse Nextcloud et IONOS de violer sa licence.
Un projet présenté au Bundestag
Euro-Office a été dévoilé le 27 mars à Berlin, directement au Bundestag. Derrière le projet, on retrouve huit organisations européennes : IONOS, Nextcloud, Eurostack, XWiki, OpenProject, Soverin, Abilian et BTactic.
L'idée est de proposer une suite bureautique capable d'éditer documents, tableurs et présentations, avec une compatibilité Microsoft complète, le tout sous contrôle européen.
Plutôt que de repartir de zéro, la coalition a choisi de forker le code open source d'OnlyOffice, jugé plus moderne et performant dans un navigateur que les alternatives dérivées de LibreOffice. Une préversion est d'ailleurs déjà proposée sur GitHub, et la première version stable est annoncée pour cet été.
OnlyOffice accuse de violation de licence
Et voilà que ça se complique. Deux jours après l'annonce, OnlyOffice a publié un billet de blog accusant Nextcloud et IONOS de violer les conditions de sa licence AGPL v3.
Le reproche est précis : Euro-Office aurait supprimé toutes les références à la marque OnlyOffice, alors que la licence impose de conserver le logo et les attributions dans les travaux dérivés. Ces conditions supplémentaires ont été ajoutées en mai 2021 via la section 7 du fichier LICENSE.txt.
Côté Nextcloud, on se défend en affirmant que les forks font partie de l'ADN de l'open source. L'entreprise dit avoir consulté Bradley M. Kuhn, le créateur de la licence AGPL, qui soutiendrait leur position "à 100 %".
La Free Software Foundation serait aussi de leur côté. Nextcloud avance par ailleurs que la collaboration directe avec OnlyOffice était compliquée, pointant les origines russes de l'équipe fondatrice. OnlyOffice rétorque que sa propriété intellectuelle est détenue en Lettonie (Ascensio System SIA) depuis 2009, que sa holding est à Singapour, et que l'activité russe a été cédée à des investisseurs locaux en 2019.
La souveraineté numérique en toile de fond
Le timing n'est pas anodin. Partout en Europe, des administrations et des entreprises cherchent à réduire leur dépendance aux outils américains.
Euro-Office arrive avec un argument fort : une suite bureautique développée et hébergée en Europe, sans dépendance vis-à-vis d'acteurs non européens. C'est exactement ce que réclament plusieurs gouvernements depuis des années.
C'est quand même un drôle de démarrage pour un projet censé incarner la souveraineté numérique européenne. On lance une alternative à Microsoft en forkant le code d'une société enregistrée en Lettonie mais aux racines russes, et trois jours plus tard on se retrouve avec une accusation de violation de licence sur les bras.
Le fond du débat juridique est intéressant : est-ce qu'on peut forker un logiciel AGPL et retirer les mentions de la marque originale ?
Instagram et YouTube sont des drogues dures. C’est en substance la conclusion que tire la justice californienne du procès intenté par une jeune utilisatrice en détresse, accusant Meta et Google d’avoir conçu leurs applications pour retenir les internautes captifs et captives de leurs algorithmes. Les deux entreprises repartent avec une petite tape sur les doigts (6 millions de dollars de dommages à reverser à la plaignante – autant dire la monnaie du pain pour ces mastodontes), mais le procès crée un précédent historique pour la responsabilité des réseaux sociaux en matière de santé mentale.
L’addiction dès le plus jeune âge
D’après Kaley G.M., qui attaquait donc les éditeurs d’Instagram et de YouTube en justice en Californie, ces réseaux ont activement aggravé son état dépressif, ses pensées suicidaires et ses troubles de l’apparence, rapporte Le Monde. La jeune femme dit avoir développé une addiction à YouTube dès l’âge de 6 ans, et à Instagram à 9 ans, après s’y être inscrite en cachette depuis le smartphone de sa mère.
« Chaque fois que j’essayais de me fixer des limites, cela ne fonctionnait pas, et je n’arrivais tout simplement pas à décrocher, raconte Kaley G.M. au tribunal. Je ressentais le besoin d’y être en permanence et, si je n’y étais pas, j’avais le sentiment de passer à côté de quelque chose. »
Une fragilité mentale sur laquelle les avocats de Meta et Google ont évidemment tenté de jouer, sans succès. Les juges ont été réceptifs à l’histoire de la plaignante, qui se déroule dans un contexte de défiance de plus en plus exacerbée envers les plateformes sociales, accusées par de nombreux groupes partout dans le monde d’être conçues de façon à créer des mécanismes d’addiction chez les internautes.
