Vue lecture

Dans la jungle, d’Adeline Dieudonné : anatomie d’un féminicide

Adeline Dieudonné approfondit, avec Dans la jungle, son travail autour des fractures intimes et des violences invisibles, en s’attachant cette fois à la mécanique d’un féminicide et d’infanticide. Publié le 2 avril aux éditions L’Iconoclaste, ce quatrième roman examine les mécanismes de domination à l’œuvre dans les sphères les plus ordinaires.

De quoi parle ce nouveau roman ?

Le récit s’ouvre sur le meurtre d’un homme tuant sa femme et ses enfants, avant de se suicider. À partir de ce drame, le roman remonte le fil du temps. Pendant plusieurs années, il recompose la trajectoire d’un couple, Aurélie et Arnaud, installé dans le Brabant wallon. Maison familiale, vacances, enfants : tout correspond à une vie des plus normales. Mais derrière cette vitrine, le texte met au jour une mécanique progressive de violence, qui s’installe, se diffuse et s’infiltre dans les gestes et silences.

« À la base, c’était une énième histoire de féminicide. J’étais un peu traversée et clouée par ma propre impuissance, raconte l’autrice au micro de France Inter, évoquant la genèse du roman. Je m’intéresse beaucoup au point de vue extérieur […] avec cette question : que deviennent ceux qui restent ? »

Dessiner la mécanique d’une violence réelle

Le livre repose sur une construction en retour : « Je commence par la fin […] et tout le roman, ça va être ça : comment ce couple s’est rencontré […] comment la violence s’est installée… Je voulais documenter les circonstances dans lequel se passe un féminicide, et deux infanticides », précise-t-elle.

Pour rappel, en France, en 2025, entre 100 et 160 femmes ont été victimes de féminicides selon les sources. Cet écart s’explique notamment par les définitions retenues, mais traduit, quoi qu’il en soit, une violence structurelle que le roman vient éclairer à hauteur d’individus.

Qui est Adeline Dieudonné ?

Née en 1982, Adeline Dieudonné s’est fait connaître en 2018 avec La vraie vie, premier roman salué par la critique et récompensé notamment par le prix Renaudot des lycéens et le prix du roman Fnac. Traduit dans de nombreuses langues, le livre a largement contribué à sa notoriété. Depuis, Kérozène (2021) puis Reste (2023) ont confirmé une écriture singulière, marquée par sa tension et son attention aux failles dissimulées derrière les apparences.

  •