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Marty Supreme : Timothée Chalamet a-t-il appris à jouer au ping-pong ?

Après le chant dans Wonka (2023), ou la guitare et l’harmonica dans Un parfait inconnu (2025), Timothée Chalamet continue de s’impliquer à 100% dans ses projets cinématographiques, comme le prouve Marty Supreme, nouveau film de l’acteur à découvrir en salle à partir du 18 février 2026.

Dans Marty Supreme, Timothée Chalamet incarne Marty Mauser, librement inspiré du pongiste Marty Reisman, champion du monde de tennis de table dans les années 1950 et 1960.

La bande-annonce de Marty Supreme.

Marty Supreme suit la vie de ce jeune homme talentueux et ambitieux, qui essaie de démocratiser le sport aux États-Unis, alors que la discipline est en pleine ascension au Japon.

Timothée Chalamet ne s’en cache pas : Marty Supreme est l’un de ses meilleurs films et surtout, l’une de ses meilleures performances. Favori pour la prochaine cérémonie des Oscars, l’acteur témoigne une nouvelle fois de son implication totale, avec notamment une longue préparation pour être crédible au ping-pong.

Huit ans d’entraînement

Pour devenir suffisamment convaincant dans la peau d’un champion de ping-pong, Timothée Chalamet a dû s’exercer pendant des années. En effet, il a commencé avant même que le film ne soit officiellement en production, seulement dans l’optique qu’il le soit un jour. Comme le révèle The Hollywood Reporter, tout part d’une rencontre entre Timothée Chalamet et Josh Safdie en 2017. L’acteur, révélé par le film Call Me By Your Name (2017), commence à se faire un nom et le cinéaste voit en lui une figure montante de la nouvelle génération, à l’aura étrange.

Un an plus tard, il lui offre la biographie de Marty Reisman et évoque son envie d’en faire un film. Marty Supreme commence à naître dans l’esprit de Josh Safdie et Timothée Chalamet veut en être. Il débute son entrainement en 2018 en prenant des leçons de ping-pong, puis transforme son salon pendant le confinement en achetant une table de tennis de table et joue quotidiennement. Pendant plus de six ans, Timothée Chalamet se perfectionne, en secret.

Même pendant les tournages de ses autres films, il continue de pratiquer. Pendant Wonka à Londres, lors du tournage de Dune : deuxième partie (2024) à Budapest et même pendant le Festival de Cannes lors de la présentation de The French Dispatch (2021). Où qu’il soit, l’acteur fait venir une table de ping-pong et s’entraîne, parfois avec ses partenaires de jeu, parfois avec des membres de l’équipe technique. Il est également coaché et guidé par des anciens champions de ping-pong, Diego Schaaf et Wei Wang, lui permettant d’atteindre un niveau suffisant pour les nombreuses scènes du film où il joue vraiment.

En septembre 2024, Marty Supreme commence son tournage, plus de six ans après le début de la préparation intensive de Timothée Chalamet pour le rôle. Un résultat à découvrir en salle dès le 18 février.

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Marty Supreme avec Timothée Chalamet : smash gagnant ?

L’heure est enfin venue de découvrir Marty Supreme en salle. À l’affiche depuis mi-décembre outre-Atlantique, le film événement a connu plusieurs retards dans sa distribution internationale. Entre-temps, il est devenu le plus grand succès de l’histoire du studio A24, devant Everything Everywhere All at Once (2022) et Civil War (2024) d’Alex Garland. Porté par une promotion d’envergure – ballon dirigeable au-dessus d’Hollywood, vestes portées par des célébrités et autres happenings étonnants –, le long-métrages’annonce même comme l’un des favoris pour les Oscars, avec neuf nominations.

Marty Supreme est la première réalisation solitaire de Josh Safdie, jusqu’ici connu pour ses collaborations avec son frère Benny (Heaven Knows What, Good Time, Uncut Gems). Depuis leur séparation, chacun s’est lancé dans son propre biopic sportif : The Smashing Machine (2025) pour Benny, consacré à un champion de MMA interprété par Dwayne Johnson, et donc Marty Supreme pour Josh. Une biographie inspirée de la vie du joueur de tennis de table Marty Reisman, ici rebaptisé Mauser, incarné par la superstar Timothée Chalamet – que l’on n’avait pas vu sur grand écran depuis son Un parfait inconnu (2025) dans lequel il prêtait ses traits (encore) à une figure bien connue de l’Amérique, Bob Dylan.