Si Meta et Google ont la ferme intention de faire appel du verdict, Joseph VanZandt, l’un des avocats de la jeune femme, se félicite de l’issue du procès. « C’est la première fois dans l’histoire qu’un jury entend les témoignages de dirigeants et prend connaissance de documents internes qui, selon nous, prouvent que ces entreprises ont privilégié les profits au détriment des enfants », a-t-il déclaré. « La santé mentale des adolescents est profondément complexe et ne peut être imputée à une seule application », réagit pour sa part un porte-parole de Meta. Pour son homologue de Google, « cette affaire témoigne d’une méconnaissance de YouTube, qui est une plateforme de streaming conçue de manière responsable, et non un réseau social ».
Les revers se multiplient pour les géants du Web
Quelle que soit l’issue de l’appel, une digue a définitivement sauté, et les internautes prennent peu à peu conscience du caractère profondément addictif des réseaux sociaux – surtout chez les plus jeunes.
Si Meta et Google ont tenté de prouver que leurs plateformes étaient, au contraire, de formidables outils pour que les personnes isolées se connectent au monde, la justice a décidé de prêter une oreille plus attentive à l’histoire de Kaley G.M., accordant de fait encore plus de crédit à un autre revers subi une semaine plus tôt par Meta au Nouveau-Mexique. L’entreprise de Mark Zuckerberg vient en effet d’être condamnée à 375 millions de dollars de dommages et intérêts pour avoir délibérément mis en danger les enfants en les exposant à des contenus dangereux, voire à des prédateurs sexuels.
Ce procès, comparé par la presse spécialisée à celui des cigarettiers dans les années 1990, condamnés pour avoir délibérément masqué les effets nocifs de leurs produits sur la santé des consommateurs, pourrait ouvrir la voie à de nombreux autres, partout dans le pays et dans le monde. « C’est le canari dans la mine de charbon. La situation rappelle celle de l’industrie du tabac, marquant le point de départ vers des milliers de procès similaires », explique David McCuan, professeur de sciences politiques à l’université de Sonoma, cité par Le Monde.
Instagram et YouTube sont des drogues dures. C’est en substance la conclusion que tire la justice californienne du procès intenté par une jeune utilisatrice en détresse, accusant Meta et Google d’avoir conçu leurs applications pour retenir les internautes captifs et captives de leurs algorithmes. Les deux entreprises repartent avec une petite tape sur les doigts (6 millions de dollars de dommages à reverser à la plaignante – autant dire la monnaie du pain pour ces mastodontes), mais le procès crée un précédent historique pour la responsabilité des réseaux sociaux en matière de santé mentale.
L’addiction dès le plus jeune âge
D’après Kaley G.M., qui attaquait donc les éditeurs d’Instagram et de YouTube en justice en Californie, ces réseaux ont activement aggravé son état dépressif, ses pensées suicidaires et ses troubles de l’apparence, rapporte Le Monde. La jeune femme dit avoir développé une addiction à YouTube dès l’âge de 6 ans, et à Instagram à 9 ans, après s’y être inscrite en cachette depuis le smartphone de sa mère.
« Chaque fois que j’essayais de me fixer des limites, cela ne fonctionnait pas, et je n’arrivais tout simplement pas à décrocher, raconte Kaley G.M. au tribunal. Je ressentais le besoin d’y être en permanence et, si je n’y étais pas, j’avais le sentiment de passer à côté de quelque chose. »
Une fragilité mentale sur laquelle les avocats de Meta et Google ont évidemment tenté de jouer, sans succès. Les juges ont été réceptifs à l’histoire de la plaignante, qui se déroule dans un contexte de défiance de plus en plus exacerbée envers les plateformes sociales, accusées par de nombreux groupes partout dans le monde d’être conçues de façon à créer des mécanismes d’addiction chez les internautes.
