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Le Japon lance son IA souveraine avec 8 géants industriels

Par :Korben
13 avril 2026 à 12:39

Gros chantier IA au Japon. SoftBank a pris la tête d'un consortium qui réunit sept autres poids lourds nationaux : NEC, Honda, Sony, trois banques (MUFG, Sumitomo Mitsui, Mizuho) et deux sidérurgistes (Nippon Steel, Kobe Steel).

L'objectif : monter une nouvelle société dédiée à la construction d'une IA entièrement japonaise, sans dépendance étrangère. Le spécialiste tokyoïte Preferred Networks rejoindra l'aventure un peu plus tard, en renfort technique.

L'objectif est clair. Rattraper les Américains et les Chinois. Le modèle visé ambitionne d'atteindre environ 1 000 milliards de paramètres d'ici la fin de la décennie, soit l'ordre de grandeur des plus gros modèles d'OpenAI ou d'Alibaba. Il sera multimodal (texte, images, vidéos, son) et surtout orienté vers ce que les Japonais appellent la "physical AI", c'est-à-dire une IA capable de piloter des robots et des machines dans le monde réel.

L'intégration sur des bras robotisés, des lignes de production ou des véhicules autonomes est prévue pour l'exercice fiscal 2030. Côté industriel, c'est évidemment cohérent avec l'ADN du pays, où la robotique est reine depuis quarante ans.

Le gouvernement n'est pas en reste. Le ministère japonais de l'Économie prévoit d'injecter environ mille milliards de yens de soutien à l'IA sur cinq ans, via l'organisme NEDO. La nouvelle société est éligible à ce dispositif, ce qui lui donne un sacré matelas financier pour attirer les talents.

Au passage, une centaine d'ingénieurs en IA seront recrutés, et la direction sera assurée par un cadre de SoftBank. Le data center principal s'installera à Sakai, près d'Osaka, dans une ancienne usine LCD de Sharp reconvertie pour l'occasion. GPU dernier cri, tout le traitement reste sur le territoire japonais.

C'est justement ce point qui cristallise la logique du projet. Beaucoup d'industriels japonais refusaient d'envoyer leurs données sensibles (plans d'usine, relevés de capteurs, IP métier) vers des clouds américains ou chinois pour faire tourner de l'IA. En gardant tout le traitement local, le consortium offre une alternative souveraine aux membres du club, puis aux autres entreprises du pays.

Sauf que voilà, la bataille des modèles fondation se joue déjà depuis trois ans et les écarts de puissance sont importants. Arriver fin 2029 avec un modèle à mille milliards de paramètres, c'est atteindre le niveau actuel des meilleurs américains, pas celui des modèles qui existeront à ce moment-là.

La vraie force du projet est probablement ailleurs. Sur l'IA physique et l'industrie, le Japon a un terrain de jeu unique, avec des décennies d'avance en robotique et une base manufacturière dense. Si Honda, Nippon Steel et Kobe Steel injectent leurs données et leurs cas d'usage dans le modèle, ça peut produire quelque chose de très différent des LLM généralistes américains.

À noter que certaines sources évoquent un effort public global de l'ordre de 3 000 milliards de yens quand on cumule tous les dispositifs, ce qui donne une idée du sérieux de l'engagement étatique. Bref, le Japon arrive tard mais il amène ses industriels, son argent et son avantage robotique.

Source : Nikkei Asia

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