Que va-t-il advenir des scènes de sexe dans le remake de God of War ?

Sony a officialisé un remake de la trilogie God of War, connue pour sa violence extrême et, aussi, ses scènes de sexe. Seront-elles supprimées ? Rien n'est moins sûr.

Sony a officialisé un remake de la trilogie God of War, connue pour sa violence extrême et, aussi, ses scènes de sexe. Seront-elles supprimées ? Rien n'est moins sûr.
« Quand on en a vu un, on les a tous vus », soupire Debbie Reynolds dans Chantons sous la pluie. C’est un secret de polichinelle : la tambouille hollywoodienne suit à la lettre des recettes éprouvées, rodées, usées jusqu’à la corde. Une interminable série de dîners où l’on sert invariablement la même soupe. Seule change (parfois) la couleur du brouet.
S’ils ne datent pas d’hier, reboots et remakes font les beaux jours d’une industrie qui fait son beurre de licences sérielles ou cinématographiques, et capitalise ainsi sur la pantouflardise. Qu’on pense au reboot avorté de Buffy contre les vampires, au remake sériel de Harry Potter prévu en fin d’année ou à la résurrection de Dark Maul sur Disney+ (Maul : seigneur de l’ombre), la nostalgie n’a jamais eu autant le vent en poupe à Hollywood.
Pour certains, panne de créativité flagrante. Pour d’autres, génie marketing de haute volée. « Aujourd’hui, on vit dans un monde où tout repose sur des franchises établies, le plus sûr pour les studios, c’est de relancer quelque chose qui a déjà un public, déplorait Vince Gilligan dans une interview accordée à Variety au moment de la sortie de Pluribus. Il est plus difficile que jamais de faire produire un projet qui ne se base pas sur un film, un comics ou un jeu vidéo existant. Chaque génération mérite ses propres histoires, pas seulement celles de leurs grands-parents. »
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Selon la définition qu’en donne le dictionnaire de l’Académie française, un remake « reprend le scénario d’une œuvre cinématographique [ou sérielle, ndlr] antérieure, généralement célèbre ». Vrai de l’inégalable version américaine de The Office, de Westworld, prodigieuse adaptation du premier film écrit et réalisé par Michael Crichton, mais aussi d’En thérapie, relecture de la série israélienne intitulée BeTipul. Dans son livre Comment penser les remakes américains ?, Jacqueline Nacache fait le procès d’un « puissant générateur d’oubli », qui « estompe sa ressemblance en se voulant le plus différent possible de l’original ».

Plus roublard, le reboot fait table rase du passé et revitalise une franchise dans les limites de son univers, à l’instar des Nouvelles aventures de Sabrina sur Netflix ou de l’inénarrable Battlestar Galactica. On voit combien la frontière entre les deux méthodes de ripolinage peut être poreuse. Et lessive souvent un public acquis de longue date. « La série LA PLUS INUTILE jamais vue. C’est quoi ce bordel ?! », bougonne déjà un twittos en réaction à la première bande-annonce de la série Harry Potter. Sur X toujours, ils sont en revanche nombreux à admettre s’être délectés de Mercredi, à la fois reboot et spin-off de La famille Addams.
Les chiffres sont à l’avenant. D’après les données de Tudum by Netflix, les deux premières saisons du reboot de La famille Addams trustent le classement des séries les plus populaires du géant du streaming, avec près de 3 milliards d’heures de visionnages cumulées au compteur. Matrice d’une franchise arborescente, Game of Thrones se taille encore et toujours la part du lion sur HBO Max, tandis que The Acolyte, énième embranchement de Star Wars, se hisse sur la deuxième marche du podium des productions originales les plus regardées sur Disney+ en 2025, selon Luminate.

Un filon plus que rentable : à titre d’exemple, Parrot Analytics avance que Mercredi aurait généré 360 millions de dollars en revenus publicitaires et abonnements pour Netflix entre sa mise en ligne initiale et mars 2025. « Si tout le monde a tout vu, à quoi bon refaire du même ? », s’interroge à juste titre la critique de cinéma Sandra Onana dans un billet d’humeur publié par Libération, en 2021.
La réponse vient peut-être de la résistance d’une infime partie de ces franchises indéboulonnables à l’obsolescence programmée du tout-venant des fictions déversées jusqu’à plus soif sur les plateformes de streaming. Des mythes pop incessamment remis au goût du jour – mutations socioculturelles obligent – sans en perdre leur quintessence. De grands récits populaires transmis d’une génération à l’autre, comme on lègue des photos de famille pour ne pas faire sombrer dans l’oubli ces images qui furent un jour mouvantes.