Si Meta et Google ont la ferme intention de faire appel du verdict, Joseph VanZandt, l’un des avocats de la jeune femme, se félicite de l’issue du procès. « C’est la première fois dans l’histoire qu’un jury entend les témoignages de dirigeants et prend connaissance de documents internes qui, selon nous, prouvent que ces entreprises ont privilégié les profits au détriment des enfants », a-t-il déclaré. « La santé mentale des adolescents est profondément complexe et ne peut être imputée à une seule application », réagit pour sa part un porte-parole de Meta. Pour son homologue de Google, « cette affaire témoigne d’une méconnaissance de YouTube, qui est une plateforme de streaming conçue de manière responsable, et non un réseau social ».
Les revers se multiplient pour les géants du Web
Quelle que soit l’issue de l’appel, une digue a définitivement sauté, et les internautes prennent peu à peu conscience du caractère profondément addictif des réseaux sociaux – surtout chez les plus jeunes.
Si Meta et Google ont tenté de prouver que leurs plateformes étaient, au contraire, de formidables outils pour que les personnes isolées se connectent au monde, la justice a décidé de prêter une oreille plus attentive à l’histoire de Kaley G.M., accordant de fait encore plus de crédit à un autre revers subi une semaine plus tôt par Meta au Nouveau-Mexique. L’entreprise de Mark Zuckerberg vient en effet d’être condamnée à 375 millions de dollars de dommages et intérêts pour avoir délibérément mis en danger les enfants en les exposant à des contenus dangereux, voire à des prédateurs sexuels.
Ce procès, comparé par la presse spécialisée à celui des cigarettiers dans les années 1990, condamnés pour avoir délibérément masqué les effets nocifs de leurs produits sur la santé des consommateurs, pourrait ouvrir la voie à de nombreux autres, partout dans le pays et dans le monde. « C’est le canari dans la mine de charbon. La situation rappelle celle de l’industrie du tabac, marquant le point de départ vers des milliers de procès similaires », explique David McCuan, professeur de sciences politiques à l’université de Sonoma, cité par Le Monde.
Europol vient de coordonner un coup de filet massif contre le dark web. En dix jours, 23 pays ont fermé plus de 373 000 sites frauduleux qui proposaient des contenus pédocriminels.
Le plus ironique : l'opérateur n'a jamais livré la moindre donnée, il arnaquait ses propres clients. Et ces clients sont désormais dans le viseur de la police.
Une opération dans 23 pays
L'opération Alice a été lancée le 9 mars et a duré dix jours. Sous la direction des autorités allemandes et avec le soutien d'Europol, des policiers de 23 pays ont participé à ce coup de filet, de la France aux États-Unis en passant par la Suisse, l'Australie et le Royaume-Uni.
L'enquête avait démarré en 2021 autour d'une plateforme baptisée "Alice with Violence CP", qui proposait des contenus pédocriminels à la vente sur le dark web. Au total, 105 serveurs ont été saisis, tous hébergés en Allemagne, et l'opérateur a été identifié : un homme de 35 ans basé en Chine, visé par un mandat d'arrêt international.
L'arnaqueur arnaqué
Le détail qui rend cette affaire si particulière : le suspect n'a jamais livré les contenus qu'il vendait. Il gérait environ 90 000 sites sur le réseau Tor qui proposaient des "packs" de 17 à 215 euros, payables en Bitcoin. Les acheteurs recevaient en échange... rien du tout.
En cinq ans d'activité, il a encaissé 345 000 euros auprès de 10 000 clients qui pensaient acheter des contenus pédocriminels. Un escroc qui arnaque des criminels, en somme.
440 suspects identifiés
Sauf que ces clients, même s'ils n'ont rien reçu, ont quand même tenté d'acheter des contenus illégaux. Europol a donc remonté les paiements en cryptomonnaies et identifié 440 personnes à travers le monde.
Plus de 100 d'entre elles font l'objet d'enquêtes actives. En Suisse, cinq personnes ont été placées en détention. En Allemagne, 14 suspects sont visés par des procédures. La France a mobilisé l'Office de protection des mineurs pour sa part de l'enquête.
On a quand même un type qui a monté 373 000 faux sites depuis la Chine et qui a encaissé 345 000 euros en arnaquant des gens qui voulaient acheter les pires contenus imaginables. Et grâce à lui, la police a maintenant une liste de 440 noms.