Timothée Chalamet dans Marty Supreme.

Timothée Chalamet en anti-héros

Au milieu des années 1950, Marty Mauser est un pongiste doté d’un talent rare, que seuls les Japonais et leurs techniques venues d’ailleurs semblent capables de faire vaciller. Le décor : un New York grouillant, cher à son réalisateur, qui aime filmer ses tumultes, ses commerces et ses marges. Mais la véritable histoire se joue en coulisses. Car Marty est arrogant, excessif, intrépide, parfois amusant, mais profondément égocentrique. Avide de reconnaissance, il évolue dans une Amérique où le tennis de table reste marginal. Compétiteur se refusant à devenir une bête de foire, Marty se donne les moyens de réussir dans son sport à tout prix. Quitte à en devenir ignoble.

Son égoïsme le conduit inexorablement à la souffrance : la sienne, mais surtout celle de ceux qui l’entourent. Narcissique, convaincu d’avoir un destin plus grand que ceux qui tentent de l’aider sans jamais rien recevoir en retour. Les personnages féminins, interprétés par Gwyneth Paltrow – ici une actrice déchue, femme d’un milliardaire – et Odessa A’Zion – son amour d’enfance –, en portent la trace : elles peinent à exister, à l’image de la place que Marty consent à leur laisser.

Gwyneth Paltrow dans Marty Supreme.

Sans jamais faire sombrer ses personnages dans la caricature, Josh Safdie pointe aussi la détresse de son antihéros. Marty est un individu biberonné à la culture du chacun pour soi, persuadé que l’ascension vers la gloire justifie tout. Un parcours à l’image de « l’American dream », souvent voué à l’échec. Marty est infect, mais se fait aussi le représentant d’une classe sans autre capital que son honneur et son rêve, aussi superficiel soit-il. Face à lui, ceux qui détiennent le pouvoir ont déjà tout, et sauront s’en servir pour l’humilier. Le ping-pong devient un outil politique, aussi montré comme indissociable de la géopolitique du XXe siècle : Safdie évoque les camps de concentration, mais aussi les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.

Safdie Supreme ?

Manière de rappeler que si le tennis de table n’est qu’un jeu, ce qui s’y projette, comme dans bien des sports, dépasse largement ce cadre. Si la reconnaissance commerciale, voire institutionnelle semble déjà acquise – Timothée Chalamet ayant remporté le Golden Globe et le Critics Choice Award pour sa performance –, Marty Supreme ne doit rien à l’effet de mode. Le film s’inscrit dans une trajectoire artistique rigoureuse, questionnant la réussite individuelle, la masculinité, la pression du capitalisme urbain…

Tout au long du film, le réalisateur distille ses obsessions et son savoir-faire. Dès le générique d’ouverture, où le microscopique raconte déjà une histoire – comme dans Uncut Gems –, jusqu’à ce scénario conçu comme une accumulation de désastres. Chez Safdie, lorsqu’une rédemption semble possible, elle est toujours annihilée aussitôt. Et dès que le rythme retombe, un nouvel uppercut vient relancer la machine. Dans les matchs comme dans les scènes de poursuite, la caméra épouse la frénésie du personnage, accentuant une tension parfois suffocante.

La bande-annonce de Marty Supreme.

Film plaisant et résolument pop (en témoigne une bande originale anachronique convoquant notamment Alphaville), Marty Supreme n’en reste pas moins un film d’auteur. À l’image de son anti-héros, aussi haletant qu’irritant ou déstabilisant, le premier long-métrage solo de Josh Safdie ne saurait se réduire à un simple divertissement. Marty Supreme s’impose comme une œuvre cohérente, confirmant Safdie comme l’un des cinéastes les plus intrigants du cinéma américain contemporain.


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